Québec va trancher pour la forêt publique soustraite à la récolte

Marie-Karlynn Laflamme, critique péquiste en matière de Forêt

Le gouvernement du Québec va faire connaître dans les prochaines semaines le sort qu’il réserve aux 8,5 millions d’hectares de la forêt publique qui ont été soustraits à la coupe dans les dernières années, en vue de l’adoption de différentes mesures de protection.


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C’est ce qu’a révélé la ministre des Ressources naturelles et des Forêts Kateri Champagne-Jourdain dans le cadre de l’étude des crédits du ministère mardi. Elle répondait à une série de questions de la critique péquiste en matière de Forêt Marie-Karlynn Laflamme, qui voulait comprendre pourquoi le gouvernement a pris autant de retard pour un enjeu aussi important dans les régions du Québec.

La ministre des Ressources naturelles et des Forêts Kateri Champagne-Jourdain

Le Forestier en chef du Québec, Louis Pelletier, a informé les industriels par lettre qu’il devait attendre des précisions du ministère des Ressources naturelles et des Forêts sur les 8,5 millions d’hectares problématiques dans le cadre de la révision des calculs de possibilité forestière 2028-2033. Il intégrait ces hectares jusqu’à maintenant, mais a choisi pour le prochain calcul d’obtenir des précisions.

«Ce qui se passe c’est qu’il y a plusieurs enjeux qui n’ont pas été répondus. On parle du caribou forestier, des projets d’aires protégées et de l’harmonisation avec d’autres usages et les Premières Nations. On parle de 8,5 millions d’hectares soumis à l’évitement. Ça déstabilise toute l’industrie qui est déjà pas mal instable et ça met en péril des entreprises comme Boisaco qui ne sait pas ce qu’il va advenir d’elle si on maintient cet évitement», a soutenu la députée de Chicoutimi avant de demander à la ministre si le laxisme du gouvernement n’était pas la cause de la mise en danger de l’industrie.

La ministre a fait état d’un certain nombre de contraintes qui faisaient en sorte que l’harmonisation de l’utilisation du territoire est devenue un exercice d’une grande complexité. «On ne se cachera pas que l’étau se resserre», a lancé Kateri Champagne-Jourdain qui a défendu l’action gouvernementale en soutien à l’industrie forestière.



«Il est important de rappeler que le Forestier en chef agit de manière totalement indépendante dans l’exercice de son mandat de calculer les possibilités forestières en respectant la pérennité des forêts. Le Conseil qu’il vient de publier s’inscrit dans une logique où il doit déterminer les possibilités pour les cinq prochaines années. Des analyses sont en cours au sein du ministère afin de déterminer quel sera le statut des différentes superficies identifiées dans son Conseil. À ce stade-ci, il est trop tôt pour établir le réel impact des décisions», a de plus précisé le cabinet de la ministre dans un courriel transmis au Quotidien.

Le Forestier en chef Louis Pelletier a participé à l’exercice. Il est intervenu pour rappeler son rôle et il a signifié qu’à l’intérieur des 8,5 millions d’hectares, au moins 50 % de la superficie était interdite à la coupe. L’ingénieur forestier n’a pas identifié les régions où les impacts seront importants, mais il est assuré qu’il y aura des impacts dans les unités d’aménagement du nord du Lac-Saint-Jean.

Le député de Pontiac et chef de l'Opposition André Fortin

Le chef de l’Opposition officielle libérale et critique en matière de Forêt, André Fortin a de son côté relancé les demandes répétées de la Coalition des communautés forestières sur les investissements du gouvernement du Québec dans le secteur forestier. Le député de Pontiac a démontré, chiffres à l’appui, que le ministère n’avait pas augmenté les investissements dans les travaux sylvicoles alors qu’il avait déposé un plan de 200 M$ au lendemain des feux de forêt.

La ministre Jourdain-Champagne mentionne avoir demandé des détails aux hauts fonctionnaires qui l’accompagnent dans le cadre de cet exercice. On lui a répondu que cette situation s’expliquait par le fait que les commandes aux pépinières n’avaient pratiquement pas changé (elles ont diminué cette année), puisque la récolte forestière a diminué en raison de la crise actuelle.

Le critique libéral a énuméré une dizaine de fermetures d’usine permanente, et une vingtaine de fermetures temporaires au Québec pour démontrer que le gouvernement était loin de supporter l’industrie en période de crise. La ministre a fait référence au projet de Loi 11 qui n’a toujours pas été adopté et qui devrait aider les entreprises à traverser la crise.

Louis Tremblay

Louis Tremblay, Le Quotidien

Journaliste depuis une quarantaine d'années et maintenant chef de nouvelles, Louis Tremblay se spécialise dans l'industrie forestière.