Pourquoi Montréal «court après» la Banque de la défense?

Montréal

Une nouvelle institution internationale pourrait voir le jour à Montréal. Les banques, les entreprises et les politiciens tentent de vanter la métropole québécoise pour que la nouvelle Banque de la défense s’y installe pour de bon. Le Soleil vous explique pourquoi.


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La Banque de la défense, c’est quoi?

La Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (BDSR) est une nouvelle institution de l’OTAN. Elle a pour objectif de faciliter le financement d’entreprises qui voudraient se lancer dans le secteur de la défense.

L’industrie militaire est appelée à croître dans les prochaines années, alors que les pays de l’OTAN veulent augmenter les dépenses en défense.

Plusieurs entreprises québécoises pourraient pivoter leur modèle d’affaires pour conquérir le secteur militaire en plus de leur marché existant.

Par contre, les banques peuvent se montrer frileuses à prêter des sommes à des entreprises qui n’ont pas d’expérience dans ce domaine risqué. C’est là qu’interviendra la Banque de la défense, en garantissant les prêts que feront les institutions financières aux entreprises.



«On va arriver à l’objectif recherché, qui est plus de financement à un coût moins cher. Et c’est ça qui va permettre de supporter les efforts de réarmement global», explique Jacques Deforges, le PDG de Finance Montréal.

«On peut appeler ça la banque de l’OTAN, si vous voulez», illustre-t-il.

Pourquoi elle serait au Canada?

Jusqu’à présent, le Canada est le principal pays à avoir démontré son enthousiasme envers la Banque, souligne Arthur Silve, professeur d’économie à l’Université Laval.

L’intérêt du Canada à obtenir la BDSR est «complètement en cohérence avec l’idée du discours de Davos de Mark Carney», souligne Arthur Silve. Le premier ministre avait insisté sur l’importance pour les puissances moyennes de ne pas se fier exclusivement aux grandes puissances comme les États-Unis.

Maintenant que le Canada a été choisi, Mark Carney doit déterminer la ville où s’établira le siège social. Montréal, Toronto, Vancouver et Ottawa sont en lice pour obtenir le siège social de la nouvelle institution.

Qu’est-ce que Montréal a à gagner?

Ces jours-ci, Montréal est en grande «opération séduction» auprès du gouvernement fédéral.

Un avantage «majeur» d’avoir cette organisation internationale est bien sûr la création de nombreux emplois, souligne Jacques Deforges.

«Le siège social représente jusqu’à 3500 emplois à terme. Ce sont des emplois de haute qualité et de haute valeur», plaide-t-il.

La Banque de la défense serait aussi un client alléchant pour les boîtes montréalaises, comme les cabinets d’avocats, de comptables, de ressources humaines et de relations publiques. Un impact «indirect» qui profiterait à l’économie québécoise.

«Il y a un effet boule de neige d’avoir un acteur de cette taille-là», résume M. Deforges.

Et le Québec, plus globalement?

Même hors de Montréal, le Québec profiterait économiquement et symboliquement d’être choisi pour la Banque de la défense.

«Pourquoi on court après ça? Parce que ça peut avoir une influence importante dans la vie de plusieurs entreprises, voire des plus petites entreprises», assure Stéphane Paquet, PDG de Montréal International.

Il imagine déjà des entreprises partout au Québec qui pourraient se lancer dans l’industrie de la défense grâce à l’aide de la BDSR.

Le PDG de Montréal International Stéphane Paquet milite pour que la métropole obtienne le siège social de la Banque de la défense.

«Et ce qui est un peu plus intangible, ajoute Stéphane Paquet, c’est le rayonnement international de Montréal et du Québec en entier.»

Selon lui, la métropole a déjà de quoi se vanter sur la sphère internationale, et ce siège social d’envergure ajouterait à la prestance du Québec.

Pourquoi Montréal serait choisie?

Selon Stéphane Paquet, Montréal devrait se trouver au premier rang des villes potentielles, si on considère son secteur financier, son industrie de la défense et ses organisations internationales.

«Est-ce qu’on est premier sur les quatre villes dans chacun de ces trois éléments-là? Peut-être que oui, peut-être que non, mais ce que je sais, par contre, c’est qu’on est les seuls à être aussi forts sur ces trois aspects-là», fait valoir le porte-parole de la candidature montréalaise.

En matière d’intelligence artificielle, de cybersécurité et d’aéronautique, Montréal se distingue aussi, souligne-t-il au passage.

Jacques Deforges, de Finance Montréal, ajoute le fait que près du tiers de Montréalais sont bilingues. «C’est avantageux pour eux d’avoir une ville dans laquelle beaucoup de gens parlent deux ou trois langues, des langues européennes, et a une culture internationale», plaide-t-il.

Comment Montréal se prépare?

Toute la métropole est présentement en «opération séduction», convient Stéphane Paquet.

Déjà, plusieurs entreprises avec qui il s’est entretenu se sont portées volontaires pour prêter des employés à la Banque de la défense pour que son installation se passe harmonieusement.

«J’ai déjà plusieurs cabinets comptables, juridiques et de ressources humaines qui m’ont dit : “On va leur faire un super deal en arrivant”. Parce que quand ces organisations internationales-là s’installent, conclut Stéphane Paquet, on sait qu’elles s’installent pour longtemps.»

La Banque est-elle vouée au succès?

L’économiste Arthur Silve reste à convaincre des bénéfices que générera la BDSR. «Ce n’est pas une solution miraculeuse», souligne-t-il.

Le professeur y voit surtout «un outil de construction d’un récit», pour mettre de l’avant les dépenses en défense, mais qui doit encore faire ses preuves.

«Je pense qu’il y a moyen d’en faire quelque chose. Mais cette banque de défense ne va pas faire apparaître tout d’un coup de l’argent public à partir de rien», rappelle M. Silve.

Juliette Nadeau-Besse

Juliette Nadeau-Besse, Le Soleil

Juliette Nadeau-Besse est journaliste affectée à l'Assemblée nationale par Le Soleil depuis l'automne 2025. Elle est arrivée au Soleil en 2023, où elle a couvert les actualités générales à Québec. Elle a remporté en 2024 la bourse de la relève de la FPJQ section Québec. Elle a aussi effectué un stage de deux mois à l'AFP à Mexico à l'hiver 2025.