Science

Pitou et minou ont-ils une grosse empreinte carbone?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «La responsabilité des gaz à effets de serre est toujours mise sur le dos des individus qui conduisent une auto ou qui mangent de la viande. Mais on ne parle jamais du coût écologique des animaux domestiques. Il y a les déjections, à l’intérieur comme à l’extérieur, la fabrication de leur nourriture sous toutes sortes de formes, le transport, les médicaments, etc. Alors combien ça «coûte», un animal domestique, en termes de gaz à effet de serre ?», demande Louise Saintonge, de Québec.

Question bien difficile que voici, car très peu d’études ont été faites à ce sujet. Pour tout dire, en 2017, deux chercheurs en environnement, Seth Wynes (Université de Lund, en Suède) et Kimberly A. Nicholas (Université de Colombie-Britannique), ont tenté de comparer tous les gestes petits et grands que M. et Mme Tout-le-Monde peuvent faire pour réduire leur empreinte carbone, et ils croyaient initialement que se priver d’un chien ferait partie des gestes ayant le plus d’impact. Mais ils ont dû abandonner cette partie de leur travail car «nous n’avons pu trouver que deux études, avec des résultats contradictoires, sur l’empreinte écologique des chiens», ont-ils écrit dans un article publié récemment dans les Environmental Research Letters.

De ces deux études, qui datent de 2011 et de 2013, l’une a conclu qu’un chien de la taille d’un Labrador implique des émissions d’environ 60 kg de gaz à effet de serre par année — autrement dit, presque rien —, alors que l’autre évaluait l’empreinte carbone du même toutou à... 1,6 tonne ! Pour donner une idée de ce que cela représente, c’est l’équivalent d’un vol trans-Atlantique, et deux fois plus que le CO2 qu’une personne peut «sauver» en devenant végétarien pendant un an. Bref, c’est énorme.

Un peu après la parution de l’article de Wynes et Nicholas, une troisième étude sur le sujet est parue, cette fois dans la revue savante PLoS – One. Son auteur, le géographe de UCLA Gregory S. Okin, y fait un estimé du nombre de calories consommées chaque année par les quelque 163 millions de chats et chiens domestiques vivant aux États-Unis et la part de ces calories qui proviennent de sources animales, de même que la masse totale de leurs déjections. Il estime que cela représente environ 33 % de la consommation humaine de calories animales et 30 % des excréments humains, et comme on connaît les GES associés à chacun, M. Okin déduit que les chiens et chats américains sont responsables d’environ 64 millions de tonnes de CO2 chaque année, soit l’équivalent de 13,6 millions de voitures.

Cette étude-là ferait donc pencher la balance du côté de l’hypothèse voulant que les animaux de compagnie ont une grosse empreinte carbone. Cependant, dans ces exercices comptables-là comme dans bien d’autres choses, le diable se cache toujours dans les détails. Ainsi, les calculs de M. Okin partent du principe que si les Américains ne possédaient plus ni chats ni chiens demain matin, alors l’Oncle Sam pourrait réduire sensiblement ses cheptels de bœufs, porc, poulets, etc. Ce qui réduirait bien sûr de beaucoup l’impact environnemental des animaux de compagnie.

Or c’est une prémisse très contestable parce qu’il n’y a tout simplement pas, ou extrêmement peu, d’élevage qui est fait principalement pour fabriquer la nourriture pour animaux. Pratiquement tout le bétail est destiné à la consommation humaine et, c’est avec ce qu’il reste une fois qu’on a enlevé «nos» morceaux que l’on produit les fameuses «croquettes» pour pitou et minou, ainsi que la nourriture en canne. On parle ici, par exemple, de farine d’os, de sang, de pattes, de becs et d’organes, de même que de la «vraie» viande invendue en supermarché et passée date, des graisses de restaurant, de bétail malade ou mourant, etc [https://bit.ly/2FkeFAS].

Bref, même si on faisait disparaître tous les animaux de compagnie, il faudrait maintenir les cheptels aux mêmes niveaux pour répondre à la demande humaine. M. Okin lui-même le reconnaît dans son article, d’ailleurs, mais il maintient tout de même ses conclusions parce que, argue-t-il, la plupart de ces ingrédients pourraient devenir propre à la consommation humaine après transformation. La preuve en est, dit-il, que l’on connaît bien des cas où des gens très pauvres se sont nourris de nourriture pour chats ou chiens. En outre, «la tendance est à la nourriture de luxe qui inclut plus de produits animaux que les Américains considèrent comme comestibles», fait-il valoir.

Il est vrai que ce type de nourriture est plus populaire qu’avant, mais ce sont encore les «croquettes» qui dominent le marché, et de loin : 8,7 milliards $ en 2012 contre 2,3 milliards $ pour la nourriture «humide», d’après des chiffres cités par M. Okin. Et encore, cette dernière n’inclut pas que des parties «comestibles pour l’humain», loin s’en faut. Alors sans dire qu’il n’a aucune valeur, l’argument voulant que la nourriture pour chiens/chats «concurrence» l’alimentation humaine est encore très théorique.

Le dégel spectaculaire du lac Michigan

Science

Réchauffement : pourquoi il faut s’attendre à une mortalité plus élevée

LA SCIENCE DANS SES MOTS / On a estimé à plus de 70 000 les décès supplémentaires attribuables à la chaleur en Europe, de juin à septembre 2003, soit pendant 122 jours, par rapport aux périodes correspondantes des années précédentes. De ces 122 jours, 95 ont présenté un excès de mortalité. L’Italie et la France sont deux des pays qui ont été particulièrement touchés, avec 20 089 et 19 490 décès additionnels, respectivement. Les 65 ans et plus comptaient pour une part importante de ces décès ; en fait, plus ces aînés étaient âgés et plus la part des décès augmentait.

À la suite de cet été meurtrier de 2003, une équipe de chercheurs a estimé la part de la surmortalité totale imputable à six vagues de chaleur survenues en France métropolitaine de 1975 à 2003. Ces canicules comptaient de 3 à 11 jours chauds consécutifs, avec des températures moyennes maximales et minimales variant respectivement de 30,8 à 36 °C, et de 17,7 à 20 °C. Pour chacune de ces canicules, un excès significatif de mortalité a été observé, soit d’environ 3000 décès en 1975, 5100 en 1976, 1500 en 1983, 1600 en 1990, 1300 en 2001 et 13 700 en 2003 (la plus longue et la plus chaude).

De même, plus de 4 % de ces décès supplémentaires avaient comme cause initiale (ou principale) la déshydratation, l’hyperthermie ou le coup de chaleur (sauf en 1975, où c’était 2 %, avec 21 % en 2003 (d’autres causes de décès ont aussi contribué à la surmortalité). En ajoutant les causes associées (ou secondaires), ces pourcentages étaient de 6 % avant 2003 et de 44 % en 2003. Enfin, la surmortalité croissait avec l’âge, mais à partir de 55 ans.

Ainsi, les personnes âgées constituent un groupe à risque à la chaleur, notamment en raison des changements physiologiques associés au vieillissement. Le seuil d’âge à partir duquel on les considère à risque dépend toutefois des caractéristiques de la population étudiée (p. ex., niveau socioéconomique). Certains types de travailleurs constituent un autre groupe de personnes à risque de décès par épuisement à la chaleur ou par coup de chaleur, lorsqu’il fait très chaud durant l’été.

Le risque de blessures est aussi important chez les travailleurs. En fait, il semble qu’une température ambiante élevée puisse modifier leurs habiletés et leurs capacités lors de l’exécution de tâches physiques (diminution de la concentration, des performances psychomotrices, etc.), ce qui peut entraîner des conséquences négatives sur leur sécurité et leur productivité. De plus, en ambiance chaude, le coup de chaleur peut survenir brusquement lors de l’exécution d’un travail physique, en l’absence de mesures de refroidissement immédiates et énergiques, surtout si le travailleur n’est pas encore acclimaté, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de ses premières journées d’exposition à la chaleur, s’il revient de vacances ou d’un congé de maladie, s’il est nouvellement embauché, ou si c’est le début d’une canicule.

En fait, de façon générale, si la température du corps monte au-dessus de 38 °C (épuisement hyperthermique ou par la chaleur), les fonctions cognitives et physiques sont altérées ; au-dessus de 40,6 °C (coup de chaleur), les risques de dommages aux organes, de perte de conscience et de décès sont nettement augmentés. Ensuite, tout dépend de l’âge ou du type de travail exercé, notamment. Des mécanismes biologiques, dont la thermorégulation, sont à la base du risque accru de conséquences sanitaires à la chaleur.

Science

De la liseuse ou du livre, le moins polluant est...

DÉTECTEUR DE RUMEURS / L’empreinte carbone laissée par la production d’un livre imprimé est devenue un argument chez ceux qui défendent le passage aux appareils numériques. Mais d’un autre côté, le bon vieux papier a pour avantage de durer plus longtemps et de pouvoir passer entre plus de mains. Qui dit vrai ? Le Détecteur de rumeurs et Unpointcinq, «média de l’action face aux changements climatiques», survolent quatre aspects du problème.

Cycles de vie du papier et du numérique

Dans une recherche parue en 2012 dans le Journal of Industrial Ecology, une équipe de l’Université du Québec à Chicoutimi a décortiqué le cycle de vie d’un livre depuis les coupes forestières faites par l’industrie des pâtes et papiers jusqu’à ses derniers moments dans le bac de recyclage ou au dépotoir. En déterminant les quantités de gaz à effet de serre émises à chaque étape de la production, les chercheurs ont donc calculé son empreinte carbone.

D’après leurs résultats, la production d’un livre de poche fabriqué aux États-Unis ou au Canada génère 2,71 kg de CO2. «Les différentes étapes de la vie d’un livre ne pèsent pas toutes aussi lourd dans la balance : la majorité des émissions de CO2 proviennent de la fabrication de la pulpe, vierge ou recyclée, et du papier», précise l’un des auteurs de l’étude, Claude Villeneuve, titulaire de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Si les livres poussent dans les arbres, ce n’est toutefois pas le cas des liseuses ! Leur fabrication, de l’extraction de la matière première jusqu’au recyclage des pièces totalise, selon une évaluation de la compagnie Apple, une empreinte carbone de 120 à 160 kg de CO2 pour l’iPad Pro, tandis qu’une étude de la firme américaine de consultants Cleantech publiée en 2009 mesurait environ 170 kg de CO2 pour la Kindle d’Amazon.

Il ressort donc de ces chiffres qu’après quatre ans d’utilisation intensive (durée de vie moyenne d’un iPad, selon Apple), l’empreinte carbone d’une liseuse correspond à celle de 45 à 65 livres neufs. Autrement dit, pour que la liseuse démontre un bilan similaire à celui des livres en papier, il faudrait que son propriétaire achète au minimum un livre par mois pendant quatre ans.

Le facteur géographique

L’empreinte carbone des livres imprimés peut toutefois varier suivant la géographie. «Les usines de pâtes et papiers québécoises sont majoritairement alimentées par des centrales hydroélectriques, dont l’empreinte est faible. Aux États-Unis, les centrales au charbon pèsent bien plus lourd», note Claude Villeneuve. La distance entre les différentes étapes du cycle de vie d’un livre joue aussi : le passage par l’entrepôt d’un détaillant en ligne peut faire grimper son kilométrage.

Le livre papier, «réservoir de carbone»

Bien que les chercheurs de l’Université de Chicoutimi ne soient pas allés jusque-là, on peut considérer qu’entre le livre numérique et le livre papier, ce dernier a pour avantage de devenir un réservoir à carbone… dès qu’il s’installe quelque part ! «Tous les livres qui garnissent ma bibliothèque depuis des années stockent le carbone au lieu de le relâcher dans l’atmosphère, souligne Claude Villeneuve. Avec ma collection de livres, j’emprisonne une partie des gaz à effet de serre inhérents à mes livres.»

La bibliothèque publique, la botte secrète du livre

Le bon vieux bouquin a encore une carte en réserve. Presque la moitié des Québécois empruntent leurs livres à la bibliothèque ou à leur entourage. Les livres n’étant pas à usage unique, il faut donc prendre en compte que plusieurs lecteurs se partageront un même ouvrage. L’empreinte carbone du livre papier s’en trouve donc réduite, et la pente est encore plus difficile à remonter pour la liseuse.

Science

«La science ne tue pas Dieu»

WASHINGTON — Le prix Templeton, qui récompense chaque année une personnalité affirmant «la dimension spirituelle de la vie», a été attribué la semaine dernière au physicien théorique brésilien Marcelo Gleiser, qui s'acharne à démontrer que science et religion ne sont pas ennemies.

Ce professeur de physique et d'astronomie, spécialisé en cosmologie, né à Rio de Janeiro il y a 60 ans et installé depuis 1986 aux États-Unis, ne croit pas en Dieu. Il est agnostique. «L'athéisme n'est pas compatible avec la méthode scientifique», a dit Marcelo Gleiser lundi à l'AFP depuis le Dartmouth College, l'université du New Hampshire où il enseigne depuis 1991. C'est «une croyance dans une non-croyance. Vous niez catégoriquement une chose contre laquelle vous n'avez aucune preuve. Je garde l'esprit ouvert, car je comprends que la connaissance humaine est limitée», explique le scientifique.

Le prix Templeton est financé par la fondation de feu John Templeton, un Américain presbytérien qui a fait fortune à Wall Street. Avec 1,1 million de livres britanniques, il est mieux doté de moitié que le Nobel. Desmond Tutu, le dalaï-lama, des philosophes, d'autres astrophysiciens et Alexandre Soljenitsyne l'ont reçu depuis 1973. Au fil de cinq ouvrages en anglais, dont un traduit en français, et de centaines d'articles de blog et de presse aux Etats-Unis et au Brésil, Marcelo Gleiser a décrit comment la science et la religion visaient chacune à répondre à des questions très similaires sur l'origine de l'univers et de la vie.

«La première chose que vous voyez en ouvrant la Bible est une histoire de création, dit-il. Juifs, chrétiens, musulmans: quelle que soit la religion, tout le monde veut savoir comment le monde est apparu.» Cette curiosité fondamentale - scientifique ou religieuse - amène certes à des réponses différentes. La méthode scientifique est faite d'hypothèses réfutables, pas les religions.

Mais «la science peut fournir des réponses jusqu'à un certain point seulement». Que sont le temps, la matière, l'énergie? Les réponses scientifiques ne sont valables que dans un cadre théorique. «C'est un problème connu en philosophie, celui de la première cause: on est coincés, dit Marcelo Gleiser, père de cinq enfants. Nous devons avoir l'humilité d'accepter que nous sommes entourés de mystère.»

«Arrogance» scientifique

Marcelo Gleiser est un grand vulgarisateur. Il a écrit sur le changement climatique, Einstein, les ouragans, les trous noirs, la conscience... Son credo est de retracer les liens entre la science et les humanités, dont la philosophie.

Que pense-t-il de ceux qui croient que la Terre fut créée en sept jours? «Ils voient la science comme une ennemie car ils ont une vision obsolète où les scientifiques essaient de tuer Dieu» en tentant de résoudre le mystère des origines, dit-il, avant de répéter: «La science ne tue pas Dieu».

Mais il accuse les «nouveaux athées» d'avoir fait du tort en creusant le fossé avec la religion, notamment le scientifique britannique Richard Dawkins (qui voulait faire arrêter le pape Benoît XVI pour la pédophilie dans l'Eglise) ou feu le journaliste Christopher Hitchens, qui critiquait Mère Teresa (par ailleurs la première à avoir reçu le prix Templeton). Pour Marcelo Gleiser, qui a grandi dans la communauté juive de Rio, la religion n'est pas qu'une croyance en Dieu, elle fournit un sentiment d'appartenance et d'identité.

«Au moins la moitié du monde est comme ça. Il est extrêmement arrogant de voir des scientifiques descendre de leur tour d'ivoire pour faire des déclarations qui ne prennent pas en compte l'importance sociale des systèmes de croyance, conclut Marcelo Gleiser. Quand des scientifiques célèbres expliquent que la cosmologie a tout expliqué des origines de l'univers, et qu'on n'a plus besoin de Dieu, c'est n'importe quoi. Nous n'avons rien expliqué du tout.»

Monde

Gilets jaunes: une journée test émaillée d'incidents

PARIS — Plusieurs dizaines de milliers de «gilets jaunes» ont défilé en France, pour le 19e samedi consécutif, marqué par un renforcement drastique du dispositif policier et des incidents, sans commune mesure toutefois avec les scènes de violence de la semaine précédente.

Les manifestants étaient environ 40 500 sur l'ensemble du pays, dont 5000 à Paris, a déclaré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Il a estimé que les «consignes de fermeté» données «ont permis de maintenir l'ordre et d'éviter des débordements».

Samedi dernier, ils étaient, selon la même source, 32 000 en France, dont 10 000 à Paris, et la journée avait été marquée par des scènes de saccage sur les Champs-Élysées, entraînant un net renforcement du dispositif de sécurité ce samedi.

Feux de poubelle et devanture de banque vandalisée : les forces de l'ordre ont tiré des grenades lacrymogènes à Paris en fin de journée pour disperser le dernier cortège de «gilets jaunes», non loin du quartier de la République, a constaté une journaliste de l'AFP.

En régions, des incidents sporadiques ont également éclaté comme à Montpellier (Sud), La Rochelle (Ouest), ou Nice (Sud-Est) où une septuagénaire a été grièvement blessée en tombant pendant une charge de la police, selon les correspondants de l'AFP.

Le gouvernement n'avait pas lésiné sur les moyens pour éviter une réédition des violences de la semaine précédente et avait promis la «fermeté».

«Nous serons sans merci pour les casseurs», avait ainsi averti la garde des Sceaux Nicole Belloubet.

Les manifestations avaient été interdites dans des lieux symboliques d'une quinzaine de villes et l'armée mise à contribution pour sécuriser certains sites, libérant ainsi policiers et gendarmes pour leur permettre d'assurer le maintien de l'ordre.

Dans la capitale, où 6000 membres des forces de l'ordre étaient mobilisés, les Champs-Élysées avaient été particulièrement sécurisés et interdits aux manifestants.

Les «gilets jaunes» ont défilé dans le calme loin de l'artère emblématique et ont commencé à se disperser vers 16h GMT (12h, heure du Québec). Mais un cortège s'est alors reformé, avant d'être bloqué par les forces de l'ordre. Ces dernières ont tiré des grenades lacrymogènes pour disperser le défilé, en tête duquel se trouvaient plusieurs jeunes, chandails à capuche et foulards sur le nez.

Échauffourées en régions

À Montpellier, des échauffourées ont éclaté environ deux heures après le départ d'un cortège rassemblant quelque 4500 personnes selon la préfecture.

Vers 16h, les forces de l'ordre ont fait des sommations puis procédé à des tirs nourris de grenades lacrymogènes, alors que des manifestants leur jetaient canettes et bouteilles de bière.

À Nice, où le président français Emmanuel Macron et son homologue chinois Xi Jinping sont attendus dimanche et lundi, des heurts ont éclaté dans l'après-midi lorsque quelques centaines de manifestants ont tenté de pénétrer dans le périmètre interdit aux rassemblements, déclenchant des tirs nourris de gaz lacrymogène.

Le matin, quelques dizaines de personnes avaient déjà bravé l'interdiction de manifester en centre-ville, dont la militante altermondialiste septuagénaire blessée, qui souffre, selon sa fille, «de plusieurs fractures au crâne, au rocher [oreille interne] et d'hématomes sous-duraux».

Soixante-quinze personnes ont été interpellées, selon la préfecture.

À Bordeaux (Sud-Ouest), place forte du mouvement, des tensions se sont fait sentir en centre-ville, là aussi interdit de manifestation, avec l'arrivée de black blocks en milieu d'après-midi, a constaté une journaliste de l'AFP.

À La Rochelle, la police a fait usage de gaz lacrymogène contre des manifestants qui leur lançaient des projectiles.

L'ultragauche, présente en force à Paris le 16 mars, «veut se mobiliser en privilégiant les manifestations régionales», avait estimé une source policière.

À Toulouse (Sud-Ouest), les forces de l'ordre ont chargé pour disperser quelques milliers de «gilets jaunes» et ont délogé des dizaines de protestataires de la place du capitole où les manifestations étaient interdites.

Né en novembre d'un ras-le-bol social et fiscal, le mouvement a muté en une contestation protéiforme, sans leaders représentatifs, et ne s'est pas éteint avec le «grand débat national» lancé en réaction par le chef de l'État.

Ce grand débat a donné lieu à plus de 10 000 réunions et s'est achevé la semaine dernière. Le gouvernement doit désormais faire des propositions.

Monde

Manifestation géante à Londres pour un nouveau référendum sur le Brexit

LONDRES — «UE, je t'aime» : des centaines de milliers de personnes ont défilé samedi à Londres pour réclamer un nouveau référendum sur le Brexit, en pleine incertitude sur la possibilité que la première ministre Theresa May présente à nouveau son accord de divorce aux députés.

«Nous demandons un vote populaire», «Quitter [l'UE] ne marchera pas», «Révoquons l'article 50 [du Traité de Lisbonne, qui régit la sortie d'un pays de l'UE]», pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants, venus des quatre coins du Royaume-Uni en voiture, bus ou train.

La foule, massive, dense et enthousiaste a défilé dans le centre de la capitale britannique, non loin des bureaux de Theresa May au 10, Downing Street, chantant des airs anti-Brexit et brandissant des drapeaux européens, parfois en forme de coeur.

Theresa May en a d'ailleurs pris pour son grade, avec de nombreuses caricatures la dépeignant en dirigeante complètement dépassée par les événements.

La première ministre «doit partir, nous devons révoquer l'article 50», a déclaré à l'AFP TV Emma Sword, une manifestante.

«Je suis vraiment bouleversée», a renchéri une autre participante, Caroline Roma. «Je pense qu'ils n'en discutent pas et qu'ils n'y ont pas réfléchi. Je pense que les gens qui nous ont soumis ce vote sur le Brexit n'avaient même pas de plan. Ils n'ont jamais eu de plan. Je ne crois même pas qu'ils pensaient qu'ils allaient gagner.»

L'organisation People's vote, qui milite pour un nouveau référendum, a estimé à environ un million le nombre de participants, Scotland Yard ne fournissant aucun chiffre de son côté.

Une manifestation similaire en octobre avait réuni près de 700 000 manifestants dans la capitale britannique.

Monde

Mort de l'ancien espion qui avait capturé le nazi Eichmann

JÉRUSALEM — L'ancien espion israélien Rafi Eitan, chef du commando ayant enlevé en Argentine en 1960 Adolf Eichmann, un des principaux responsables de la «solution finale», est décédé samedi à l'âge de 92 ans en Israël, a annoncé la radio publique israélienne.

M. Eitan est mort samedi après-midi à l'hôpital Ichilov à Tel-Aviv, ville côtière israélienne, selon la radio publique qui n'a pas donné plus de détails.

«Rafi était l'un des héros des services de renseignements de l'État d'Israël, avec d'innombrables actions en faveur de la sécurité d'Israël», a déclaré dans un communiqué le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. «Nous pleurons sa mort.»

La mort de M. Eitan a également suscité un rare éloge funèbre du service de sécurité intérieure israélien, le Shin Bet.

«Rafi, qui était l'un des fondateurs de la branche opérationnelle du Shin Bet, a mené et a participé à une dizaine d'opérations historiques qui resteront secrètes encore pour de nombreuses années», a affirmé dans un communiqué Nadav Argaman, à la tête du Shin Bet.

M. Eitan était «un combattant-né qui s'en tenait à sa mission et à ce qu'il considérait comme juste», a aussi salué dans un communiqué le président israélien Reuven Rivlin.

La mort de l'ancien espion a également poussé les services secrets israéliens à sortir de leur habituel silence : Rafi Eitan «était de manière générale un pilier de la communauté des membres du renseignement et du Mossad en particulier», a déclaré le chef du Mossad, Yossi Cohen, dans un communiqué.

«Les fondements posés par Rafi pendant les premières années de l'État [hébreu] sont essentiels pour les activités du Mossad aujourd'hui encore», a-t-il affirmé.

Capture d'Eichmann

Né en novembre 1926 dans un kibboutz dans une Palestine alors sous mandat britannique, M. Eitan a participé à ses premières opérations militaires avant même la naissance de l'État d'Israël, en 1948.

Il rejoint ensuite le Palmach, branche d'élite de l'organisation paramalitaire juive Haganah, qui préfigure l'armée israélienne. Il intègre ensuite le Mossad dans les années 1950.

Après avoir grimpé les échelons jusqu'à prendre la tête des opérations du Mossad, il participe à la capture à Buenos Aires d'Adolf Eichmann.

Celui qui fut un haut fonctionnaire nazi, notamment en charge de la «solution finale», est emmené en Israël. En 1962, il est jugé et pendu pour sa responsabilité dans l'extermination de six millions de juifs lors de la Seconde guerre mondiale.

Avec son déroulé digne d'un roman à suspens, l'enlèvement d'Eichmann a contribué à la gloire des services secrets israéliens.

En 2017, interrogé par des médias israéliens, Rafi Eitan confie cependant que le médecin nazi Josef Mengele a échappé à deux reprises et de justesse au Mossad avant de mourir accidentellement au Brésil en 1979.

Le chef du Mossad Isser Harel avait donné ordre à Rafi Eitan de profiter de la capture d'Eichmann pour arrêter également Mengele, qui vivait aussi à Buenos Aires, a relaté M. Eitan.

Mais celui-ci dit s'être opposé au plan proposé : «Je ne voulais pas mener deux opérations en même temps [...] Nous avions réussi la première et, d'après mon expérience, lorsque vous tentez d'en mener une deuxième, vous mettez en danger les deux opérations».

Affaire Pollard

Outre son rôle dans l'enlèvement d'Adolf Eichmann, Rafi Eitan est connu pour avoir été l'agent traitant de Jonathan Pollard, un analyste de la Marine américaine arrêté en 1985 et emprisonné aux Etats-Unis pendant 30 ans pour espionnage au profit d'Israël.

À la suite de cette affaire qui a provoqué une grave crise de confiance entre les États-Unis et Israël, il est sous le coup d'un mandat d'arrêt américain.

En 2006, à l'âge de 79 ans, il est élu au Parlement et prend la tête du Parti des Retraités, avant de devenir ministre pour les Seniors.

Il avait alors dit avoir subi une opération du coeur un an plus tôt. «Je ne vois rien et je n'entends rien mais je cours tous les matins, je fais de la sculpture et ma femme dit que je vais bien», avait-il confié.

Monde

Norvège: évacuation spectaculaire des passagers d'un paquebot [VIDÉO]

OSLO — Les autorités norvégiennes poursuivaient samedi soir l'évacuation spectaculaire par hélicoptère de quelque 1300 personnes à bord d'un navire de croisière, victime d'un problème moteur dans des eaux notoirement périlleuses au large de la Norvège.

Le navire de croisière Viking Sky avait lancé un SOS en début d'après-midi.

Vers 21h (16h, heure du Québec), 136 personnes avaient été évacuées, hélitreuillées une à une du fait des très mauvaises conditions météorologiques, a indiqué à l'AFP un responsable du Centre de secours du sud de la Norvège, Per Fjeld.

Les passagers sont originaires de 16 différents pays. Beaucoup d'entre eux sont de nationalités britannique et américaine, a indiqué M. Fjeld.

Selon lui, l'opération de sauvetage doit se poursuivre toute la nuit. Sur le navire, «les personnes sont en sécurité», a-t-il dit.

Parallèlement, des efforts ont été engagés pour faire redémarrer le deuxième moteur et permettre au bateau de quitter la zone.

Un remorqueur fait ainsi route vers le Viking Sky dans l'espoir de pouvoir le tirer vers un port des environs, ce qui dispenserait les secours d'évacuer l'ensemble des passagers par hélicoptère.

Parmi les personnes évacuées, trois sont gravement blessées, selon les médias locaux.

«Je n'ai jamais rien vu d'aussi effrayant. J'ai commencé à prier, j'ai prié pour la sécurité de tout le monde à bord», a dit à la télévision publique NRK l'une des passagers qui a pu regagner la terre ferme, Janet Jacob.

Des images diffusées sur les médias locaux montrent des passagers tentant de rester calmes malgré le tangage qui fait rouler les meubles.

«Nous étions assis pour déjeuner quand ça a commencé à trembler», a raconté l'Américain John Curry.

«Le bateau a commencé à prendre l'eau. C'était juste le chaos», a-t-il confié.

Cinq hélicoptères ont été dépêchés sur place pour effectuer des navettes entre le navire et la terre ferme avec les passagers évacués, a indiqué le Centre de secours.

À chaque rotation, chaque appareil emporte entre 15 et 20 personnes.

«Le voyage en hélicoptère a été terrifiant. Les vents, on aurait dit une tornade», a témoigné Mme Jacob.

Monde

L'Amérique spécule sur le rapport Mueller, Trump reste muet

WASHINGTON — Les Américains attendaient samedi avec fébrilité de découvrir les conclusions du procureur spécial Robert Mueller sur l'enquête russe, un document crucial pour l'avenir politique de Donald Trump qui entend briguer un second mandat en 2020.

Le discret et méthodique Mueller a rendu vendredi son rapport à l'issue d'une enquête de 675 jours qui a tenu les États-Unis en haleine, rappelant celle du Watergate qui a poussé Richard Nixon à la démission en août 1974.

Vingt-quatre heures plus tard, le plus grand mystère entourait toujours le document. La Maison-Blanche a répété ne pas avoir été briefée sur son contenu et aucun élu n'y a eu accès. Selon plusieurs médias, ses principales conclusions ne devraient pas être transmises au Congrès avant dimanche.

Il doit permettre de répondre à deux questions : l'équipe Trump a-t-elle travaillé main dans la main avec Moscou lors de la campagne de 2016 et le 45e président des États-Unis a-t-il ensuite essayé de faire obstruction à la justice?

Trump? «Il va bien»

D'habitude prompt à réagir sur cette affaire qui empoisonne sa présidence depuis près de deux ans, Donald Trump, ce week-end en famille dans son club de Mar-a-Lago, n'a pour l'instant pas dit un mot.

«Il va bien», a simplement répondu son porte-parole Hogan Gidley, interrogé sur l'état d'esprit du président américain qui a passé la journée à son golf de West Palm Beach, en Floride.

Depuis des mois, il dénonce inlassablement une «chasse aux sorcières» visant à le discréditer (il a utilisé l'expression plus de 180 fois sur Twitter).

Il y a trois jours, il a ouvertement mis en cause la légitimité de l'enquête, prenant sa base électorale à témoin.

«C'est assez extraordinaire que lorsque vous avez remporté une grande victoire, quelqu'un arrive et rédige un rapport venu de nulle part», a-t-il lancé. «Expliquez-moi ça, parce que mes électeurs ne le comprennent pas et je ne le comprends pas.»

Quelle partie du rapport sera rendue publique? Dans quel délai? Pour l'heure, c'est le ministre de la Justice, Bill Barr, qui est maître du jeu.

Les élus démocrates multiplient les appels à la «transparence», jugeant insuffisante son offre de transmission des «principales conclusions».

«Le Congrès exige le rapport dans son entier [...] afin que les commissions puissent poursuivre leur travail indépendant», a affirmé samedi Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants.

Cette enquête touche à «des questions qui portent sur l'intégrité de notre démocratie», avait-elle estimé dès la fin des investigations. «Le peuple américain a le droit à la vérité.»

De nombreux candidats démocrates à l'élection présidentielle de 2020 ont également réclamé la publication du document objet d'intenses spéculations dans la capitale fédérale américaine.

«Comme l'a dit Donald Trump, "sortez-le"», a tweeté Bernie Sanders. «Communiquez le rapport Mueller à tous les Américains. Maintenant», a exhorté Elizabeth Warren.

En l'absence de révélations fracassantes, le milliardaire républicain pourrait sortir renforcé de l'épisode, surtout si, comme le prédisent nombre d'élus de son camp, l'enquête conclut à l'absence de collusion avec la Russie.

Pas d'inculpation pour collusion

Le procureur Mueller ne recommande pas de nouvelles inculpations à l'issue de ses investigations, ont assuré des médias américains.

Pour l'élu républicain Mark Meadows, proche du président américain, cette précision est cruciale. «Si c'est vrai, cela signifierait que nous venons d'achever deux années d'enquête sur la "collusion russe" sans la moindre inculpation pour collusion. Pas une seule», a-t-il tweeté.

De fait, ce chef d'inculpation n'a jamais été retenu pour les 34 personnes mises en cause dans ce dossier parmi lesquelles six proches collaborateurs de Trump.

L'enquête a notamment entraîné la spectaculaire déchéance judiciaire de son ex-chef de campagne, Paul Manafort, ou encore de son ex-avocat personnel, Michael Cohen, tous deux condamnés à la prison pour des malversations diverses et des déclarations mensongères.

Ancien patron du FBI sous les présidents George W. Bush (républicain) et Barack Obama (démocrate), Robert Mueller avait été nommé en mai 2017 comme «procureur spécial» par le ministère de la Justice afin de garantir l'indépendance des investigations sur ce dossier ultrasensible.

À 74 ans, il goûtera de nouveau dans les jours qui viennent aux joies de la retraite, loin de l'agitation politique.

En 2008, lors d'un discours pour les 100 ans du FBI, il avait cité le tennisman Arthur Ashe pour qui «le vrai héroïsme est remarquablement sobre et très peu spectaculaire».