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Étude des crédits, beaucoup de temps pour pas grand-chose

Les députés consacreront jusqu'à 120 heures à l'étude des crédits budgétaires de tous les ministères.

CHRONIQUE / Les parlementaires passeront deux semaines à étudier les crédits budgétaires. Un exercice politique essentiel, mais qui devient de plus en plus une tribune partisane.


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Ou encore l’étude des crédits sert à poser des questions «plantées» par les membres du gouvernement et faire bien paraître leurs collègues ministres.

Mais pourquoi une chronique aussi interne à la vie parlementaire, au gros potentiel aride et technique, direz-vous?

Parce que l’étude des crédits budgétaires, même si c’est un ennuyant par bouts, ça reste important.

Il s’agit du seul véritable moment où est étudiée chaque ligne de dépenses prévues dans le budget qu’Eric Girard a présenté en mars. Les ministres doivent alors répondre aux questions. Bref, en principe, un noble moment de transparence.



Ces deux semaines qui monopolisent la vie parlementaire ont commencé mardi. Et si on se fie aux dernières années, cette figure imposée sert de moins en moins à éclaircir des points budgétaires.

Les partis d’opposition utilisent de plus en plus cette centaine d’heures de travaux qui se terminent souvent en soirée, pour coincer les ministres sur les controverses du jour ou des sujets d’actualité.

Les échanges peuvent bien sûr être intéressants pour les journalistes sur le plan de la joute partisane. On finit toujours par en ressortir quelques savoureuses répliques.

Mais on peut se demander si l’exercice sert vraiment à éclairer la population sur l’utilisation des deniers publics.

«Perte de temps»

Les critiques sur l’étude des crédits ne datent pas d’hier.

En 2019, la députée Catherine Fournier, alors indépendante, l’avait qualifiée de «perte de temps». Elle l’avait démontré par l’absurde en empilant tous les documents reçus en vue de l’exercice.

En 2019, la députée indépendante Catherine Fournier avait démontré tous les documents reçus en vue de l'étude des crédits budgétaires.

Catherine Fournier avait d’ailleurs écrit au président de l’Assemblée nationale de l’époque, François Paradis, pour lui proposer de changer la façon dont les crédits sont analysés.

La députée estimait que les députés manquaient de temps pour préparer leurs questions devant les piles de documents chiffrés reçus trop peu de temps avant l’exercice. Résultat: les séances étaient plutôt utilisées à attaquer le gouvernement, déplorait celle qui est maintenant mairesse de Longueuil.

Le péquiste Pascal Bérubé avait aussi à l’époque estimé qu’il fallait «mettre fin à cette pratique désolante où les questions des députés gouvernementaux sont connues d’avance».

Depuis, certaines façons de faire ont été revues. En 2022, les parlementaires ont modifié le règlement pour alléger l’horaire.

Le temps consacré à l’étude des crédits en commission est dorénavant de 120 heures, dont 100 allouées aux échanges entre les ministres et l’opposition, et 20 heures pour les questions des députés à leurs collègues ministres du gouvernement.

Horaire coincé et campagne en vue

Cette année, il faut dire que l’étude des crédits arrive dans un contexte particulier.

Plusieurs nouveaux ministres ont hérité de leur portefeuille le 21 avril seulement. Le peu de temps pour bien maîtriser les détails de leurs dossiers donnera peut-être des réponses plus en surface, des retards à répondre, voire pas de réponse pantoute.

Contexte spécial aussi avec, je vous en ai déjà parlé, un calendrier parlementaire complètement fou avant la plongée dans un été électoral.

La suspension des travaux pendant cinq semaines dans la foulée de l’élection de Christine Fréchette à la tête de la CAQ a comprimé le temps jusqu’à la fin de la session le 12 juin.

Cette semaine passe en analyse des crédits. La semaine prochaine est une relâche parlementaire. Retour la semaine du 25 mai avec une autre semaine de crédits.

On se retrouvera donc le 1er juin avec seulement deux semaines pour faire adopter des projets de loi.

Tout ça au moment où les élus et la population ont pas mal plus la tête au beau temps et à la fièvre des séries.

Raison de plus pour espérer que le précieux temps consacré à l’analyse du budget ne soit utilisé ni pour des attaques, ni pour de la flagornerie.


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Valérie Gaudreau

Valérie Gaudreau, Le Soleil

Entrée au Soleil en 2003, Valérie Gaudreau a travaillé aux faits divers, au pupitre et aux arts avant de couvrir la scène municipale de Québec de 2011 à 2017. Elle devient ensuite directrice de l’information, puis rédactrice en chef, poste qu’elle occupe de 2018 à janvier 2024. Elle est maintenant chroniqueuse politique à l'Assemblée nationale.