Chronique

Si c’est pas Oprah…

Oprah Winfrey est connue comme la reine des talk shows. La papesse du divertissement. La patronne d’un empire de l’empathie, du régime minceur, du médicament miracle et de la pop-psycho. Dimanche soir, il a suffi d’un discours électrisant, prononcé lors du gala des Golden Globes, pour qu’une partie de l’Amérique rêve soudain de la voir présidente. Dès 2020. Une autre preuve de l’incroyable popularité de celle que le monde entier surnomme «Oprah». Mais aussi un symptôme de l’état de délabrement du Parti démocrate…

Oprah Winfrey! ll suffit de prononcer ce nom pour faire apparaître des étincelles dans les yeux des démocrates les plus blasés. Dites Oprah et tout devient possible. Dites Oprah et le vilain farfadet Donald Trump disparaît en fumée. Dites Oprah et le gratin d’Hollywood se met à rêver d’un pays nouveau, avec des rivières de miel, des nuages de barbe à papa et des fontaines de chocolat.

Une chroniqueuse du Washington Post s’est gentiment moquée de cette soudaine Oprahmanie. «[…] Quand Oprah parle, la moisson devient abondante. Les cœurs s’enhardissent, les lapins ouvrent les yeux, les crocus émergent de la terre gelée et une musique lointaine se fait entendre, portée par une douce brise. Bref, le printemps est enfin arrivé.» (1)

Depuis des années, la candidature possible d’Oprah Winfrey à la présidence agitait périodiquement les médias. Les démentis de la vedette n’y changeaient rien. «Je ne serais jamais candidate à une fonction politique, avait-elle répété, au mois d’octobre, lors d’une entrevue à la chaîne CBS. Peu importe. Dimanche soir, après son discours des Golden Globes, la machine à rumeurs s’est emballée à nouveau. Telle une étincelle dans une poudrière.

Aujourd’hui, la possibilité d’un duel au sommet Donald Trump-Oprah Winfrey donne des palpitations aux actionnaires des grands médias. Le show du siècle. L’ultime télé-réalité. L’équivalent du combat légendaire entre George Foreman et Mohamed Ali, mais en version politique. Et le pire, c’est que les élections présidentielles n’auront lieu que dans trois ans…

Votez Bugs Bunny

Pour le Parti démocrate, le bla-bla entourant la candidature d’Oprah Winfrey constitue une aubaine. Une diversion utile, au moment où le Parti traverse sa période la plus sombre depuis les années 20. La défaite de 2016 a fait mal. Cet automne, le Parti affichait encore une dette de plus de 3,5 millions $. Pire, pour chaque dollar qu’il parvient à grappiller, ses adversaires républicains en récoltent deux (2).

En dehors des grandes villes, dans les états du Sud et du Centre, le Parti démocrate ressemble souvent à un mourant placé sous un respirateur artificiel. (3) Sur les 50 postes de gouverneurs d’un état, à peine 15 sont occupés par un démocrate. Signe des temps, les Démocrates ont eu de la difficulté à se dénicher un candidat en vue des élections au poste de gouverneur du Texas, qui auront lieu en novembre 2018. 

Personne ne voulait aller à l’abattoir. Il faut dire que l’état n’a pas élu un gouverneur démocrate depuis 1990. (4)

D’accord. Il y a une lueur au bout du tunnel. Et il ne s’agit pas nécessairement d’un train arrivant en sens inverse. Le 7 novembre, les Démocrates ont fait belle figure lors des élections locales en Virginie. De plus, ils ont réussi à faire élire leur candidat, Doug Jones, au poste de sénateur de l’Alabama. Un exploit jugé aussi improbable que celui d’assembler une boule de neige en enfer.

Doucement. Ne sortez pas le champagne et les confettis trop vite. En Alabama, la campagne du candidat républicain a été torpillée par des soupçons d’agressions sexuelles contre des mineures. Malgré le scandale, le démocrate ne l’a emporté que par une fragile majorité de 21 900 votes. Moins que les 22 000 électeurs qui ont préféré s’abstenir en inscrivant le nom d’un candidat fictif sur leur bulletin de vote. 

Parmi ces candidats, signalons Jésus, l’entraîneur de football Nick Saban, le général sudiste Robert Lee et bien sûr, l’increvable Bugs Bunny. (5)

Oprah à la rescousse

Aux yeux de certains démocrates inquiets, la candidature d’Oprah Winfrey permettrait à leur Parti de prendre un raccourci vers le pouvoir. En évitant les les crises existentielles et les querelles idéologiques. Les plus frileux disent même que cela permettrait d’éviter de soumettre le Parti à un processus digne du supplice de la goutte d’eau!

L’ancienne reine des talk-shows respire l’optimisme. Plus que tout, elle semble en mesure de gagner. Cette semaine, un sondage lui donne 48 % des suffrages, contre 38 % à Donald Trump. (6) Pas étonnant que ses partisans évoquent aussi «l’effet Oprah», son extraordinaire capacité à influencer. Lundi, le lendemain de son discours des Golden Globes, les actions de Weight Watchers, une compagnie qui lui est très associée, ont bondi de 12,5 %. (7)

«Oprah fait vibrer. Oprah donne la chair de poule. C’est son métier, a résumé le chroniqueur Frank Bruni, dans le New York Times. […] En 2020, le [candidat démocrate] devra être inspirant. […] Il devra irradier l’empathie. À la fin, peut-être que la personne choisie ne sera pas Oprah. Mais elle devra être Oprah-esque.» (8)

Reste que l’arrivée d’Oprah ne fait pas l’unanimité. «Je ne doute pas qu’elle soit animée d’une volonté sincère de rendre le monde meilleur, a expliqué David Axelrod, un ancien conseiller présidentiel, surnommé «La hache». Sauf que je ne suis pas sûr qu’elle soit prête à sacrifier son image de marque. Une campagne à la présidence, c’est implacable, envahissant, parfois dégradant. Sans compter que c’est souvent ennuyeux.» (9)

Ironie du sort, l’un des plus grands partisans de l’entrée d’Oprah Winfrey en politique a longtemps été… Donald Trump. Dès 1999, le grand orange rêvait d’en faire sa candidate à la vice-présidence. «Oprah constituera toujours mon premier choix, avait-il expliqué à l’animateur Larry King, sur la chaîne CNN. (…) Elle est populaire. Elle est brillante, C’est une femme formidable.» (10)

Les étoiles se bousculent

Oprah ou pas, la route qui mène à l’investiture démocrate de 2020 s’annonce congestionnée. Au moins une douzaine de candidats pourraient se retrouver sur la ligne de départ. Dans les rangs du Parti, les trois favoris avancent leurs pions. Ils se rendent régulièrement dans l’Iowa et le New Hampshire, les états où débute la saison des primaires, en février 2020.

Mais comme l’âge moyen du trio de tête atteint 73 ans, on peut difficilement parler d’un renouvellement. L’ancien directeur du Parti, Howard Dean, 69 ans, a même souhaité l’émergence d’une nouvelle génération. «Il est temps que ma génération débarrasse le plancher», a-t-il expliqué à des animateurs médusés, sur les ondes de la chaine MSNBC. (11)

Plusieurs candidats outsider jonglent aussi à la présidence. En décembre, l’acteur Dwayne «The Rock» Johnson a déclaré qu’il envisage «sérieusement» de se présenter. George Clooney a titillé le monde du potin en répétant que la présidence «semblait une chose intéressante». Même le milliardaire de Facebook, Mark Zuckerberg, a laissé courir la rumeur voulant qu’il soit candidat. (12)

«Avant, on disait que chaque sénateur voyait un futur président en se regardant dans le miroir, le matin. Maintenant, c’est le cas pour chaque super-riche, pour chaque célébrité, a écrit un collaborateur du Boston Globe. [Avec l’élection de Donald Trump], nous avons franchi une frontière. Je ne suis pas sûr qu’on pourra retourner en arrière.» (13)

Pour l’instant, le meilleur atout des démocrates demeure l’impopularité de Donald Trump lui-même. (14) En effet, malgré la baisse du taux de chômage et la croissance économique, la cote d’amour du président ne dépasse guère 38 %. À l’approche des élections de mi-mandat, qui auront lieu en novembre, plusieurs républicains commencent à s’inquiéter. Traditionnellement, les mid-terms se révèlent désastreux pour le parti du président. Mais avec un président qui multiplie les bourdes, ça s’annonce pire. À la Chambre des représentants, pas moins de 29 élus républicains ont déjà annoncé qu’ils ne se représentaient pas. Charlie Dent, le représentant d’un district de la Pennsylvanie, s’est fait leur porte-parole, en déclarant : «Qui voudrait revivre une année pareille? (15)

Reine ou présidente?

Il n’empêche. Si Oprah Winfrey entretenait encore des doutes de la férocité de la joute politique, elle sait désormais à quoi s’en tenir. Cette semaine, sur les réseaux sociaux, de nombreuses photos la montraient en compagnie du producteur de cinéma Harvey Weinstein, au centre de nombreuses accusations d’agression sexuelles. Il n’en fallait pas plus pour que certains l’accusent d’avoir été au courant des agissements criminels du producteur.

Ce n’est qu’un début. En 2016, environ 80 % de la publicité électorale adoptait un ton franchement négatif. Le scénario se répétera en 2020. Ici, on touche peut-être au talon d’Achille de la papesse du divertissement. Car on ne fait pas 30 années de télé sans laisser derrière soi quelques moments embarrassants. On imagine déjà avec quel bonheur ses adversaires rappelleraint ses entrevues avec des charlatans notoires. (16)

Sans oublier ses longues tirades sur la forme de ses étrons, qu’elle se vantait de contempler religieusement!

«La grande question consiste à se demander pourquoi elle songerait à une campagne présidentielle, écrit un chroniqueur du Washington Post. Cela lui demanderait trois années de dur labeur — et à la fin, si elle gagnait, cela voudrait dire encore quatre années de travail harassant et de responsabilités écrasantes. Après tout, la vie d’une milliardaire des médias est bien plus plaisante que celle d’un président.» (17)

Le mot de la fin appartient à une humoriste, qui soupesait le pour et le contre de la candidature d’Oprah Winfrey. «D’un côté, nous avons déjà Donald Trump comme président. Alors quand on y pense, on ne pourrait pas tomber beaucoup plus bas. Mais d’un autre côté, si Oprah devient la présidente, qui va jouer le rôle d’Oprah?»

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Sources: 

(1) «Oh the Fun if Oprah Really Runs», The Washington Post, 8 janvier 2018.
(2) «Divided Democratic Party Debates Its Future as 2020 Looms», Time Magazine, 21 septembre 2017.
(3) «The Democratic Party is Basically on Life Support in these 10 States», The Washington Post, 6 février 2017.
(4) «A New Low : Texas Democrats don’t have a Candidate for Governor», PBS News Hour, 8 août 2017.
(5) «Bugs Bunny for Senate ? Here are the Top Write-Ins from Alabam’s Special Election», PBS News Hour, 22 décembre 2017.
(6) «Oprah VS The Donald, and the Winner is…» Rasmussen Reports, 10 janvier 2010.
(7) «Oprah 2020 ? Winfrey’s Golden Globes Speech has Fans Dreaming of a Presidential Run», USA Today, 8 janvier 2018.
(8) «Is Oprah the Un-Trump, or the Un-Clinton», The New York Times
(9) «Talk of Oprah Running Presidents Captivates Democrats». The Washington Post, 8 janvier 2018.
(10) «Celebs, Politicos Alike Jump on the Oprah Winfrey Wagon», The Boston Herald, 9 janvier 2019.
(11) «My Generation has to Get the Hell Out of Politics», MSNBC, 28 décembre 2017.
(12) «More Signs Point to Mark Zuckerberg Possibly Running for President in 2020», CNBC News, 15 août 2017.
(13) «Is this a New Path to Oval Office ? Start with a Celebrity», The Boston Globe, 10 janvier 2018.
(14) «Strong Economy Lift Presidents. Trump Seems an Exception», The New York Times, 8 janvier 2018.
(15) «Suburban Anger At Trump Echoes Down the Ballot», The New York Times, 9 novembre 2017.
(16) «Oprah Could Run. Oprah Could Win : Is America Going Insane or Coming To its Sense?» The Washington Post, 8 janvier 2018.
(17) Don’t Underestimate the Possibility of Oprah 2020, The Washington Post, 9 janvier 2018.

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Chroniques

De l'importance de nuancer

CHRONIQUE / Le milieu des affaires lance régulièrement des appels pour une mobilisation régionale au nom de l’avenir économique. Le dernier vient d’Éric Dufour, vice-président régional chez Raymond Chabot Grant Thornton, qui dénonçait avec force le fardeau réglementaire imposé aux gens d’affaires du Saguenay–Lac-Saint-Jean (11 décembre 2017). La « castration entrepreneuriale » (ça ne s’invente pas) expliquerait plusieurs problèmes économiques. Réglons ce point qui fait consensus. Tous les milieux (communautaire, culturel, parapublic) gèrent une bureaucratie pesante. Encore faut-il être précis. Quels domaines ? Fiscal, reddition de comptes, construction, analyse environnementale ? Dans cette réflexion, il faut rappeler les principes justifiant les règlements : saine gestion de fonds, protection de l’environnement, répartition de la richesse. Bref, exiger un allègement réglementaire sans autre précision, c’est un peu dire tout et rien. Par ailleurs, ce serait surprenant de mobiliser la région avec ça. L’allégement réglementaire n’est pas ce qu’on appelle un projet de société.

Il est connu que les promoteurs privés souhaitent un allègement des processus environnementaux qui, selon eux, nuisent aux projets. C’est ce que demande Éric Dufour avec l’implantation d’une culture du « fast track » en donnant l’exemple de Métaux BlackRock. Carl Côté, président de la Chambre de commerce Saguenay-Le Fjord, l’appuie et va plus loin. Il affirme que les gouvernements se « déresponsabilisent en demandant aux PME et multinationales de gérer l’environnement externe, l’accessibilité sociale, les études environnementales ». Est-ce dire que l’État, c’est-à-dire la collectivité, devrait payer les études et consultations et, si possible, procéder rapidement ou pas du tout ? Comment expliquer une telle demande alors que les enjeux environnementaux n’ont jamais été si criants ? La région est-elle à l’écart du monde ? 

Le cri du cœur du milieu des affaires dépasse le fardeau réglementaire. Il sonne comme un plaidoyer pour qu’on leur confie les rênes de l’avenir. Leurs représentants veulent participer tous azimuts pour changer la société et même siéger dans les MRC pour apporter une culture entrepreneuriale. Ce discours s’inscrit dans la lame de fond néolibérale. Ce qui s’applique à l’entreprise privée serait bon pour les institutions démocratiques. Ce qui est profitable aux propriétaires le serait aussi pour la population (effet magique du ruissellement économique). Les entreprises privées seules créeraient de la richesse, ce qui exclurait l’État. Rien de neuf sous le soleil néolibéral qui simplifie et sème la confusion. Le message de Monsieur Dufour, et plus largement du milieu des affaires, mérite d’être débattu, confronté sinon déconstruit. Appeler à une mobilisation oblige à s’ouvrir aux autres acteurs socio-économiques et non à prêcher sa vérité. L’économiste Ianik Marcil fait une analyse intéressante des dessous de ces discours dans Les passagers clandestins. Métaphores et trompe-l’œil de l’économie, où il en identifie les conséquences. D’abord, ces discours se positionnent comme si c’était la réalité, la vérité. Tout irait de soi, tout serait naturel et, de fait, on ne pourrait rien y changer. Sans explication cohérente ou confrontation, le discours voile la complexité du réel en gommant les dynamiques sociales, politiques et symboliques de la société. J’offrirais volontiers des copies de ce bouquin au milieu des affaires. J’y ajouterais La juste part (Robichaud et Turmel) pour ouvrir les esprits à la théorie montrant que la richesse est un produit social. Un entrepreneur n’est rien sans les autres groupes (même les environnementalistes !). Ma chronique est elle-même un produit social. Je profite de la connaissance que d’autres ont produite, que j’ai lue, que des profs m’ont enseignée. J’ai aussi le privilège de la partager dans Le Quotidien. Mais n’allons pas trop vite. Une déconstruction à la fois. 

Chroniques

Regarder ce qu’on a

CHRONIQUE/ C’est une phrase que j’ai souvent prononcée, dans toutes sortes de circonstances, dans des moments difficiles, au moment de faire le point ou lorsqu’on a besoin de prendre du recul face à certaines situations. « Il faut regarder ce qu’on a, pas ce qu’on n’a pas. » C’est simplement une façon de voir la vie du bon côté et d’apprécier la vie qu’on mène.

CHRONIQUE/ C’est une phrase que j’ai souvent prononcée, dans toutes sortes de circonstances, dans des moments difficiles, au moment de faire le point ou lorsqu’on a besoin de prendre du recul face à certaines situations. « Il faut regarder ce qu’on a, pas ce qu’on n’a pas. » C’est simplement une façon de voir la vie du bon côté et d’apprécier la vie qu’on mène.

Survivre à la survie

La dernière aventure de Frédéric Dion aura été de survivre 10 jours au Yukon, sans eau, sans nourriture et sans GPS. « C’est André-François Bourbeau qui a choisi l’endroit où j’ai été largué en hélicoptère. Il a choisi le pire endroit où on pouvait se perdre. André-François, c’est mon mentor. En fait, dit-il en riant, il s’est pratiqué dans le bois à l’époque pour que je puisse vivre mes aventures. »

Frédéric Dion se prête au jeu des comparaisons avec son dix jours de survie de l’été 2016 et le Surviethon du professeur de l’UQAC en 1984. « André-François est demeuré statique 31 jours au même endroit au coeur de la forêt boréale, alors que mon défi était de sortir du bois et de retrouver mon chemin vers la civilisation », explique l’aventurier.

Il fait valoir cependant que sur le plan psychologique, les deux expériences les ont confrontés aux mêmes démons, aux mêmes angoisses. « L’objectif qu’on veut atteindre semble toujours très loin et on doute. On se retrouve dans l’urgence d’agir et on a parfois des pensées nuisibles. C’est là qu’on met en pratique ‘‘l’antidoute’’ et qu’on ose agir dans le moment présent. ‘‘L’antidoute’’, c’est l’art de diviser des objectifs en étapes simples pour qu’ils deviennent facilement réalisables. C’est une façon efficace de nous ancrer dans le présent et d’empêcher le doute d’envahir nos pensées. Elle nous ramène à l’essentiel de la vie : ici et maintenant », résume Frédéric Dion.

J’imagine qu’à un moment donné, on se demande ce qu’on fait ici, en plein coeur d’une forêt, dans le seul espoir de survivre ? On doit avoir le goût de tout plaquer là ? « Plus maintenant, parce qu’on fait des choix qui nous rendent heureux. Pourquoi André-François Bourbeau a choisi de passer 31 jours dans le bois ou moi de me perdre au Yukon ? C’est parce que ça nous rend heureux, parce que ça nous procure du bonheur », explique l’aventurier qui a déjà traversé l’Antarctique en ski et couru 33 marathons en sept semaines.

Dans ses conférences, Frédéric Dion invite les gens à appliquer l’antidoute dans leur vie quotidienne

En divisant un projet en petites étapes, nous nous concentrons sur le moment présent et le vivons en pleine conscience. La motivation est la base de la majorité des projets, il faut ensuite passer à l’action pour finalement arriver à la réalisation. Ce sont trois étapes qui prennent racine dans la confiance et l’estime de soi », philosophe l’aventurier qui a remplacé André-François Bourbeau comme coach de survie pour l’émission Expédition extrême à Canal Z.

Le psychologique devient l’outil principal en situation de survie. « La pensée magique, ça n’existe pas, il faut se mettre en action, faire un pas de plus, oser l’aventure. Ma conjointe est psychologue clinicienne et nous avons travaillé ensemble pour l’écriture du livre Survivre avec l’antidoute », fait valoir celui qui a déjà prononcé plus de 2000 conférences à travers le monde.

Frédéric Dion sera à l’hôtel Le Montagnais le 17 janvier pour rencontrer les gens du Royaume, une région où il dit avoir des liens importants avec des gens d’ici, mais aussi avec l’immense territoire qu’il a parcouru à plusieurs reprises.

Opinions

Des similitudes grandissantes entre Trump et Hitler

Déjà durant les élections américaines de 2016, de nombreux commentateurs politiques, représentants d’organismes publics et privés et journalistes de grands journaux comme le Washington Post ou le New York Times n’hésitaient pas à comparer Donald Trump avec Adolf Hitler.

Bien sûr, cette comparaison est dangereuse. Après tout, Hitler fut responsable de l’Holocauste dans lequel six millions de Juifs ont péri et c’est lui qui a déclenché la Deuxième Guerre mondiale. Trump ne propose pas de politiques aussi radicales. Aussi, pour beaucoup d’observateurs, cette comparaison apparaît farfelue.

Selon eux, en dépit de sa mégalomanie, de ses insultes aux immigrants hispaniques et musulmans, de ses propos racistes à l’égard des gens de couleur, rien ne justifie une telle comparaison ni de croire que Trump suit la même trajectoire qu’Hitler et qu’il veut provoquer des atrocités similaires à celles de ce dernier.

Néanmoins, depuis un an, la tentation de faire cette comparaison ne s’est pas relâchée. Parmi les critiques de Trump qui font cette comparaison, on retrouve le directeur du célèbre Centre Anne Frank. Dans ses commentaires véhéments, Steven Goldstein établit des «parallèles alarmants» entre les États-Unis de Trump et l’Allemagne hitlérienne.

Goldstein a rappelé dans une entrevue à Newsweek la série d’étapes franchies en Allemagne qui ont mené à l’Holocauste durant les années 1930 et comment le processus d’oppression a été marqué par l’isolement, la discrimination et la diabolisation croissante des minorités vulnérables.

Goldstein reproche particulièrement à Trump de véhiculer des préjugés racistes concernant les réfugiés et les immigrants. Loin de vouloir «banaliser l’Holocauste» en assimilant Trump à Hitler, Goldstein affirme qu’il est de sa responsabilité morale de souligner la similitude troublante existant entre les deux situations.

La perception du Centre Anne Frank est corroborée par Ron Rosenbaum, un autre Juif spécialiste mondial sur le dirigeant nazi. Dans son récent ouvrage Explaining Hitler : The Search for the Origins of His Evil, il affirme que Donald Trump utilise systématiquement le Mein Kampf d’Adolf Hitler comme manuel de stratégie politique.

En cela, Rosenbaum rejoint des dizaines d’observateurs qui notent des similitudes de rhétorique raciste et démagogique chez les deux dirigeants. Comme Hitler, Trump a tendance dans sa rhétorique à marginaliser certains groupes en caricaturant leurs modes de vie ou leurs croyances.

Pour Rosenbaum, la façon dont Trump dénigre les Mexicains, les musulmans, les handicapées ou les homosexuels est à la base de cette comparaison. Il y a une similitude avec la perception qu’Hitler avait des Juifs. Trump prend différents groupes comme cibles parce qu’ils ne correspondent pas à son idéal d’une société blanche, laborieuse, chrétienne et masculine.

Rosenbaum dresse aussi de nombreux parallèles dans l’ascension au pouvoir des deux dirigeants. Comme Hitler, Trump a été capable de bluffer pour accéder au pouvoir. Tous deux ont construit leur progression politique sur une biographie truffée de «fausses nouvelles». Tous deux ont ainsi réussi à confondre un système qui ne savait pas trop comment réagir.
Comme Hitler, Trump est dépeint par de nombreux psychologues comme un clown narcissique qui a réussi à prendre le contrôle d’une grande nation en trompant la population par une habile propagande et en tirant avantage du caractère dysfonctionnel du système politique qui s’est avéré incapable de bloquer son ascension.

À l’instar d’Hitler, Trump ne va pas au-delà des slogans, évitant de faire campagne sur des politiques spécifiques. Cependant, les deux dirigeants n’ont pas hésité à décrire les systèmes politiques existants comme étant à la fois fondamentalement incompétents, corrompus et incapables de proposer des solutions aux problèmes urgents existants. En conséquence, tous deux ont promis de redonner la grandeur à leur pays en offrant une nouvelle vision de leadership.

Comme Hitler, Trump normalise le mensonge, réduisant ainsi les attentes de véracité. Il en arrive ainsi à obtenir ce qu’il désire. À la manière d’Hitler, Trump définit le mensonge de telle sorte que chaque nouveau mensonge semble moins grave et moins scandaleux que le précédent, devenant ainsi plus acceptable. Aussi, comme Hitler, Trump cible les journaux qui posent un regard critique sur ses politiques.

Tous deux ont démontré leur ignorance de l’histoire, n’hésitant pas à déformer la vérité et à recourir à des comparaisons bizarres qui sont politiquement motivées. Comme Hitler, Trump a placé ses personnages douteux aux commandes, cherchant en même temps à les faire passer pour des représentants respectables de la politique américaine.

Bien sûr, Trump n’est pas Hitler. Néanmoins, il représente un réel danger pour la démocratie américaine. C’est le message que Barack Obama a livré au début de décembre devant le Club économique de Chicago.

Comparant la situation présente aux États-Unis à celle de l’Allemagne des années 1930, Obama a mis en garde son auditoire contre le danger de devenir trop complaisant. Si les gens ne font pas attention, la démocratie américaine pourrait s’effondrer comme celle de la République de Weimar le fit lors de l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Chroniques

Les réfugiés en quête de paix

CHRONIQUE SPIRITUALITÉ / Le pape François a retenu comme thème pour la Journée mondiale de la paix, le 1er janvier prochain, «Les migrants et les réfugiés: des hommes et des femmes en quête de paix». Dans ce message, le Saint-Père invite une nouvelle fois à un meilleur accueil des personnes qui ont fui leur pays, et plaide pour une conversion du regard envers ces personnes, car leur intégration réelle est l’une des conditions de la paix dans nos sociétés.

Parmi les personnes qui souffrent le plus d’absence de paix, il faut souligner les 250 millions de migrants dans le monde, dont 22 millions et demi sont des réfugiés, explique le Saint-Père.  C’est d’abord, en effet, un message de compassion que le Pape a souhaité délivrer: «Nous étreignons tous ces gens qui fuient la guerre et la faim ou qui sont contraints de quitter leurs terres à cause des discriminations, des persécutions, de la pauvreté et de la dégradation environnementale.»

Ouvrir nos cœurs à la souffrance des autres ne suffit pas, explique le pape, qui souligne que l’accueil de l’autre exige un engagement concret, une chaîne d’entraide et de bienveillance. Mais le souverain pontife n’oublie pas non plus les difficultés auxquelles sont confrontés sociétés et gouvernants. Aussi, rappelle-t-il, « c’est en pratiquant la vertu de prudence que les gouvernants sauront mieux accueillir et intégrer ces personnes vulnérables ».

Le Saint-Père met en garde également contre les peurs qui paralysent l’action, déplorant une rhétorique «qui s’est largement diffusée dans de nombreux pays de destination, en mettant en exergue les risques encourus pour la sécurité nationale ou le poids financier de l’accueil des nouveaux arrivants», un discours, dit-il, qui méprise la dignité humaine. «Ceux qui fomentent la peur des migrants, parfois à des fins politiques au lieu de construire la paix, sèment la violence, la discrimination raciale et la xénophobie», souligne-t-il de manière claire.

Porter un regard contemplatif

Dans son message, le pape François invite à changer de regard, à porter un regard contemplatif sur la ville où nous vivons, à ne pas regarder les migrants et réfugiés comme une menace, mais avec confiance, en y voyant une occasion de construire un avenir de paix. C’est avec ce regard bienveillant que l’on peut découvrir que ces personnes n’arrivent pas les mains vides, mais avec des capacités, des énergies et des aspirations.

Commentant pour sa part ce message, Radio Vatican met en évidence que l’action proposée se décline en quatre verbes: accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Accueillir exige de ne pas repousser migrants et réfugiés vers des zones où leur sécurité est en jeu; protéger rappelle le devoir de reconnaître et de garantir l’inviolable dignité de ceux qui fuient un danger réel en quête d’asile et de sécurité; promouvoir renvoie au développement humain intégral de ces personnes en faisant fructifier leurs capacités; intégrer signifie leur permettre de participer pleinement à la vie de la société qui les accueille.

Le pape apporte enfin un soutien appuyé aux deux pactes internationaux qui doivent être signés en 2018 par les Nations Unies, pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Un cadre international où la coordination et le dialogue seront les lignes directrices et auquel l’organisme du Vatican pour le Service du développement intégral a contribué.

Jacques Bouchard, responsable des communications du Diocèse de Chicoutimi

Chroniques

Des élèves meilleurs en lecture

CHRONIQUE / Il semble que la préparation des célébrations de fin d’année ait fait passer sous le radar un des plus beaux cadeaux de Noël qu’une société puisse s’offrir : des enfants qui s’améliorent en lecture. Le Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) a récemment fait connaître les résultats obtenus par les élèves de 50 pays à son examen de 2016. On y apprend que les élèves québécois se situent au-dessus de la moyenne internationale et qu’ils sont en constante progression depuis 2006.

Pourquoi une telle importance à la lecture? Parce qu’un enfant qui comprend ce qu’il lit et qui prend plaisir à le faire possède la clé maitresse permettant d’apprendre tout au long de la vie. La lecture, compétence fondamentale, est au cœur de l’apprentissage dans toutes les matières scolaires, mais aussi de la vie en société.

Le PIRLS, examen international dont la passation est aux cinq ans depuis 2001, mesure la compréhension de texte auprès des élèves de 4e année du primaire. Cette année a été retenue parce qu’elle est particulièrement importante pour la maitrise de la lecture. Des études ont démontré qu’un élève qui éprouve des difficultés en lecture au terme de la 4e année risque davantage d’être confronté à des difficultés tout au long de son cheminement scolaire ultérieur.

Le résultat maximum qu’on peut obtenir au PIRLS est 700 points. L’examen mesure quatre niveaux de lecture : avancé (625 points); élevé (550); intermédiaire (475); faible (400). Le niveau de référence pour un élève de 4e année du primaire est établi à 500 points. L’examen mesure la compréhension à partir de deux types de texte : littéraire et informatif. Quatre processus de lecture sont évalués, du plus simple au plus complexe : repérer une information explicitement mentionnée; faire une inférence simple; interpréter une idée; évaluer et critiquer le contenu.

Les élèves qui ont le mieux réussi en 2016 sont ceux de la Russie (581 points), de Singapore (576) et de Hong Kong (569). Au Canada, les provinces de l’Ontario et du Québec ont participé. Bien que les élèves du Québec se classent au 18e rang, ils ne sont pas si loin du podium avec 547 points, à égalité avec ceux du Danemark. Les petits Québécois ont réussi aussi bien en compréhension de texte littéraire qu’informatif. Plus précisément, 11% des élèves québécois ont fait preuve d’un niveau avancé de lecture, 50% d’un niveau élevé et 87% d’un niveau intermédiaire. Hélas, 13% des élèves ont témoigné d’un faible niveau de compréhension en lecture, ce qui devrait inciter à accentuer les mesures de soutien. Par ailleurs, dans 48 pays sur 50, dont le Canada, les filles ont obtenu des résultats supérieurs aux garçons.

Les résultats du Canada ont diminué depuis 2011. Cette diminution est attribuable aux élèves de l’Ontario. Les résultats des Québécois sont en augmentation constante depuis 2006. En particulier, nos élèves se sont améliorés dans le repérage de l’information et dans la capacité à faire des inférences.

Des moyens

Divers moyens aident les élèves à devenir de meilleurs lecteurs. Ce peut être en offrant plus de ressources en soutien à l’apprentissage. Par exemple, une variété de livres jeunesse à la maison, la disponibilité d’un appareil numérique ainsi que du soutien aux études. Les parents agissent comme des modèles lorsqu’ils montrent à leur enfant qu’ils aiment lire et qu’ils pratiquent des activités de lecture avec lui. La fréquentation de l’éducation préscolaire, par exemple un Centre de la petite enfance (CPE), a aussi un effet bénéfique. Il en est ainsi des écoles qui instaurent un climat de vie sécuritaire et qui font de la lecture une priorité institutionnelle. Enfin, les enseignants font aussi une différence en cultivant un sentiment positif à l’égard de la lecture auprès des élèves.

En conclusion, on peut être satisfait des résultats du Québec. Non seulement plusieurs moyens positifs ont été mis en place, mais ceux-ci portent fruit.

Chroniques

La lumière du monde

CHRONIQUE / En décembre, l’esprit de Noël s’empare de nous, dit-on. Mais qu’est-ce que cela signifie, au juste ? Et surtout, quel rapport avec le père Noël, les lutins et les cadeaux ? Pas grand-chose, à vrai dire. Ce faisant, un retour aux sources, ou à tout le moins un petit rappel historique peut s’avérer utile pour quiconque cherche à perpétuer le véritable « esprit de Noël », et ce par-delà les beaux discours et la charité facile qui ne sert bien souvent qu’à se donner bonne conscience.

Peu de gens le savent, mais Noël était à l’origine une fête païenne consacrée au Sol Invictus, divinité solaire dans le monde romain. Peu à peu, avec la christianisation de l’Occident et par souci de syncrétisme, la grande fête du « soleil invaincu » et de la lumière fut remplacée par la nativité du Christ, lui-même perçu par les chrétiens comme une lumière nouvelle venue éclairer le monde et le sauver de l’agonie. Cela dit, quand on constate ce qu’il est advenu de Noël, on est en droit de se demander ce qu’il reste de cette lumière et des valeurs originelles qui animaient cette fête. Il y a les bonnes intentions, certes, mais force est de constater qu’elles sont le plus souvent supplantées par la frénésie ambiante et la surenchère de la consommation. Pour bien des gens, Noël devient alors synonyme de stress et d’endettement, ce qui ne manque pas d’ironie pour une fête qui est censée nous ramener à l’essentiel.

Le problème, c’est qu’en se sécularisant, la fête de Noël s’est progressivement vidée de sa symbolique chrétienne pour céder toujours davantage à la tentation du consumérisme. En soi, il n’y a pourtant rien de mal ou d’anormal à ce que la dimension religieuse ait été presque complètement évacuée. Après tout, il reste au Québec bien peu de chrétiens pratiquants. Mais on peut en revanche se demander s’il est judicieux de laisser ainsi s’éteindre ou se dénaturer l’esprit de Noël, cette lumière annonciatrice d’un monde meilleur, plus juste et plus solidaire. Rien n’est moins sûr. Et c’est d’autant plus déplorable qu’il ne m’apparaît pas nécessaire d’être chrétien pour apprécier les valeurs chrétiennes et les mettre en application, et qui plus est pour reconnaître toute la richesse et la profondeur de notre héritage chrétien.

La vérité, c’est qu’il serait peut-être temps pour nous de nous réconcilier avec la part de religieux qui habite notre culture et notre histoire, et ce, en dépit de la désaffection religieuse à laquelle nous assistons depuis quelques décennies. Mais le défi est de taille, car de nos jours tout ce qui est religieux est souvent perçu comme suspect, ou au mieux comme dépassé. Et pourtant, on oublie qu’au-delà des croyances et des rites, la religion est avant tout un système de valeurs et un extraordinaire vecteur de cohésion sociale. C’est aussi bien souvent le dernier rempart contre la barbarie ordinaire, notamment contre l’individualisme radical et appauvrissant qui caractérise notre époque.

Qu’on me comprenne bien, je ne souhaite pas ici faire l’apologie du christianisme, et encore moins en appeler à un quelconque retour du religieux. Seulement, il me semble qu’en dépit de ses défauts et de ses errances, il nous faut à tout le moins reconnaître au christianisme le mérite de nous avoir transmis de grandes valeurs comme l’égalité, l’humilité et la solidarité, des valeurs « lumineuses » à travers lesquelles s’incarne justement l’esprit de Noël. Que nous soyons croyants ou non n’y change rien. Et même si Noël n’est maintenant plus une fête religieuse à proprement parler, il n’en demeure pas moins que l’authentique esprit de Noël sera quant à lui toujours intimement lié à ses racines chrétiennes.

Finalement, pour laisser le véritable esprit de Noël s’emparer de nous, peut-être devrons-nous simplement renouer avec son sens et ses valeurs originels et accepter de mettre de côté tout ce qui est superflu et superficiel. C’est probablement plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous, mais n’empêche que si Noël n’est maintenant plus qu’un simple prétexte pour consommer toujours davantage, alors il nous admettre que la lumière du monde est en train de s’éteindre.

Chroniques

Sans la foi, quelle espérance ?

CHRONIQUE ÉGLISE / On déplore que les gens n’aient plus la foi. On se rassure en constatant qu’ils demeurent en quête de sens. Mais lequel d’entre nous peut déclarer ne pas chercher le sens de sa vie, de ce qui lui arrive ou de ce qui se passe dans le monde ?

Chercher un sens peut conduire à des impasses. Par exemple, quel sens donner aux migrations forcées qui contraignent des millions d’êtres humains, de familles décimées, à quitter leur chez-soi pour se retrouver dans des camps de réfugiés où ils seront « parqués » durant des générations ? 

De nombreux athées critiquent sévèrement les croyances religieuses. Ils les jugent comme des tentatives d’éviter de se frotter à la réalité telle qu’elle est, en projetant dans un au-delà fantasmé ce qui est inadmissible ici-bas. Pour eux, la foi ne repose sur rien d’autre que des chimères. Dieu ne serait qu’une invention humaine. Ainsi, plus des trois quarts de l’humanité seraient de simples naïfs ou, pire, des arriérés.

L’enfant de Nazareth provoque la foi

Nous croyons en « quelque chose » de plus grand que ce qui est donné à voir, entendre et mesurer par les sens. Cette présence mystérieuse nous pousse à la contemplation et instille en nous la conviction que la vérité existe indépendamment de toute personne, idéologie ou religion qui voudrait la posséder. Notre quête spirituelle est incessante. 

Nous croyons que ce « quelque chose » a une existence propre, au-delà du temps et de l’espace et qu’il a révélé son nom : « Je suis ». Cet être que nous appelons Dieu, appelant toute chose à la vie, devait nourrir un dessein de beauté, de bonté et d’unité pour ce monde. Ainsi, il y insufflait son esprit et sa sagesse pour alimenter le désir des humains à chercher son visage et à co-créer les espaces et le temps pour le bonheur de tous. 

Faisant l’expérience de la liberté, les humains ont exploré toutes les directions, ne parvenant jamais à réaliser le dessein du Père : un monde d’amour, de paix, de justice, de partage, d’égalité, de respect, de souci du plus petit. Au contraire, ils ont la plupart du temps saccagé le rêve de Dieu.

Pour inspirer l’humanité

Ne renonçant jamais à son alliance, le Dieu libérateur fit surgir dans notre monde un être parfaitement humain, apte à révéler infailliblement le divin. Il eut pour mission d’inspirer l’humanité et de susciter la foi de quelques disciples afin qu’ils et elles reconnaissent et révèlent les semences de beauté, de joie et de solidarité qui sauvent le monde. Jésus-Christ, appelé de toute éternité à venir transformer ce monde de l’intérieur, offrit sa vie comme don ultime d’amour, s’en remettant entièrement à son Père qui, le ressuscitant, ouvrit pour toutes les générations un horizon d’espérance.

Les chrétiennes et les chrétiens sont dans ce monde tout en espérant un autre monde dont ils perçoivent l’existence. C’est ainsi qu’ils œuvrent, avec la force de l’Esprit, à façonner ce monde pour le faire correspondre à celui rêvé par Dieu, manifesté par son Fils. Noël, c’est la naissance de cette foi incarnée qui a le pouvoir de tout changer.

Jocelyn Girard, agent de pastorale

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Messe de Noël pour les familles

La paroisse Saint-Isidore poursuit la tradition en présentant cette année encore une célébration toute spéciale la veille de Noël. Le 24 décembre, à 18h30, une messe destinée aux familles sera célébrée à l’église Saint-Isidore de Rivière-du-Moulin. La célébration adaptée pour les enfants permettra notamment d’entendre une chorale intergénérationnelle composée d’une quarantaine de personnes, dont une quinzaine d’enfants. Les personnes réunies pourront entendre des chants de Noël comme Petit papa Noël, Vive le vent, Noël à Jérusalem et Noël c’est l’amour. Une crèche vivante animera la cérémonie. Un invité surprise est aussi attendu. 

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L’interdiction avant l’éducation

CHRONIQUE / On a appris récemment que, dès septembre prochain, le ministre de l’Éducation de la France, Jean-Michel Blanquer, interdira l’utilisation des téléphones intelligents aux élèves dans les écoles primaires. Cette orientation, qui avait été annoncée lors de la campagne électorale du président Emmanuel Macron, est justifiée par les motifs suivants. D’une part, on prétend que l’interdiction permettra aux élèves d’être plus attentifs en classe et de s’amuser avec leurs camarades pendant les pauses, plutôt qu’avoir le nez dans un écran. D’autre part, on affirme que la prohibition des téléphones réduira la cyberintimidation. En dépit de bonnes intentions, il est malheureux de constater que le gouvernement français privilégie l’interdiction à l’éducation.

D’entrée de jeu, qu’on me comprenne bien : je suis favorable à l’idée que les élèves prennent une bouffée d’air frais et se dégourdissent les jambes pendant les récréations. En outre, il est évidemment souhaitable de chercher à contrer l’intimidation. Cela dit, la mesure adoptée par le gouvernement français risque d’avoir l’effet d’un coup d’épée dans l’eau, voire d’entrainer des effets pervers.

L’interdiction systématique des téléphones intelligents risque de retarder la nécessaire sensibilisation des élèves par l’école aux dangers potentiels et aux usages judicieux de cet outil. Or, étant donné que les jeunes utilisent leur téléphone fréquemment à l’extérieur de l’école, la responsabilité d’éducation reviendra davantage aux parents. On peut toutefois se demander si tous seront aptes à l’assumer. On peut aussi s’interroger sur le contrôle requis dans les écoles pour faire respecter la directive ministérielle, ainsi que sur la surcharge administrative que cette vérification occasionnera au personnel scolaire.

En interdisant plutôt qu’en préconisant une approche éducative, cela pourrait alimenter le désir des élèves de transgresser la règle. On peut imaginer les conséquences en découlant sur la gestion de la classe et le contrôle administratif.

Bien que l’attention soit un facteur contribuant à l’apprentissage, la privation du téléphone intelligent ne garantira pas la présence de cette attention chez les élèves. Comme le dit l’expression, on peut être présent de corps et absent d’esprit. Le véritable enjeu est celui de la mise en place d’activités d’apprentissage qui contribuent à la motivation et à l’engagement des jeunes. Si on n’y parvient pas, les élèves trouveront d’autres façons de se distraire de ce qui est présenté par l’enseignant, et cela, qu’ils aient ou non accès à leur téléphone.

Sans être une solution miracle, le téléphone intelligent offre un potentiel pédagogique pertinent à exploiter en classe. Il s’agit d’un outil qui, en 2017, fait de plus en plus partie du coffre des enseignants. Son interdiction est donc susceptible de nuire au travail de certains d’entre eux. Cela dit, en s’appuyant sur des études récentes, il est raisonnable de partager les précautions du ministre Blanquer quant à l’adoption d’un usage modéré des outils technologiques, particulièrement auprès des enfants de moins de sept ans. Cette modération ne nécessite toutefois pas une interdiction unilatérale à l’école.

En ce qui a trait à l’intimidation, elle dépasse maintenant largement les frontières de la cour d’école. Elle est présente sur les médias sociaux et elle est effectuée à toute heure. Hélas, l’interdiction des téléphones intelligents à l’école protègera donc bien peu les jeunes qui en sont victimes.

Pour conclure, il est regrettable que la mesure qui sera implantée par le gouvernement français fasse fi du jugement professionnel des intervenants en milieu scolaire. La responsabilité de baliser l’usage des téléphones intelligents aurait dû être confiée à chaque école. Dans un monde où l’enseignement souffre d’un manque de valorisation, la France rate une belle occasion d’y travailler collectivement.

Chroniques

Réflexion sur l’aluminium

« Les entreprises n’en peuvent plus du cadre réglementaire», déplore avec insistance le comptable Éric Dufour à quelques jours du Symposium Aluminium. Le gouvernement a pris pourtant l’engagement, à plusieurs reprises, de dissoudre cette anomalie dans un réaménagement de la machine administrative.

Le vice-président de Raymond Chabot Grant Thornton incite les leaders régionaux et les politiciens dont le message perce l’armature du pouvoir en campagne électorale, à provoquer une rencontre pour corriger cette anomalie qui freine la croissance du Québec.

Au tout début de son mandat, Philippe Couillard a prétendu résoudre le problème dans le cadre d’un Sommet économique. Malgré une longue préparation enrichie de nombreuses consultations et un impressionnant couronnement, l’exercice ne fut, en réalité, qu’une opération de relations publiques. La machine a bien surveillé son déroulement pour éviter que la région y perçoive un véritable espoir de relance économique.

Symposium Aluminium

Le problème lancinant dont souffrent les PME, pourvoyeuses de la grande majorité des emplois au Québec, ne fera évidemment pas l’objet d’un examen au Symposium Aluminium jeudi prochain au Delta Saguenay. Avec cette initiative, Rio Tinto Aluminium, en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-le-Fjord et la SVA, offrira, notamment  à tous ceux qui sont reliés à l’industrie de l’aluminium, l’avantage de mieux connaître l’évolution de la situation. Les organisateurs ont mis l’accent sur l’innovation, la clé du succès. 

L’annonce par Alcan, voilà exactement neuf ans le 15 décembre prochain, d’un investissement de 2 milliards $ au vieux complexe industriel de Jonquière, sera évidemment présente dans les esprits. Le programme prévoyait la construction du Centre technologique AP60, suivie de l’addition de capacité de production et de l’agrandissement de l’usine d’Alma dans l’espace d’une décennie.

La Chine mène le jeu

Mais le souvenir de la surenchère qui a conduit, sept mois plus tard, à la victoire de Rio Tinto sur Alcoa, est encore plus marquant. Tout a changé depuis dans le paysage économique du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Et le mouvement s’est aggravé avec une surproduction persistante qui a exercé évidemment une pression très négative sur le prix du métal.

Joueur dominant avec une production représentant plus de 60% de la capacité mondiale, la Chine joue avec les marchés selon les intérêts de son économie. Elle a favorisé une bonification du prix en fermant des usines trop polluantes. Mais Rio Tinto demeure très prudente quand elle constate, comme le faisait observer le grand patron Gervais Jacques, que de nouvelles alumineries surgissent dotées sans doute d’une technologie plus appropriée. Ce qui retarde la réalisation des projets d’expansion qui, dans le plan tracé par Alcan juste avant la vente, devait se conclure avant 2015. Il en sera sans doute question avec les spécialistes, jeudi, mais toute la population espère y déceler de véritables éléments d’espoir. 

Si Rio Tinto veut maintenir un dialogue avec la population comme elle l’a indiqué dans ses séances d’information, je m’interroge sur le choix de son animateur, le confrère Alain Dubuc, de La Presse. Le parcours de ce journaliste est impressionnant. Sa formation et les prix qu’il a mérités commandent le respect. Mais c’est un urbain qui méprise suprêmement les régions. Son Éloge de la richesse publié en 2006 en fait la démonstration. Il nie notamment que la locomotive montréalaise repose sur la vitalité des régions comme un gouvernement l’a déjà prétendu.