Chronique

J'me marie, j'me marie pas

CHRONIQUE / Attention couples mariés, une réforme du droit de la famille ne vise pas uniquement les conjoints de fait. Les parents, qu’importe le type d’union, sont aussi interpellés par les consultations menées par la ministre de la Justice, Sonia LeBel.

Depuis le 15 mars, et ce jusqu’au 28 juin, Québec sonde les citoyens en vue de moderniser et d’ajuster le droit de la famille aux réalités conjugales et familiales très diversifiées de 2019.

Oui, il est question de combler le vide juridique entourant l’union de fait. Mais, il est aussi envisagé de revoir le caractère contraignant du mariage. Celui-ci entraînerait toujours l’application de droits et d’obligations, mais des époux pourraient s’y soustraire d’un commun accord au moyen d’un contrat de mariage. Futurs et vieux couples pourraient s’en prévaloir.

Ce qui s’avérait nécessaire dans les années 1980 pour protéger les épouses peu présentes sur le marché du travail et moins autonomes financièrement l’est probablement moins aujourd’hui.

En 1976, 25 % des mères d’un enfant de moins de six ans étaient en emploi. En 2018, 75 %.

Au début des années 1970, 90 % des femmes et des hommes se mariaient au moins une fois dans leur vie. Depuis le milieu des années 2000, 30 % font ce choix.

Le ministère rappelle aussi que la proportion de naissances issues d’un couple en union de fait dépasse maintenant plus de 55 %.

En 2019, une réforme aurait surtout pour but de protéger les intérêts et le droit des enfants, que leurs parents soient mariés ou conjoints de fait lorsque prend fin leur union.

Ce n’est plus le statut conjugal qui déterminerait si les parties composant un couple ont des obligations l’une envers l’autre, mais bien le fait d’avoir un enfant en commun.

Québec parle d’un «régime parental impératif». Le ministère sonde notamment l’intérêt des Québécois pour un nouveau mécanisme de «prestation compensatoire parentale». Celle-ci, explique-t-on dans le document du ministère, permettrait au parent qui s’est appauvri en raison de son rôle de prise en charge d’un enfant d’obtenir de l’autre parent une juste compensation économique.

Consultation en ligne accompagnée d’une solide documentation et d’une synthèse. Consultation publique dans 11 villes du Québec.

La ministre caquiste ne ménage pas les efforts afin d’entreprendre une réforme qui s’impose depuis des années. Les gouvernements précédents ont procrastiné, laissant les couples et les enfants s’en remettre aux tribunaux.

Même si la ministre LeBel ne s’engage pas à tout réviser dans le présent mandat, il deviendra difficile, tant dans un second mandat que pour un autre parti qui prendrait le pouvoir, d’ignorer les avis recueillis lors des consultations et de mettre de côté le travail amorcé.

Alain Roy, professeur de droit à l’Université de Montréal et président du Comité consultatif sur le droit de la famille qui a remis en 2015 une série de recommandations au gouvernement Couillard, est confiant. «Le gouvernement est visiblement sérieux», dit-il.

Le professeur s’attend à des débats houleux et à voir exposer des paradoxes. La ministre aussi.

«Je suis consciente que réformer le droit de la famille apportera des bouleversements dans plusieurs aspects de la vie conjugale et familiale, c’est un sujet qui nous touche tous et qui est très émotif», a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse annonçant les consultations régionales.

Selon Alain Roy, le gouvernement doit aller de l’avant même si le dossier est très complexe et touche des cordes sensibles.

Si le Québec a réussi à discuter de l’aide médicale à mourir et à adopter une loi sur les soins de fin de vie — sujet fort complexe et émotif aussi —, il estime qu’il peut mener à bien une réforme du droit de la famille qui collera mieux aux valeurs d’autonomie et de liberté des Québécois et aux normes sociales d’aujourd’hui.

«Il faut mettre de côté nos repères du passé. Il faut avoir nos filles en tête et non nos mères».

Chronique

S'intégrer autour de la table

CHRONIQUE / «J’ai trop souffert pour m’intégrer, j’ai voulu faire quelque chose pour que ce soit plus facile pour elles.» Nour Saïm-Al Dahr est arrivée de Syrie à 15 ans, en 1967.

Quand elle est débarquée du Queen Frederica avec sa famille à Halifax, avec leurs 36 valises et trois chandeliers Louis XV, elle était une immigrante comme les autres. Elle a dû recommencer de la case départ. Elle a simplifié son nom pour Nour Sayem, s’est fait une vie à elle, s’est trouvé du boulot.

Elle a jeté l’ancre à Québec il y a 40 ans, c’est sa ville.

Elle y a élevé ses deux enfants.

Elle est retournée une seule fois dans son pays, en 1972, a marié un Québécois l’année suivante. Elle pensait avoir fait la paix avec tout ça. «Je pensais avoir enterré mon pays, mais il est revenu à moi par les réfugiés, en 2016. J’agissais déjà comme mentor pour des immigrants et lorsque les réfugiés sont arrivés, c’est venu chercher mon côté émotif. Je me suis dit : “Il faut que je fasse quelque chose.”»

Elle a voulu bâtir des ponts pour les femmes. «Je savais qu’elles aimaient la cuisine, j’ai fait un projet autour de ça.»

Autour de la table.

Elle a invité les femmes à une première réunion un vendredi soir d’hiver, une seule est venue. «Hanan est partie toute seule de Sainte-Foy jusqu’au centre multiethnique au centre-ville, en autobus. Elle était là parce qu’il fallait être là… et elle a appelé les autres pour leur demander pourquoi elles n’étaient pas là!»

Elles étaient une quinzaine à la rencontre suivante.

Le projet s’appellerait simplement Les Aliments ensemble, ça résume tout. Forte de son doctorat en science des aliments de l’Université Laval et de ses expériences dans le milieu des affaires, Nour a fait des démarches auprès de différents organismes, elle a fondé un premier conseil d’administration.

Elle est allée chercher différents partenaires pour financer la production et verser aux femmes un salaire.

Leur accréditation du MAPAQ en poche, huit femmes se sont mises aux fourneaux, mitonnant des plats — et des desserts — qu’elles avaient l’habitude de cuisiner chez elles. Il en reste cinq aujourd’hui. «Elles sont sûres et fières de ce qu’elles font.»

Je retiens le mot «fières».

Nour ne s’est pas lancée tête baissée dans cette galère. «Nous avons fait une étude de marché, et nous avons été en rupture de stock pendant deux ans! Il y a de la place pour des produits comme ça, surtout avec notre mission d’intégration. La première année, Hanan et Fatima allaient vendre les produits au marché avec un interprète et la deuxième année, elles y allaient toutes seules…»

Elles apprivoisent tranquillement leur nouvelle vie. «Aliments ensemble, c’est l’école de la vie. Il n’y a pas de certificat ni de diplôme, mais je suis convaincue que ça va les faire grandir. Elles iront peut-être vers un autre emploi après et c’est tant mieux. Notre rôle, c’est de les intégrer.»

Nour sait que le chemin peut être long, elle les y accompagne. Un pas à la fois. De très petits pas. Un exemple, pour le premier souper de financement l’année dernière, la moitié des femmes n’y étaient pas, parce qu’on servait du vin. Elles y étaient toutes cette année. «Il y en a même qui ont bu du vin sans alcool…»

De petits pas, je vous dis.

«Ces femmes-là n’étaient pas habituées à travailler, et maintenant elles le font par plaisir. Elles aiment aller au marché, elles aiment le contact avec les gens.»

À part de rares exceptions, c’est réciproque.

«J’admire ces femmes-là, elles sont fortes, ce sont des exemples de résilience. Ce n’est pas tant le biscuit qu’elles cuisinent qui est important, mais l’évolution qu’elles font. […] Parfois, je me suis sentie comme à la Croix-Rouge, il y a tant de blessures cachées. J’ai mis de la lumière dans leur noirceur et elles ont mis de la lumière dans la mienne.»

Nour s’est revue, 50 ans plus tôt.

Après plus de deux ans à prendre ces femmes par la main, le temps est venu pour Nour de céder sa place, de les laisser tranquillement voler de leurs propres ailes. Elle a confié la coordination d’Aliments ensemble à Dalila, qui se retrouve avec le même défi que bien des employeurs, trouver de la main-d’œuvre.

«On voudrait doubler», passer de cinq à dix cuistots. 

Nour calcule qu’avant longtemps, Les Aliments ensemble pourraient être rentables et ne plus dépendre de subventions. Elle aimerait aussi que des gens d’autres origines se joignent à l’aventure avec leurs mets, leurs saveurs.

Plus on sera autour de la table, mieux ce sera.

Nour pense aux hommes aussi, aux maris de ces femmes qui sont encore plus déstabilisés qu’elles. «Ils n’ont plus le rôle de pourvoyeur qu’ils avaient là-bas. On ne leur reconnaît aucune compétence, on ne leur donne aucun rôle. Ces hommes-là ont besoin d’aide, encore plus que les femmes, pour donner un sens à leur vie.»

Ils n’ont que la mosquée. «Ça les aide un peu, mais ce n’est pas assez.»

CHRONIQUES

Le tourisme d’aventure en tête

CHRONIQUE / Le tourisme d’aventure, les festivals et les événements affichent les meilleures performances touristiques de la région selon une application informatique supportée par des algorithmes qui décodent les conversations et les commentaires des visiteurs sur les réseaux sociaux.

La directrice générale de Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Dubord, a dévoilé les grandes lignes de cet indice de confiance, mercredi, lors du lancement du Forum touristique régional qui se déroule à l’hôtel Le Montagnais de Chicoutimi. L’application a traité plus de trois millions de conversations partout à travers le monde et provenant de 500 000 sources différentes, un nouvel outil qui vient documenter davantage le visage touristique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Patrick Duquette

Cellulaires en classe: comme au judo...

CHRONIQUE / Au judo, on enseigne aux combattants à utiliser la force de l’adversaire pour le renverser. C’est l’approche qu’a choisie Johanne Sirois dans ses cours au collège La Cité, à Ottawa, afin de combattre la fascination des jeunes pour leurs téléphones cellulaires.

Au lieu d’interdire les distrayants appareils en salle de classe comme veut le faire l’Ontario à compter de l’an prochain, cette enseignante de 58 ans a décidé d’exploiter à son avantage les nouvelles technologies pour capter l’attention de ses étudiants.

Denis Gratton

Fenêtres mortelles

CHRONIQUE / Je suis allé voir des oiseaux, hier. Toutes sortes d’oiseaux.

Non, je ne suis pas allé flâner dans les bois. Je ne suis pas ornithologue non plus.

Chronique

Laïcité: Legault sur un fil

CHRONIQUE / Pour faire atterrir le mieux possible son projet de loi à venir sur le port de signes religieux, le gouvernement Legault devra démontrer qu’à défaut de plaire à tous, il est raisonnable. Tentons de voir quels seront ses arguments lorsqu’il s’adressera à ceux qui jugeront que sa proposition ne va pas assez loin et à ceux qui la trouveront brutale.

Depuis un certain temps circule l’idée que le projet de loi que présentera le ministre Simon Jolin-Barrette inclura une disposition de droit acquis pour éviter que qui que ce soit ne perde son emploi; ainsi qu’une clause dérogatoire pour soustraire la législation aux chartes des droits et libertés du Canada et du Québec.

Certains déploreront que le gouvernement caquiste rompt son engagement électoral. Il est vrai que la Coalition avenir Québec n’a pas parlé de clause de droit acquis en campagne électorale, ni même avant. Mais l’équipe gouvernementale pourra avancer qu’elle n’a jamais dit qu’il n’y en aurait pas...

S’il se confirme que le port de symboles de foi sera autorisé ou proscrit selon la date d’embauche, ces mêmes déçus dénonceront un «système à deux vitesses». Ils l’estimeront ingérable dans les écoles — là où la future loi aura le plus d’impact.

Le gouvernement pourra faire valoir que le seul fait que personne ne perde son emploi est un argument valable en soi. Et que les difficultés que vivraient des salariés contraints d’aller occuper une autre fonction — des salariées, en grande majorité — ne contribueraient en rien à l’apaisement social.

Or, c’est un objectif que tout gouvernement doit poursuivre et que tous devraient chérir.

Le gouvernement Legault pourra aussi arguer que l’inclusion d’une clause de droit acquis lui permettra d’obtenir l’appui d’au moins un parti d’opposition, du Parti québécois en l’occurrence.

Parallèlement, en incluant une clause dérogatoire d’entrée de jeu, il pourra affirmer qu’il pose un «geste nationaliste».

Moment de gêne

Une parenthèse ici, puisqu’il est question du Parti québécois : il a connu un moment de petite honte politique à l’Assemblée nationale mercredi lorsqu’il a officiellement été relégué au rang de troisième groupe d’opposition, ce qui le fait passer derrière Québec solidaire.

Cette glissade est essentiellement symbolique, mais elle a profondément heurté les députés péquistes. La représentante de la circonscription de Duplessis, Lorraine Richard, a même quitté la séance de la période des questions.

Les neuf élus péquistes devront changer de pupitre au Salon bleu pour laisser les leurs aux solidaires. Ironiquement, ils seront installés près de la députée désormais indépendante Catherine Fournier, celle par qui leur dernier malheur s’est produit. Refermons cette parenthèse.

Les autres arguments

Quels pourraient être, maintenant, les arguments du gouvernement pour ceux qui jugeront que son projet sur la laïcité va trop loin?

Il fera sans doute valoir que le statu quo est rejeté par une majorité de citoyens; que s’il demeurait les bras croisés, un autre gouvernement irait peut-être un jour encore plus loin.

Aussi, que son projet est modeste par rapport à la Charte des valeurs de l’ex-ministre du Parti québécois, Bernard Drainville, qui prévoyait, lui, proscrire le port de signes religieux chez tous les employés de l’État. 

Il plaidera qu’il s’en tient aux figures de coercition retenues par la Commission Bouchard-Taylor, soit les juges, les procureurs, les policiers et les gardiens des centres de détention; des groupes auxquels il ajoute les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public — ce qui touchera surtout des enseignantes portant le hijab, il faut le souligner.

Il réinsistera probablement sur le fait que l’effet de la loi sera circonscrit grâce à la disposition de droit acquis — si c’est bien ce qui sera retenu dans sa proposition législative.

À ceux qui s’en prendront au fait qu’il utilise des clauses dérogatoires pour se soustraire à l’application des chartes des droits et libertés, il rappellera qu’une équipe pilotée par le professeur de droit Guillaume Rousseau a déjà dénombré 41 lois adoptées par l’Assemblée nationale qui comprenaient au moins une disposition dérogatoire. Parmi ces 41 lois, neuf prévoyaient des dérogations à la fois à la Charte canadienne et à la Charte québécoise.

Si je suis certain que Québec rappellera cet historique, c’est que Guillaume Rousseau, candidat défait du Parti québécois dans Sherbrooke, travaille depuis quelques jours avec le ministre Simon Jolin-Barrette.

Les arguments qu’avancera le gouvernement Legault ne convaincront pas tout le monde, loin de là même. Et encore moins si le crucifix accroché au-dessus du fauteuil du président de l’Assemblée nationale reste en place! Voilà pourquoi, mine de rien, la petite porte que vient d’ouvrir pour la première fois François Legault sur la place de ce crucifix est importante.

RICHARD THERRIEN

«Notre vie»: la saison 3 arrive en français

BLOGUE / Vous avez été nombreux à me demander quand ICI ARTV allait diffuser la troisième saison de «Notre vie», version française de la populaire série américaine «This Is Us». Eh bien, mettez un «X» sur votre calendrier à la date du samedi 8 juin, à 22h.

Dans cette troisième saison, Kate, Kevin et Randall arrivent à leur 38e anniversaire. La première est maintenant mariée et projette d'avoir un enfant avec Toby; Kevin souhaite se rendre au Vietnam avec Zoe, là où son père a combattu dans l'armée; et Randall entreprend une nouvelle carrière.

La saison 3 doit prendre fin le 2 avril à NBC, alors qu'ICI Radio-Canada Télé diffuse actuellement la saison 2, le samedi à 21h. Une quatrième saison est maintenant une formalité aux États-Unis, et les producteurs ont même évoqué le mois dernier que la série pourrait se conclure après six saisons.

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Chronique

Le bon et le mauvais patrimoine

CHRONIQUE / On s’est inquiété cette semaine à Ottawa de l’annonce de la démolition du vieux pont Alexandra qui mène à la colline parlementaire.

Il est envisagé d’en reconstruire un nouveau au même endroit, rapporte le journal Le Droit. 

Citoyens et acteurs publics redoutent cependant les impacts sur la circulation s’ils sont privés d’un de leurs cinq ponts pendant les trois ans que dureront des travaux.

La préoccupation est légitime et plusieurs d’entre vous auraient la même. Mais ce qui m’a le plus chicoté, c’est que le gouvernement fédéral trouve normal de démolir un ouvrage patrimonial.

J’aurais cru qu’un ancien pont ferroviaire au cœur de la capitale pouvait avoir valeur de symbole dans un pays qui s’est construit autour du chemin de fer. 

Ouvert en 1901, le pont Alexandra n’a certes pas l’envergure ni le même impact dans le paysage que le pont de Québec, qui lui a ravi en 1917 le titre de plus long cantilever au Canada. 

Mais c’est un site historique national reconnu par la Société canadienne de génie civil. 

Une reconstruction à l’identique n’est pas exclue, mais il faudra voir les coûts. 

Vous m’avez vu venir. Si le fédéral n’a pas d’attachement à un pont patrimonial à Ottawa, en aura-t-il davantage pour le pont de Québec? 

À voir la réticence du gouvernement Trudeau à honorer sa promesse de s’en occuper, la question se pose. 

Le fédéral s’apprête à mettre 3 milliards $ pour rénover le Parlement et d’autres bâtiments historiques à Ottawa. Cela se justifie par le caractère patrimonial des immeubles. Si ce n’était que du coût au pied carré, il serait moins cher de reconstruire à neuf.

Cela vaut à Québec pour le Parlement, la Citadelle, parfois des églises. On sait que si on n’en prend pas soin, ils vont se dégrader jusqu’au jour où le danger forcera à les démolir. 

Est-ce le sort qui attend le pont de Québec? Victime d’un patrimoine à deux vitesses. À laisser traîner les choses, le pont se dégrade et les coûts de remise à niveau augmentent. On parle maintenant de 560 millions $ juste pour le peindre.

La logique comptable finira par le rattraper, une menace pire que la rouille. On se demandera pourquoi payer pour un vieux pont s’il devenait moins cher d’en construire un nouveau. 

***

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec dépose jeudi son premier budget. À la veille du budget de l’an dernier, François Legault avait ouvert la porte à la démolition du pont de Québec avant que le tollé le force à se raviser. 

Il reconnaissait alors la beauté et l’importance patrimoniale du pont, mais invitait à peser les avantages et désavantages.

Est-ce que la «durée de sa vie utile est atteinte»? «Est-ce que les rénovations qu’on peut faire coûtent plus cher ou moins cher qu’un nouveau pont?»

M. Legault reprochait alors aux libéraux de ne pas avoir de plan sur l’avenir du pont de Québec. Je n’ai pas vu à date qu’il en ait un meilleur. 

Il s’en tient à rejeter la responsabilité sur le fédéral. C’est de bonne guerre vu les promesses du gouvernement Trudeau, mais la guerre, bonne ou mauvaise, est souvent prétexte à ne rien faire. 

***

Un lecteur m’a envoyé un lien vers le site Internet de la tour Eiffel. Je vous entends protester. On ne peut pas comparer. C’est juste. 

Le pont n’est pas une icône planétaire. Ce n’est pas le même métal ni le même usage; pas le même climat; pas le même air salin du fleuve et abus de sels de déglaçage; pas la même vulnérabilité à la rouille, sauf pour la pollution et les fientes d’oiseaux. 

Ce qui m’a frappé, c’est que pour un risque moindre, Paris prend davantage soin de sa tour que nous de notre pont.

Depuis 1889, la tour Eiffel a été repeinte 19 fois. Pas toujours de la même couleur, mais toujours à la main et avec minutie, en moyenne aux sept ans. 

La 20e campagne de peinture vient de commencer. Paris s’en fait une fierté. 

«La campagne de peinture est un événement important de la vie du monument et revêt, comme tout ce qui est lié à la tour Eiffel, un caractère véritablement mythique : pérennité d’un ouvrage d’art connu dans le monde entier, couleur du monument symbole du paysage parisien, etc».

***

La tour Eiffel qui ne devait rester à Paris que 20 ans a ainsi acquis une longévité «quasi éternelle». 

On ne peut pas comparer, mais un peu quand même. 

Le pont de Québec pourrait aussi aspirer à «l’éternité» si on cesse d’y voir uniquement une voie de circulation qu’il pèse d’entretenir et davantage un monument du patrimoine pouvant susciter la fierté.

Chroniques

Le 737 pour les nuls

CHRONIQUE / C’est l’histoire de deux grands succès de l’aviation civile. Deux grands succès qui ont malheureusement mené à deux tragédies aériennes.

Le Boeing 737, mis en service il y a 50 ans, et la turbosoufflante, ces gros moteurs qui équipent les avions de ligne moderne.

Patrick Duquette

Un consensus difficile à forger

CHRONIQUE / Lorsque le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon, a promis la construction d’un sixième pont, durant l’élection de 2015, j’ai été le premier à l’accuser de sombrer dans l’opportunisme politique.

La région d’Ottawa-Gatineau sortait tout juste d’un débat stérile et déchirant sur l’emplacement d’un sixième lien interprovincial. Après des années de consultations et d’études pour décider objectivement du meilleur corridor possible, les experts avaient recommandé de faire passer le nouveau pont par l’île Kettle. Voyant cela, l’Ontario s’était tout bonnement retiré du processus, insatisfait de la recommandation. Et tant pis pour le nouveau pont !

Ce que je reprochais essentiellement à M. MacKinnon en 2015, c’était de ramener la question du nouveau pont moins de deux ans après cet échec retentissant. Alors qu’il n’avait rien de neuf à proposer pour dénouer l’impasse politique. Alors que tout consensus régional semblait impossible. Pourquoi rouvrir le débat si vite ? J’y voyais de l’opportunisme politique de sa part, rien d’autre.

Quatre ans plus tard, à la veille d’une autre élection fédérale, le débat autour d’un nouveau pont refait surface. Cette fois-ci, je n’accuserai personne d’opportunisme. Il y a suffisamment de nouveaux éléments en jeu pour justifier que la Commission de la capitale nationale dépoussière ses études et relance ses partenaires.

L’élément déclencheur de la réflexion ?

Le pont Alexandra, qui date de plus d’un siècle, devra être reconstruit d’ici 2030. Les travaux priveront la région d’un pont pour une période d’au moins trois ans. Quant aux quatre autres ponts interprovinciaux — Champlain, du Portage, des Chaudières et Cartier-MacDonald, ils prennent de l’âge et feront l’objet de travaux de réfection de 80 millions.

Autre matière à réflexion, c’est que les ponts entre Ottawa et Gatineau ont été conçus à une époque où le navettage entre les deux rives était loin d’être ce qu’il est aujourd’hui. L’achalandage sur les ponts a explosé. Près de 150 000 véhicules les traversent chaque jour. Sans compter 9000 piétons et cyclistes. Juste depuis 2015, le trafic sur les ponts a bondi de 15 000 nouveaux usagers par jour, selon les chiffres cités dans le budget fédéral. C’est sans parler du transport lourd au centre-ville d’Ottawa, un vieux problème encore irrésolu.

Alors oui, il y a lieu de rediscuter d’un sixième pont dans l’Est. Je ne dis pas qu’il en faut un. Simplement qu’il vaut la peine d’en débattre. Tout en considérant des moyens de mieux arrimer le transport en commun entre les deux rives. Ça n’a aucun sens qu’Ottawa veuille prolonger son train léger jusqu’à Kanata avant de le connecter avec Gatineau. Si le gouvernement fédéral jouait véritablement son rôle de leader dans le transport interprovincial, il mettrait un holà à cette aberration qui encourage l’étalement urbain.

Chose certaine, le consensus autour d’un pont, qui semblait impossible en 2015, semble encore difficile à bâtir quatre ans plus tard. D’abord, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, n’est pas convaincu qu’il vaut la peine d’investir des milliards dans un nouveau pont qui risque de favoriser l’utilisation accrue de l’automobile. Quant au maire d’Ottawa, Jim Watson, son énergie est monopolisée par le parachèvement du train léger ces temps-ci.

Au sein même du gouvernement Trudeau, les libéraux ne s’entendent pas sur l’emplacement d’un nouveau pont. C’est de notoriété publique que l’ancien député d’Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, ne voulait pas d’un pont sur l’île Kettle. Sa successeure, Mona Fortier, n’est pas plus chaude envers l’idée. S’ils veulent convaincre qui que ce soit de la nécessité d’un nouveau pont dans l’Est, les libéraux ont intérêt à d’abord s’entendre entre eux.