Chronique

Une vie dans une boîte à lunch

CHRONIQUE / Quand Matthieu a appris que son père allait mourir, il ne lui a demandé qu’une chose pour se souvenir de lui.

Sa boîte à lunch.

Je suis allée la voir lundi, Matthieu l’avait posée sur la table de la cuisine, une photo de son père à côté. Rien à voir avec les petites boîtes à lunch modernes en imprimé fleuri, qui contiennent à peine un sandwich et un jus et un yogourt grec sans gras. C’est une vraie boîte à lunch de travailleur, immense, solide. 

Comme son père. 

«Il était plus grand que nature.»

André Paquet a grandi à Thetford, il a pris le chemin de la mine Bell à 17 ans, comme son père et son grand-père avant lui. «Mon arrière-grand-père, Noé, a commencé à travailler là à huit ans, il charriait de l’eau pour les mineurs au début. Il est devenu mineur, a travaillé jusqu’à 70 ans.»

À l’époque, «on descendait des chevaux et ils ne revoyaient plus la lumière.»

Le grand-père de Matthieu, Anatole, a suivi les traces de Noé, il est allé dans les entrailles de la Terre pour en extirper de l’amiante. En 1940, il est parti pour la guerre. «Il s’est enrôlé volontaire, il est revenu en 1945.» Pour retourner à la mine. Quelques années avant la grève de l’amiante. 

Matthieu prend la peine de préciser, «il n’était pas dans les scabs».

C’est important.

André s’est fait faire sa boîte à lunch à 17 ans quand il a commencé à travailler avec son père, «par un gars qui faisait ça par les soirs». Une vraie boîte à lunch d’ouvrier, en aluminium, symbole s’il en est un d’un Québec besogneux. «Mon père n’a jamais pris un jour de congé ni aucune vacance.»

Il partait tous les matins de la semaine avec sa boîte à lunch. «Le travail, c’était toute sa vie. Il n’était pas ambitieux, il voulait juste qu’on ne manque de rien.»

La fin de semaine, il était présent, il allait au club de tir à l’arc avec Matthieu. «Je garde de très bons souvenirs. Mais je n’ai aucun souvenir de vacances en famille, on n’a jamais fait ça. Je ne suis jamais allé à la pêche avec lui.»

Il aurait aimé ça.

Après son mariage en 1971, André a repris la compagnie de courrier de son beau-père, pendant presque 20 ans, avant d’être embauché comme journalier à Ciment Saint-Laurent à Beauport. La photo à côté de la boîte à lunch, c’est quand il travaillait là. «C’était papa, toujours la barbe pas faite.»

Quand l’usine a fermé en 1997, il est retourné sur les bancs d’école. «Il est allé faire son secondaire 5, il avait 45 ans. Je l’aidais, le soir. Il me disait : “Où est-ce que tu veux que je me replace sans diplôme?” Il m’a parlé de la mine à Fermont, il a travaillé fort pour être engagé. Et il a réussi.»

Il est parti tout seul, sans sa Christiane. «C’est moi qui suis allé le conduire. Au début, il n’avait droit qu’à une chambre. Maman est allée le rejoindre un an ou deux plus tard, quand il a pu avoir une venelle, une petite maison.»

André est devenu mineur pour la Quebec Cartier Mining, comme il l’avait été pour la mine Bell à Thetford. «Il travaillait sur les “dents”, sur les godets des loaders. Quand c’était brisé, il fallait les enlever et les remplacer à coups de masse. Il passait la journée à donner des coups de masse et de pic.»

Quand il arrivait à avoir un congé assez long, il descendait à Québec.

Matthieu a passé deux étés à la mine avec son père. «Je travaillais comme mécanicien au concasseur, dans la mine. J’ai pu passer du temps avec lui, on a pu parler. Il était heureux. Il était heureux que le pain soit sur la table.»

La boîte à lunch, c’est ça. «La boîte à lunch, c’est autant papa que maman. La femme, elle faisait le lunch, elle s’occupait de son mari et de ses enfants. Ça représente tous les sacrifices qu’ils ont faits pour nous. Il y a en plusieurs qui vont se reconnaître dans cette histoire-là, dans ce don de soi.»

Mais. 

«Il me disait, tu ne feras pas comme moi, à travailler dans la misère, dans la poussière. Tu vas aller étudier. Il a payé mes études à l’université.»

En janvier 2004, André venait d’avoir 55 ans deux semaines avant, la mère de Mathieu a appelé pour lui dire : «Ton père ne va pas bien.» Elle était en train de remplir sa boîte à lunch quand il est tombé. Il est allé à l’hôpital à Québec, insuffisance hépatique, il n’en avait plus pour longtemps. 

«C’est là que je lui ai demandé sa boîte à lunch. Il est retourné à Fermont pour vider son casier, il est revenu avec. Il me l’a donnée, il m’a dit : «Elle a bien rendu son rôle.» C’était la première fois de toute sa vie qu’il s’arrêtait de travailler. Ça a duré 10 mois. C’est les vacances qu’il n’a jamais eues.»

Il s’est tué à l’ouvrage.

Pour sa femme et ses deux gars. «Il nous mettait toujours en premier. Des fois, quand il faisait de l’overtime, il s’apportait deux lunchs, un pour le dîner et un pour le souper, même si la compagnie fournissait le souper. Ils faisaient livrer du chinois de chez Linnan pour les gars, mon père nous ramenait sa portion, il savait qu’on aimait ça.»

C’était André. 

«Il avait tellement un grand cœur.»

Quand il a vu son père pour la dernière fois, Matthieu lui a dit merci. «J’aurais aimé ça lui dire : “Merci pour ci, merci pour ça.” Je lui ai simplement dit : “Merci pour tout.”»

Son père l’a regardé.

Il lui a répondu, satisfait. «Ouais.»

Chroniques

Des arbres en attendant?

CHRONIQUE / On va se le dire entre nous, l’espace libre qui sert de stationnement au centre-ville de Chicoutimi, entre la rue du Havre et le boulevard du Saguenay, est un bel espace perdu. C’est un endroit désolant, et qu’on y circule à pied ou en auto, ça n’a rien d’inspirant, ça reste un terrain vacant.

Ça fait plus de 30 ans qu’on discute autour de cet espace public situé au cœur du centre-ville en face de la zone portuaire, mais rien n’a été fait. On se souviendra du débat entourant la construction d’une salle de spectacle dans ce secteur sous le règne du maire Jean Tremblay. Il y avait eu signature des registres contre le règlement d’emprunt et une consultation populaire organisés en 2010 pour savoir si les citoyens préféraient une rénovation de l’Auditorium Dufour à 10 millions ou une nouvelle salle de spectacle de 40 millions $ au centre-ville e Chicoutimi.

Entre les lignes

Mon ami... Mary Poppins

CHRONIQUE / « Maman, il serait temps que tu reviennes. Papa est vraiment gossant. En plus, il a passé la journée avec une de tes robes sur le dos et a insisté pour que je l’appelle Claudine. Il a dit que ça allait être notre petit secret. Reviens pis ça presse. »

Cet « appel à l’aide », je l’ai lu sur Facebook au retour des Fêtes. Il était accompagné d’une photo, celle d’un beau bébé joufflu de sept mois, l’air tristounet, tenant une pancarte sur laquelle on pouvait lire le mot HELP. Le E inversé.

Environnement

Les modèles ont dit vrai

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Dans une démarche scientifique, il faut toujours comparer un dispositif expérimental avec au moins un contrôle jugé équivalent sur lequel on prend les mêmes mesures pour évaluer l’effet du traitement. De même, une expérience qui n’est faite qu’une fois n’a aucune valeur statistique. C’est l’une des grandes limites de la science des changements climatiques. La Terre est un système unique, qu’on ne peut répliquer pour faire une expérience et confirmer ou infirmer nos hypothèses. Comme nous n’avons pas de planète identique, il faut construire différemment nos expériences. Il y a beaucoup d’autres limites à la science des changements climatiques, par exemple le temps d’évolution du système et l’ampleur du champ de mesures nécessaires à obtenir des réponses claires, ce qui rend parfois nécessaire le recours à des mesures indirectes appelées proxys et à des collaborations internationales de très grande envergure entre les universités, les offices météorologiques et les agences spatiales par exemple.

Les ordinateurs les plus puissants sont aujourd’hui capables de gérer des calculs qui étaient impensables il y a même vingt ans et la perspective des ordinateurs quantiques laisse croire que cette tendance n’est pas près de s’arrêter. Depuis trente ans, des équipes spécialisées, un peu partout dans le monde, ont construit des programmes qui permettent de modéliser le climat à l’échelle planétaire et son évolution en fonction de certains paramètres dictés par différents scénarios. Ces simulateurs du climat sont une sorte de « planète virtuelle » où on peut faire des expériences en modifiant, par exemple, la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour vérifier comment se comporteront les glaces, les précipitations ou la température des océans. À partir d’un même scénario, plusieurs modèles différents sont appelés à calculer l’évolution des paramètres d’intérêt sur des décennies, voire des siècles. Plusieurs dizaines de simulations sont ainsi produites pour permettre aux chercheurs d’appliquer des tests statistiques et se donner un intervalle de confiance pour prédire l’avenir le plus probable. Mais rien de tout cela ne vaut la vérification de terrain.

Chronique

Ces enfants qu'on interne

CHRONIQUE / À 14 ans, Héloïse* a senti une grande tristesse. «C’était comme une grande mélancolie. Je ne comprenais pas pourquoi.»

Comme un tunnel gris.

Elle a gardé ça pour elle pendant un bout, en a parlé au psychoéducateur de l’école. Mais le tunnel s’est rapidement rétréci. «Je ne me sentais pas bien, ça a été assez drastique. J’ai commencé à m’automutiler avec un Xacto, je me réfugiais là-dedans. C’est comme si j’avais besoin d’une souffrance que je pouvais comprendre.»

Je sais, c’est rough. Mais c’est ça.

Elle a fini par en parler à ses parents, ils étaient inquiets, assez pour l’emmener en psychiatrie à l’hôpital. «Le pédopsychiatre m’a gardée cinq jours à cause des idées noires. J’entrais dans le système. J’étais terrorisée.» Elle a été transférée dans une unité d’hospitalisation de Québec pour les jeunes de 12 à 18 ans.

Elle y est restée deux semaines. «Je ne voulais pas rester là, j’avais tellement peur. Pour sortir, j’ai dit que ça allait bien.»

Mais ça n’allait pas.

La seule façon qu’elle a trouvée pour reprendre un peu le contrôle sur sa tête, c’est de prendre le contrôle de son corps. De l’affamer. «Je ne mangeais plus. Je perdais du poids à une vitesse alarmante. J’ai perdu 20 livres le premier mois, 40 au total. Mais extérieurement, je fonctionnais mieux. J’avais moins de tristesse, j’étais en contrôle. J’atteignais des objectifs.»

Elle est descendue à 88 livres.

Elle a dû être hospitalisée encore, «quasiment deux mois» cette fois-là. Elle allait à l’école le jour, à l’hôpital le soir. «C’était comme une double vie.» Elle a réussi sa troisième secondaire, est retournée chez elle en mai. Mais en octobre, elle en a eu assez de broyer du noir.

Elle a avalé tous les comprimés qu’elle accumulait depuis quatre mois. «Je voyais ça comme un filet de sécurité», comme une porte de sortie.

Ça a été la porte d’entrée de l’hôpital, encore. Pendant un an. Sans sortir. «J’avais des hallucinations visuelles et auditives, c’était rough. Je n’étais pas la même personne. Je me foutais de tout, je prenais du poids, je ne cachais plus mes idées suicidaires. Cette hospitalisation a été intense au niveau des traitements…»

Elle en fait encore des cauchemars.

Elle cherchait toujours des façons de se faire du mal, comme si c’était la seule chose qui l’intéressait. «Je cachais des objets dans mes bas, dans mes pantoufles. Je faisais des plans, ma vie était focusée là-dessus.»

Le «traitement» était draconien. «On me maintenait à plat ventre, on m’ouvrait les mains, on me mettait en salle d’isolement. Quand je me frappais la tête, on me mettait les contentions et ça accentuait ma colère. Et qu’est-ce que je faisais pour contrôler ma colère? Je me frappais encore plus la tête.»

Une spirale infernale.

«Il s’ensuivait des heures de contention, attachée au sol… S’ils soupçonnaient que je dissimulais un objet, je devais mettre la jaquette anti-suicide et après, il y avait la contention. C’était tellement souffrant. Je me suis habituée à ça. Ça commençait vers 22h et je revenais dans ma chambre autour de 2h du matin. Ça arrivait environ trois fois par semaine, pendant six à huit mois.»

Quand elle refusait d’avaler les calmants, on les lui injectait dans la cuisse. «C’était de l’Haldol, un médicament qui assomme.»

Un agent restait à côté d’elle. «J’essayais de sortir de ma contention, de faufiler mon bras, je criais. Une fois, quelqu’un a donné des bouchons pour oreilles à l’agent. Comment ne pas sentir que tu déranges? Il y a un concept d’humiliation là-dedans. C’est beaucoup pour une fille de 15, 16 ans.»

L’hôpital, c’était sa vie. Elle tournait en rond, avec à peu près aucun contact humain. «L’amour, je le prenais dans le toucher des infirmiers qui m’attachaient. Au moins, pendant ces moments-là, je n’étais pas toute seule.»

Il a fallu deux signalements à la DPJ pour qu’elle sorte de l’hôpital, dont un fait par sa mère. «Elle n’en pouvait plus de me voir là.»

Une journée d’octobre 2014, le 17 plus précisément, elle a pris le chemin d’un centre jeunesse. «Ils m’ont rencontrée, ils m’ont dit : “Il y a deux transporteurs qui t’attendent.” Ils m’ont donné deux sacs à poubelle pour que je mette mes choses…»

Sans la prévenir.

Elle s’est retrouvée en cure fermée pendant un mois, puis dans une unité un peu moins contrôlée. «Je n’ai pas eu de contention, ou si peu, peut-être trois fois en un an. Je me sentais plus écoutée, ce n’était plus des infirmiers qui s’occupaient de moi, mais des éducateurs spécialisés. C’était un milieu qui était plus structuré, il y avait des activités et l’importance de l’école était vraiment priorisée.»

Elle y est restée un an. «Les crises ont arrêté du jour au lendemain. Mon but, c’était de ne plus retourner à l’hôpital, de retourner à la maison.» Elle est sortie pour de bon en octobre 2015, quelques mois avant d’avoir 18 ans.

Mais elle garde encore de vives cicatrices de ces deux années où elle a été internée. «Il n’y a pas un jour que je n’y pense pas. Je me souviens de tout dans les moindres détails, je me revois… J’ai envie de prendre cette Héloïse-là dans mes bras. […] Je fais des cauchemars la nuit. J’ai des spasmes, mon corps est toujours en état d’alerte.»

Même quand c’est sa mère qui lui caresse le cou.

«On a tenu pour acquis que j’étais habituée aux contentions, à tout ça, vu que c’était la même chose chaque soir. Mais chaque fois, c’était difficile. Chaque fois, j’avais mal. Et il n’y avait jamais de retour qui était fait avec moi le lendemain. Parler aurait pu être un remède, me demander comment je me sens. Pour que je ne me sente pas juste bonne à être enfermée…»

Elle en paye encore le prix. «L’hospitalisation m’a détériorée, ça a été admis.»

Aujourd’hui, Héloïse a 20 ans, elle va mieux, elle a terminé son cours secondaire aux adultes et a commencé un bac à l’université. Encore fragile, elle a un suivi psychologique régulier. «Je suis beaucoup plus stable, j’arrive à gérer mieux mes comportements destructeurs.»

Quand elle tombe, elle se relève.

Elle sait que demain peut être meilleur. «Depuis que je suis sortie, ça m’a permis de me révéler, de comprendre que ça vaut la peine d’essayer.»

*nom fictif

Chroniques

Terra incognita

CHRONIQUE / Si, comme moi, vous êtes des passionnés d’astronomie, je suppose que vous suivez la mission de l’astronaute canadien David Saint-Jacques, actuellement en orbite autour de la Terre dans la Station spatiale internationale. Pendant son affectation dans l’espace, qui devrait durer plus de six mois, ce dernier effectuera une série d’expériences scientifiques, notamment dans les domaines de la robotique et des nouvelles technologies. Mais à quoi bon tout cela, me demanderez-vous ? C’est une question légitime : à quoi sert l’exploration spatiale ?

Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. Personnellement, puisque je suis professeur de philosophie, j’ai toujours pensé que l’exploration spatiale répondait à un besoin humain fondamental, soit celui d’explorer et de repousser toujours davantage les limites de la connaissance et du monde connu. À mes yeux, il y a d’ailleurs de nombreuses ressemblances entre la philosophie et l’astronomie, à commencer par le fait que ce sont deux disciplines qui stimulent la réflexion et l’imaginaire. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de se pencher sur la condition humaine, sur notre passé, notre présent et notre avenir, et qui plus est sur la place que nous occupons dans l’univers.

Chroniques

L’appel de la pêche

CHRONIQUE / Je vais vous dire un secret. J’ai longtemps jugé – juste un petit peu – ceux et celles qui passaient leur hiver sur les glaces, histoire de taquiner le poisson. Comme quoi il n’y a vraiment que les fous qui ne changent pas d’idée, aujourd’hui, je les envie.

Comme chaque année depuis maintenant 11 hivers, je suis allée faire mon tour sur les glaces des sites de Grande-Baie et de l’Anse-à-Benjamin, samedi. La pêche blanche étant presque devenue notre sport national, cette visite est un incontournable pour le journal plusieurs fois durant la saison. Mais cette année, cette visite a pris une tournure toute particulière. Je me suis surprise à envier ces sourires et ces yeux plissés par le froid, et à m’imaginer bien au chaud, week-end après week-end, installée dans ma propre cabane. Je n’en revenais pas d’avoir de telles pensées obscènes, moi qui n’ai jamais été attirée par la pêche, qu’elle soit blanche ou multicolore.

Isabelle Légaré

Sandra, 39 ans, et la vie avec l’Alzheimer

CHRONIQUE / Une note est apposée sur le mur, juste à côté de l’interrupteur, à droite de la porte. Impossible de ne pas la voir au moment d’éteindre les lumières et de quitter la maison.

«Bain. Lecture des nouvelles. Verres de contact. Brossage de dents. Étirements. Je m’habille et je choisis mes bijoux. Je rassemble mon lunch. Je prends mes médicaments.»

Julien Renaud

Je veux mon kit de fin de vie

CHRONIQUE / Prenez cette chronique et quand vous jugez que j’en suis rendu là, tuez-moi.

Après l’histoire du pacte de suicide chez un couple d’octogénaires de la région, celle du suicide d’une femme âgée qui s’est fait refuser l’aide médicale à mourir, et celles des deux personnes qui, courageusement, ont raconté la leur au Palais de justice de Montréal, j’ai décidé de repousser les deux sujets de chronique sur lesquels je travaillais, pour me forcer à réfléchir une fois pour toutes à la question de la fin de vie que je me souhaite.

Joël Martel

Soirée entre vieux chums de gars

CHRONIQUE / Ce soir-là, ça faisait quelque chose comme 20 ans au moins qu’on ne s’était pas retrouvé toute la bande à boire une bière ensemble.

Il y avait eu cette fois où on s’était brièvement rencontré à la suite du décès de Richard, le père de Guillaume, mais sinon, il fallait remonter très loin jusqu’au vingtième siècle afin de retrouver la dernière fois où toute la bande avait été réunie. Et puis hop, il aura fallu que survienne le décès du père de Fred pour qu’on se revoit à nouveau, tous ensemble.