Sébastien Lévesque

La crise démocratique

CHRONIQUE / La réforme du mode de scrutin est une idée débattue depuis longtemps, tant au Québec qu’au Canada. Au début des années 2000, Benoît Pelletier, alors ministre de la Réforme des institutions démocratiques sous le gouvernement libéral de Jean Charest, avait entrepris de vastes consultations sur le sujet et avait constaté – non sans surprise – que l’idée rencontrait peu d’appuis dans la population, notamment en région. Le projet de réforme a donc été abandonné. Plus récemment, mais au Canada cette fois, c’est le gouvernement Trudeau qui n’a pas tenu sa promesse de réformer le mode de scrutin. La principale raison ? Aucun consensus ne s’est dégagé des diverses consultations menées d’un bout à l’autre du pays. Comme quoi, en dépit de ce qu’en disent certains experts ou politiciens, il ne semble pas y avoir à ce sujet une réelle volonté de changement dans la population.

Qu’à cela ne tienne, les trois partis d’opposition à Québec ont décidé de faire front commun sur cette question et ont promis de mettre en place un nouveau mode de scrutin proportionnel mixte pour les élections de 2022. Mais qu’est-ce que cela changerait, au juste ? En gros, la répartition des sièges à l’Assemblée nationale se ferait maintenant proportionnellement au nombre de voix obtenues par chacun des partis et tiendrait aussi compte des disparités régionales. Concrètement, cela voudrait dire qu’un parti comme Québec solidaire, par exemple, qui a obtenu 7,63 % des voix en 2014, remporterait huit ou neuf sièges plutôt que seulement trois. De ces sièges, les uns seraient évidemment issus des circonscriptions dans lesquelles ils ont obtenu le plus de votes, et les autres seraient distribués sur la base de divers paramètres comme les résultats à l’échelle nationale et l’équilibre entre les régions.

L’intention derrière cette volonté de réforme du mode de scrutin est très claire et fort louable : il s’agit de rétablir la confiance de la population envers les élus et les institutions démocratiques. Difficile d’être contre la vertu, certes, mais pour ma part, je suis loin d’être convaincu que cela suffit à combattre le cynisme et la désillusion des électeurs. Pire encore, je suis d’avis qu’un système électoral proportionnel favoriserait l’émergence des voix extrémistes ou marginales à l’Assemblée nationale et risquerait ainsi de créer de l’instabilité, entre autres avec la hausse des gouvernements minoritaires ou de coalition. Autrement dit, la proportionnelle accentuerait probablement le phénomène de la fragmentation politique et alimenterait encore davantage la politique partisane. 

Le mode de scrutin uninominal à un tour présente quant à lui certains avantages. Avant tout, c’est un mode de scrutin que nous connaissons et qui a fait ses preuves. Est-ce un argument suffisant pour le préserver ? Non, mais il faut tout de même être prudents avant de remettre en question nos us et coutumes politiques. Dans les faits, introduire un mode de scrutin proportionnel mixte constituerait une véritable révolution démocratique dont nous ne pouvons pas tout à fait mesurer les conséquences. Les plus cyniques d’entre nous diront que les partis politiques au pouvoir n’ont, de toute façon, aucun intérêt à procéder à une telle réforme, mais au final, on peut se questionner sur la pertinence d’offrir à la population un changement qu’elle ne semble pas réclamer.

À mon avis, la crise démocratique que nous tentons de résorber ne tient pas tant à notre mode de scrutin actuel, qui nous a généralement bien servi, plutôt qu’à une culture politique malsaine rongée par la partisanerie aveugle et l’influence démesurée des lobbys. Ce dont nous avons réellement besoin, ce n’est donc pas d’un nouveau mode de scrutin, mais bien que les élus réapprennent à travailler ensemble, pour le bien commun. Pour ce faire, il faudrait notamment revaloriser la fonction de « simple député » et le rôle de l’opposition dans l’exercice du pouvoir. Et, à ce propos, notre bon vieux mode de scrutin uninominal à un tour présente justement cet avantage qu’il peut favoriser la culture de la modération et du compromis chez les élus, d’autant que ces derniers y mettent du leur. 

Chronique

Le «Lucien Bouchard» de Couillard?

CHRONIQUE / Quand l’équipe du «Oui» au référendum de 1995 a constaté que Jacques Parizeau ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois, elle a fait appel aux talents de communicateur et à la passion de Lucien Bouchard. Cette année, Philippe Couillard a compris qu’il ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois de lui donner un autre mandat. Il a donc fait appel à Alexandre Taillefer, un autre communicateur passionné.

Dans les deux cas, les machines politiques se sont tournées ou se tournent aujourd’hui vers des personnalités offrant une plus grande capacité que MM. Parizeau et Couillard à faire passer leurs convictions. D’ailleurs, on pourrait dire la même chose de Jean-François Lisée, qui est allé chercher Véronique Hivon pour asseoir son autorité sur une équipe davantage à l’écoute de la population.

En 1995, la décision de Jacques Parizeau d’amener Lucien Bouchard à ses côtés a eu un effet positif pour la campagne du «Oui». L’arrivée d’Alexandre Taillefer sera-t-elle un facteur dans le choix des électeurs aux élections générales du 1er octobre? La réponse à cette question est beaucoup moins évidente. 

Même si la notoriété des gens attire toujours l’attention des médias, elle ne donne pas toujours les résultats souhaités. L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas fait bouger l’aiguille des sondages d’opinion en faveur de Québec solidaire, même s’il est très connu et qu’il fait un excellent travail à l’Assemblée nationale.

L’autre grande question concernant Alexandre Taillefer est sa capacité de plonger aussi rapidement et profondément dans la bataille politique sans commettre d’impairs, et plus encore, sans créer de malaises au sein de la machine libérale.

L’homme est un excellent communicateur et il a une image sympathique dans ses entrevues. Mais qu’en sera-t-il dans les coulisses de l’organisation de campagne du PLQ? Contrairement à Daniel Johnson, qui a présidé de haut la dernière campagne électorale de Philippe Couillardm laissant l’autorité nécessaire au directeur de la campagne, M. Taillefer veut s’y investir très profondément. Il a même annoncé son intention de prendre place dans l’autobus de campagne du chef. Or c’est Jean-Marc Fournier qui doit y accompagner M. Couillard. Trop de conseillers à bord, ça risque de créer des tensions. Issu du milieu des affaires, M. Taillefer sera tenté d’intervenir à tous les niveaux, à celui de la présidence, de la direction de la campagne, et de l’entourage immédiat du chef. Comme c’est Philippe Couillard en personne qui l’a recruté, il se sentira investi de son autorité. 

C’est dangereux dans une équipe. D’autant plus dangereux que les ministres qui ont un œil sur le leadership du parti ont probablement sourcillé en voyant M. Couillard donner la présidence de la campagne libérale à un outsider qui dissimule mal son intention de devenir leur chef un jour.

S’il y a un «effet Taillefer» et que la campagne électorale va bien, tout le monde l’applaudira. Mais si les sondages sont mauvais et que le parti se dirige vers la défaite, les querelles éclateront au grand jour et il sera le bouc émissaire. 

Pour Philippe Couillard, l’arrivée d’Alexandre Taillefer s’inscrit dans le renouvellement du Parti libéral, de ses politiques et de ses communications. Les attentes sont énormes et les embûches seront nombreuses. Ses commentaires sur le journalisme pratiqué par les médias de Québecor lui ont déjà valu les foudres de Pierre Karl Péladeau. Taillefer vient d’apprendre que la moindre critique de PKP donne à ce dernier un prétexte apprécié pour dénigrer ses concurrents ou ses adversaires. C’est le métier qui rentre, mais il a peu de temps pour apprendre.

Chronique

Le voleur à la cigarette

CHRONIQUE / Ça arrive partout, bien sûr, et chaque fois que quelqu’un signale un vol dans sa voiture, on lui demande tout de suite si les portières étaient verrouillées.

Après, s’il a appelé la police.

Des fois, le voleur prend des CD ou carrément la radio. Ce printemps, un voleur est parti avec une boîte à lunch avec des Tupperware pas lavés. Un autre avec un siège d’auto pour enfants. Une fille que je connais avait, dans sa boîte à gants, une lampe de poche et des lunettes fumées. 

Parfois, pour entrer, il casse la vitre.

À Limoilou, le mois dernier, un homme a sévi plusieurs fois, assez pour que les gens du quartier le remarquent et partagent son modus operandi sur Facebook. On avait une description sommaire, maigre, environ cinq pieds huit pouces, un vieux sac à dos vert. 

Un autre, peut-être est-ce le même, prend le temps de fumer une cigarette pendant qu’il fait l’inventaire de ce qu’il y a à voler.

Il laisse parfois des cendres dans l’auto.

On a aussi partagé un cambriolage où le filou s’était coupé, laissant derrière lui une traînée de 150 mètres de son ADN.

Les vols dont je vous parle se sont produits à Limoilou, d’autres se produisent à Val-Bélair, ou un peu partout en ville. Il y a quelques années, une connaissance s’est fait voler un gigantesque pot de fleurs devant sa maison, dans un quartier que les agents immobiliers qualifieraient d’homogène.

Dans la plupart des cas, les vols sont déclarés à la police.

Et que fait la police? 

Elle donne, essentiellement, un numéro de dossier dont la seule fin, pratiquement, est de remplir la demande de réclamation auprès de sa compagnie d’assurances. Même pas besoin d’appeler à la centrale, on peut faire la plainte en ligne, après quoi un reçoit son numéro d’événement.

C’est que, m’a-t-on expliqué à la police, les vols dans les voitures empruntent un «cheminement particulier». À moins de prendre l’escroc sur le fait et d’arriver à le retenir jusqu’à l’arrivée des policiers, les chances qu’on lui mette la main au collet sont infinitésimales.

«Pour les vols de moins de 5000 $ où on n’a ni suspect, ni indice, ni témoin, on soumet un numéro et le dossier est mis en suspens, m’explique Cindi Paré, porte-parole du Service de police de la Ville de Québec. Le dossier n’est pas transféré à un enquêteur. Après ça, les personnes peuvent faire le cheminement de leur côté.»

Lire, appeler les assurances.

Aux gens qui voudraient retrouver leurs objets, on suggère d’aller sur Kijiji ou de faire le tour des prêteurs sur gages.

Le dossier à la police est, en somme, clos. Même si des citoyens jouaient les Sherlock Holmes et arrivaient à trouver des indices menant vers un suspect, tout porte à croire que ça n’irait pas plus loin. 

Et, chaque dossier étant considéré comme un cas isolé, bien peu de chance non plus de détecter une vague de vols. Récemment d’ailleurs, une femme a signalé ce qu’elle percevait être une recrudescence d’infractions dans Limoilou, ce n’est pas allé plus loin. «Les enquêteurs n’ont rien remarqué.»

Le contraire serait étonnant, vu que les dossiers de vols de moins de 5000 $ sans indices ni témoins ne leur sont pas transférés.

Oui, évidemment, il faut verrouiller ses portes et ne laisser rien à la vue. Ou se munir d’un système d’alarme ou de surveillance. La plupart des personnes qui ont partagé leur mésaventure sur Facebook n’avaient pas été négligentes, certaines ont dû réclamer une vitre cassée.

Selon les chiffres fournis par le SPVQ, il y a eu depuis le début de l’année dans «l’arrondissement au complet de Limoilou», 167 vols à l’intérieur de véhicules. C’est quand même plus d’un vol par jour.

Me semble que c’est beaucoup.

Et me semble que la police envoie un drôle de message aux malfaiteurs, qui savent trop bien qu’ils n’ont à peu près pas de risques de se faire pincer, que le dossier sera réglé en quelques minutes, «classé en suspens» dans un serveur avec les centaines d’autres dossiers en suspens.

Qu’ils ont, en volant, le temps d’en griller une.

Chroniqueur du samedi

La piège de la file d'attente

CHRONIQUE / C’était un de ces midis où je m’étais rendu compte à la dernière minute qu’il manquait des trucs afin de préparer le dîner. Alors hop, je m’étais dépêché pour aller chercher ce qu’il nous manquait à l’épicerie, et, pour mon plus grand bonheur, la file devant la caisse rapide ne comprenait que deux personnes.

Or, voilà qu’au moment de me placer dans la file, je me rends compte que pendant tout le temps où j’avais parcouru à la vitesse de l’éclair les rangées de l’épicerie, la file de la caisse rapide n’avait même pas avancé d’une miette. 

En fait, en plus ne pas avoir avancé, la file s’était considérablement allongée, faisant en sorte que nous étions sept ou huit personnes à attendre patiemment.

La dame qui semblait avoir pris le monopole de la caisse s’est alors retournée et, après avoir confronté nos regards, elle a décidé de demander à la caissière de lui expliquer en détail le programme de récompense aux clients.

Je me suis alors contenté de fermer doucement les yeux en me disant intérieurement : « Bordel, c’est pas vrai ».

Mais quelques instants plus tard, voilà qu’une caissière arrive à la rescousse, et, après avoir bondi derrière une caisse, elle nous annonce que nous pouvons passer la voir.

La dame juste derrière moi saisit donc immédiatement l’occasion, et, tout en nous adressant un regard du genre « Bien joué pour vous bande d’idiots », voilà qu’elle quitte notre file qui était jusqu’ici solidaire pour aller voir l’autre caissière.

De toute évidence, tout le monde dans la file est en train de se poser les mêmes questions : « Est-ce que je reste dans cette file ou est-ce que je tente ma chance ? Et si c’était un piège ? »

Au même instant, juste pour ajouter un brin de confusion à nos questionnements, voilà que la dame qui se faisait expliquer le programme de récompense aux clients depuis une éternité ramasse ses sacs et quitte enfin la caisse.

La file est enfin en train d’avancer, mais au même moment, un homme arrive et se présente à l’espèce de comptoir où on se fait rembourser les bouteilles vides et tout le tralala. 

Nous, les gens de la file éternelle, on est tous là à le dévisager, et, si nous pouvions parler des yeux, notre regard dirait : « Toi mon pote, tu vas devoir prendre ton mal en patience, parce qu’on est tous ici dans cette file depuis la nuit des temps ».

Or, on a tout faux, parce que la caissière se dirige aussitôt vers lui, et c’est alors qu’il sort de son veston une enveloppe de Loto-Québec. Intérieurement, je me demande : « Bordel, le président des États-Unis se serait pointé à cette caisse, et on ne lui aurait même pas répondu avec autant d’empressement. »

On est donc tous là à regarder cet homme sortir ses milliers de billets et de formulaires, et décidément, avec un peu de chance, on sortira de cette épicerie avant la tombée de la nuit.

À notre gauche, la nouvelle file qui s’était créée quelques minutes auparavant avance à un rythme infernal. Quant à notre petite dame qui avait osé quitter la file éternelle, elle doit être chez elle depuis un bon moment, déjà à s’empiffrer des biscuits au chocolat qu’elle avait achetés.

La file éternelle est plus fragile que jamais, car on sent que l’homme derrière moi va bientôt flancher pour tenter sa chance auprès de la nouvelle file. Puis, après quelques hésitations, le voilà qui fait le grand saut.

Pour ma part, je tente de faire comme si de rien n’était, mais je ne peux pas m’empêcher de suivre sa progression dans la nouvelle file du coin de l’oeil. Et puis, juste pour ajouter à la mauvaise humeur qui a commencé à m’habiter, la nouvelle file avance toujours à un rythme infernal. 

C’est alors que tout va soudainement très vite. Le gars des billets de loto s’en va, puis le type juste devant moi paie ses oranges en moins de deux, et hop, c’est maintenant à mon tour. 

Comme je suis un gentleman, je pique un brin de jasette à la caissière pour lui démontrer que je sais très bien que cette file éternelle, ce n’est pas de sa faute. 

Et puis hop, c’est là que je me rends compte... que j’ai laissé mon porte-monnaie sur mon bureau à la maison.

Chronique

Cracheurs de feu

CHRONIQUE / Aborder la semaine d’Alexandre Taillefer alors que sont en cause l’indépendance des institutions de presse, celle des journalistes et des chroniqueurs, la Loi sur l’accès à l’information, la lutte sans pitié (ni classe parfois) que se livrent des entreprises d’information et la pertinence d’interventions politiques pour à la fois soutenir financièrement et protéger législativement un appareil média mis à mal? Irrésistible.

Alexandre Taillefer n’est pas n’importe qui. Il vous le dira. Entrepreneur à succès, dragon de salon, téméraire en affaires, image savamment négligée... On refuse difficilement une subvention à Alexandre Taillefer à qui tout semble réussir. Pourtant, mettre en doute le succès de ses entreprises peut en déclencher la vindicte. Après un exhaustif et follement médiatisé tour du jardin, le «queer» politique s’est reconnu, entre tous, dans le progressisme de Philippe Couillard.

J’ai dit de l’atterrissage de Vincent Marissal chez QS qu’il s’était plutôt agi d’un écrasement. Dans le cas d’Alexandre Taillefer, le PLQ aura dû le déterrer ce mercredi pour un point de presse à peine moins manqué que la fuite calculée de lundi.

Chapelet de maladresses dont voici un florilège : 

Personne au Parti libéral n’a cru bon de vérifier le passé auprès des autres partis d’une recrue à la présidence de campagne pourtant «queer politique». 

Membre en règle du Parti québécois jusqu’en 2020, il sort la ridicule cassette de l’être… à son insu! C’est à quelqu’un qui ne regarde pas ce qu’il signe que le PLQ confie sa campagne? Bien sûr, il s’agit surtout que de brandir Taillefer comme preuve de renouveau, entrepreneur cool et enfant jusque-là chéri de l’infodivertissement. Quelqu’un de qualifié prendra la direction de la campagne. Ça presse.

Que M. Taillefer ait magasiné une adhésion politique pétrie de convictions sincères à faire pâlir Amir Khadir, on veut bien. Ce n’est pas une maladresse. Il en va autrement d’avoir fait confiance à François Legault qui s’empresse de trahir le caractère privé de la conversation. Une spécialité maison. Le chef de la CAQ nous apprend qu’entre maire de Montréal et premier ministre, le dragon se dandine.

Enfin, M. Taillefer accuse Pierre Karl Péladeau d’exercer des pressions idéologiques sur ses journalistes, chroniqueurs et autres professionnels. Si on ne provoque pas Pierre Karl Péladeau, il s’en chargera lui-même. Donnez-lui un prétexte pour activer ses pouces sur Twitter et vous en aurez pour votre argent. Le dragon a investi une phrase malheureuse chez Québecor que l’empereur a fait fructifier. À juste titre!

Lorsque Monsieur Péladeau a formulé des allégations semblables à l’encontre du groupe de presse dont vous lisez présentement une publication, je n’y écrivais pas. Je ne me suis pour autant pas privé de le lui reprocher vertement. Ce sont des professions entières — journalistes, analystes, commentateurs, chroniqueurs, titreurs, photographes… — dont l’intégrité fut mise en doute. Venant du plus influent entrepreneur média au Québec, il y avait de quoi choquer. Pourtant, lorsqu’Alexandre Taillefer commet la même bourde, lui aussi propriétaire de médias, des voix s’élèvent pour le défendre et en faire reproche… à Péladeau. Injuste et incohérent. Malaise chez les professionnels hautement qualifiés qui œuvrent à L’actualité et au Voir, dont Taillefer est toujours propriétaire. Et si, sur les ondes du 98,5, Alexandre Taillefer met en doute la probité de PKP, ce dernier est absolument dans son droit de lui répondre.

Les médias québécois ont en effet été confrontés à une lourde séquence de crises au cours des derniers mois : surveillance de journalistes par la police, protection des sources, urgence d’une aide structurée et équitable, vol systématique de leurs contenus par les Facebook et autres Google, et ainsi que leurs revenus publicitaires, déclenchant une crise qui n’est pas que québécoise, mais qui s’y vit avec une acuité toute particulière.

La manne publicitaire ainsi ratatinée, il est tentant de jalouser toute aide que l’ennemi commercial et idéologique obtiendra. L’équité est en effet une valeur à laquelle un gouvernement ne devrait jamais se soustraire. Il est aussi tentant de souhaiter la disparition corps et biens du concurrent. Un tel monopole sur les tables des Tim Hortons du Québec ne servirait ni l’information, ni la diversité, ni la démocratie.

Ajoutez au buffet une loi archaïque qui, dans le cadre de la succession d’un propriétaire de La Presse, imposa en 1967 que toute transaction ultérieure reçoive l’aval de l’Assemblée nationale du Québec. Il n’en fallait pas davantage pour que le Parti québécois pose ses exigences et que tant QS que Martine Ouellet, de passage à Québec, ne prennent carrément en otage idéologique la transaction substituant une fiducie d’utilité publique à Power Corporation comme propriétaire de La Presse. Il s’agit pourtant d’une loi antérieure à la plupart de règles qui régissent désormais les médias et d’une contrainte qu’aucune autre entreprise ne subit.

Bref, le coude média se porte haut sur la patinoire politique.

Le perdant…

Le Parti libéral de Philippe Couillard espérait faire oublier la cascade des départs alors qu’il se morfond dans un sous-sol sans précédent chez les sondeurs. Mal lui en prit. On a oublié les départs, oui. Pour pire… Le sauveur autoproclamé qui devait rafraîchir un PLQ tristounet en a fait une risée.

… et le gagnant

Pierre Moreau, bien sûr. Alexandre Taillefer, membre en règle du séparatiste PQ, s’est confié à Paul Arcand du désir de devenir premier ministre. Ça remonte à sa tendre enfance. Presque de droit divin. Sauf que le PLQ n’a pas cette mansuétude. Pierre Moreau, enfant du sérail, brillant politicien, redoutable et pugnace, voit un adversaire à la direction du Parti libéral se disqualifier lamentablement. On dit toutefois que Taillefer n’est pas le seul dragon — ou dragonne — à lorgner le fond de commerce du PLQ.

Alexandre Taillefer s’est aventuré beaucoup trop tôt, sans entourage, sans conseil, sans lettres de créance, sur une patinoire qu’il n’a pas le souffle de parcourir. Coincé, il insulte à la fois deux équipes de journalistes — la sienne et celle de Québecor — et un magnat de presse qui, lui, ne sait que trop bien cracher le feu. Pour le meilleur et pour le pire, un seul des deux dragons dort sur un trésor.

Chroniques

Une percée technologique (2)

CHRONIQUE / Le 10 mai dernier, on annonçait un projet d’usine au Saguenay pour mettre à l’échelle et développer un nouveau procédé d’électrolyse de l’aluminium utilisant des anodes inertes, ce qui permettra d’éliminer progressivement les émissions de gaz à effet de serre liées à l’utilisation des anodes de carbone. Dans ma dernière chronique, nous avons vu les bénéfices environnementaux de cette percée technologique à l’échelle québécoise. Cette fois, nous élargirons la perspective à l’échelle canadienne et mondiale dans un contexte de lutte aux changements climatiques.

D’abord, voyons quelques chiffres. En 2016, il s’est produit dans le monde environ 65 millions de tonnes d’aluminium, dont la moitié en Chine. Au Québec, on en a produit 2,8 millions de tonnes sur les 3,6 millions de la production canadienne. Le nouveau procédé Elysis élimine les émissions liées à la réaction chimique qui permet de séparer l’aluminium métallique de l’oxygène décomposant ainsi l’alumine. Ainsi, au lieu de produire 1,2 tonne de CO2 pour chaque tonne d’aluminium, on ne produit que de l’oxygène. C’est naturellement la réaction théorique. Dans les faits, les alumineries du Québec émettent environ 2 tonnes de CO2 par tonne d’aluminium produite et à ce titre, elles figurent parmi les meilleures au monde. Le nouveau procédé n’émettra que 890 kilos d’oxygène par tonne d’aluminium. Cette avancée spectaculaire peut-elle contribuer significativement à réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire et renverser la hausse de la température globale prévue au 21e siècle ? Voyons un peu avec les derniers chiffres du Global carbon budget (http ://www.globalcarbonproject.org/carbonbudget/).

Selon cette évaluation scientifique, le secteur des carburants fossiles et de l’industrie a émis en 2017 un total de 36,8 milliards de tonnes de CO2éq. (en hausse de 2 %). Donc, si le procédé nouveau éliminait toutes les émissions liées à l’électrolyse de l’aluminium, même aux meilleurs standards, on aurait un potentiel de réduction mondial de 130 millions de tonnes, c’est-à-dire 0,35 % des émissions totales. Ainsi dire pas grand-chose. Et cela suppose qu’on ait transformé toutes les alumineries du monde pour l’adapter aux nouvelles cuves. Cela ne sera vraisemblablement pas possible avant 2050. Au Canada, les émissions en 2016 dépassaient 704 millions de tonnes de CO2éq, celles de l’industrie de l’aluminium ne comptant que pour 1 % de ce total. Leur élimination d’ici 2035 serait une contribution mineure à l’atteinte des cibles, surtout si le gouvernement canadien continue de vouloir augmenter l’exploitation des sables bitumineux et du gaz de schiste.

Malgré l’importance de la réduction d’émissions de procédé, il faut savoir que dans le reste du monde, les émissions du secteur aluminium sont surtout dues à la production d’électricité. Il faut plus ou moins 14 000 KWh pour produire une tonne d’aluminium. Selon le mode de production chaque KWh a une empreinte carbone qui peut aller de moins de 10 grammes au Québec et jusqu’à un kilo pour une centrale au charbon chinoise. En somme, il y a beaucoup plus d’émissions de l’industrie de l’aluminium par la production d’électricité que par la réduction de l’alumine. 

La conclusion à tirer de tous ces chiffres est éloquente. Malgré la percée technologique formidable qui permettra de produire un aluminium à faible empreinte carbonique, c’est dans la réduction de l’usage des carburants fossiles qu’il faut accélérer l’action. Au Québec, les gains se feront essentiellement dans le transport, au Canada, il faudra arrêter l’extraction de pétrole des sables bitumineux et dans le monde il sera nécessaire d’éliminer rapidement la production d’électricité au charbon. C’est là que se situent les gains les plus importants. Les nouvelles technologies peuvent représenter un gain, mais si on ne s’attaque pas au cœur du problème, les conséquences seront catastrophiques.

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Trop à faire pour dormir

CHRONIQUE / C’était il y a deux ou trois semaines de ça.

Ce soir-là, j’avais reçu un message de l’ami Steeve Z qui me proposait une soirée à siffler quelques bières tout en écoutant de la musique. Comme le printemps commençait alors à se pointer le bout du nez, j’ai sauté sur l’occasion afin d’inaugurer officiellement la saison de garage.

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Une percée technologique

ENVIRONNEMENT / Parmi les outils qui peuvent nous permettre de limiter l’augmentation incessante des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et le réchauffement climatique qui y est associé, les experts s’entendent sur le rôle de la transition énergétique, mais aussi sur l’évolution des technologies. La semaine dernière, avec l’annonce du nouveau consortium Elysis, l’industrie de l’aluminium a annoncé ce qui constitue l’une de ces percées technologiques. Voyons un peu ce que cela peut signifier.

D’abord un petit rappel de chimie. L’aluminium est l’un des éléments les plus abondants dans la croûte terrestre, mais il n’existe pas à l’état métallique, comme l’or par exemple. L’aluminium est présent sous diverses formes dans les roches, les argiles ou des terres comme la bauxite. C’est dans les gisements de bauxite qu’on retrouve des concentrations économiquement exploitables d’alumine dont la formule est Al2O3, c’est-à-dire une molécule composée de deux atomes d’aluminium et de trois atomes d’oxygène. L’alumine est une molécule extrêmement stable, ce qui veut dire qu’il faut énormément d’énergie pour la briser. Dans les alumineries, c’est l’électricité qui fournit cette énergie dans un processus appelé électrolyse. L’électrolyse utilise depuis la fin du dix-neuvième siècle des cuves dans lesquelles des anodes composées de carbone servent à capter l’oxygène de manière à ce qu’il puisse être arraché à l’aluminium. Au terme de la réaction, on retrouve de l’aluminium métallique sous forme liquide dont on fait des alliages et des lingots. C’est ce qu’on appelle l’aluminium primaire. Il est ensuite envoyé sur le marché pour la transformation.

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Une très mauvaise idée!

CHRONIQUE / François Legault devrait visiter l’Outaouais avant de laisser ses députés spéculer sur un projet de casino à Québec. L’idée peut sembler attrayante à cause des milliers de croisiéristes qui visitent la capitale, mais elle ignore un facteur important. Un casino, ce n’est pas que des appareils de jeux de hasard. C’est une ou deux salles de spectacles, des restaurants, des bars, et des évènements culturels ou récréatifs de toute nature. Or en Outaouais, l’ouverture d’un casino a créé une dure concurrence aux restaurateurs et aux bars locaux.

La ville de Québec a une belle réputation en terme d’offre gastronomique et culturelle. Désire-t-on vraiment voir l’État y faire concurrence aux commerçants locaux? 

«C’est une compétition déloyale», m’a expliqué mercredi le propriétaire du restaurant Le Troquet, de Gatineau, Éric Gaudreault. Membre de Vision Centre-Ville, un regroupement de commerçants qui ont vécu l’implantation du Casino du Lac-Leamy, M. Gaudreault explique «que personne dans le privé ne peut faire une offre comme le Casino peut en faire». 

En 2014, une initiative du Casino a soulevé la grogne chez les propriétaires de bars. Il s’agissait d’une nouvelle boîte de nuit visant à attirer les jeunes de 18 à 24 ans.

«Certains d’entre nous font des affaires depuis 35 ans à Gatineau, et tous les investissements faits dans nos établissements proviennent du privé. L’État québécois nous taxe déjà suffisamment et voilà qu’il va nous livrer une compétition directe en finançant ses activités avec les fonds publics. C’est carrément indécent», avait averti M. Gaudreault.

Le directeur général de Vision centre-ville, Stefan Psenak, avait lui aussi déploré l’attitude de la direction du Casino : «C’est un grand navire qui se dirige souvent seul. Ils font souvent peu de cas des doléances des personnes autour».

Les deux hommes n’ont pas changé d’idée. Pire encore, M. Gaudreault estime que l’annonce de la création d’un nouveau casino à Ottawa, en 2021, forcera celui de Gatineau à se montrer encore plus agressif dans son offre de jeu et de restauration, au détriment des commerces locaux. «On ne peut pas faire l’autruche, se mettre la tête dans le sable et dire que ça n’affecte pas le commerce local, ce n’est pas vrai».

M. Gaudreault signale par ailleurs que la compétition du Casino ne se limite pas à la clientèle, mais touche également le personnel. «Présentement, il y a une pénurie incroyable de cuisiniers et ils [le Casino] ont un avantage parce qu’ils offrent de meilleurs salaires. Alors c’est toujours difficile de leur faire compétition sur les salaires. C’est de plus en plus criant depuis un an ou deux».

«S’il y a un endroit où il y a tellement de choses à faire qu’on n’a pas besoin de casino, c’est bien le Vieux-Québec, estime M. Gaudreault. Si on parle de problématique en région, mettez plutôt un beau casino en Gaspésie, ça va peut-être aider Percé.»

Les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) veulent sortir l’actuel Salon de jeux de Vanier, l’un des quartiers les plus défavorisés de la capitale. Cette préoccupation a ses mérites. Mais elle fait fausse route en la doublant d’un autre projet, celui de transformer le Salon de jeu en casino afin d’y attirer les croisiéristes qui font escale à Québec. Les caquistes se sont immédiatement attiré la colère des gens de Charlevoix, qui craignent une concurrence directe à leur propre casino, situé à La Malbaie. Les restaurateurs, les tenanciers de bars et les dirigeants des salles de spectacle de Québec n’ont pas encore réagi, mais si j’étais à leur place, je garderais l’œil ouvert. La proposition de la CAQ, c’est une très mauvaise idée.

Chroniques

Le pitbull de Saint-Laurent euthanasié

CHRONIQUE / Les résidants du quartier Saint-Laurent, à Jonquière, seront soulagés d’apprendre qu’un chien qui semait l’émoi depuis quelque temps, sur la rue Saint-Clément, n’est plus. Après avoir attaqué un troisième chien, le 9 mai dernier, le pitbull a été euthanasié.

Lors de la première attaque, qui avaient fait deux victimes le 17 février dernier, le pitbull agresseur avait été reconduit à la SPCA Saguenay pour être évalué par l’intervenant canin rattaché à cet organisme.