Chronique

Moi, je vote pour Mme Leclerc!

CHRONIQUE / Depuis le temps que les politiciens se plaignent du gouvernement par les juges, voilà qu’ils se tournent vers la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, pour décider à leur place. En fin de semaine, François Legault a déclaré qu’une fois élu, il lui demanderait de scruter les compétences des sous-ministres pour se débarrasser des incompétents.

Au Parti québécois, Jean-François Lisée a déjà dit qu’il confierait à Mme Leclerc la tâche de faire des recommandations sur le nombre d’immigrants à accueillir «en fonction de nos besoins d’emploi et de notre capacité d’intégration».

Coudonc! Tant qu’à faire, pourquoi ne pas demander à Mme Leclerc de se présenter dans une circonscription? La vérificatrice a déjà dit que l’idée de M. Legault n’était pas dans son mandat. «Ben, on va changer la loi», a dit M. Legault en fin de semaine. Franchement, ça ne fait pas sérieux. Pas plus, d’ailleurs, que l’idée de Lisée de lui demander combien d’immigrants le Québec peut accueillir. On élit les politiciens pour prendre ce genre de décision. Et jusqu’à preuve du contraire, leurs fonctionnaires sont aussi compétents que ceux de la vérificatrice pour faire des recommandations au gouvernement.

L’énoncé d’intention de François Legault est d’autant plus surprenant que le premier défi d’un nouveau gouvernement est de gagner la confiance de la haute fonction publique. Or, voilà que le chef du parti qui a le plus de chances actuellement de devenir premier ministre leur dit qu’il va les faire évaluer, et qu’il va chercher des moyens pour les convaincre de quitter la fonction publique. Le chef de la Coalition avenir Québec pointe même du doigt le ministère des Transports. Vous imaginez un peu le climat que ça va créer si M. Legault prend le pouvoir? Et pire encore, vous voyez d’ici la faible collaboration qu’il aura de ces hauts fonctionnaires, surtout s’il dirige un gouvernement minoritaire?Parce que l’évaluation de la compétence de ces fonctionnaires par la VG, ça prendrait un certain temps, surtout s’il faut changer la loi pour lui confier ce mandat!

Je comprends François Legault de désirer la compétence aux plus hauts niveaux de l’administration publique. Mais je pense qu’à cette étape, il devrait gagner la confiance des employés de l’État, au lieu de nourrir leur méfiance. Parce que veut, veut pas, il aura besoin d’eux.

Brasser les cartes

Question : est-ce que vous voteriez pour Québec solidaire (QS) si le parti avait une chance réelle de prendre le pouvoir? Pas nécessairement. QS a démontré son utilité à l’Assemblée nationale en soulevant des préoccupations qui échappent parfois aux autres partis. Et si Manon Massé a pris tellement d’importance dans cette campagne, c’est parce qu’elle a démontré un sérieux qui lui a valu un grand capital de sympathie. Elle offre donc une voix de protestation à ceux et celles qui ne se retrouvent plus dans les autres partis. C’est une avenue rassurante parce que tout le monde sait bien qu’elle ne prendra pas le pouvoir.

Mais c’est une avenue qui pourrait tout de même brasser les cartes si le prochain gouvernement est minoritaire et qu’il a besoin d’appuis dans les autres partis. Alors à ce chapitre, Jean-François Lisée a raison de nous demander de lire le programme politique de Québec solidaire.

Denis Gratton

Le «condo» de Carmen et Bertrand

CHRONIQUE / On comptait approximativement 200 sinistrés, dimanche matin, au campus Gabrielle-Roy du Cégep de l’Outaouais. Des gens qui, pour une deuxième nuit consécutive, avaient dormi dans ce refuge improvisé.

La tornade destructrice de vendredi les a chassés de leur logement du secteur Mont-Bleu, à Gatineau. Et Dieu seul sait quand ils pourront rentrer à la maison. En début d’après-midi, dimanche, ils s’apprêtaient à monter dans des autobus qui allaient les transporter à un autre centre de services aux sinistrés, au centre communautaire Père-Arthur-Guertin de la rue Bériault celui-là, question de redonner aux 3000 étudiants du Cégep leurs locaux.

Chronique

Autour d'un ballon, la suite

CHRONIQUE / Ça a commencé par un sourire, par un bonjour de Samuel à Francis, pendant leur quart de soir.

Le premier est de l’île Maurice, l’autre de Beauce.

Francis Guénette travaille à l’usine d’Olymel à Vallée-Jonction depuis huit ans, il venait tout juste d’avoir un poste de soir quand Samuel est débarqué avec une trentaine d’autres Mauriciens en plein mois de mars. Il manque tellement de main-d’œuvre que la compagnie est allée recruter directement là-bas.

Et à Madagascar aussi.

Toujours est-il que Samuel Riche saluait Francis et que Francis l’a salué en retour. Ils se sont parlé, Samuel a demandé à Francis s’il y avait une place où il pouvait jouer au soccer, Francis ne savait pas trop quoi répondre, il savait juste où on pouvait jouer au hockey. Ils se sont regardés, ont pensé à la même chose.

D’organiser eux-mêmes des matchs de soccer.

Je vous ai parlé d’eux il y a deux mois, c’est une lectrice qui m’avait refilé le tuyau. Elle avait rencontré Francis la veille au spectacle de Beck au Festival d’été, il lui avait parlé de son projet, elle a trouvé ça beau. Elle s’est dit que c’est le genre d’histoire qui m’intéresserait et elle avait raison.

J’ai contacté Francis cinq minutes plus tard.

Il m’a dit que les matchs avaient lieu le dimanche après-midi à Sainte-Marie, en arrière du casse-croûte Chez Dan. Les gens viennent jouer quand ils peuvent, pas besoin de s’annoncer, les équipes sont faites sur place avec ceux qui sont là. Les joueurs sont là pour s’amuser, et pour gagner aussi.

Ça se sent.

Pour ceux qui n’ont pas lu la première chronique, ou qui ont oublié, je disais que j’étais allée les voir, le match avait lieu samedi parce qu’il y avait un grand festin mauricien le lendemain. Mes deux gars ont joué avec eux pendant que je jasais dans les estrades. Même Marquis, le contremaître, est passé faire son tour.

Samuel et Francis travaillent dans son département, Samuel est «désosseur», Francis est «scieur».

J’ai raconté cette histoire et ça aurait pu en rester là, mais ils avaient d’autres projets pour l’équipe, ils voulaient être une vraie équipe pour s’inscrire à des tournois. Olymel leur a fourni les chandails, ils ont trouvé un nom. Beauce United. Ça résume bien, même si c’est en anglais.

Un clin d’œil au Manchester United, légendaire club britannique.

J’aime bien l’idée que ça sous-tend, une Beauce unie.

Je dis ça même si je sais qu’au début, quand on a annoncé l’arrivée de ces cohortes de travailleurs venus de très loin, tout le monde n’était pas chaud à l’idée. La Municipalité de Sainte-Marie avait organisé des rencontres avec les citoyens avant que les renforts débarquent pour qu’ils posent leurs questions.

Et exposent leurs peurs.

Je suis retournée à Sainte-Marie la semaine dernière, le maire était venu voir le match, il m’a dit que des choses comme ça, «ça aide».

Mes gars n’ont pas pu jouer cette fois-là, ce n’était pas un match comme les autres fins de semaine. Francis avait profité de l’occasion pour inviter l’équipe compétitive de Saint-Georges, les Ascalon. Beauce United les avait affrontés dans un tournoi. C’est vrai, j’ai oublié de vous dire qu’ils ont fait un tournoi.

Leur premier match était à 6h un samedi, le directeur de l’usine était venu les encourager. Il a assisté aux trois matchs.

Ils ont joué le premier match contre les Ascalon, ils ont tenu leur bout.

Les Ascalon ont remporté le tournoi.

Les entraîneurs de l’équipe de Saint-Georges ont même remarqué quatre ou cinq joueurs de Beauce United qui pourraient être recrutés. Le match amical de l’autre samedi avait justement comme but de permettre aux gars de l’île Maurice et de Madagascar de montrer de quel bois ils se chauffaient.

Ils ont tout donné.

Même ceux qui avaient travaillé de nuit.

Parmi ceux qui ont été remarqués, il y a Christopher Arthée, qui faisait partie de la sélection nationale de l’île Maurice. Quand il est parti pour ici, on a dû juste lui parler de la neige et du sirop d’érable, tellement qu’il a laissé derrière lui toutes ses choses de soccer. Il s’est dit qu’on ne joue pas au foot en bottes d’hiver.

Il ne pensait plus jouer.

Et voilà que maintenant, il renoue avec ce qui le passionnait là-bas, on ne le voit pas seulement comme un immigrant qui vient combler un quart de travail dans la production de charcuterie, mais comme un joueur de soccer. Lui non plus ne se voit plus juste comme un immigrant.

Il a l’impression de participer à quelque chose.

Je lui ai demandé par Messenger comment il se sentait : «Je vois que petit à petit je recommence à voir une lumière dans ma passion que je croyais avoir laissée chez moi. Je vivais et respirais pour le soccer, mettre un arrêt d’un coup, ça a été dur. À l’île Maurice, j’étais joueur professionnel pendant quatre années, et mon rêve c’était de jouer au plus haut niveau possible. Pourquoi pas l’Impact de Montréal? Dans la vie, il y a des sacrifices à faire si on veut atteindre son objectif et rêver plus haut. Je veux remercier les personnes qui m’ont aidé pour mon intégration au Canada.»

C’est la magie du ballon, qui continue d’opérer.

Sébastien Lévesque

Tous égaux devant la mort?

CHRONIQUE / Voilà une autre proposition qui risque de faire jaser. La semaine dernière, la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est montrée ouverte à élargir l’aide médicale à mourir à certaines personnes inaptes, notamment celles atteintes de la maladie d’Alzheimer. C’est un sujet délicat, il va sans dire, mais je verrais personnellement d’un bon oeil que le Québec, déjà un pionnier en la matière, prenne l’initiative de la réflexion sur un éventuel élargissement des critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir. Cela irait d’ailleurs dans le sens de l’arrêt Carter, le jugement de la Cour suprême qui a mené à la décriminalisation du suicide assisté et de l’euthanasie partout au Canada.

La bonne nouvelle, c’est que si le passé est garant de l’avenir, nous savons qu’il est possible de mener à bien cette réflexion de façon mature et au-delà de la partisanerie. Au moment de son adoption, en juin 2014, tous ont effectivement salué l’exemplarité de la démarche ayant permis l’élaboration de la Loi concernant les soins de fin de vie. Pour ma part, il m’a toujours semblé que cette loi représentait un pas dans la bonne direction, mais souffrait cependant de certaines incohérences, à commencer par le fait qu’elle n’accorde pas à tout le monde la même autonomie morale. Ce faisant, il y a lieu de se demander si nous ne pourrions pas en faire davantage pour nous assurer que chacun de nous puisse réellement « mourir dans la dignité », comme le veut la formule consacrée.

Dans son acception générale, la dignité renvoie directement à la notion de liberté, laquelle implique la capacité de déterminer par soi-même et pour soi-même ce en quoi consiste une « bonne vie », et, par la suite, la possibilité d’effectuer des choix relatifs à cette dernière. Autrement dit, tout individu devrait pouvoir vivre conformément à ses propres valeurs, dans la mesure où cela ne brime pas la liberté et les droits d’autrui. C’est sur la base de ce principe que, dans l’arrêt Carter, la Cour suprême a fait valoir que la reconnaissance d’un droit à la vie et à la sécurité ne doit pas, dans son application, conduire à une obligation de vivre contre son gré. Par conséquent, elle reconnaît que, dans certaines circonstances, il faut respecter le choix d’une personne de mettre fin à ses jours.

Dans la loi, il y a grosso modo trois grandes conditions à remplir pour obtenir l’aide médicale à mourir : avoir une maladie grave et incurable ; être en situation de fin de vie ; être en proie à des souffrances physiques et psychologiques qui ne peuvent être soulagées par les moyens normalement utilisés. 

Si, à première vue, ces critères peuvent sembler raisonnables, en y regardant de plus près, on constate qu’ils ne respectent pas tout à fait l’autonomie morale des personnes. D’abord, la souffrance étant une notion très subjective, il me semble quelque peu hasardeux d’en faire un critère incontournable. Par ailleurs, en limitant l’accès à l’aide médicale à mourir seulement aux personnes en fin de vie, nous forçons certaines personnes malades à vivre contre leur gré une vie qu’elles jugent ne plus valoir la peine d’être vécue.

Le problème, ici, c’est qu’en refusant d’accorder aux personnes qui ont une maladie grave et incurable la même autonomie morale qu’à celles qui sont en fin de vie, la loi québécoise prend manifestement parti pour une conception particulière de la vie et trace elle-même la ligne entre ce qui permet de juger qu’une vie vaut ou ne vaut plus la peine d’être vécue. Cela rompt avec le principe de neutralité de l’État, qui est pourtant fondamental dans une société libre et démocratique comme la nôtre.

Mais la question n’est pas si simple, j’en conviens, et il importe par ailleurs de se prémunir contre les risques de dérapage. Le principal enjeu, à ce point-ci, c’est donc celui du consentement libre et éclairé. J’estime cependant qu’il serait irresponsable – pour ne pas dire immoral – de laisser cette question en suspens indéfiniment, car force est de constater que pour l’instant, nous ne sommes pas tous égaux devant la mort.

Chronique

Lendemain de tornade chez Guy A.

CHRONIQUE / Il est impossible d’établir un lien direct entre les changements climatiques et la tornade qui a frappé Gatineau. Mais il s’agit là du genre de sinistres qui vont se multiplier sur la planète au cours des prochaines décennies à cause du climat. Ce à quoi s’ajouteront la montée du niveau des eaux dans les océans et la multiplication des sécheresses dans les pays du Sud, qui provoqueront de grands mouvements migratoires. Ces scénarios catastrophes ne sont plus de la fiction, sauf pour les climatosceptiques.

L’ampleur des événements de Gatineau a forcé les chefs des partis en campagne électorale à modifier leurs horaires et à visiter la zone sinistrée. Cette réaction se serait imposée même en dehors de la période électorale. L’heure était au rassemblement et non à la controverse.

La sévérité de cette tornade a ramené les questions environnementales au premier plan de l’actualité politique, mais pas pour longtemps. Jean-François Lisée a repris ses attaques contre Québec solidaire qu’il soupçonne de cacher son vrai chef, pendant que Philippe Couillard accusait François Legault de vouloir préparer un référendum.

Dimanche soir, sur le plateau de Guy A. Lepage, on a consacré un gros 12 minutes et 13 secondes… aux questions environnementales. En proportion avec le reste de la campagne électorale, c’est déjà mieux. Mais vous comprenez qu’on n’y a pas appris grand-chose, parce que le seul terrain couvert a été celui de l’exploitation des hydrocarbures en sol québécois. MM. Couillard, Legault et Lisée se sont réfugiés derrière l’accessibilité sociale. Le chef de la Coalition avenir Québec a même ouvert la porte à un retour du forage sur l’île d’Anticosti, si la population locale le désire, tandis que Jean-François Lisée a lié ses décisions aux études du BAPE et à des référendums locaux. 

C’est court, 12 minutes et 13 secondes pour parler d’environnement, alors que tout le monde s’entend pour dire que les changements climatiques sont le plus grand défi qui confronte l’humanité. On ne peut plus se croiser les bras sous prétexte que des leaders comme Donald Trump ou Doug Ford refusent d’agir.

La présence des chefs à Tout le monde en parle a permis de les voir évoluer dans un autre contexte que celui des débats télévisés. Ils n’avaient pas le droit de se chamailler dans le désordre, et ils n’avaient pas à répondre aux mêmes questions. On a souvent senti leur désaccord par des mouvements de tête ou des regards désapprobateurs, mais à l’exception d’un court affrontement entre Lisée et Legault, ils ont tous respecté les règles établies par Guy A. Lepage. Ce qui leur a permis de s’expliquer sur les contradictions ou les controverses soulevées par l’animateur. Franchement, ce n’était pas mauvais, même si c’était frustrant d’entendre des politiciens nous vendre leur salade sans se faire rappeler à la réalité lorsque leurs explications manquaient de crédibilité.

Surprise, on a vu Philippe Couillard faire de l’humour à deux ou trois reprises, et même rigoler avec François Legault en écoutant Jean-François Lisée. Le simple fait d’être assis côte à côte devant public et dans un petit studio leur imposait un comportement plus respectueux et même amical. Jean-François Lisée avait retrouvé son calme et sa bonne humeur des deux premiers débats, et il était assis à l’autre extrémité de la table, loin de Manon Massé… Les questions de l’animateur n’étaient pas complaisantes, et elles ont été distribuées équitablement aux quatre chefs, qui s’en sont bien sortis. 

Bref, c’était un événement plutôt sympathique qui a permis aux téléspectateurs de comprendre qu’au-delà de leurs désaccords et de leurs attaques partisanes, nos leaders politiques demeurent des gens civilisés. 

Actualités

Inspiré par la mort de Jean-Claude

CHRONIQUE / Geneviève et Aline sont arrivées avec un bouquet de fleurs pour Mireille qui, de son côté, a sorti un pouding aux pommes directement du four. Si Jean-Claude avait été là, il s’en serait délecté aux côtés de Michel.

Les deux hommes auraient pu être des amis. Emmurés dans leur propre corps, mais l’esprit libre, ils auraient discuté de la vie et de la mort en regardant par la fenêtre avec vue sur un magnifique jardin. «Il a déjà été beaucoup plus fleuri. À mesure que je dégénérais, il s’est transformé en arboretum. C’est ma vie ce terrain. Chaque arbre et chaque arbuste a une histoire.»

Sciences

L'océan qui est mort au pied des Appalaches

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Lors d’un récent séjour à Berthier-sur-mer, quelle ne fut pas ma surprise d’observer des dépôts calcaires sur le sol, comme s’ils étaient orientés verticalement et non horizontalement. Généralement, je m’attendrais à voir de telles stratifications une par-dessus l’autre en regardant une paroi, comme j’en voyais dans mon enfance — j’ai grandi à proximité du fleuve aux Grondines. Comment les dépôts ont-ils pu s’accumuler de cette manière? Ont-ils été retournés par un cataclysme?» demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Cela peut effectivement paraître étonnant puisque les roches que l’on voit à Berthier-sur-Mer — comme dans toutes les Appalaches — sont des roches dites sédimentaires: elles se sont formées par l’accumulation de débris divers (sable, coquilles, cadavres, algues mortes, etc.) au fond de l’océan, et ces sédiments ont par la suite été transformés en roche par la pression continue de l’eau. Alors forcément, les couches que l’on voit sur la photo ci-bas que m’a envoyée M. Guilbault se sont à l’origine empilées les unes sur les autres, pas une à côté de l’autre. Que s’est-il donc passé depuis?

Les roches des environs de Berthier-sur-Mer font partie d’une formation géologique nommée groupe de Saint-Roch, indique le chercheur en géologie de l’Université Laval Georges Beaudoin. Il s’agit de roches qui se sont formées il y a environ 500 millions d’années. À l’époque, note M. Beaudoin, les Appalaches n’existaient pas encore, et c’est justement ce qui s’est passé par la suite qui explique pourquoi les couches sont superposées autour de Grondines et juxtaposées à Berthier.

Comme on l’a déjà vu dans cette rubrique, les continents sont faits de plaques tectoniques, que l’on peut se représenter comme des espèces d’immenses «radeau» de pierre qui flottent sur la roche en fusion située sous la croûte terrestre, à plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur. Comme il y a des mouvements dans cette roche en fusion, cela fait dériver les plaques tectoniques. Très lentement, soit, mais sur des centaines de millions d’années, les changements sont spectaculaires.

Ainsi, les roches de Berthier se sont formées au fond d’un océan ancien, Iapetus, qui était bordé (entre autres) par deux anciens continents nommés Laurentia et Baltica. Le premier, comme son nom l’indique, est grosso modo la plaque du Bouclier canadien avec les Laurentides actuelles, et le second forme maintenant le nord-ouest de l’Europe. Et quand on vous dit que la tectonique des plaques peut être spectaculaire, voyez plutôt: il y a un peu plus de 500 millions d’années, ces continents étaient situés sous les tropiques (!) de l’hémisphère sud (!!), c’est vous dire comme ils ont dérivés…

Sur une période d’environ 150 millions d’années, lit-on sur le site du Parc national de Miguasha, les continents qui entouraient Iapetus se sont rapprochés jusqu’à refermer complètement l’océan. Dans le processus, Laurentia et Baltica sont entrés en «collision», et les fonds marins qui gisaient entre les deux s’en sont trouvés (très) déformés, jusqu’à en relever hors de l’eau. C’est de cette manière que les Appalaches sont «nées», ou du moins ont «commencé à naître», puisque cette chaîne de montagnes s’est formée en plus d’une étape — mais c’est une autre histoire.

L’essentiel à retenir, ici, est qu’au cours de ce processus, certaines couches sédimentaires qui s’étaient jusque là tenue bien sagement à l’horizontale ont été soulevées jusqu’à en devenir verticale. C’est ce qu’a observé M. Guilbault à Berthier-sur-Mer.

En ce qui concerne la couleur des couches sur la photo (ci-bas), M. Beaudoin indique que «dans les strates rouges, on a simplement des couches qui se sont formées dans de l’eau plus oxydées ou qui se sont oxydées par la suite, et les couches plus grises semblent être des calcaires [moins riches en fer] ou des grès [ndlr: une roche faite de sable comprimé]».

Maintenant, cela peut sembler étonnant, mais ces redressements de roches sédimentaires ne sont pas particulièrement rares, du moins pas aussi exceptionnels qu’on serait tenté le penser a priori. Il suffit simplement pour s’en convaincre de prendre l’exemple du Rocher Percé: si l’on regarde attentivement la photo ci-haut, on se rend vite compte que le plus célèbre caillou du Québec est fait d’une série de strates orientées à la verticale. Ces couches se sont elles aussi formées à l’horizontale dans le fond d’un océan avant que la tectonique des plaques ne les soulève et ne les ré-incline à la verticale. Attention, avertit M. Beaudoin, ça ne s’est pas passé en même temps que la roche autour de Berthier-sur-Mer: la pierre du Rocher Percé est plus récente par plusieurs dizaines de millions d’années et s’est soulevée plus tard (ce fut une autre «étape» de la naissance des Appalaches). Mais le principe est le même et cela montre qu’il est relativement commun de voir des roches sédimentaires dont les couches sont orientées à la verticale.

Enfin, explique M. Beaudoin, les strates de la roche autour de Grondines sont à l’horizontale parce qu’elles font partie d’un autre ensemble géologique, les basses terres du Saint-Laurent. Ce sont elles aussi des roches sédimentaires, mais elles n’ont presque pas subi de déformations. «Le front de déformation [en ce qui concerne la formation des Appalaches], c’est ce qu’on appelle la faille de Logan», dit-il. C’est cette fameuse faille qui remonte le Golfe Saint-Laurent et bifurque vers le sud en amont de Québec.

Les roches sédimentaires au sud de cette faille ont été soulevées et peuvent être à la verticale dans certains secteurs (mais c’est loin d’être le cas partout); celles des basses terres, comme à Grondines, se trouvent au nord de la faille Logan n’ont pas subi de «cataclysme» et reposent toujours à l’horizontale.

Joël Martel

Cellulaire ou pick-up?

CHRONIQUE / Au cours des 15 dernières années partagées avec bonheur avec mon amoureuse, notre moyenne au bâton des chicanes de couple a toujours été très faible. Certes, il y a eu ici et là quelques tensions causées par des ennuis financiers et d’autres sources de stress du quotidien, mais le facteur de discorde le plus récurrent dans notre couple a généralement été la technologie, ou si vous préférez, «mon maudit téléphone».

Il faut savoir qu’avec le temps, j’ai appris à considérablement modérer mon utilisation de la technologie. Sans vouloir m’en vanter, je suis maintenant le genre de gars qui se sert très rarement de son téléphone lorsque je suis en public, car je veux être là à 100%.

Julien Renaud

Une vignette pour ta moto

CHRONIQUE / Depuis le 13 septembre, à la demande de l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) et sous recommandation du ministère des Transports, les personnes handicapées à moto peuvent se procurer une vignette de stationnement à apposer sur leur bolide. La demande est réelle, puisque 1548 conducteurs de la province ont reçu une lettre de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) les avisant de leur éligibilité à cette mesure.

Ce programme viendra satisfaire les détenteurs de vignettes qui veulent continuer de pratiquer leur passion à deux – ou trois – roues, tout en bénéficiant de la proximité des lieux, en garant leur motocyclette, cyclomoteur ou véhicule à trois roues dans les espaces réservés, en raison de leur condition de santé.

Chroniques

Si c’est raté, on fait quoi ?

CHRONIQUE / Il y a cinq ans, je publiais un livre Est-il trop tard ? dans lequel j’estimais que l’atteinte de la cible de réchauffement de moins de 2 degrés au 21e siècle était probablement déjà compromise. Par la suite, l’Accord de Paris a été conclu en 2015 et là encore, j’ai émis de sérieux doutes sur la capacité de la communauté internationale de réaliser cet objectif avec les engagements qui y étaient consentis. Le 17 septembre, on apprenait que l’Australie abandonnait ses engagements dans l’accord de Paris, comme l’ont fait les États-Unis l’an dernier. Un article publié dans Nature le même jour quantifie un nouvel enjeu qui remet en question la fiabilité de l’approche du budget carbone qui sert à baliser l’atteinte de cet objectif.

 En effet, le calcul du chiffre magique de la quantité d’émissions nécessaires pour réchauffer le climat planétaire ne tient compte que des émissions humaines. Mais le réchauffement va provoquer la fonte de pergélisol. Cela cause d’importantes émissions de méthane et de CO2 par la décomposition de la matière organique qui y est stockée. Cet effet indirect est difficile à quantifier, mais les simulations réalisées par Thomas Gasser, chercheur à l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués en Autriche et ses collègues ont permis de recalculer le budget carbone en tenant compte de cet effet pergélisol. Si cela devait nous surprendre, le résultat montre que la cible sera encore plus difficile à atteindre. Comme je le disais en 2013, il est déjà trop tard. Alors qu’est-ce qu’on fait ?