Chronique

Le corps humain, ce four

LA SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi avons-nous chaud quand nous allons dehors, l’été, et qu’il fait 30 °C? Pourtant, notre corps a une température d’environ 37 °C, alors il me semble que ce n’est que lorsqu’il fait plus de 37 °C que nous devrions commencer à avoir chaud, non?» demande Frédérique Duquette, 12 ans.

C’est parce que le corps humain produit lui-même beaucoup de chaleur. À chaque instant, l’organisme doit brûler de l’énergie pour faire battre le cœur, inspirer et expirer de l’air, digérer, envoyer des signaux nerveux, faire fonctionner le cerveau et ainsi de suite — et c’est sans rien dire de nos activités physiques. Mine de rien, tout cela génère pas mal de chaleur.

Joël Martel

Billy: poèmes chiens

CHRONIQUE / Je me doutais bien que l’arrivée de Billy le chien dans notre famille changerait quelques trucs ici et là, mais pour être bien honnête avec vous, ma célèbre candeur m’a joué une fois de plus un sacré tour.

Du jour au lendemain, vous vous retrouvez avec cette bête qui ne souhaite qu’une chose: devenir votre meilleur pote. Évidemment, sur papier, ça peut sonner plutôt intéressant, mais en pratique, c’est beaucoup moins simple que ça en a l’air.

Roger Blackburn

L’ADN du fjord

CHRONIQUE / « Mon père dit que quand tu habites sur le bord d’une baie, y a deux façons de voir la vie : quand tu regardes comme ça, c’est une ouverture vers le monde, pis quand tu regardes de l’autre côté, bien, c’est un cul-de-sac . » C’est l’image que dépeint la comédienne Karelle Tremblay au comédien Pierre-Luc Brillant dans la bande-annonce du film La disparition des lucioles de Sébastien Pilote, qui sortira le 21 septembre.

C’est avec de l’émotion dans la voix que la directrice du Musée du fjord de La Baie, Guylaine Simard, rapporte cette allégorie.

Sébastien Lévesque

Les chemins du côté obscur

CHRONIQUE / Aujourd’hui, je vais prendre un grand détour pour vous faire remarquer combien il peut être tentant de commettre le mal au nom du bien. Plus particulièrement, je voudrais vous montrer comment le « côté obscur » peut facilement s’emparer de celles et ceux qui, à partir d’une noble cause, sont prêts à user de tous les moyens possibles pour arriver à leurs fins. Mais pour commencer, vous devez savoir que je suis un fan fini de Star Wars, ce qui explique pourquoi je parle ici de « côté obscur ». Et au risque de passer pour une sorte d’illuminé, je dois dire que les films Stars Wars représentent pour moi bien plus qu’un simple divertissement. À mes yeux, cette saga constitue le plus grand mythe de notre temps et peut servir de repère moral au même titre que plusieurs systèmes philosophiques ou grandes religions.

Chronique

Les fausses urgences

CHRONIQUE / Ces temps-ci, les magazines foisonnent de suggestions de lectures estivales. Souvent, les articles sont surmontés d’une photo d’un lecteur plongé dans un livre sous un parasol, avec une pile d’autres bouquins qui attendent leur tour sur une petite table extérieure.

Pour ma part, je tente depuis trois étés de terminer Le Chardonneret, un roman de 786 pages. Je l’avance un peu en vacances. Mais le reste de l’été, je n’ai pas le temps. Ou en tout cas, je ne le prends pas. Il y a toujours quelque chose de plus urgent.

Il y a du ménage à faire, de la paperasse à remplir, des comptes à payer, des courses à faire, de la bouffe à cuisiner, des réparations à faire sur la maison... et des statuts Facebook à «liker».

Ça me fend le cœur de ne pas lire plus de romans parce que j’adore ça et que ça empêche mon cerveau de ramollir. Mais pour vraiment en profiter, il faut que je sois en mesure de m’y plonger et de maintenir ma concentration pendant un bon bout de temps. C’est plaisant, mais exigeant.

Alors, je fais passer tout le reste avant.

J’ai appris pourquoi la semaine passée en lisant un article du New York Times intitulé «Pourquoi votre cerveau vous pousse à accomplir des tâches moins importantes».

C’est à cause d’un phénomène appelé «l’effet d’urgence». En gros, c’est que notre esprit a tendance à prioriser les activités qui donnent une satisfaction immédiate plutôt que les celles qui offrent une récompense à long terme.

C’est pourquoi lorsque vous songez à vous atteler à une activité plus laborieuse, votre cerveau se trouve soudainement un paquet de tâches plus pressantes.

Le journaliste, Tim Herrera, racontait par exemple qu’avant de commencer à écrire sa chronique, il avait rempli des documents pour renouveler son passeport; coupé les ongles de son chat; acheté des articles ménagers; répondu à quelques messages sur Instagram; et mangé une collation.

Quoi faire pour déjouer son cerveau?

Herrera suggère d’emprunter un truc à l’ancien président américain Dwight D. Eisenhower, qui avait l’habitude de trier ses tâches en quatre catégories : important/urgent; important/non urgent; non ­important/urgent ; non ­important/non ­urgent. Les tâches urgentes sont celles qui ont une date butoir et les tâches importantes sont celles qui ont du sens pour vous.

Cette semaine, j’ai réécouté le Ted Talk de Laura Vanderkam, une spécialiste de la gestion du temps, qui racontait sa rencontre avec une femme très occupée, qui gère une entreprise avec 12 salariés, et a six enfants. Vanderkam l’a appelée pour convenir d’un rendez-vous un jeudi matin. Elle n’était pas disponible. C’était prévisible, non?

Eh bien la femme d’affaires ne travaillait pas ce matin-là. Elle était partie en randonnée. Il faisait beau et elle avait envie de se promener. Intriguée, Vanderkam lui a demandé comment elle avait trouvé du temps pour se balader en montagne.

«Tout ce que je fais, chaque minute passée, c’est mon choix», lui-t-elle répondu.

C’est une nuance éclairante. Souvent, quand on ne fait pas un truc qu’on aurait aimé accomplir, on fournit la raison habituelle : «ah, je n’ai pas eu le temps». On devrait plutôt dire : «je n’ai pas pris le temps».

Parce que, oui, c’est souvent un choix. La liste des «il faut que» est inépuisable et on pourrait y consacrer notre été au complet. Mais pendant ce temps-là, la vie passe et notre santé mentale en souffre. Alors peut-être qu’on devrait traiter les activités qui nous font du bien à l’âme avec le même empressement que les «vraies» priorités?

Le choix de céder à de fausses urgences donne la satisfaction immédiate de la tâche accomplie. Mais il peut nous empêcher de terminer des projets qui nous tiennent à cœur. Ne serait-ce que de finir un roman…

Actualités

Un retour aux sources

Il y a de ces paysages qui marquent, qui laissent un souvenir indélébile dans nos mémoires. Le site de L’Anse-de-Tabatière, à L’Anse-Saint-Jean, et la vue imprenable qu’il offre sur le fjord du Saguenay, fait partie, pour moi, de ceux-là.

L’endroit, offrant une vue sur l’anse du même nom et situé sur le territoire du Parc national du Fjord-du-Saguenay, a en fait été l’un de mes premiers contacts avec la région. Lavalloise d’origine, j’ai emménagé à 17 ans au Saguenay, afin d’y poursuivre des études en journalisme, au Cégep de Jonquière, en Art et technologie des médias.

Suivez le guide

Dans ma BMW, je t’emmènerai

CHRONIQUE ESTIVALE / Steeve Fiset chantait il y a plus de 40 ans : « Dans ma Camaro, je t’emmènerai sur tous les chemins d’été. »

Moi, je n’ai pas eu de Camaro, mais plutôt une BMW 318i 1992 décapotable. Durant huit ans, j’ai eu l’occasion d’emmener l’amour de ma vie, mes enfants, mes petits-enfants, des amis et même ma belle-mère, qui avait plus de 90 ans à l’époque, pour une balade.

Environnement

Les gagnants et les perdants

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Dans cette série de chroniques, nous nous intéressons aux perspectives des changements climatiques à l’horizon 2100. Dans la préparation du prochain rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), cinq scénarios socio-économiques partagés (SSP) ont été établis. Ces scénarios font évoluer différemment les forces motrices qui influencent les émissions de gaz à effet de serre et examinent les conséquences. Aujourd’hui, nous allons regarder ce qui est prévu dans le scénario à deux vitesses, celui où les riches travaillent avec les riches et où les pauvres restent sur le carreau. À contre-courant du Programme de développement durable 2030, qui dit qu’« il ne faut laisser personne à la traîne », ce scénario accentue les disparités déjà existantes dans le monde.

Des trois premiers scénarios, seul celui du développement durable permettait avec une certaine confiance d’atteindre l’objectif de l’Accord de Paris, c’est-à-dire de stabiliser le climat planétaire à la fin du siècle. Les deux autres, « comme d’habitude » et « le scénario Trump », nous conduisaient dans des zones d’augmentation catastrophique de plus de quatre degrés Celsius à la fin du siècle, avec un doublement des émissions de gaz à effet de serre. 

Le SSP4 se caractérise par un effort différencié et fortement contrasté entre les pays. Cette différence croissante dans l’investissement, tant dans les ressources humaines que techniques, va créer des disparités croissantes entre les pays et à l’intérieur des pays, entre les riches et les pauvres. Les premiers formeront une société hautement éduquée, branchée et efficace, alors que les seconds sont encore peu alphabétisés, dépendent directement des ressources locales et du travail manuel. En 2100, la population de 9,3 milliards d’habitants, dont plus du tiers en Afrique, est urbanisée à 92 %. La cohésion sociale s’est dégradée, et les conflits sont fréquents. On estime qu’à terme, les émissions de GES seront maîtrisées et reviendront à peu près au niveau actuel en 2100. 

Les pays riches investissent dans les sources d’énergie renouvelables et dans le nucléaire, mais aussi dans le charbon et le pétrole lourd avec des mécanismes de captage et stockage du CO2, alors que les pays pauvres sont encore limités à l’utilisation des carburants fossiles et de biomasse, essentiellement du bois de chauffage. Les politiques environnementales sont d’abord orientées vers les enjeux locaux. La qualité de l’air et celle de l’eau s’améliorent donc dans les pays industrialisés et dans les pays émergents, mais pas dans les pays pauvres. Malgré les efforts déployés par les riches, la température globale augmentera de 3 à 4 degrés Celsius à la fin du siècle par rapport à la période préindustrielle. Les probabilités d’atteindre l’objectif de l’Accord de Paris sont très faibles et demanderont de très grands investissements. Le PIB mondial ne sera que d’environ 30 000 $ US en 2100.

Les efforts des pays riches pour maîtriser leurs émissions ne sont pas à la portée des pays en développement. La différence de qualité de vie des riches et des pauvres crée des problèmes de violence, et il faut protéger les riches contre les pauvres. Même s’ils sont moins nombreux que dans le SSP3, les pauvres sont vulnérables aux impacts du réchauffement, qui menacent leurs moyens d’existence. 

Ce scénario illustre la nécessité de penser globalement dans le domaine de la lutte et de l’adaptation aux changements climatiques. Des communautés riches qui doivent investir à la fois pour se protéger contre les effets du climat et contre les pauvres devront consacrer une grande partie de leurs revenus à assurer leur sécurité. Leur qualité de vie et leur tranquillité d’esprit sont loin d’êtres garanties. 

Mais on peut se poser la question : « Qu’arriverait-il si on partageait la richesse et la technologie avec tous ? » C’est le dernier scénario qui nous donnera la réponse. 

Roger Blackburn

Le lien entre tourisme et culture

CHRONIQUE / Ça prenait juste un Italien pour ouvrir un atelier de verre soufflé à La Baie, un endroit couru par les touristes et les amateurs d’art. L’artiste verrier de l’économusée Touverre à La Baie, Giuseppe Benedetto, avait 16 ans quand il a quitté la Sicile pour rejoindre son père au Québec.

« Mon père a travaillé à la construction des barrages Manic I et Manic II. Je suis arrivé à Hauterive, Baie-Comeau aujourd’hui, avec ma mère, mon frère, ma soeur, et je ne parlais pas français. J’ai tout de suite trouvé un travail comme aide-cuisinier dans un restaurant. Le propriétaire voulait bien me garder à son emploi, mais j’avais d’autres ambitions. Je voulais travailler dans le domaine des arts », se rappelle le sculpteur de verre, que j’ai rencontré dans son atelier, lundi matin.