Chroniques

Entre deux géants

CHRONIQUE / Québec est en liesse. À moins d’un an de la prochaine élection provinciale, le ministre des Finances Carlos Leitao est parvenu à regarnir les coffres de l’État. Le surplus budgétaire s’élève à 4,49 milliards $. Il a attiré l’attention de l’agence Standard and Poors qui décerne un prix de saine administration à l’équipe libérale en relevant la note de crédit du Québec. Ce qui signifie un allègement du taux d’intérêt relié au remboursement de la dette.

Les victimes

Depuis son élection, le gouvernement Couillard applique un rigoureux « contrôle des coûts » constate Standard and Poors. Les régions en furent les premières victimes par le truchement de la centralisation qui a fauché des programmes et instauré un régime d’austérité. Il fallait bien faire des économies substantielles pour défrayer l’ambitieux calendrier des nouvelles infrastructures en voie de réalisation à Montréal et à Québec. Après le pont Champlain, les trois hôpitaux universitaires, les mille chassés-croisés du réseau routier, le train électrique, de nouveaux projets milliardaires surgissent en campagne électorale.

Denis Coderre et Régis Labeaume s’épient du coin de l’œil pendant que leurs collègues de l’Union des municipalités du Québec évaluent, résignés, ce qui restera à se partager, notamment en périphérie.

Et ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter des négociations secrètes que le maire de la métropole poursuit avec les dirigeants politiques et les requins du sport professionnel pour activer le retour des Expos. Des confrères comme Yves Boisvert de La Presse considèrent odieuses les subventions versées indirectement aux États-Unis à des centaines de joueurs multimillionnaires. Les contribuables québécois ont déjà englouti plus d’un milliard et demi $ pour offrir un toit aux Expos. Combien leur coûterait la réalisation du nouveau rêve de Denis Coderre ?

Pour revenir à l’essentiel de notre propos d’aujourd’hui, il faut sans doute se réjouir de l’excellente situation financière du Québec même si le protectionnisme de Donald Trump s’est traduit, la semaine dernière, par un cadeau de 7 milliards $ à Airbus, dont 1,3 milliard $ provient des taxes versées par les contribuables québécois. La manœuvre permet heureusement de conserver 2000 emplois de haut niveau à Mirabel. 

Rafistolage

Ajouté à l’engagement du gouvernement fédéral d’investir 125 milliards $ en 10 ans dans la rénovation des infrastructures, le surplus dont dispose Québec devrait, espérons-le, bénéficier également au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le ventre de Saguenay qui contient essentiellement les réseaux d’aqueduc et d’égout est gravement malade. La guérison exigera des interventions majeures. Les candidats à la mairie se sont montrés assez discrets sur cette déficience majeure par crainte sans doute d’inquiéter davantage les votants du 5 novembre prochain. 

Ils ont ignoré toutefois le projet d’un deuxième pont sur le Saguenay et l’urgence de refaire le toit du Centre Georges-Vézina. L’aréna fut construit la même année que le Colisée de Québec qui s’avère encombrant depuis l’inauguration du magnifique Centre Vidéotron. La région ne mériterait-elle pas mieux qu’une restauration ? Elle doit déjà se contenter d’une remise en bon état du pont Dubuc qui aura 50 ans quand les travaux seront terminés.

Le député Serge Simard aura au moins réussi à faire prolonger jusqu’à La Baie l’autoroute de l’Aluminium. Il restera à la relier à Alma pour renforcer sensiblement les pôles économiques d’une région qui multiplie les initiatives, pas toujours heureuses cependant, dans l’espoir de retrouver sa prospérité des années fastes de la grande industrie.

Spiritualité

Un synode pour quels jeunes?

CHRONIQUE / L’an prochain, en octobre 2018, se tiendra le Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Comme pour le Synode de la famille, le pape a demandé une vaste consultation auprès des jeunes dans le monde. Pour les personnes intervenant en pastorale jeunesse, cette consultation apparaît difficile à mettre en œuvre, compte tenu de l’éloignement entre notre jeunesse et l’Église.

Les jeunes et la foi

Les jeunes ont-ils encore la foi ? Pour un grand nombre de grands-parents, cette question est parfois obsédante. 

On les voit vivre de manière autonome, sans lien avec l’Église et les sacrements et on s’inquiète pour eux. On a appris que pour vivre une vie qui plaît au bon Dieu, il fallait une fréquentation assidue des sacrements, faire preuve de charité et avoir une vie morale vertueuse. Or, ce que les jeunes donnent à voir pourrait laisser croire qu’ils font tout ce qu’il ne faut pas faire pour « gagner leur ciel » !

Pourtant, les jeunes gens d’aujourd’hui démontrent beaucoup de belles valeurs. 

Si leur foi en Dieu est plutôt confuse, par rapport à nos critères, pour eux elle paraît claire : ils sont en recherche ! 

Dieu et les religions font partie des options spirituelles disponibles. Ils sont davantage en exploration que leurs aînés qui avaient tout ce qu’il faut pour la vie éternelle !

Les jeunes et les vocations

La crise que traverse l’Église par rapport aux vocations est certes alarmante. La majorité des congrégations religieuses traditionnelles sont pratiquement en voie d’extinction. Certaines communautés nouvelles paraissent cependant attirer une clientèle jeune. Celles-ci présentent souvent un visage plus rigoureux, plus radical. 

Cela démontre que, pour ces jeunes, la valeur d’engagement n’est pas éteinte et qu’elle implique toute leur personne. Comme autrefois !

Mais il va de soi que l’immense majorité des jeunes ne songe plus à une vocation dans le sens traditionnel de l’expression : en tant que prêtres, religieux ou religieuses.

Une Église qui écoute

Le synode romain abordera ces questions. Les évêques et les experts qui se réuniront auront un meilleur accès aux données, si les jeunes répondent massivement aux questionnaires qui leur sont adressés, même – et surtout – pour ceux et celles qui n’ont pas de lien avec l’Église.

Il serait important que les aînés s’activent pour interpeller les jeunes d’ici à se rendre sur l’un ou l’autre des sites diocésains qui proposent un questionnaire en ligne à leur intention. Ceux-ci ont jusqu’au 30 novembre 2017 pour faire part de leur situation, de leur réflexion et de leurs aspirations spirituelles. Qui sait ? 

Si cette initiative du pape, qui désire vraiment que notre Église se mette à l’écoute des jeunes, parvient à susciter suffisamment de prises de parole neuves, peut-être alors que nos évêques et les fidèles sauront mieux comprendre leur quête de sens. 

Peut-être qu’ainsi l’Église pourrait mieux s’adapter à la réalité des jeunes en offrant des formes nouvelles d’accompagnement.

Proposons à des jeunes de notre entourage de taper « questionnaire synode jeunes 2018 » sur un moteur de recherche et incitons-les à répondre. Par amour pour vous et pour rendre service à l’Église.

Des questionnaires sont disponibles en cliquant sur les liens suivants :

http://www.evechedechicoutimi.qc.ca/article/synode-2018-questionnaire-en-ligne/

https://survey-synod2018.glauco.it/limesurvey/index.php/147718

Jocelyn Girard, agent de pastorale

Chronique

Dommages collatéraux

CHRONIQUE / Ce ne sont pas des victimes au même titre que celles qui ont été agressées. Aucune commune mesure. On s’entend qu’il n’y a rien de comparable entre subir du harcèlement sexuel et la perte d’un contrat, aussi lucratif soit-il. N’empêche, la chute d’Éric Salvail et de Gilbert Rozon a déjà des impacts majeurs sur les carrières de nombreux pigistes qui œuvraient sur toutes leurs émissions, et qui n’ont bien sûr rien à voir avec les actes commis.

La production d’En mode Salvail sur V a été interrompue dès mercredi matin, et celle des Recettes pompettes, qui devait commencer sous peu, n’aura tout simplement pas lieu. Déjà, plusieurs dizaines de personnes sont renvoyées chez elles et devront trouver d’autres contrats ailleurs. S’ils en trouvent.

L’équipe des Échangistes, aussi produite par Salvail & Co, demeure dans l’incertitude. Par contre, ICI Radio-Canada Télé assure que Pénélope McQuade sera de retour au quotidien, le printemps et l’été prochain à son antenne. L’émission conservera-t-elle le titre Les échangistes? Sera-t-elle produite par Salvail & Co ou par une tout autre entreprise? «Aucune décision n’a encore été prise à ce sujet. Nous suivons l’évolution de la situation», m’a répondu Marc Pichette, aux communications de Radio-Canada. Dans tous les cas, on aurait intérêt à changer autant le titre de l’émission que le nom de l’entreprise, pour éviter toute ambiguïté.

Au Québec comme en France, les réseaux de télévision ne veulent plus de Gilbert Rozon, en raison des allégations de nature sexuelle qui pèsent contre lui. TVA a retiré de sa grille un Gala Juste pour rire hier soir, pour le remplacer par un spectacle de Philippe Laprise, sans dire ce qu’il fera pour la suite. On veut sans doute attendre de voir comment les choses évolueront avant de penser rompre une entente aussi lucrative avec Juste pour rire, qui produit aussi Les gags à TVA. Le sujet est délicat : des humoristes ont fait savoir qu’ils ne collaboreraient plus avec l’empire tant que le nom de Gilbert Rozon y serait associé. Pas d’humoristes, pas de shows.

Radio-Canada confirme au moins que Rozon ne sera pas de retour à Dans l’œil du dragon si l’émission est renouvelée au printemps, ce qui n’est pas encore décidé. «Les Dragons existaient avant Gilbert Rozon et peuvent très bien continuer après lui», m’a dit la productrice Marleen Beaulieu chez Attraction. Elle a tout à fait raison.

Enfin, la chaîne m6 a décidé de suspendre la très populaire émission La France a un incroyable talent, qui devait reprendre l’antenne le 26 octobre prochain. Cinq émissions avaient déjà été tournées, et finiront sans doute au panier. On devine l’ampleur des pertes financières. Rozon est une figure très connue de la télévision en France. Identifié comme le juré méchant de l’adaptation d’America’s Got Talent, il est là depuis la toute première saison en 2006.

D’ailleurs, l’affaire Rozon, de par sa gravité, intéresse aussi la presse étrangère. Aux États-Unis, le New York Times, Variety et Deadline ont tous relayé l’information, tout comme le Daily Mail en Grande-Bretagne. 

Mea culpa

Après avoir annoncé qu’il prenait une pause de «quelques jours», Éric Salvail a signé un second message sur Facebook jeudi, dans lequel il affirme se retirer des activités de Salvail & Co, ce qui implique un plus long retrait de la vie publique. «Sur le plan strictement humain, je souhaite de tout cœur que [mon équipe] puisse continuer à travailler et qu’elle n’ait pas à payer le prix de mes comportements», écrit-il.

Dans ce long mea culpa, portant sans doute le sceau d’une firme de relations publiques, Éric Salvail ne s’est pas ménagé, prenant l’entière responsabilité de ce qui lui arrive. «C’est clair, plus on tombe de haut, plus lourdes sont les conséquences. Je tombe de haut. À l’évidence, je suis l’unique responsable de ce qui se passe.» Non seulement il ne nie rien, mais il affirme que ce qui a été exposé de ses actes dans les médias n’est encore qu’une partie de la réalité. «Le constat est brutal : pendant de nombreuses années, dans de nombreuses situations et auprès de plusieurs personnes — bien au-delà de celles qui sont sorties publiquement —, mes agissements ont causé du tort», poursuit-il.

Il convient de ses inconduites sexuelles, faites sous le couvert de l’humour, et admet qu’elles étaient inacceptables. «Ce qui m’est paru drôle et divertissant comme malaises pendant des années, sans offense ou anodin ne l’était pas pour plusieurs personnes qui le recevaient. Ne l’était pas du tout. Ce qui était pour moi cru ou grivois en privé était vulgaire et blessant pour eux.»

En plus d’affirmer qu’il travaillera sur lui-même avec l’appui de spécialistes, il souhaite «mettre en place une politique robuste pour assurer que toutes les activités de Salvail & Co soient exemptes de tout comportement qui serait déplacé.»

«Ma vie a toujours été ma carrière. Ma carrière a toujours été ma vie. Ce n’est plus le cas. Je n’en suis pas victime. J’en suis la cause. Au revoir», conclut-il.

Avant de s’éclipser, Salvail et Rozon ont tous deux pris des mesures pour permettre à certaines de leurs productions de ne pas être interrompues. Or, aucun des deux n’a indiqué qu’il vendait sa compagnie, mais plutôt qu’il en laissait les rênes à quelqu’un d’autre. À mon humble avis, tant que Salvail et Rozon empocheront des revenus de leurs entreprises, le malaise persistera et nuira à leur rendement. Je vois mal comment notre diffuseur public oserait faire produire Les échangistes par une compagnie qui n’est pas dirigée par Éric Salvail, mais dont il signe encore les chèques de paie.

«J'ai 14 ans, j'ai 14 ans»

Le hasard fait étrangement les choses, puisque Pénélope McQuade fait partie des femmes qui ont témoigné auprès du Devoir et du 98,5 à propos du harcèlement sexuel dont elles auraient été victimes de la part de Gilbert Rozon, ciblé par une enquête policière. L’animatrice a raconté que celui-ci l’aurait suivie aux toilettes avant d’éteindre les lumières et de se jeter sur elle, un épisode qui remonte à 1997. Elle ne lui a plus parlé durant 10 ans. Sur Facebook hier, elle a dit vouloir prendre du recul à la suite de cette révélation, avant de se prononcer sur la place publique.

La comédienne Salomé Corbo, qui témoigne dans le même dossier, n’avait que 14 ans lorsqu’elle dit avoir été agressée par Rozon, qui lui aurait inséré un doigt dans le vagin. «J’ai 14 ans, j’ai 14 ans, je suis une jeune fille», a-t-elle dit, assez fort, sans que personne autour ne réagisse. Parmi les sept autres femmes qui ont témoigné, figurent les noms de la réalisatrice Lyne Charlebois, les recherchistes Sophie Moreau et Anne-Marie Charrette, l’entrepreneure Geneviève Allard et une étudiante, Marlène Bolduc.

Chronique

Double bombe dans le milieu artistique

CHRONIQUE / Pas une bombe, mais deux. En l’espace d’une matinée, Éric Salvail est tombé de son trône de roi de la télé, pour des actes à caractère sexuel. Il a perdu son talk-show, son micro à la radio, ses contrats de publicité. Et le soir, Gilbert Rozon abandonne la présidence du Groupe Juste pour rire, éclaboussé par des allégations d’agression. Personne n’est intouchable, ni l’animateur préféré des Québécois, élu personnalité masculine au dernier Gala Artis, ni un dragon et richissime homme d’affaires, vedette de la télé française.

Ainsi donc, Éric Salvail a eu des inconduites sexuelles durant plusieurs années, des comportements dégradants et inacceptables. Dans un dossier très étoffé de La Presse+, signé Katia Gagnon et Stéphanie Vallet et publié mercredi, 11 personnes révèlent en avoir été victimes ou témoins. Parmi eux, le maquilleur et coiffeur Marco Berardini raconte qu’Éric Salvail l’a invité chez lui pour lui demander des conseils sur son look, et en a profité pour s’exhiber en petite culotte noire devant lui. Son refus de répondre à ses avances répétées a envenimé ses relations professionnelles avec l’animateur par la suite, de sorte qu’il a dû abandonner son emploi. M. Berardini a accepté que son nom soit dévoilé, parce qu’il travaille désormais à Los Angeles. Les récentes allégations de harcèlement sexuel contre le producteur américain Harvey Weinstein l’ont bouleversé et le mouvement #moiaussi sur les réseaux sociaux l’a incité à parler.

D’autres personnes, qui ont requis l’anonymat par crainte de représailles, relatent qu’Éric Salvail montrait son pénis en diverses situations et tenait des propos déplacés à connotation sexuelle. Ces témoins toléraient ces agissements de peur de perdre leur travail. Les événements se sont déroulés de 2000 à 2015. Une recherchiste raconte un incident plutôt gênant, qui s’est déroulé alors qu’elle était en conversation téléphonique. L’animateur la pressait de se tourner vers elle. «Quand je me suis retournée, j’avais le pénis d’Éric Salvail en pleine face», a-t-elle raconté à La Presse+.

D’autres témoins relatent l’ambiance teintée de malaise qu’il pouvait produire sur les lieux de travail, montant sur la table pour exhiber ses parties intimes durant une réunion de production, empoignant les fesses d’un caméraman, ou alors l’entrejambe d’un jeune employé durant un party.

Devant la gravité des allégations, diffuseurs et commanditaires n’ont pas mis de temps à se dissocier d’Éric Salvail. Le premier étant Rouge FM, qui lui a retiré son émission du retour à la maison, Éric et les fantastiques, aussi diffusée à Québec. Plus tard, V allait suivre en annonçant la suspension pour une période indéterminée d’En mode Salvail. Du même coup, le diffuseur a annoncé qu’elle évaluait sa relation d’affaires avec la compagnie de production de l’animateur, Salvail & Co, qui produit aussi sur ses ondes l’émission Coup de foudre.

La divulgation de ces témoignages a aussi fait fuir Metro et Éco Entreprises Québec, dont il est le porte-parole, de même que des commanditaires comme McDonald’s. Avec Air Transat, l’animateur devait se rendre chercher 150 téléspectateurs pour assister au tournage d’En mode Salvail, passant par Rouyn-Noranda, Bagotville, Sept-Îles et Québec. La compagnie aérienne a dû rebrousser chemin et renvoyer les gens chez eux.

Cette bombe a des conséquences énormes et laisse plusieurs cratères dans les grilles horaires de plusieurs diffuseurs. À V, Éric Salvail devait en principe tourner une nouvelle saison des Recettes pompettes pour l’hiver, et lancer un livre associé à l’émission le 9 novembre prochain. Chez Z, on affirme que la diffusion du talk-show Maripier! , qu’il produit, se poursuit comme prévu. Pour Les échangistes, dont la troisième saison est déjà annoncée pour le printemps prochain à ICI Radio-Canada Télé, on ne sait rien; le diffuseur public dit vouloir réévaluer ses liens d’affaires avec l’animateur et producteur. «Des décisions à ce sujet seront prises selon l’évolution de la situation», nous dit-on par voie de communiqué, rappelant qu’aucune plainte n’a été formulée à la direction contre Éric Salvail.

Pour sauver Salvail & Co, quelques-unes de ses productions et les emplois d’au moins une soixantaine de personnes, l’animateur pourrait-il vendre l’entreprise et en changer le nom, un peu comme on avait fait avec Les Productions Guy Cloutier, devenues Novem? Autour d’Éric Salvail gravitent déjà des pros, toutes des femmes, qui peuvent très bien la faire fonctionner en son absence, comme Nathalie Brigitte Bustos, anciennement chez V, ou encore la productrice exécutive, Vivianne Morin. Du moins jusqu’à ce qu’on statue sur le cas de l’animateur. En entrevue à TVA Nouvelles, la directrice de production Justine Archambault a été l’une des rares à se porter à sa défense, disant n’avoir jamais été témoin de gestes déplacés de sa part.

Bien entendu, les allégations, même sérieuses, ne permettent pas de faire le procès d’Éric Salvail. D’autant qu’aucune accusation n’a été portée contre lui. Sur sa page Facebook, l’animateur a annoncé qu’il prenait une pause «de quelques jours» pour réfléchir, et qu’il n’avait «jamais eu l’intention d’indisposer quiconque.» «J’aborde cette situation avec énormément d’empathie pour tous ceux et celles à qui j’aurais pu causer un malaise ou quelque forme de préjudice que ce soit», écrit-il. Je doute que ce soit suffisant pour calmer le jeu.

La question qui m’a été posée le plus hier : Est-ce que la carrière d’Éric Salvail est finie? Honnêtement, je vois mal comment il pourra se remettre de celle-là. Mais aujourd’hui, le sort des personnes qui ont subi les inconduites sexuelles de l’animateur devrait nous préoccuper davantage.

Adoré du public, l’animateur jouissait aussi de l’approbation des artistes, qui allaient avec plaisir à son émission. Contrairement à Tout le monde en parle, où on craint parfois le montage et les questions pièges, on allait à En mode Salvail la tête tranquille, se prêtant au pire à des jeux parfois désagréables, mais innocents. Du moins devant les caméras.

On entendait souvent qu’Éric Salvail était sur son «X», qu’il avait atteint son but ultime. Mercredi matin, c’est le rêve du petit gars de Sorel, fan de télé de la première heure, qui s’est écroulé. Et il n’a que lui à blâmer.

EN MODE SNYDER?

Parmi les hypothèses qui ont beaucoup circulé hier, plusieurs voient déjà Julie Snyder prendre la relève d’Éric Salvail dans la case horaire de 22h à V, comme à la belle époque du Poing J. Bien tôt pour en parler, mais avouons que ce serait la meilleure solution. Julie Snyder, qui répète depuis plusieurs mois qu’elle souhaite revenir au talk-show, aurait certainement préféré le faire dans des conditions plus heureuses.

Environnement

Les enjeux d'une ville durable (3)

CHRONIQUE / Ce dernier texte sur les enjeux d’une ville durable traitera de deux sujets dans lesquels l’administration précédente de Ville de Saguenay n’a pas particulièrement brillé, mais qui interpellent la durabilité pour les villes dans le dixième objectif de développement durable (ODD 10) du Programme de développement durable des Nations-Unies. L’horizon 2030 n’étant qu’à trois mandats, il est légitime d’interpeller vos futurs élus sur ces problèmes.

Comme nous le rappelle la petite maison blanche, les précipitations exceptionnelles peuvent avoir des conséquences pour la sécurité publique et le patrimoine bâti. Dans un monde au climat perturbé par l’activité humaine, on prévoit de plus en plus d’événements climatiques extrêmes. Pour déclencher une catastrophe, il faut la combinaison d’un événement inhabituel et d’une population vulnérable. C’est pourquoi la cible 5 de l’ODD 10 préconise de prendre les mesures pour réduire la vulnérabilité des villes aux changements climatiques. Dans ce domaine, c’est surtout dans l’aménagement du territoire que la réflexion doit se faire. Les milieux humides et les bords de rivières sont indispensables pour la biodiversité et pour la régulation des crues. Or, les gens veulent y construire des maisons ou dénaturer les berges pour améliorer la vue ou l’accès au plan d’eau. 

Un conseil municipal soucieux de développement durable devrait agir efficacement pour contrer cela. Lorsque les berges ne sont pas protégées par la végétation naturelle, lorsque les maisons sont construites dans des zones susceptibles aux inondations, les conséquences d’une pluie inhabituelle ou d’une crue de fonte des neiges peuvent faire des victimes, sinon coûter très cher. Il faut s’adapter aux changements climatiques, bien sûr, mais aussi réduire les émissions qui sont sous la responsabilité de la ville. Cela reste à faire à Saguenay qui n’a pas de politique établie pour mesurer et réduire de manière durable ses émissions de gaz à effet de serre, malgré des incitatifs gouvernementaux qui ont été consentis pour le faire.

La gestion des matières résiduelles a toujours été une épine au pied du maire sortant. Sans cesse à la recherche d’une solution utopique, il a refusé de voir l’évidence et de prendre les mesures qui avaient déjà fait leurs preuves dans d’autres municipalités. Au terme de vingt ans de tergiversations, le site de Laterrière devra être fermé, alors qu’il aurait pu durer dix ans de plus et les déchets de Saguenay iront au Lac-Saint-Jean. Bel exemple de transfert de responsabilité environnementale.

Il faudrait que les nouveaux élus aient une idée claire de ce qui serait une politique de gestion des matières résiduelles. C’est une responsabilité municipale qui demande une vision globale, une communication avec les citoyens et les entreprises, et qui peut s’avérer payante au bout du compte comme en témoigne Victoriaville qui est exemplaire à cet égard. Plutôt que d’aller visiter de lointains pays pour trouver des solutions inappropriées, consultons nos voisins. La Régie des matières résiduelles du Lac-Saint-Jean en aurait long à nous enseigner sur ce sujet. C’est l’objet de la sixième cible de l’ODD 10.

Les cibles traitées dans ces chroniques ne sont que les plus évidentes de l’ODD 10 consacré aux villes. On pourrait y ajouter la contribution à la protection du patrimoine naturel et culturel de l’humanité et les politiques pour le bâtiment durable par exemple. Naturellement, certaines de ces cibles ont été abordées peu ou prou durant la campagne. Si Saguenay veut se voir désigner exemplaire en termes de développement durable un jour, il est encore temps de mettre ces préoccupations à l’ordre du jour de vos questions avant de faire votre choix. La prochaine fois, pourquoi ne pas amorcer la discussion par « et qu’avez-vous en tête pour le développement durable ? »

Chroniques

Place aux années 90

CHRONIQUE / Le promoteur Robert Hakim organise un party des années 1990, samedi, à l’hôtel Le Montagnais. Ça fait trois ans qu’il organise le party des années 1980 en avril. L’an passé, ils étaient 1700 sur la piste de danse à lâcher leur fou. Il tente l’expérience en automne pour revisiter une autre décennie.

« Ce sont des retrouvailles. Il y en a pour qui c’est leur seul party de l’année. Je te jures, tu n’es pas capable de faire le tour de la salle au complet pour serrer la main ou faire des accolades à tout le monde que tu connais, les gens ont un méchant fun », décrit Robert Hakim, le spécialiste des événements à Saguenay.

Je ne sais pas si c’est une question de nostalgie, mais 1700 personnes qui se pointent un soir dans la salle de bal du Montagnais pour danser toute la soirée au son de l’époque de leur jeunesse, il faut croire qu’ils avaient du fun dans ce temps-là.

« Tout ça a commencé autour d’un verre de vin un soir. J’ai été propriétaire de bar pendant 10 ans à Chicoutimi dans ces années-là et on voulait se faire un party retrouvailles avec les gens qui ont travaillé dans ces bars. On devait être 150, et là, Chantale (sa conjointe) me dit qu’on devrait inviter d’autre monde parce qu’il y a sûrement des clients de l’époque qui aimeraient ça. On a mis des billets en vente sur Reservatech. En peu de temps, on avait vendu 600 billets et la première édition a attiré 1300 personnes », raconte le promoteur.

« C’est un phénomène. Il n’y a plus d’endroit, comme dans le temps, où on peut danser et chanter à tue-tête. Et dans ces partys, ce sont les gens qui font le show. Ils se sont approprié l’événement, les gens se déguisent, on ne leur a jamais demandé de le faire. Ça chante, ça danse et ça veille tard. Rappelle-toi, dans ce temps-là, on commençait à sortir à 23 h et on rentrait à 3 h du matin. Il n’y a pas beaucoup de bars qui ferment à 3 h aujourd’hui », relate l’organisateur pour témoigner d’une époque révolue.

Lors des partys des années 80, il y avait des gens de plus de 60 ans qui s’éclataient sur la piste de danse au son de la musique de cette époque. Au party des années 90, le promoteur va peut-être intéresser des gens dans la quarantaine en plus des cinquantenaires.

RICHARD THERRIEN

Inconduites sexuelles: quel est l'avenir d'Éric Salvail?

BLOGUE / Troublantes et embarrassantes révélations dans «La Presse+» ce matin sur Éric Salvail. Onze personnes ont témoigné avoir été victimes ou témoins d'inconduites sexuelles de la part de l'animateur vedette.

Dans le dossier très étoffé de Katia Gagnon et Stéphanie Vallet, le maquilleur et coiffeur Marco Berardini raconte entre autres qu'Éric Salvail l'a invité chez lui pour lui demander des conseils, et en a profité pour s'exhiber en petite culotte noire devant lui. Son refus de répondre à ses avances répétées a envenimé ses relations professionnelles avec l'animateur par la suite. M. Berardini a accepté que son nom soit dévoilé, entre autres parce qu'il travaille désormais à Los Angeles. Les récentes allégations de harcèlement sexuel contre le producteur américain Harvey Weinstein l'ont bouleversé.

D'autres personnes, qui ont requis l'anonymat par craintes de représailles, relatent qu'Éric Salvail montrait son pénis en diverses situations et tenait des propos déplacés à connotation sexuelle. Ces témoins toléraient ces agissements pour conserver leur travail. Les événements se sont déroulés de 2000 à 2015.

Le site de Rouge, où Salvail anime tous les après-midis l'émission Éric et les fantastiques, a retiré toute mention de l'animateur tôt en matinée. En principe, il doit animer en direct son talk-show En mode Salvail à V, ce soir à 22h, en plus d'enregistrer l'émission de demain. La page est toujours en fonction sur le site noovo.ca. Avec Air Transat, l'animateur devait se rendre chercher 150 téléspectateurs pour assister au tournage d’En mode Salvail, passant par Rouyn-Noranda, Bagotville, Sept-Îles et Québec. L'en-tête portant le logo de Rouge et d'Air Transat a été retirée de la page Facebook en milieu de matinée. Selon Radio-Canada, la compagnie aérienne s'est aussi dissociée de l'animateur.

En plus de refuser d'accorder une entrevue à La Presse+, Éric Salvail ne s'est toujours pas défendu publiquement. Mais je vois difficilement comment il pourrait poursuivre ses activités comme si de rien n'était. Ses employeurs réagiront certainement plus tard aujourd'hui. Pourrait-on voir Julie Snyder prendre la relève à 22h sur V? Il est bien tôt pour en parler.

En plus de produire Les échangistes à ICI Radio-Canada Télé, Éric Salvail est le porte-parole de la chaîne d'épiceries Metro et d'Éco Entreprises Québec. Il doit en principe tourner une nouvelle saison des Recettes pompettes pour l'hiver, et lancer un livre associé à l'émission le 9 novembre prochain.

J'ai lu des internautes faire un lien entre l'histoire de ce matin et celle de Joël Legendre. Attention: dans le cas de ce dernier, on ne parle pas de harcèlement ni d'agissements répétés, mais bien d'un constat d'infraction pour indécence.

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Environnement

L’héritage culturel des Autochtones

CHRONIQUE / La semaine dernière j’ai vu le documentaire « L’empreinte » avec Roy Dupuis dans le rôle du narrateur. En présentant des témoignages de presque « anonymes » d’aujourd’hui, ce film de Carole Poliquin et Yvan Dubuc met à nu les valeurs culturelles de la société québécoise contemporaine héritées des Autochtones.

C’est un point de vue inusité et surprenant sur les traces que laisse la rencontre entre les lointains ancêtres des Québécois d’aujourd’hui : les Autochtones qui vivaient ici à la fin du 16e siècle et les Blancs qui débarquaient ici à ce moment-là. 

Ces derniers ont appris à manger du sirop d’érable et à se servir de raquettes en hiver évidemment, mais en plus, pendant 150 ans à peu près, ce sont les Français qui ont adopté les valeurs et souvent (pour les coureurs des bois au moins) le mode de vie nomade des Autochtones. Un respect sans coercition pour les humains et la nature, une société moins hiérarchisée, plus centrée sur le cercle (de parole) que la pyramide (la supériorité liée à la hiérarchie) et donc sur le consensus, plus égalitaire entre les hommes et les femmes, plus communautaire que dans le reste de l’Amérique du Nord, s’est développée au fil du temps. 

Le Québec est en cela une société distincte en Amérique du Nord. Cependant, comme l’a rappelé Christelle, Camerounaise présente à la projection, notre ancêtre commun est peut-être bien Lucy et elle est africaine ! Nous sommes donc différents par cultures autant que nous sommes semblables par nature. 

La culture présentée dans le film est celle qui se vit au jour le jour par des personnes très nombreuses dont les livres d’histoire oublient le nom. Il n’y a pas de chefs, pas de ministres, pas de hauts fonctionnaires dans le documentaire. Les orateurs sont ceux qui fondent les sociétés au jour le jour, qui les perpétuent et les transforment, ceux qui marquent de leur empreinte indélébile et invisible les générations suivantes. 

Non seulement le film éclaire de manière intéressante des racines perdues, cryptées dans le brouhaha d’un individualisme aujourd’hui omniprésent et d’une économie de marché mondialisée, mais en plus, il donne l’espoir que le changement pour un monde libre, juste, vert et responsable passe par Monsieur et Madame Tout-le-monde : ceux qui font la vie au jour le jour, ceux qui sans qu’on les nomme jamais commencent à acheter local, biologique, qui favorisent les circuits courts, deviennent conscients de leurs réels besoins et décolonisent leur imaginaire des discours publicitaires. 

Le changement est aussi en germe chez ceux qui, dans l’absurdité et la futilité ambiante, retrouvent un sens à leur vie par un lien avec la nature et centré aussi sur les sentiments, ceux qui se rassemblent autour de l’idée de Transition pour aller vers un monde plus souhaitable, ceux pour qui la guerre n’est jamais une solution et la misère toujours une abomination. S’embarquer là-dedans aujourd’hui, c’est marquer le monde d’une empreinte pour que d’autres puissent plus facilement y mettre leurs pas tout en créant leur propre route : ceux d’aujourd’hui feront inévitablement des détours inutiles qu’il faudra laisser dans l’histoire. 

Le film permet de voir l’ampleur positive de la sociodiversité et du métissage quand les humains acceptent de prendre le meilleur de chacun et de chaque culture pour laisser de côté ce qui est moins bon. Des traits culturels hérités des Peuples Premiers font partie de notre tradition de sagesse. Elle pourrait être une guide si elle ne devient pas un dogme et si Monsieur et Madame Tout-le-monde décidaient de changer leur monde, là où ils vivent et avec ceux avec qui ils vivent. C’était aussi, paraît-il, le rêve de Champlain.

Chronique

«C’est comme si c’était hier...»

CHRONIQUE / C’est comme si c’était hier et ça fait pourtant presque 10 ans, le 17 février 2008, que Marilyn Bergeron est partie faire une marche.

Elle n’a jamais été revue.

J’ai rencontré sa mère, Andrée Béchard au début du mois. «Tous les matins quand je me lève, je me dis que c’est peut-être aujourd’hui que je vais retrouver ma fille. C’est comme si c’était hier, c’est toujours aussi dur.»

Marilyn avait 24 ans, elle venait de revenir à Québec. «Elle n’allait pas bien, il y avait quelque chose qui s’était passé à Montréal où elle habitait depuis quelques années. Dans les jours avant sa disparition, elle m’avait dit que ça n’allait pas, qu’elle m’en parlerait plus tard. On n’a pas eu le temps...»

Le 17 février en fin d’avant-midi, Marilyn a laissé sa sacoche à la maison, est sortie uniquement avec sa carte de crédit. Elle est allée au guichet automatique, a tenté de retirer de l’argent, en vain. Elle portait un sac à dos qu’elle n’avait pas en sortant de la maison. Elle a acheté un café à 16h03 au Café Dépôt de Saint-Romuald.

Puis, plus rien.

«Quand j’ai saisi le téléphone pour appeler la police et signaler sa disparition, je savais qu’on avait besoin d’aide, qu’il y avait urgence d’agir, je le sentais... Mais les policiers, ils ont traité ça comme un départ volontaire.»

On ne l’a pas cherchée.

La vidéo filmée au guichet automatique a été diffusée un an plus tard.

Andrée m’a contactée après les deux chroniques que j’ai écrites sur les alertes qui pourraient être déclenchées pour les adultes, l’équivalent d’Amber, mais passé 18 ans. Ça existe ailleurs. Andrée aimerait que le Québec emboîte le pas, elle ne peut s’empêcher de penser que si...

Si une alerte avait existé il y a 10 ans, sachant que les premières heures sont déterminantes, peut-être que Marilyn aurait été retrouvée. Si la population avait été alertée, peut-être...

La vie d’Andrée est pleine de «si» et de «peut-être».

Et de questions sans réponse. «Est-ce qu’elle a fait une mauvaise rencontre? Est-ce qu’elle avait rendez-vous avec quelqu’un? Est-ce qu’elle a eu un accident?»

Est-elle morte ou vivante?

Fin septembre, un appel est entré sur «la ligne de la famille», un signalement à Trois-Rivières, «quelqu’un qui l’aurait vue en train de marcher en direction du port». Elle et son mari ont fait l’aller-retour, fausse alerte. Encore. Comme à chaque fois. «On a fait 63 déplacements pendant les cinq premières années, parfois à l’extérieur du Québec. On est allés deux fois à Trois-Rivières. La semaine passée, on est allés au Saguenay.» Pour rien.

Chroniques

Denis Lemieux le philanthrope

CHRONIQUE / La philosophie du général de Gaulle a surgi dans mon esprit quand le confrère Normand Boivin a raconté, dans le dernier Progrès, le bénévolat que pratique Denis Lemieux dans sa communauté. S’il n’est pas un émule du grand architecte de l’édification de la France contemporaine, il s’inspire du respect qu’il vouait à ses compatriotes contribuables.

Avec le président de Gaulle, on était loin du faste des dynasties royales. Il n’abusait jamais des avantages attribués au chef de l’État. Ses biographes nous apprennent qu’il défrayait même les factures d’électricité et de téléphone à l’Élysée. Quand le peuple lui indiquera la sortie en répondant non au référendum sur la réforme des régions, il renoncera à la retraite du président de la République pour se contenter de celle de général de brigade. Il est vrai que sa plume d’écrivain lui rapportait de généreux dividendes. 

Un labeur exigeant

Tout un contraste avec l’attitude de certains politiciens qui se négocient des privilèges princiers et additionnent les indemnités de départ et rentes diverses avant leur retour dans l’anonymat. Mais reconnaissons à la grande majorité le mérite d’un labeur exigeant dont la rémunération n’est sûrement pas excessive, surtout pour les députés des régions périphériques qui doivent franchir de grandes distances.

S’il ne veut pas servir d’exemple, Denis Lemieux pourrait provoquer un mouvement d’entraînement bénéfique parmi les gens fortunés. Les besoins sont immenses quand on pense notamment aux plus démunis de la société, mais aussi à la restauration du patrimoine religieux et autres travaux communautaires.

Le député de Chicoutimi-Le-Fjord remet donc son salaire en dons de charité et autres. Mais il n’oublie pas l’essentiel, c’est-à-dire d’influencer les décideurs d’Ottawa dans la distribution des ressources financières de l’État. Méthodique, il prépare ses dossiers, un peu à l’exemple d’un autre homme d’affaires, le regretté Marcel Dionne, et d’un enseignant à la retraite, André Harvey, qui se sont avérés fort convaincants durant leur séjour à Ottawa sans multiplier les éclats de voix. 

Après deux ans...

En l’espace d’un seul mandat, le premier est parvenu à transformer l’horrible concentration de réservoirs de pétrole au cœur de Chicoutimi en l’une des places publiques les plus fréquentées du Québec. De mauvais choix politiques en ont malheureusement négligé, au cours des dernières années, les améliorations nécessaires, surtout au marché public. Les élus du 5 novembre sauront sans doute remédier à cette lacune. Quant à André Harvey, son nom demeurera attaché à ce parc du Vieux Port, à l’élargissement à quatre voies du boulevard Talbot et à l’implantation du Centre des technologies de l’aluminium (CTA) sur le campus de l’UQAC. 

Après deux ans, Denis Lemieux se réjouit d’avoir incité Ottawa à investir 136 millions $ dans 252 projets, dont 96,1 M$ à la base aérienne de Bagotville. Il s’est appliqué également à rentabiliser une visibilité croissante du Royaume de la démesure en favorisant la tenue, chez nous, d’activités fédérales et en obtenant la présence du premier ministre Justin Trudeau à deux événements majeurs.

Certes, il faudra poursuivre intensément travaux et démarches au parlement fédéral, car les dangers sont nombreux depuis le début de l’ère Trump. Le député de Chicoutimi-Le-Fjord note cependant des gains certains dans le litige du lait diafiltré et du bois d’œuvre. Fondateur de Hydralfor, il se montre toutefois assez discret sur les difficultés qu’affrontent nos PME. Son éclairage sur le sujet serait sans doute fort apprécié.