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Décès de Michel Gauthier: le Québec salue un grand tribun 

Politique

Décès de Michel Gauthier: le Québec salue un grand tribun 

L’ancien chef du Bloc québécois Michel Gauthier est mort à l’âge de 70 ans.

Il était atteint d’un cancer du poumon.

«Michel est décédé dans les bras de son épouse et de ses deux enfants. L’âme en paix», peut-on lire dans un communiqué émis par la famille.

Il laisse dans le deuil son épouse Anne Allard, ses enfants Isabelle et Alexandre et leurs familles, les filles de sa conjointe Natacha et Katia, ainsi que ses petits-enfants.

Gilles Duceppe, également un ancien chef du bloc, parlait régulièrement à son ami qui avait annoncé, il y a un an, qu’il luttait contre le cancer.

«Je lui ai parlé la semaine dernière, il savait qu’il n’en avait pas pour longtemps, en raison de sa maladie, on parlait de la vie et de la politique, c’était des moments qui n’étaient pas faciles» a indiqué Gilles Duceppe à La Presse canadienne.

Monsieur Duceppe a décrit son ancien collègue comme un «bon pédagogue», qui savait expliquer facilement des choses concrètes.

«C’était un fonceur, c’est triste de le perdre sitôt, j’ai vécu de beaux moments à ses côtés au-delà des différences qu’on pouvait avoir, on voulait, lui comme moi, que le Québec avance», a indiqué Gilles Duceppe à La Presse canadienne.

M. Gauthier a été élu député de Roberval pour le Bloc québécois de 1997 à 2004, puis député de Roberval-Lac-Saint-Jean jusqu’en 2007. Il a notamment été leader parlementaire de la formation politique et chef.

Pendant la campagne électorale de 2019, il s’était brièvement joint aux conservateurs, avant d’annoncer son retrait en raison de la maladie.

Michel Gauthier vivait à Gatineau et il est né à Québec, le 18 février 1950.

Il était titulaire d’un brevet en enseignement de l’École normale de Roberval, d’un baccalauréat en enseignement élémentaire de l’Université du Québec à Chicoutimi, d’un certificat en gestion des ressources humaines de la Télé-université et d’un diplôme en administration scolaire de l’Université de Sherbrooke.

Il a été enseignant de 1970 à 1975, conseiller pédagogique de 1976 à 1979, puis directeur des services de l’enseignement de 1979 à 1981 à la Commission scolaire de Roberval.

Michel Gauthier a également été président de la Corporation touristique de Chambord et président de la Chambre de commerce de Chambord avant d’entre sur l’arène politique.

En 1981, il est élu député du Parti québécois dans Roberval et réélu en 1985.

Durant cette période, il a occupé les fonctions d’adjoint parlementaire du ministre des Finances, Jacques Parizeau

Il fût également directeur général de la Commission scolaire de Roberval de 1988 à 1993, avant de se lancer en politique fédéral.

Au départ de Lucien Bouchard comme chef du Bloc Québécois, Michel Gauthier fut nommé pour diriger le parti en attendant l’élection d’un nouveau chef.

Gilles Duceppe, qui est élu chef du Bloc en 1997, nomma Michel Gauthier leader parlementaire, comme l’avait fait quelques années plus tôt Lucien Bouchard.

Michel Gauthier a également oeuvré dans l’univers des médias en animant l’émission «Gauthier» sur les ondes de l’ancienne chaîne de télévision TQS.

Remboursement des billets d’avion: les compagnies aériennes «s’arrangeront!» dit le PQ

Politique

Remboursement des billets d’avion: les compagnies aériennes «s’arrangeront!» dit le PQ

Coûte que coûte, les compagnies aériennes doivent rembourser en argent les consommateurs dont les voyages ont été annulés à cause de la COVID-19, croit le Parti québécois.

Des milliers de Québécois et Canadiens courent après leur argent dépensé pour des billets d’avion achetés avant la pandémie, mais qu’ils n’ont pas pu utiliser à cause de l’annulation de la majorité des vols depuis la mi-mars. 

Les compagnies proposent un remboursement en crédits voyage, c’est-à-dire un montant équivalent pour un futur achat. Mais les consommateurs réclament un remboursement monétaire complet. Une demande de recours collectif est en marche.

Il semble que les compagnies aériennes n’ont pas cet argent et se verraient incapables de verser de telles sommes.

«C’est leur problème. Ils s’arrangeront. Les gens qui ont ménagé de l’argent, 3000 $ pour se payer une petite vacance à laquelle ils ont droit puis qu’ils tiennent, ils ont envoyé leur argent, ils n’ont pas le voyage, puis il faudrait qu’ils financent l’activité d’Air Canada? Non. Nous, on parle au nom des consommateurs aujourd’hui, et toutes ces personnes qui n’ont pas l’argent qu’ils avaient durement gagné pour aller en voyage méritent le remboursement. Ça se passe dans plein d’autres secteurs, pourquoi ça ne serait pas le cas dans l’aviation?» s’est questionné le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé, en point de presse jeudi matin.

Le PQ veut déposer une motion en chambre, jeudi matin, pour que l’Assemblée nationale demande au gouvernement canadien de forcer les compagnies aériennes à payer.

Et si elles n’ont pas l’argent? «Ne craignez pas, Justin Trudeau est toujours là pour Air Canada. Il le sera encore. Mais lui sera avec Air Canada, le Parti québécois sera avec les consommateurs. On choisit son camp», tranche M. Bérubé.

L’argent des contribuables servira donc à rembourser? «Ne mélangeons pas les affaires. Il y a un service qui a été offert et les gens qui ont payé des milliers de dollars, ce qui est beaucoup sur leur budget, pour avoir un service qu’ils n’ont pas eu, ont le droit d’être remboursés. Ça, c’est le débat qui est prioritaire. Pour le reste, les grands intérêts corporatifs dans le domaine aérien feront ce qu’ils ont à faire.»

La semaine dernière, le premier ministre François Legault s’était montré en faveur d’un remboursement en argent des billets d’avion, mais craignait d’un autre côté que les compagnies aériennes manquent de liquidités.

Le Bloc québécois demande au Parti libéral de renoncer à la subvention salariale pour ses employés

Politique

Le Bloc québécois demande au Parti libéral de renoncer à la subvention salariale pour ses employés

OTTAWA — Le Bloc québécois demande au Parti libéral du Canada de renoncer à la subvention salariale pour payer ses employés. Mais cette demande ne s’appliquerait pas à tous les partis, fédéraux ou provinciaux, qui en ont fait la demande ou songent à en faire une.

En conférence de presse, mardi matin, le chef bloquiste Yves-François Blanchet s’est dit certain que les libéraux et les conservateurs «n’en ont pas besoin» en raison de leurs millions récoltés en dons.

Que les néo-démocrates ou les verts aient besoin de cette subvention, «c’est plus crédible», estime M. Blanchet.

Le chef bloquiste n’a pas voulu commenter le possible recours de son ancien parti, le Parti québécois, à la subvention salariale pour payer ses employés.

Sur la scène fédérale, le Bloc est le seul parti à ne pas avoir fait une demande pour bénéficier de cette aide d’Ottawa. Il n’estime pas non plus en avoir besoin.

Retour du Parlement

M. Blanchet s’en est également pris à l’entente faite entre les néo-démocrates et les libéraux pour le retour des travaux parlementaires, qui n’a toujours pas été adoptée aux Communes.

À son avis, c’est «un coup de cochon» de leur part et il les accuse de vouloir «fermer le Parlement» ni plus ni moins.

Le Bloc s’était exclu des négociations sur le retour du Parlement parce que les libéraux avaient refusé de donner suite à ses engagements sur les prestations d’urgence et les coûts fixes des petites entreprises.

L'avenir du Parlement au temps de la COVID-19 demeure en suspens

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L'avenir du Parlement au temps de la COVID-19 demeure en suspens

OTTAWA - Le fonctionnement du Parlement canadien au temps de la COVID-19 est demeuré en suspens lundi, tandis que les conservateurs sont restés campés sur leur position selon laquelle la Chambre des communes devrait reprendre ses activités normales avec un nombre réduit de députés présents.

Pendant une bonne partie de la journée, les députés ont débattu d'une motion du gouvernement libéral proposant de renoncer aux séances «normales» de la Chambre des communes et d'élargir plutôt le comité spécial COVID-19 qui a siégé en lieu et place depuis un mois. L'entente sur ce comité prenait fin lundi.

Des candidats à la chefferie conservatrice décrient la subvention de leur parti

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Des candidats à la chefferie conservatrice décrient la subvention de leur parti

OTTAWA - Les deux meneurs de la course à la direction du Parti conservateur du Canada s’opposent à ce que les formations politiques puissent profiter de la Subvention salariale d’urgence - comme le fait déjà leur propre parti.

«Nous ne devrions pas être renfloués par l’argent des contribuables alors que des millions de personnes sont sans emploi et que de petites entreprises peinent à rester à flot», a écrit Peter MacKay sur Twitter dimanche après-midi.

Son principal rival s’est également opposé à ce soutien financier la veille. «Les Canadiens ont fait assez de sacrifices. Ils ne devraient pas avoir à payer des subventions salariales pour des partis politiques. Sous ma direction, le Parti conservateur ne prendra pas la subvention et remboursera avec le temps le montant qu’il a pris», a déclaré Erin O’Toole en anglais.

Le Parti conservateur a été jugé admissible à la subvention salariale fédérale afin d’éviter des licenciements dans le cadre de la pandémie de COVID-19.

Retour aux Communes: nouvelle proposition libérale

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Retour aux Communes: nouvelle proposition libérale

OTTAWA — Les libéraux ont déposé une nouvelle proposition pour la reprise des travaux parlementaires à Ottawa.

La motion sera débattue lundi à la Chambre des communes, date à laquelle l'entente actuelle vient à échéance.

On propose notamment d'ajouter une journée de plus aux réunions hebdomadaires du comité spécial sur la COVID-19. Pendant la crise, il était prévu que ce dernier se réunisse une fois par semaine avec 32 députés présents en chair et en os à la Chambre des communes, puis deux fois par semaine de manière virtuelle.

Les libéraux proposent maintenant de tenir quatre réunions par semaine jusqu'au 17 juin avec une formule hybride, où un petit nombre d'élus se présenteraient en personne tandis que d'autres s'y joindraient via des écrans installés de chaque côté du fauteuil d'apparat.

La motion propose également de tenir quatre séances en juillet et août, chacune avec une période de questions qui permettrait aux députés de questionner les ministres sur des sujets sans rapport à la pandémie - une pomme de discorde avec les conservateurs au cours des dernières semaines.

Selon Mark Kennedy, porte-parole du leader du gouvernement Pablo Rodriguez, si cette motion est adoptée elle offrira plus d'heures à l'opposition pour interroger le gouvernement que lors d'une semaine normale en personne aux Communes.

Il n'a pas voulu commenter les négociations de coulisses qui se poursuivent entre les partis politiques fédéraux sur la manière de faire fonctionner le Parlement alors que la crise se poursuit.

En raison de leur statut de gouvernement minoritaire, les libéraux ont besoin du soutien d'au moins un des principaux partis d'opposition pour que la motion soit adoptée.

Le NPD a négocié les termes de la motion avec le Parti libéral et devrait l'appuyer selon une source haut placée au sein du parti qui a accepté de se confier à La Presse canadienne sous couvert de l'anonymat puisqu'elle n'était pas autorisée à en parler publiquement.

Toutefois, le NPD aurait utilisé son pouvoir de négociation pour forcer le gouvernement de Justin Trudeau à adopter une demande du chef Jagmeet Singh, soit d'accorder dix jours de congé de maladie payés à tous les Canadiens qui seraient atteints de la COVID-19 afin de s'assurer qu'ils soient guéris avant de retourner au travail.

Le NPD réclame également des mesures d'aide pour les personnes en situation avec un handicap qui ne seraient pas admissibles à la Prestation canadienne d'urgence.

De l'autre côté, les conservateurs en ont assez du comité spécial. Amers, ils se plaignent d'être empêchés de poser des questions au gouvernement sur tout autre sujet que la pandémie, même si cette règle n'a pas été appliquée de manière systématique dans les faits.

Le chef conservateur sortant, Andrew Scheer, a réclamé que le Parlement soit formellement déclaré un service essentiel afin de permettre la reprise des travaux selon l'horaire normal de la Chambre des communes - en ne laissant toutefois entrer qu'une cinquantaine de députés à la fois pour observer les directives de distanciation physique.

Ceci permettrait aux députés de déposer des motions, de poser toutes les questions qu'ils souhaitent et de tenir ce que M. Scheer qualifie de «véritables débats» sur les projets de loi du gouvernement, les projets de loi privés et les motions de l'opposition.

Les conservateurs veulent aussi permettre à tous les comités de reprendre leurs travaux de façon virtuelle et de retrouver tous les pouvoirs dont ils disposent normalement.

Ces requêtes sont en partie exaucées dans la motion libérale déposée samedi. Elle propose d'ajouter le Comité permanent des pêches et des océans à la liste des sept comités parlementaires qui mènent déjà leurs travaux virtuellement depuis quelques semaines.

Ces comités pourraient aussi, d'après la motion libérale, discuter d'enjeux non reliés à la crise sanitaire - ce qui ne leur est pas permis actuellement.

Le principal obstacle à la reprise quasi normale des activités des communes demeure l'impossibilité pour l'instant de permettre aux députés de voter électroniquement.

Le gouvernement suggère dans sa motion de demander au Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre de soumettre des recommandations sur une modification des règles parlementaires afin de permettre de voter à distance.

Vols annulés: le Bloc compte sur la pression populaire pour faire bouger Ottawa

Politique

Vols annulés: le Bloc compte sur la pression populaire pour faire bouger Ottawa

OTTAWA - Le Bloc québécois compte sur la pression populaire pour que le gouvernement fédéral «courbe l’échine» et oblige les transporteurs aériens à rembourser les voyageurs dont le vol a été annulé.

Pour l’heure, tant Québec qu’Ottawa disent comprendre la frustration des clients, mais font valoir que les transporteurs n’ont tout simplement pas les fonds nécessaires pour rembourser ceux-ci.

Lors d’une conférence de presse, mercredi matin, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a attribué le blâme au gouvernement fédéral, dont le transport aérien est la responsabilité.

«Dans la mesure où les États-Unis et l’Europe ont agi dans ce sens-là, le gouvernement du Canada ne fait que damner davantage vers lui-même les projecteurs de ses propres turpitudes», a réagi M. Blanchet.

Aux côtés du député Xavier Barsalou-Duval, le chef bloquiste a continué de réclamer que toute aide gouvernementale aux transporteurs aériens soit conditionnelle au remboursement de leurs clients.

M. Blanchet espère que «la pression politique va devenir tellement insoutenable» qu’Ottawa n’aura pas le choix d’agir.

«Comme dans plusieurs autres dossiers, le gouvernement va peut-être devoir courber l’échine et dire: «ouain, on va être un p’tit peu obligés de les écouter, sinon la population va nous faire payer le prix du favoritisme qu’on accorde à certaines grandes entreprises»», a-t-il dit.

Pour le moment, la majorité des transporteurs offrent à leurs clients un crédit voyage si leur vol a été annulé. L’Office des transports du Canada, un tribunal quasi judiciaire indépendant, suggère que ce crédit soit valide pour les 24 prochains mois.

Option consommateurs a lancé une pétition en ligne sur le site de la Chambre des communes pour réclamer l’intervention du gouvernement fédéral dans ce dossier.

Questionné à ce sujet, mardi, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, n’avait pas grand-chose à leur offrir.

«Je comprends la frustration des gens qui auraient voulu être remboursés plutôt que d’avoir un crédit, mais il faut comprendre qu’en ce moment, nos compagnies aériennes vivent des moments très, très difficiles avec 95 % de leurs revenus qui sont disparus», a-t-il dit.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a tenu des propos semblables cette semaine.

«Il faut comprendre que les transporteurs, incluant les gros comme Air Canada puis Air Transat, ils n’ont absolument pas les fonds, actuellement, pour être capables de rembourser tout le monde», a expliqué M. Legault.

«Évidemment, mon premier choix, ça serait de rembourser, avec de l’argent, les consommateurs», a-t-il ajouté.

L’enquête sur les soins de longue durée en Ontario n’impressionne pas l’opposition

Politique

L’enquête sur les soins de longue durée en Ontario n’impressionne pas l’opposition

TORONTO — Le gouvernement Ford a annoncé, mardi matin, une commission d’enquête indépendante sur les soins de longue durée en Ontario. L’opposition à Queen’s Park, qui demande depuis des semaines que cette enquête soit publique, n’a pas été impressionnée par cette annonce.

« Notre gouvernement a clairement indiqué son intention de revoir le système de soins de longue durée afin de mieux comprendre les répercussions de l'épidémie de COVID-19 et les mesures prises pour y faire face », a déclaré la ministre des Soins de longue durée de l’Ontario, Merrilee Fullerton, dans un communiqué, mardi. 

Nulle part n’a-t-il été mentionné que cette commission indépendante sur le système de soins de longue durée sera publique. 

« Seule une enquête publique donnera aux résidents et à leurs proches la voix, les réponses, le respect et le changement qu’ils méritent », a tonné la cheffe néo-démocrate Andrea Horwath, qui demande depuis des semaines que le gouvernement ontarien rende publique et indépendante sa commission d’enquête sur les soins de longue durée. 

Lors d’une récente entrevue avec Le Droit, la députée de Hamilton avait fait part de ses craintes face à une enquête gouvernementale non publique. À ses dires, rien n’empêche le gouvernement de mener une enquête biaisée. « Une commission d’enquête indépendante et publique serait la façon la moins partisane de faire les choses. Ça permettrait de ratisser plus large et de trouver des réponses. »

Ottawa étudie discrètement une bonification du financement en petite enfance

Politique

Ottawa étudie discrètement une bonification du financement en petite enfance

OTTAWA - Le gouvernement fédéral étudie discrètement une manière de rehausser le soutien financier aux provinces en matière de services à la petite enfance. Une source soutient que cette démarche s'élève au haut de la liste des priorités des libéraux pour relancer l'économie.

Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Ahmed Hussen, a passé deux semaines à discuter au téléphone avec divers experts en petite enfance afin de déterminer comment l'aide fédérale pouvait être mieux dépensée.

Dominique Anglade face à la «falaise de verre»

Politique

Dominique Anglade face à la «falaise de verre»

Dominique Anglade est devenue cette semaine la première femme à prendre la tête du Parti libéral du Québec.

Les défis à relever sont immenses : réussir à briller et mobiliser ses collègues dans un contexte de pandémie où l’effacement des partis d’opposition est spectaculaire. Et surtout, amener à la victoire un parti qui a subi une défaite historique lors des élections québécoises de 2018. Une tâche colossale qui évoque un phénomène propre aux femmes politiques : celui de la « falaise de verre ».

Développé par les chercheurs britanniques Michelle Ryan et Alexandrer Haslam, le concept de « falaise de verre » renvoie à la tendance de nommer des femmes à des postes de pouvoir au sein d’organisations qui vacillent.

Une pratique qui place ces nouvelles leaders dans une situation où le risque d’échouer est élevé et où la responsabilité des mauvaises décisions prises par leurs prédécesseurs tend à leur être imputée. De Kim Cambell à Alison Redford, Christy Clark, en passant par Kathleen Wynne et Pauline Marois, les femmes qui sont devenues cheffes de partis canadiens et ont été élues (ou nommées) premières ministres l’ont été à la tête de partis qui faisaient face à un avenir précaire et incertain. Et ce, même si ces partis ont autrefois eu la faveur populaire et obtenu de grands succès électoraux.

C’est ce que la politologue Sylvia Bashevkin appelle le défi du « leadership impitoyable ». Une étude des professeurs Melanee Thomas et Marc Bodet, des universités de Calgary et Laval, démontre également que les femmes sont souvent les « agneaux sacrifiés » des partis politiques.

Dans le cadre de nos travaux, nous nous intéressons toutes deux aux représentations médiatiques des acteurs politiques — masculins et féminins — ainsi qu’aux défis rencontrés par les femmes lorsqu’elles exercent leur leadership.

Une collection de titres de «premières»

Le choix de nommer des femmes à la direction de partis politiques dans la tourmente s’explique par le fait que celles-ci incarneraient le changement. Parce que censées exercer un pouvoir au «féminin» (empathie, collégialité, honnêteté, pragmatisme), elles marqueraient une rupture avec le modèle dominant (masculin). C’est du moins ce que montrent les travaux de Clara Kulich, chercheure à l’Université de Genève

Dominique Anglade cumule les titres de « premières ». Première femme à la tête du PLQ de même que première femme noire et première immigrante de première génération à la tête d’un parti au Québec. Elle est première depuis déjà longtemps, et ce, bien avant la politique. Dans une entrevue accordée à Marie-Louise Arsenault sous le thème Femmes et pouvoir, elle présentait ses débuts, à 22 ans, comme ingénieure chez Procter & Gamble, en Ontario : «Il n’y avait pas de femmes, pas de jeunes, pas de francophones et pas de minorités visibles ! J’étais quatre fois une minorité. Je n’ai pas eu le choix de m’intégrer rapidement et de faire mes preuves. Par la suite, ça m’a beaucoup servi.»

Ces étiquettes de première font en sorte qu’Anglade est présentée comme une « pionnière exceptionnelle ». Elle est difficilement imitable ayant défié les normes du genre, de la race et brisé d’autres plafonds de verre. Ce cadrage de la première femme peut à la fois l’aider en mettant de l’avant son côté hors du commun et ses grandes capacités, mais aussi être préjudiciable à sa carrière parce que cela la place dans une catégorie à part et met beaucoup de pression sur elle afin qu’elle performe.

Justement, Dominique Anglade aura à relever plusieurs défis.

Une cheffe couronnée sans opposition

Plusieurs de ces défis sont liés à la double contrainte ou au double standard que les femmes rencontrent tout au long de leur carrière (que celle-ci soit politique ou non).

Dominique Anglade sera jugée selon les normes masculines du milieu politique, mais devra aussi répondre aux normes sociales qui lui prescrivent des comportements féminins. Elle devra être ferme tout en étant douce. Sa légitimité politique est déjà évaluée dans les médias traditionnels et sociaux en fonction de ces standards. Si elle échoue à sortir le PLQ de cette période difficile, on mettra en doute ses compétences ou son « manque de leadership » comme l’a déjà suggéré maladroitement la chroniqueuse Josée Legault à propos de Kim Campbell et Pauline Marois.

Un autre défi est lié au moment et au contexte de son élection. Son arrivée en poste coïncide en plus avec la plus grande éclipse médiatique jamais vécue. La CAQ se portait bien avant la Covid-19. Elle se porte encore mieux en contexte de pandémie.

Le timing est névralgique lorsque les leaders sont élus chefs de leurs partis et Dominique Anglade n’a pas eu droit à la couverture habituelle qu’un chef de l’opposition peut s’attendre à recevoir dans des circonstances pareilles. Son élection sera aussi contestée, comme elle a été couronnée faute d’opposant sérieux et d’élections.

D’ailleurs, Dominique Anglade est déjà délégitimisée parce qu’elle a hérité du trône « par défaut » : le chroniqueur Michel David soulignait dans une récente chronique que Parizeau, Bouchard, Charest, Landry, Marois ont aussi pris la barre de leur parti sans affronter d’adversaire, mais « qu’ils en imposaient par leur stature » (ce qui sous-tend qu’Anglade, elle, n’impressionne pas). En somme, le mauvais timing et l’absence d’opposant empêchant son élection, qui doit normalement être perçue comme héroïque et honorable, nuisent dès le départ à la légitimité d’Anglade.

Aller au-delà de la «femme noire» de Montréal

Dernier défi : la nouvelle cheffe du PLQ devra changer l’image d’un parti dit « montréalocentré » et identifié aux minorités visibles — images auxquelles elle est également associée. Dans les prochains mois, et à l’aune de la campagne électorale de 2022, les discours des journalistes, des opposants et des électeurs à son égard seront sans merci. Échappera-t-elle au cliché raciste et sexiste de la « angry black woman » dont même la charismatique Michelle Obama a fait l’objet ?

Les Québécois sont « absolument prêts » à être dirigés par une femme noire, a affirmé Dominique Anglade. Rappelons que même si « la validité de la prétention au pouvoir d’un acteur politique ne devrait pas être remise en question sur la base du sexe, de la race, de la capacité physique ou de l’orientation sexuelle », soulignait dans Ms Prime Minister, Linda Trimble chercheure canadienne spécialiste des femmes en politique, c’est pourtant souvent le cas. Jagmeet Singh, chef du NPD lors des élections fédérales de 2019, a eu à vivre ce racisme systémique alors que l’on contestait la capacité du Canada à élire un premier ministre sikh.

Dominique Anglade a eu le courage de se présenter cheffe du PLQ et de vouloir s’impliquer en politique. Si elle est moins connue et n’a pas l’expérience politique de ses prédécesseurs, son parcours professionnel est aussi impressionnant que celui de ses acolytes masculins. Diplômée de l’école Polytechnique et des HEC, elle a été PDG de Montréal International, présidente de la CAQ et ministre dans le gouvernement Couillard.

Dominique Anglade a toutefois devant elle cette fameuse «falaise de verre». Elle devra relever les défis liés au leadership impitoyable dans lequel elle se retrouve. L’avenir nous dira comment elle saura l’exercer. En attendant, François Legault la connaît bien. Il sait face à quelle adversaire il se retrouvera.

* * * * *

Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

Une belle retraite pour Mike Harris

Politique

Une belle retraite pour Mike Harris

TORONTO — Après avoir défendu la privatisation du système de soins de longue durée en Ontario, l’ex-premier ministre conservateur Mike Harris siège aujourd’hui parmi les administrateurs du groupe Chartwell.

Mike Harris, celui qui demandait la fermeture de l’hôpital Montfort, est le président du conseil d’administration du groupe de foyers de soins de longue durée à but lucratif. Il y siège sous son nom complet, Michael D. Harris.

L’ex-premier ministre touche un salaire annuel de 237 000 $ dans le cadre de son rôle d’administrateur, un poste qu’il occupe à temps partiel, selon Unifor, l’un des syndicats qui représentent les employés de Chartwell.
Durant les sept années où Mike Harris était au pouvoir, un développement important des établissements de soins de longue durée à but lucratif a pris place en Ontario.

Alors que les listes d’attente pour les foyers de soins de longue durée s’allongeaient, en 1998, son gouvernement a dépensé 1 milliard $ pour créer 20 000 nouveaux espaces. À l’époque, 68 % des contrats pour la construction de ces lits de soins de longue durée ont été alloués au secteur privé. 

« L’histoire non racontée est que les nouveaux foyers de soins de longue durée référencés comme ayant de meilleurs résultats COVID-19 sont en fait le résultat des 20 000 lits de soins de longue durée et du réaménagement de 16 000 lits supplémentaires annoncés par l’ancien premier ministre Mike Harris et son gouvernement en 1998 », a soutenu au Droit une porte-parole du groupe Chartwell, Sharon Ranalli.

À LIRE AUSSI: COVID-19: une différence entre les foyers pour aînés privés et publics en Ontario?

En tout, 33 résidences pour retraités et centres de soins de longue durée de Chartwell ont déclaré une éclosion de la COVID-19 jusqu’à présent au Canada, dont 26 sont situés en Ontario.  

La semaine dernière, le premier ministre actuel Doug Ford a affirmé avoir eu une récente discussion téléphonique avec M. Harris, mais a admis qu’il ne savait pas que l’ex-premier ministre était à la tête de cette importante chaîne à but lucratif.

Il a aussi reconnu qu’il existe une différence entre les établissements pour aînés publics et privés en Ontario quant au nombre de cas de COVID-19. « Je pense qu’il y a une différence, mais ce que j’ai dit depuis le tout début est que le système est brisé et que nous allons le réparer. »

Un taux de mortalité plus élevé au privé ?  

En Ontario, une étude a déterminé que le taux de décès dus à la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée à but lucratif est beaucoup plus élevé que dans les établissements pour aînés à but non lucratif et les établissements financés par les municipalités.
L’affirmation selon laquelle « la propriété des résidences de soins de longue durée de l’Ontario est le facteur déterminant de la gravité des éclosions et des décès pendant la COVID-19 » est un exemple de « désinformation », a indiqué Mme Ranalli. 

« La désinformation, surtout dans ces conditions extrêmement difficiles, ne reflète pas le travail exceptionnel et le dévouement de notre personnel travaillant dans des conditions de pandémie pour prendre soin de l’être cher de quelqu’un d’autre », a-t-elle fait savoir.

Mme Ranalli assure que la qualité des soins est mesurée par des instances gouvernementales et qu’elle est uniforme dans les différents types de foyers. 

Aujourd’hui dans la province, 58 % des établissements de soins de longue durée sont à but lucratif, contre 24 % à but non lucratif et 16 % municipaux.

«Je suis inquiète… j’ai peur»: la députée Louise Charbonneau pleure sa soeur, emportée par la COVID

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«Je suis inquiète… j’ai peur»: la députée Louise Charbonneau pleure sa soeur, emportée par la COVID

TROIS-RIVIÈRES — C’est par téléphone que Louise Charbonneau a du faire ses adieux à sa sœur Danielle, sa grande confidente de toujours. La sœur de la députée bloquiste de Trois-Rivières a été emportée par la COVID-19, quelques jours seulement après avoir contracté la maladie.

«La semaine dernière, j’avais une sœur qui était pleine de vie», a confié par téléphone Louise Charbonneau.

Québec solidaire veut un «impôt de pandémie» pour les entreprises profitables

Politique

Québec solidaire veut un «impôt de pandémie» pour les entreprises profitables

Québec solidaire souhaite «un effort de guerre» des entreprises qui continuent à faire de l’argent durant la crise de la COVID-19 et propose de lever un nouvel «impôt de pandémie».

«On ne demande pas aux entreprises qui en arrachent de faire plus», a précisé d’entrée de jeu le porte-parole de Québec solidaire (QS) en matière de finances et député de Rosemont, Vincent Marissal.

Jeudi matin, M. Marissal et sa cheffe Manon Massé ont fait une courte présentation devant une poignée de journalistes installés à distance les uns des autres dans le vaste Salon rouge du parlement de Québec.

«On propose d’aller chercher l’argent où il est, là où il y a des profits. Plusieurs magasins de grande surface ont vu leur chiffre d’affaires augmenter au premier trimestre. Les géants du numérique en ont profité aussi. Les institutions financières n’ont fait aucun cadeau. Les agences de sécurité, par exemple. Il y en a des entreprises qui font de l’argent avec la pandémie», constate M. Marissal.

De là l’idée pour l’État d’aller récupérer une partie de ces profits pour éponger les dépenses supplémentaires exorbitantes provoquées par la COVID-19. En imposant cet impôt spécial pendant un an, soit jusqu’au cours de 2021, QS estime que le gouvernement pourrait récupérer 6 milliards $.

Le déficit anticipé pour 2020-2021 se situera entre 12 et 15 milliards $, a récemment dévoilé le ministre des Finances, Eric Girard.

«Dans le passé, les gouvernements n’ont pas hésité à lever des impôts pour soutenir les efforts de guerre, par exemple. [...] Une société ne doit pas hésiter à sortir les sommes nécessaires pour aider ceux et celles qui sont frappés de plein fouet ou qui y travaillent au péril de leur vie. Mais il faut aussi se donner les moyens de le faire», affirme Mme Massé, qui craint sinon le retour de l’austérité budgétaire dans un éventuel deuxième mandat de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Comme en 2007

«On parle beaucoup de solidarité du peuple québécois. C’est vrai qu’on est solidaires, c’est vrai qu’on est résilients, qu’on se serre les coudes. Mais l’impôt, c’est précisément ça. Et en temps de crise, un impôt de pandémie, c’est précisément ce à quoi ça sert», poursuit M. Marissal, qui va jusqu’à parler d’«un devoir» de la part de ces entreprises.

Le taux d’imposition de base pour les grandes entreprises passerait de 11,6 % à 17,4 %, selon la proposition de QS. Pour les petites et les moyennes entreprises, les premiers 100 000 $ de profit seraient exemptés, mais le taux passerait ensuite de 4 % à 6 %.

«On était [dans ces chiffres-]là en 2007, avant que les gouvernements libéraux successifs ne fassent une obsession sur les impôts des entreprises et les baissent systématiquement. On revient où on était en 2007», souligne le solidaire Marissal.

Et «ce n’est pas parce qu’on fait moins d’argent qu’on n’en fait plus. Il y a effectivement des entreprises, dont les banques, ça se peut, qui feront peut-être un peu moins de profits. Alors, ce sera des profits plantureux plutôt qu’astronomiques. Mais il y aura quand même des profits. Alors, les profits, ça se taxe».

Pas plus de troisième lien

Quant à ralentir ou même reporter les grands projets d’infrastructure afin d’économiser l’argent public, QS loge plutôt du côté de la CAQ sur ce sujet et y voit un «générateur d’économie».

«Il ne faudrait pas non plus que les grands projets de transport collectif passent à la trappe parce que soudainement, on n’a plus d’argent. La crise climatique n’a pas disparu. La COVID fait beaucoup de ravages, mais elle n’a pas fait disparaître la crise climatique. Alors, on a des projets qui sont déjà lancés. [...] Et on attend d’autres projets. Évidemment, vous comprendrez qu’on n’a pas changé d’idée, le troisième lien [Québec-Lévis] ne fait pas partie de cette liste», tranche M. Marissal.

«Dans la mesure où [les projets] répondent à un certain nombre de critères, dont ceux de la lutte aux gaz à effet de serre, ajoute Mme Massé. Donc, le projet du troisième lien, à notre sens, depuis longtemps, devrait être abandonné. Bien là, qu’il ne l’accélère pas, celui-là.

«Il y a beaucoup d’argent au niveau de l’entretien des bâtiments, de nos écoles, de nos infrastructures collectives, transport en commun et, oui, on pense que c’est le temps de mettre une vitesse grand V là-dessus. Pour, bien sûr, relancer l’économie du Québec, mais aussi répondre aux impératifs de la lutte aux changements climatiques», conclut-elle.

Il manque de masques au Québec pour les rendre obligatoires, dit Legault

Politique

Il manque de masques au Québec pour les rendre obligatoires, dit Legault

C’est le manque de masques qui fait en sorte que Québec ne rend pas son port obligatoire, notamment dans les transports en commun, a reconnu François Legault, mercredi.

Le premier ministre répondait en Chambre au chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, qui réclame le port obligatoire du masque dans les lieux publics et les transports en commun à Montréal.

«Si (...) on a assez de masques pour être capable d’en donner à tous ceux qui utilisent le transport en commun, bien là on pourra avoir la discussion», a déclaré M. Legault, après avoir d’abord évoqué des raisons légales.

Plus tard, entouré du Dr Horacio Arruda et de la ministre de la Santé, Danielle McCann, M. Legault a indiqué que le Québec aurait besoin de plusieurs dizaines de millions de masques afin de les rendre obligatoires.

Il a notamment cité le cas du métro de Montréal, où habituellement 500 000 personnes s’y retrouvent quotidiennement. Il serait impossible pour l’instant de leur en fournir, a-t-il dit.

Les autorités font valoir que c’est une question d’équité; les plus démunis n’ont pas nécessairement les moyens de se procurer un masque ou de s’en fabriquer un.

Le premier ministre a ajouté que le gouvernement était en discussion avec des compagnies québécoises pour la fabrication de dizaines de millions de masques de qualité, mais que cela prendra plusieurs semaines.

La direction de la santé publique devra aussi recommander le port obligatoire du masque, ce qu’elle n’a pas encore fait, a-t-il précisé.

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Dominique Anglade critique la gestion de la pandémie de François Legault

Politique

Dominique Anglade critique la gestion de la pandémie de François Legault

QUÉBEC - Au début exemplaire, la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement Legault montre désormais des ratés, selon la nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade.

Elle constate un manque de cohérence et un manque de cohésion dans l’action gouvernementale.

«Il y a des choses qui ne fonctionnent pas» dans le processus décisionnel, estime la nouvelle cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, dans une entrevue à La Presse canadienne mardi, au lendemain de son accession à la direction du PLQ.

Elle en donne pour preuve la confusion autour de l’augmentation annoncée récemment du nombre de tests de dépistage de la COVID-19. On devait passer de 6000 à 14 000 par jour, voire davantage, mais ce n’est toujours pas le cas.

Forte d’une formation scientifique - elle est ingénieure - Mme Anglade réclame du gouvernement qu’il appuie ses décisions sur «des données scientifiques et des scénarios clairs».

Elle est d’avis qu’au début de la crise, le premier ministre François Legault et son équipe ont pourtant fait «du très bon travail», mais que les choses se sont dégradées depuis.

Dans son nouveau rôle de cheffe de l’opposition officielle, qui débutera mercredi avec une double période de questions, en personne, au Salon bleu, Mme Anglade n’entend pas «critiquer pour critiquer», préférant adopter «un ton constructif» et s’appuyer sur «des faits» pour amener le premier ministre à rendre des comptes sur sa façon de gérer la crise sanitaire.

La COVID-19 change tout

Elle est aussi d’avis que, sur le plan de l’action gouvernementale, la COVID-19 «modifie toutes les propositions» passées. L’ampleur de la crise et son impact important sur tous les aspects de nos vies devraient convaincre le gouvernement de lancer dès maintenant une série de «grands chantiers» censés repenser les façons de faire et les priorités.

Notamment, il est clair à ses yeux qu’il faudra réinvestir dans la santé publique pour prévenir d’autres crises sanitaires et se préparer en conséquence.

Quand elle pense au sort réservé aux personnes âgées, elle croit que «tout doit être repensé» désormais, tant le modèle des centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) que celui des soins et services à domicile qui leur sont destinés.

Malgré la crise actuelle, la leader politique est d’avis que les priorités qu’elle avait définies durant la campagne au leadership n’ont rien perdu de leur valeur ou de leur pertinence.

Au contraire, elle croit que son projet de Charte des régions, qui «prend tout son sens», ou encore son Pacte économique sur la lutte aux changements climatiques, deviennent dans le contexte actuel des priorités «encore plus pertinentes» que jamais.

Fébrile

La députée de Saint-Henri-Sainte-Anne se dit «fébrile» au moment d’enfiler ses nouvelles chaussures de cheffe de parti.

Elle est bien consciente que son statut de première femme à prendre la direction du PLQ lui confère une responsabilité supplémentaire, tout comme le fait d’être issue de la diversité culturelle, par ses origines haïtiennes.

Elle ne veut pas décevoir et entend donner «le bon exemple», déterminée chaque jour à «mériter la confiance» placée en elle.

Avec le désistement, lundi, du seul autre candidat dans la course, Alexandre Cusson, elle a été «couronnée» cheffe au lieu d’être élue en bonne et due forme, mais elle ne croit pas que cela va affaiblir d’aucune façon son leadership.

«Franchement non», répond-elle spontanément quand on lui pose la question, convaincue qu’elle a bâti jour après jour sa légitimité par ses tournées, ses rencontres avec les militants, son travail sur le terrain depuis près d’un an en tant que candidate.

À compter de maintenant, elle devra aussi refaire l’unité dans le caucus libéral. La plupart des députés lui avaient donné leur appui sauf deux, Lise Thériault et Marwah Rizqy, qui avaient préféré se ranger derrière M. Cusson.

Députée depuis 2015, Mme Anglade se définit comme «une fille d’équipe». Dans les prochains jours, elle veut rencontrer individuellement chacun des députés et leur lancer le message suivant: il faut «se dire les vraies choses».

À court terme, compte tenu qu’il ne reste que quelques semaines de session parlementaire, elle ne prévoit pas modifier les responsabilités de chacun, qu’il s’agisse des officiers parlementaires ou des porte-parole des différents dossiers.

En tant que cheffe de sa formation politique, elle entend bien «faire les choses dans l’ordre».

COVID-19: la ministre Marguerite Blais a perdu le contrôle, accuse l’opposition

Politique

COVID-19: la ministre Marguerite Blais a perdu le contrôle, accuse l’opposition

Le lien de confiance qui existait entre Marguerite Blais et la population est en train de s’effriter, ont soutenu vendredi les partis d’opposition au terme d’un débat virtuel de deux heures.

«À chaque fois qu'elle dit que ce n'est pas de sa faute, ça commence à irriter beaucoup de monde, même ceux qui l'aimaient», a déclaré le député péquiste Harold LeBel.

«Les gens la voyaient un peu comme la défenderesse des aînés, (...) et là on s'aperçoit qu'elle a perdu tout le contrôle. Quand ce n'est pas sa faute, c'est la santé publique qui a pris la décision», a-t-il renchéri.

La COVID-19 a fauché la vie de 2725 Québécois, la grande majorité des aînés en CHSLD ou en résidence. Le Québec est l'endroit au Canada où il y a le plus de décès liés au coronavirus.

La semaine dernière, Mme Blais, une ancienne animatrice de télévision, a fait une tournée des médias pour défendre sa gestion de la crise.

Elle a d'abord rejeté tout blâme concernant la situation dans les CHSLD, pour finalement admettre mardi sa «part de responsabilité» en ajoutant toutefois qu'elle avait «les mains liées».

Vendredi, questionnée à savoir si elle aurait pu en faire davantage pour protéger les aînés de la COVID-19, Mme Blais a de nouveau jeté le blâme sur son ancien gouvernement libéral.

Elle a expliqué que ce n'était pas sa faute si des personnes asymptomatiques avaient contaminé des aînés, et si des employés continuaient à ce jour de passer des zones chaudes aux zones froides.

C'est l'ancien gouvernement libéral qui a centralisé la gouvernance dans le réseau de la santé en créant des CISSS et des CIUSSS et qui a coupé des postes de cliniciens experts en infection, a-t-elle martelé.

Marguerite Blais a été ministre responsable des Aînés pendant cinq ans sous Jean Charest, avant d'être exclue du conseil des ministres lors de la prise de pouvoir de Philippe Couillard.

Elle a continué de siéger comme députée libérale jusqu'en 2015, annonçant son départ de la vie politique quelques mois après la mort de son mari. En 2018, elle a repris son rôle de ministre des Aînés dans le gouvernement Legault.

Vendredi, elle a indiqué qu'elle avait dû à l'époque «se rallier» à son ancien caucus libéral.

«Les aînés vivent dans le système Marguerite Blais», a asséné la députée Catherine Dorion, de Québec solidaire.

Elle a déploré que la ministre ne se soit pas attaquée aux ratios préposés-patients, tandis que M. LeBel a accusé le gouvernement Legault d'avoir «gagné du temps sur le dos des aînés et des préposés» en choisissant d'attendre pour hausser les salaires, une «stratégie de négociation», a-t-il dit.

Plus tard en mêlée de presse, Mme Dorion a parlé d'une confiance qui avait été «trahie».

Pas de tests pour les proches aidants

Par ailleurs, contrairement à ce que Mme Blais avait déclaré mardi, les proches aidants qui se rendront dans les CHSLD et les résidences pour aînés n'auront pas à subir un test de dépistage pour la COVID-19.

La ministre les invite toutefois à porter un masque de protection.

Mme Blais affirmait pourtant en début de semaine que ceux qui se rendraient au chevet d'un proche situé dans une «zone froide» devraient d'abord être testés.

«On s'est rendu compte que c'était complexe, a-t-elle expliqué vendredi. Premièrement, dans un milieu froid, les employés ne se font pas tester aux 15 jours, alors pourquoi le proche aidant se ferait tester aux 15 jours?»

Pressée de questions à ce sujet, la ministre a finalement invité les journalistes à consulter le Dr Horacio Arruda. «C'est le directeur de santé publique, posez-lui la question», a-t-elle lancé.

Cette plus récente volte-face a fait bondir les oppositions, qui se demandent si l'absence de dépistage va contribuer à infecter les milieux de vie des aînés.

«Entre ce qui est plus simple et plus prudent, quand on parle de faire entrer le virus potentiellement, on devrait toujours opter pour ce qui est plus prudent», a signalé le député libéral André Fortin.

Le droit de refus d’un retour au travail toujours dans le flou, selon l’opposition

Politique

Le droit de refus d’un retour au travail toujours dans le flou, selon l’opposition

Un enseignant dont un proche est immunosupprimé peut-il refuser d’aller travailler dans une salle de classe?

La question demeure entière au lendemain de la publication d’un guide de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) en vue de la réouverture des écoles.

Après avoir épluché le guide, la députée libérale Marwah Rizqy en vient à la conclusion que la question n’est pas réglée, alors qu’elle aurait dû l’être, parole du ministre.

«Nos enseignants ont droit à des éclaircissements», a martelé Mme Rizqy en entrevue téléphonique, mardi.

«Aucun enseignant ne devrait perdre son travail, ou avoir des sanctions, parce qu’il a voulu protéger un membre de sa famille. (...) Ce n’est plus le temps de jouer au ping-pong», a-t-elle renchéri.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avait promis la semaine dernière en commission que la CNESST allait trancher dans son guide la question du droit de refus de travail.

Or, le guide publié en fin de journée lundi n’y fait aucunement référence.

La CNESST a plutôt rappelé mardi la règle générale, à l’effet que seule une personne qui a elle-même des contre-indications peut se mettre en retrait de travail.

«On ne peut pas invoquer celles (les contre-indications) d’un proche pour se mettre en isolement», a déclaré le porte-parole Maxime Boucher.

Selon Mme Rizqy, le ministre dispose de tous les outils nécessaires pour «corriger la situation». Il peut notamment procéder par arrêté ou par décret ministériel, a-t-elle indiqué. «Ils peuvent le faire, ils ont la majorité!»

Vrai choix des parents?

M. Roberge avait également déclaré jeudi dernier qu’il voyait mal un employeur congédier un travailleur qui déciderait de ne pas se rendre sur son lieu de travail afin de garder ses enfants à la maison.

Là aussi, la CNESST devait trancher, avait-il soutenu, en réponse à une question de la députée Christine Labrie, de Québec solidaire.

L’élue de Sherbrooke venait de lui signifier que selon elle, les parents du Québec qui se demandent si oui ou non ils renverront leurs enfants à l’école n’ont pas un «vrai» choix.

Des parents qui doivent retourner travailler, mais qui veulent garder leurs enfants à la maison parce qu’inquiets de la COVID-19, pourraient perdre leur emploi, avait-elle souligné.

«Ce n’est pas à moi d’en juger, avait répondu M. Roberge. Encore une fois, c’est le genre de décisions qui appartiennent à la CNESST et on va voir de quelle façon la CNESST tranchera ce type de questions (...) qui ne relèvent pas du ministère de l’Éducation.»

«Ça va bien se passer», dit Legault

Directement interpellé à ce sujet lundi, le premier ministre François Legault n’a pas offert de réponse claire, soutient Québec solidaire.

Le premier ministre a tout de même déclaré qu’un travailleur qui se plaindra à la CNESST devra démontrer la présence d’un risque pour sa santé à lui.

«Oui, il peut y avoir une situation spéciale, mais dans le contexte actuel, je ne suis pas trop inquiet que ça va bien se passer», a-t-il dit en conférence de presse.

Les députés québécois déchirés sur la réouverture des écoles

Politique

Les députés québécois déchirés sur la réouverture des écoles

La réouverture des écoles à compter du 11 mai au Québec continue de déchirer bien des familles. Le premier ministre François Legault a déclaré lundi qu’il serait prêt à envoyer ses propres enfants à l’école (ils sont adultes maintenant), tandis que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lui, hésiterait à le faire. La question est délicate, le choix, excessivement personnel. Deux députés ont accepté de nous expliquer pourquoi ils enverront - ou n’enverront pas - leurs enfants à l’école, après un confinement de huit semaines.

Martin Ouellet, député du Parti québécois (René-Lévesque)

M. Ouellet et sa conjointe, qui habitent Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, ont finalement décidé d’envoyer leurs enfants à l’école lundi prochain, pour «deux raisons distinctes».

Leur fille a besoin de socialiser. «Pour elle, (...) c’est extrêmement important, confie le député en entrevue. Pour son équilibre personnel, on a décidé de l’envoyer à l’école pour qu’elle puisse être avec ses amis.»

En revanche, leur garçon, plus réservé, connaît des retards d’apprentissage. Avant la pandémie, il voyait une orthophoniste. «Dans le cas de Nathan, mon petit bonhomme, pour lui c’est d’aller consolider ses acquis, pour être certain (...) qu’au final, il puisse entrer en 3e année l’année prochaine.»

L’école à la maison aurait fait son temps chez les Ouellet. «Je ne suis pas bon pédagogue, comme probablement plein de parents au Québec, affirme le leader parlementaire du PQ. Même si on fait des petits exercices, on va sur les sites web, ce n’est pas complet.»

À la maison, ajoute-t-il, les jouets et la télévision font en sorte que «c’est facile de sortir de la concentration».

M. Ouellet admet par contre se poser les mêmes questions sur le déconfinement des écoles que la plupart des parents, à savoir: «Est-ce que les classes seront assez grandes? (...) Est-ce qu’on aurait pu commencer à mi-temps? Moi, la classe de 2e année, il n’en rentre pas 15, c’est trop petit.»

Finalement, il a choisi de faire confiance aux gens sur le terrain. «J’ai confiance que le système va répondre aux besoins de mes enfants, dit-il. S’il y a des gens qui veulent suivre cet exemple-là, tant mieux. Mais d’un autre côté, je respecte ceux qui sont plus craintifs.»

La Côte-Nord figure parmi les régions les moins touchées par la COVID-19, avec un total en date de lundi de 113 cas confirmés de la maladie, comparativement à 938 pour la Capitale-Nationale et 16 606 pour Montréal.

Les élus de retour à l'Assemblée nationale le 13 mai

Politique

Les élus de retour à l'Assemblée nationale le 13 mai

Après une longue éclipse, l’Assemblée nationale va retrouver prochainement une vie à peu près normale en présentant un programme double : soit deux périodes de questions consécutives plutôt qu’une, le mercredi 13 mai, avec des députés et ministres présents en chair et en os au Salon bleu du parlement.

Selon des informations obtenues dimanche par La Presse canadienne de diverses sources parmi les élus, la reprise des travaux parlementaires se fera graduellement au cours des prochaines semaines, pour reprendre son flot normal d’activités durant la semaine du 25 mai, avec trois périodes de questions, soit les mardi, mercredi et jeudi.

La suspension des travaux, le 17 mars, aura duré près de deux mois. Initialement, la reprise était prévue le 21 avril, puis avait été reportée au 5 mai.

Comme d’habitude, les deux premières semaines de juin seront consacrées à la période de session intensive, les élus étant appelés à siéger pendant quatre jours au lieu de trois, du mardi au vendredi.

La session parlementaire prendra fin comme prévu le vendredi 12 juin, le gouvernement ayant exclu d’emblée le scénario d’une prolongation.

La semaine de relâche parlementaire du 18 mai sera maintenue.

D’ici la reprise des activités parlementaires réelles, le 13 mai, les commissions parlementaires virtuelles, diffusées depuis la semaine du 24 avril, vont se poursuivre.

Ce nouveau calendrier a dû être négocié, morceau par morceau, entre les leaders des quatre groupes parlementaires représentés à l’Assemblée nationale, au cours des derniers jours. Il reste encore quelques détails à finaliser, comme l’attribution des droits de parole, avant que le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, puisse le rendre public, mais pour l’essentiel le travail est à peu près complété, ont indiqué les sources consultées.

Comme toujours, les périodes de questions dureront 45 minutes.

Menu législatif allégé

Le menu législatif de cette portion de session bien particulière s’annonce très allégé et ramené au strict minimum, indique-t-on.

Le gouvernement va probablement se contenter de compléter le processus d’adoption de trois projets de loi dont l’étude est pratiquement terminée : le projet de loi 15 sur la mise en valeur du parc olympique, le projet de loi 18, qui vise à mieux protéger les personnes inaptes, et le projet de loi 32, destiné à accroître l’efficacité du système de justice pénale, notamment en réduisant les délais et en évitant aux personnes vulnérables, comme les itinérants, de devoir se présenter devant les tribunaux.

Mais il n’est pas exclu que le gouvernement tente de faire progresser l’étude du projet de loi 44, qui mise sur l’électrification et donnerait au ministre responsable du dossier, Benoit Charette, un droit de regard sur la gestion du Fonds vert, qui portera un nouveau nom.

Le gouvernement se réserve aussi le droit de déposer d’autres projets de loi avant la fin de la session.

Distanciation

Normalement, les 125 députés élus par les Québécois réussissent à s’entasser dans l’espace exigu du Salon bleu, leurs pupitres collés les uns contre les autres.

Avec la COVID-19 et la consigne de distanciation, ce temps est révolu et un maximum de 40 personnes pourra prendre place en même temps au salon bleu désormais, soit 36 élus, plus le président de l’Assemblée nationale, le secrétaire général et un minimum de personnel de soutien.

On devra donc effectuer une rotation entre élus, selon les dossiers du jour. Du côté des banquettes gouvernementales, on comptera au maximum entre 16 et 20 élus (même si le caucus caquiste compte 76 députés), en donnant la priorité aux ministres et au premier ministre François Legault, qui devrait en principe être présent chaque jour.

De l’autre côté, l’opposition officielle, formée par le Parti libéral du Québec, aura droit à huit représentants, Québec solidaire, trois, tout comme le Parti québécois.

Une place sera réservée aux députés indépendants.

Avant la fin de la session, en marge du menu législatif, les élus devront adopter les crédits budgétaires servant à financer d’ici le 1er septembre les divers programmes gouvernementaux.

Normalement, après le dépôt d’un budget, comme ce fut le cas le 10 mars, suit l’étude approfondie des crédits budgétaires du gouvernement par l’opposition, un processus qui dure des semaines et qui survient en mai. Cette fois, l’exercice a été reporté au 17 août.

Doug Ford s'en prend à l'interdiction des armes d'assaut par le gouvernement Trudeau

Politique

Doug Ford s'en prend à l'interdiction des armes d'assaut par le gouvernement Trudeau

OTTAWA — Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, s'en est pris aux nouvelles mesures de contrôle des armes à feu du gouvernement fédéral, affirmant qu'Ottawa devrait se concentrer sur la contrebande d'armes illégales à la frontière et sur le renforcement des peines de prison pour les crimes liés aux armes à feu plutôt que de cibler les propriétaires d'armes à feu légales.

Vendredi, le gouvernement Trudeau a interdit une vaste gamme d'armes d'assaut, affirmant qu'elles étaient conçues pour les champs de bataille, et non pour la chasse ou le tir sportif.

Le premier ministre Justin Trudeau a également promis un programme de rachat pour tous les fusils achetés légalement qui sont visés par la nouvelle interdiction, les propriétaires se verront offrir un prix correspondant à celui du marché pour leurs armes à feu - un programme qui devrait coûter jusqu'à 600 millions $.

Interrogé sur les nouvelles mesures samedi lors de sa conférence de presse quotidienne sur la COVID-19, M. Ford a déclaré qu'il préférerait voir cet argent investi dans le renforcement de la sécurité à la frontière pour empêcher les armes à feu d'être introduites illégalement au Canada.

«Je ne peux pas m'empêcher de penser que l'argent pourrait être mieux utilisé pour traquer les criminels violents et arrêter les armes illégales à nos frontières», a-t-il noté.

Selon lui, la priorité d'Ottawa devrait être de renforcer les conditions de mise en liberté sous caution et les peines d'emprisonnement pour les criminels et les membres de gangs qui commettent des crimes avec une arme à feu. Il a dit trouver «frustrant» que les délinquants armés soient souvent de retour dans les rues quelques jours après leur arrestation et que certains ne soient condamnés qu'à un an ou deux de prison.

M. Ford estime qu'il faut cesser de leur «donner une tape sur le poignet».

Les commentaires du premier ministre ontarien contrastent avec l'approche qu'il a adoptée avec les libéraux fédéraux depuis que la COVID-19 a commencé à infecter les Canadiens et à faire des ravages dans les centres de soins de longue durée de la province.

L'adversaire autrefois très virulent de M. Trudeau et de ses politiques a collaboré avec le gouvernement libéral à Ottawa, développant une amitié de travail particulièrement étroite avec la vice-première ministre Chrystia Freeland. Cette dernière a confirmé au Toronto Star qu'elle parlait souvent avec M. Ford et qu'ils «se décrivent mutuellement comme le thérapeute de l'autre».

M. Ford n'a pas décoché des critiques spécifiques à l'endroit du premier ministre Trudeau ou du gouvernement fédéral dans ses commentaires de samedi, et a déclaré qu'il serait disposé à travailler en partenariat avec le gouvernement fédéral sur des mesures pour mettre fin à la contrebande illégale d'armes à feu.

Cependant, il a remis en question le plan fédéral de dépenser «des centaines et des centaines de millions de dollars gagnés durement par les contribuables».

«Pour quoi?, a-t-il lancé. Vous croyez que la violence armée va diminuer à Toronto? Je ne crois pas que la violence armée va diminuer à Toronto grâce au retrait des armes à feu des propriétaires d'armes acquises légalement.»

Les parlementaires divisés sur le projet de loi sur la PCU pour étudiants

Politique

Les parlementaires divisés sur le projet de loi sur la PCU pour étudiants

OTTAWA - Une querelle entre parlementaires risque de retarder l’adoption du projet de loi qui met en place la prestation canadienne d’urgence pour étudiants.

Les députés devaient étudier, mercredi, ce projet de loi. Cette PCUE assurerait 1250 $ par mois, pendant quatre mois, de mai à août, aux étudiants qui ne trouvent pas d’emploi d’été.

Il faut unanimité des parlementaires pour une adoption le jour même du projet de loi. Or, les élus ne s’entendent pas sur la dernière version proposée par le gouvernement.

Cette version serait, selon les bloquistes, trop influencée par les demandes des conservateurs qui veulent refuser la prestation aux étudiants qui n’accepteraient pas des emplois disponibles.

«Il y a incitation et incitation», a protesté le chef bloquiste Yves-François Blanchet en point de presse, mercredi matin, reprochant à certains de vouloir «réduire les étudiants à l’état de marchandise».

Chez les néo-démocrates, on exige seulement que la prestation consentie aux étudiants ayant des personnes à charge ou ayant un handicap soit de 2000 $ comme la PCU régulière plutôt que les 1750 $ prévus.

Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, n’est pas d’accord avec les «barrières» à l’accès de la PCUE que veulent ériger les conservateurs, mais il est prêt à les subir.

«Notre enjeu primordial est le montant. Et si le montant est réglé, on est prêt à aller de l’avant», a offert M. Singh à son point de presse matinal.

Déjà conservateurs et bloquistes se sont inquiétés de voir la PCUE pousser les étudiants à ne pas travailler alors que certains secteurs, comme l’agriculture, craignent un manque de main-d’oeuvre cet été.

Cependant, M. Blanchet estime que les conservateurs veulent aller trop loin dans l’imposition d’incitatifs au travail des étudiants.

«On a peut-être atteint la limite de notre capacité d’improvisation dans l’urgence», a dit M. Blanchet de cette impasse, la première, dans laquelle se retrouve une mesure d’aide fédérale pour répondre à la crise provoquée par la pandémie de la COVID-19.

Le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) dénonçait, lui aussi, mercredi, le discours autour de la PCU pour étudiants.

«On assiste à une montée d’un discours conservateur, voulant que les programmes gouvernementaux agissent comme un désincitatif au travail», se désole le CNC dans un communiqué émis mercredi matin.

Le conseil rappelle que beaucoup de secteurs de l’économie continueront à être à l’arrêt pour une longue période, comme les secteurs culturels et sportifs, et estime que les occasions d’emploi d’été pour les étudiants seront «grandement limitées».

Pierre Poilievre blâme le gouvernement Trudeau pour la crise de la COVID-19

Politique

Pierre Poilievre blâme le gouvernement Trudeau pour la crise de la COVID-19

OTTAWA - L'origine au Canada de la crise de la COVID-19 est un échec gouvernemental et non pas celui de la population ou du marché.

C'est ce qu'a affirmé Pierre Poilievre, porte-parole conservateur en matière de Finances, lors d'une conférence de presse tenue dimanche après-midi et lors de laquelle il devait s'attarder à la politique gouvernementale pour les petites et moyennes entreprises.

Le Bloc réclame une aide aux aînés

Politique

Le Bloc réclame une aide aux aînés

Le chef du Bloc Québec, Yves-François Blanchet, presse le gouvernement Trudeau de soutenir financièrement les aînés qu’il juge être les grands oubliés de l’aide fédéral. À l’approche de l’été, il maintient aussi qu’Ottawa doit mieux adapter ses programmes aux besoins de l’industrie touristique.

M. Blanchet était de passage «virtuellement» dans la région de Québec vendredi pour s’entretenir avec les chambres de commerce et les maires de la circonscription Beauport—Côte-de-Beaupré—Île d’Orléans—Charlevoix.

«Je voulais savoir si les programmes adoptés dans l’urgence par le gouvernement fédéral sont efficaces», explique au Soleil le chef dans le cadre de sa tournée provinciale.

Il voulait aussi prendre le pouls des élus sur le plan de sortie de crise à mettre en branle à moyen et à long terme. «Les 300 milliards $ débloqués par Ottawa ne reviendront pas l’an prochain. On travaille sur une plateforme post-COVID. On doit penser aujourd’hui au modèle économique de demain. Quelle protection du régime agricole veut-on mettre en place? Comment mieux gérer les ressources naturelles? Il faut le faire maintenant», insiste-t-il.

Aide au tourisme

Si les mesures économiques d’Ottawa sont bien accueillies, il faut encore resserrer les mailles du filet, soutient M. Blanchet. Par exemple, il note que les programmes annoncés à ce jour pourraient être mieux adaptés à l’industrie touristique, moteur économique d’importance pour des régions comme Charlevoix et Québec.

«C’est une industrie morcelée. Les besoins de l’écotourisme ne sont peut-être pas les mêmes que ceux des croisières aux baleines, de l’hôtelier ou du restaurateur», illustre-t-il.

Les aînés en urgence

Mais surtout, il cogne toujours sur le clou de la nécessité d’une aide d’urgence pour les aînés. «Je parle au premier ministre dans deux heures [vendredi et je vais lui réaffirmer l’importance de s’entendre sur ce qu’on doit faire. Au Québec, 19 % de la population a plus de 65 ans. C’est encore plus vrai dans les régions. Les gens les plus fragiles face à la maladie, ce sont les aînés. Et ce sont les seuls pour qui il n’y a rien», déplore le chef bloquiste.

Selon lui, la mesure phare demeure une hausse de 110 $ par mois de la pension de vieillesse, qui équivaut à 4 milliards $ sur un an. «C’est une infime partie de ce qui a été annoncé jusqu’à maintenant. On veut faire progresser les conditions de vie des aînés.» Une demande qu’il formulait déjà lors de la campagne électorale de l’automne 2019.

Haute vitesse partout

Plus que jamais en cette ère de visioconférence et de commande en ligne, M. Blanchet estime inacceptable que l’Internet haute vitesse ne soit pas accessible partout. «Pourtant, on dit que c’est un service essentiel. Le privilège de dérouler de la fibre optique vient avec le devoir de desservir tout le territoire», maintient le politicien.

Bonne gestion de crise

Sans vouloir donner son appréciation de la gestion de la crise faite par le gouvernement du Québec, M. Blanchet rend hommage à la posture du premier ministre, François Legault. «J’ai beaucoup de respect pour la gestion de crise de Québec. Il y a un fort leadership qui admet les incertitudes et les erreurs. Il y a une progression dans la réflexion. Et c’est normal. On est dans l’urgence. Le gouvernement essaie des choses. Il ne cache pas les chiffres. Il est très franc et honnête», conclut-il.

Assemblée nationale: les députés d’opposition entrent en scène vendredi

Politique

Assemblée nationale: les députés d’opposition entrent en scène vendredi

Les députés d’opposition veulent creuser des sujets liés à la COVID-19 avec les ministres de l’Économie et du Travail vendredi, lors des deux premiers débats virtuels organisés par l’Assemblée nationale.

Jusqu’à présent, seuls les journalistes ont pu poser des questions publiquement au premier ministre François Legault et à sa ministre de la Santé, Danielle McCann, le parlement étant fermé aux députés.

La conférence de presse quotidienne d’une heure avec le premier ministre ne satisfait pas les oppositions qui ont réclamé — et finalement obtenu — la reprise virtuelle des travaux parlementaires.

Vendredi dès 15h, ce sont donc une poignée d’élus qui se brancheront à leurs ordinateurs pour interroger les ministres Pierre Fitzgibbon (de 15h à 16h) et Jean Boulet (de 16h à 17h).

Les échanges seront diffusés sur le canal de télévision de l’Assemblée nationale, ainsi que sur sa page web.

Selon la députée libérale Dominique Anglade, le ton sera cordial, le but n’étant pas d’attaquer les ministres, mais plutôt d’obtenir les meilleures réponses possible pour éclairer la population.

D’ailleurs, les députés se sont déjà entretenus plus d’une fois en privé avec le ministre Fitzgibbon, a-t-elle indiqué en entrevue.

«Ça fait certainement quatre semaines que je parle de la nécessité de mettre de l’argent sur la table [...] pour accompagner nos commerçants, a-t-elle déclaré. Le loyer s’en vient dans une semaine, qu’avez-vous à [leur] dire?»

Les libéraux veulent également savoir comment le gouvernement Legault va aider, à moyen terme, les commerçants à se transformer et être «beaucoup plus agressifs» sur le web.

Ils soulignent que la relance économique en région passera par le commerce au détail, mais aussi par le tourisme, et qu’il faudra faire les choses différemment après la COVID-19.

«J’ai toujours dit moi que le développement économique devait se conjuguer avec le développement social et environnemental: ça va être essentiel pour la suite des choses», insiste Mme Anglade.

Le député de Québec solidaire (QS) Vincent Marissal est d’accord. «Relancer sur les mêmes bases, ça n’a pas de sens.» Il s’inquiète pour les très petites entreprises «qui vont passer un sale moment».

«Moi, dans Rosemont, j’ai la promenade Masson, mais d’où je viens à Granby, ça s’appelle la rue Principale, puis à Québec, c’est la rue Cartier ou la 1ère avenue à Limoilou, et à Sherbrooke, c’est la rue King, dit-il. Je suis très inquiet de voir un nombre effarant de commerces fermer.»

Son parti s’interroge aussi sur le rôle des banques, «à qui il a fallu tordre le bras pour avoir des assouplissements».

Salaire des préposés à l’agenda

Le Parti québécois entend profiter de la présence du ministre Boulet pour aborder la question du salaire des préposés aux bénéficiaires dans le secteur privé, qui est d’environ 15 $ l’heure.

«On parle beaucoup des préposés du secteur public, mais moi je veux voir ce qu’on fait avec les préposés qui sont dans le privé», a déclaré en entrevue le député péquiste Harold LeBel.

«Certains pensent qu’en augmentant les salaires des préposés au public, le reste va suivre, mais c’est pas évident comme ça.»

Il veut demander au ministre s’il imposera les salaires dans les résidences privées par décret, comme il l’avait déjà évoqué, et si oui, s’il proposera un programme pour soutenir les propriétaires de ces résidences.

Le PQ souhaite également se pencher sur la question de la formation de la main-d’oeuvre agricole, dans la mesure où le gouvernement Legault dit souhaiter que le Québec devienne plus autosuffisant en agriculture.

«On n’est pas là pour mettre le gouvernement dans l’embarras», assure M. LeBel.

Trois autres débats virtuels sont prévus la semaine prochaine avec les ministres Danielle McCann (Santé), Jean-François Roberge (Éducation) et Andrée Laforest (Affaires municipales).

La COVID-19 «devance» la modernisation de l’Assemblée nationale, dit François Paradis

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La COVID-19 «devance» la modernisation de l’Assemblée nationale, dit François Paradis

QUÉBEC — Vendredi aura lieu le tout premier débat virtuel entre députés, après une trêve de six semaines due à la crise de la COVID-19. Le président de l’Assemblée nationale, le caquiste François Paradis, y voit un exercice nécessaire, quoique risqué sur le plan technique et logistique. En fait, la crise sanitaire aura devancé ses plans pour un Parlement plus moderne, a-t-il déclaré en entrevue à La Presse canadienne en direct de l’Assemblée nationale, où il tournait des capsules introductives pour les séances virtuelles.

Question - M. Paradis, comment vivez-vous la crise de la COVID-19?

Réponse - On a des demandes de Parlements étrangers qui vivent la même situation que nous, qui sont en train de réfléchir à une façon différente de faire la démocratie, les travaux parlementaires. J’étais la semaine dernière en rencontre avec le président du Parlement d’Écosse et dans quelques instants, je vais parler au président de l’Assemblée du Maroc. On échange avec des gens qui sollicitent une rencontre avec nous pour nous demander où on est rendus, qu’est-ce qu’on fait, où on s’en va. Il y a vraiment une espèce, c’est génial, de rencontre d’idées et d’échanges de moyens et de procédés pour qu’on soit de plus en plus efficaces.

Q - Vous ne chômez donc pas...

R - On continue. Toutes les semaines, on est en rencontre, virtuelle évidemment, avec les représentants de chacun des partis, avec les whips, où on analyse deux fois par semaine ce qui se passe, les préoccupations, (...) les demandes des députés et le besoin de répondre à leurs inquiétudes, leurs questionnements. Ce contact-là, il est étroit.

Aussi, je l’ai toujours dit, le rôle de chaque élu est d’abord et avant tout un rôle de député. Hier, j’étais en communication avec des dirigeants d’entreprise qui font des affaires sur le plan international qui se questionnent. C’est beaucoup d’écoute. (...) L’écoute, elle est sincère et on cherche des solutions. On est de plus en plus des facilitateurs là-dedans. Ça prend tout son sens, encore davantage dans des situations comme celle-ci.

Q - À défaut de rouvrir l’Assemblée nationale, les partis politiques se sont entendus pour tenir une série de débats virtuels à compter du 24 avril. C’est important de faire ces débats-là maintenant?

R - Ils sont nécessaires, parce qu’au-delà du fait d’être très près des citoyens au quotidien dans les circonscriptions, (...) il y a un rôle du député qui est essentiel: celui de contrôleur des actions du gouvernement. Je pense que la démocratie se vit comme ça, le parlementarisme se fait comme ça. Je pense que c’est très sain d’avoir des échanges qui vont permettre de brasser des idées, d’amener des questionnements, d’offrir des points de vue, mais toujours dans un contexte où on a tous la volonté de faire en sorte que les choses se passent bien, que les choses aillent mieux. Je pense qu’on est dans une dynamique qui est très constructive.

Je ne cacherai pas que c’est un peu une amorce à ce qu’on se préparait à vivre (...) dans l’utilisation future des nouvelles technologies. On l’a souvent dit, les visioconférences, il faut être efficace dans leur utilisation. Inévitablement, partout à travers le monde, dans tous les parlements, de toute façon on s’apprêtait à se servir de ces technologies-là dans des réformes du parlementarisme.

Alors on devance des idées, des façons de faire et des technologies qui aujourd’hui nous prouvent qu’elles nous permettent d’aller plus loin. La technologie ne remplacera pas, dans ma tête à moi, ce que l’on connaît être le parlementarisme, les travaux et les échanges. L’être humain reste l’être humain (...), mais entre-temps, je pense qu’on a un outil qui va nous permettre de faire en sorte que tous jouent leur rôle. Je pense que c’est rassurant aussi pour les citoyens.

Q - Le libéral Marc Tanguay a comparé la tenue de débats virtuels à la première télédiffusion des travaux en 1978. Êtes-vous d’accord avec lui?

R - C’est sûr que c’est une avancée importante, c’est sûr qu’on vit quelque chose de nouveau. (...) On est dans des travaux formels, chapeautés par l’Assemblée nationale avec la transcription au journal des débats, alors on est dans quelque chose d’officiel. Qui aurait pu croire qu’un jour on puisse voir sur le canal de l’Assemblée une forme d’échanges comme celle-là, alors dans ce sens-là, oui, on marque un pas important.

Lorsque la télévision est arrivée et qu’on a commencé à diffuser les travaux, on ouvrait un monde qui était potentiellement moins connu de la part des citoyens, alors on faisait un pas de géant. Dans ce cas-ci, on franchit une étape, on innove, oui c’est historique. (...) On ne reculera pas de ce pas-là. Ça va nous permettre de continuer à aller plus loin. On est tous en train de s’adapter à une nouvelle réalité.

Q - L’Assemblée nationale pourrait-elle être fermée jusqu’en septembre? Et lorsqu’elle rouvrira, quelles mesures de distanciation sont envisagées?

R - On n’est pas rendus là. (...) L’Assemblée est suspendue jusqu’au 5 mai. Les leaders seront appelés à se reparler. On est aussi en train de regarder, dans l’environnement qui est le nôtre, dans la mesure où on doit mettre en place des principes de distanciation, comment ça peut se faire, comment un retour pourrait s’exprimer en fonction des contraintes que la santé publique nous recommandera. (...) Tout est sur la table.

La COVID-19, un danger pour la démocratie, avertit le lieutenant-gouverneur J. Michel Doyon

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La COVID-19, un danger pour la démocratie, avertit le lieutenant-gouverneur J. Michel Doyon

QUÉBEC - «Big Brother de 1984 de Orwell, il est chez nous, il est arrivé.» La crise de la COVID-19 fait craindre au lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, des abus de pouvoir des gouvernements et des forces de l’ordre.

D’ordinaire discret, l’homme qui a célébré lundi son 77e anniversaire de naissance s’est posé en sage lors d’une entrevue à La Presse canadienne, rappelant au passage que sa génération ne méritait pas d’être victime d’âgisme.

En poste depuis 2015, M. Doyon signe les décrets qui lui sont envoyés par le gouvernement Legault, mais docteur en histoire et en philosophie, il ne se prive pas de réfléchir à la crise sanitaire et à ses nombreux impacts, sur les libertés individuelles notamment.

La géolocalisation, que la police de Québec a avoué avoir utilisée pour retrouver une femme infectée à la COVID-19, lui donne froid dans le dos.

«J’ai beaucoup plus peur pour la démocratie de la technologie que j’ai peur de nos hommes politiques», a-t-il déclaré de sa résidence à Québec, même si selon lui, le président américain Donald Trump a des idées d’hégémonie.

«On va être capable de localiser les gens, c’est peut-être très bien, a priori je vous dis: «Bravo, bravo, on va être capable de prendre les gens qui font des mauvais coups», mais il y a des gens qui font des bons coups aussi et on va les suivre.»

Dangereux

De façon générale, la crise de la COVID-19, «c’est sûr que ça va être dangereux pour la démocratie, affirme-t-il sans détour, parce que les gouvernements exercent des pouvoirs qui sont très très très rigoureux».

«Le dictateur ne naît pas de lui-même. Il naît du fait que le citoyen désire être protégé, et il se sent protégé par des présidents ou des chefs d’État qui vont exercer un pouvoir d’attraction», a-t-il poursuivi en prenant l’exemple de la Hongrie, où le gouvernement s’est arrogé des pouvoirs «presque dictatoriaux».

Ancien bâtonnier du Barreau de Québec, M. Doyon a enseigné l’histoire au cégep et à l’Université Laurentienne de Sudbury. Il détient une licence en droit, un doctorat en histoire de l’Université Laval ainsi qu’un doctorat en philosophie de cette même institution.

Aux détracteurs de sa fonction (le Parti québécois a boycotté son assermentation en 2015 et la Coalition avenir Québec n’y a envoyé qu’un seul de ses députés), il rappelle que le poste de lieutenant-gouverneur existe dans notre régime parlementaire, qu’on le veuille ou non. «Lorsqu’arrivera une république, ce sera une république. S’il n’y en a pas, il n’y en aura pas.»

Plusieurs députés jugent que l’institution du lieutenant-gouverneur, symbole de la monarchie britannique, n’a aucune légitimité démocratique.

La crise de la COVID-19, M. Doyon dit la vivre comme tous les autres Québécois («Il n’y a aucun sang royal chez moi!»), même si son poste lui permet d’avoir un regard privilégié sur l’action gouvernementale.

Mis en quarantaine

Il raconte être revenu en catastrophe le 13 mars de Malaga, en Espagne, où il séjournait en vacances. Ses proches lui ont conseillé de revenir d’Europe, alors qu’il commençait lui aussi à prendre la pleine mesure de la crise.

Trois jours plus tard, l’Espagne fermait ses frontières.

De retour au Québec, il s’est mis en quarantaine, mais a continué de travailler, puisque le gouvernement Legault annonçait des mesures exceptionnelles de confinement.

Décret déclarant l’urgence sanitaire, décret suspendant le travail jugé non prioritaire, des documents «de grande importance» qu’il aurait autrefois signés à la main, mais qui sont désormais cryptés et envoyés sur sa tablette.

Et parce qu’on ne peut pas donner à un gouvernement des pouvoirs «sans date de péremption», ces décrets sont renouvelés tous les 10 jours.

À 77 ans, le représentant de la reine au Québec se dit aussi victime d’âgisme.

«Si je me promène dans la rue, les gens pensent que je suis vecteur du virus, a-t-il déploré. On prend les vieux pour des gens qui s’en vont vers la sénilité, mais il faut faire attention à ça.»

Le débat parlementaire, «il faut que ça revienne»

Dans le contexte de la COVID-19, il était justifié que l’Assemblée nationale ferme ses portes, «mais la démocratie, il faut que ça revienne là, il ne faut pas que ça revienne au mois de décembre l’année prochaine!»

Il serait anormal, selon lui, que les députés d’opposition restent cois, une fois la crise sanitaire réglée. «Le jour où tous les gens pensent pareil, c’est là que la démocratie devient en danger», estime-t-il.

«Nos hommes et femmes politiques vont reprendre le travail, ils vont à nouveau critiquer le gouvernement. (...) J’ai beaucoup confiance dans la démocratie québécoise. Les Québécois sont très démocrates.»

Chose certaine, la société sera fort différente, prédit M. Doyon. Les gouvernements ont un travail «titanesque» devant eux pour régler les problèmes sociaux et économiques découlant de la crise sanitaire.

Les Québécois aussi devront se poser des questions «philosophiques» sur les relations humaines et leur rapport aux autres, croit-il.

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Qu’est-ce qu’un lieutenant-gouverneur?

Le lieutenant-gouverneur, dans notre régime parlementaire, est appelé à exercer un certain nombre de responsabilités constitutionnelles. Même si dans les faits, les pouvoirs législatif et exécutif sont exercés d’une part par les élus de l’Assemblée nationale et, d’autre part, par le premier ministre et son conseil des ministres, le lieutenant-gouverneur incarne la pérennité de l’État.

Source: http://www.lieutenant-gouverneur.qc.ca 

Les élus de la CAQ partagés sur la réouverture des écoles

Politique

Les élus de la CAQ partagés sur la réouverture des écoles

QUÉBEC - Faut-il rouvrir les écoles et les garderies au plus tôt ou vaut-il mieux attendre en septembre?

Au sein du caucus caquiste, les avis sont très partagés sur cette question d’actualité.

La perspective d’un déconfinement hâtif du milieu scolaire et des garderies fait craindre le pire à certains députés, tandis que d’autres le réclament ardemment. Entre les deux, on trouve aussi ceux qui préfèrent ne pas se prononcer, laissant ce soin aux experts.

Il y en a donc pour tous les goûts et au bout du compte, il reviendra au premier ministre François Legault de trancher, après avoir analysé les pour et les contre des divers scénarios.

Lundi, il a indiqué que le scénario d’une réouverture le 4 mai était abandonné, sans vouloir s'avancer davantage. Il a laissé entendre qu’on débuterait par les services de garde.

Chose certaine, le gouvernement va procéder «graduellement». Pas question d’ouvrir les garderies, les écoles et les entreprises «en même temps à l’automne».

Un coup de sonde lancé par La Presse canadienne auprès d’une dizaine de députés de l’équipe gouvernementale au cours des derniers jours montre qu’une reprise rapide des activités est loin de faire l’unanimité.

Un député n’hésite pas à parler de «grogne» qui pourrait contaminer le caucus de la CAQ, si jamais ce scénario s’avère.

Quoi qu’il en soit, chose certaine, les élus sont nerveux, inquiets. Et ils ont peur de parler publiquement. Sauf une, tous les députés contactés ont accepté de parler à une condition: que ce soit sous le couvert de l’anonymat.

La «grosse cote d’amour» de la population envers le premier ministre - qui enregistre un taux d’appui de 95 % selon un récent sondage Léger - a de quoi inhiber les députés «qui n’osent pas critiquer» leur chef, même si parfois ils en ont envie, dira un membre de son équipe.

Mais sur un point il y a unanimité: quel que soit le scénario retenu, le caucus se rangera derrière son chef. Sa «crédibilité» dans la population le rend inattaquable, observe un élu.

De l’avis d’un membre du caucus caquiste, «beaucoup de députés ont des craintes de voir le premier ministre permettre un déconfinement rapide» des écoles, ce qui serait une erreur, et montrerait que le gouvernement est déconnecté de la population.

On dit anticiper que le premier ministre pourrait être tenté de céder aux pressions des membres de son gouvernement proches du milieu économique et d’abord préoccupés «par les signes de dollar», pour précipiter les mesures de déconfinement.

Il y aurait alors «un ressac politique assez important» si le gouvernement allait trop vite, insiste un élu qui se range dans le camp des prudents et exhorte son chef à «bien gérer la sortie de crise» pour conserver sa cote de popularité.

Tous s’entendent pour dire que le premier ministre a créé une onde de choc, le 10 avril, en conférence de presse, en évoquant la perspective d’ouvrir les écoles même «avant le 4 mai».

«On a senti la secousse» sur le terrain, en voyant la réaction des citoyens au bureau de comté, confie un député, heureux de constater que le premier ministre s’était depuis ravisé devant le tollé suscité par son intervention, en affirmant qu’il ne prendrait aucune décision sans l’aval de la santé publique.

Mais le mal était fait. En quelques jours, une pétition réclamant le report de l’ouverture des écoles en septembre a ramassé 180 000 noms.

La députée d’Iberville, Claire Samson, fait partie des députés inquiets et convaincus qu’une réouverture à court terme serait une erreur.

«C’est trop vite», car le réseau n’aurait pas le temps de s’organiser, de «se revirer de bord», dit-elle, pensant à toutes les mesures et consignes à mettre en place: désinfection des lieux, distanciation sociale, transport scolaire, etc.

La reprise des activités en milieu scolaire et dans les garderies devra se faire de manière «exemplaire», fait-elle valoir, le gouvernement n’ayant pas droit à l’erreur.

Car si jamais «un seul enseignant, une seule éducatrice» attrapait le virus, on assisterait «à un branle-bas de combat» politique, selon elle.

Mme Samson se demande s’il n’est pas plus réaliste d’ouvrir les écoles seulement à la mi-août, pour rattraper le temps perdu avant d’entreprendre la nouvelle année scolaire en septembre.

Mais cet avis n’est pas partagé par tous. Un collègue député croit qu’une réouverture «n’est pas plus logique en septembre qu’en mai», puisque le virus circulera toujours dans la communauté et qu’il n’y aura toujours pas de vaccin disponible.

Ce dernier est partisan d’une «immunisation collective» facilitée par le retour en classe rapide des enfants, qui ne courent «pas de risque» d’attraper le virus ou d’en être très affectés, selon lui.

Le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a déjà affirmé à ce sujet que les enfants participaient à «l’immunisation naturelle de la population».

Ce député dit craindre par ailleurs que les syndicats d’enseignants profitent de la crise actuelle pour monnayer des avantages corporatistes. Il se demande aussi «pendant combien de temps on va continuer à payer les professeurs», alors qu’ils restent à la maison.

Un autre élu caquiste, qui hésite à trancher, fait valoir que «la logique du déconfinement est exponentiellement plus complexe» que celle du confinement.

D’autres, enfin, insistent pour dire qu’il revient aux experts de la santé publique et non aux députés de se prononcer sur la question.

Alors, quel que soit le moment choisi par ceux qui prendront les décisions, «je suis derrière eux à 100 %», dira une députée.

Ce n’est pas le temps de jouer les «Jos Bleau», renchérit une autre, qui insiste elle aussi pour laisser toute la place aux experts, qui s’appuieront sur des données empiriques.

Depuis le début de la crise sanitaire, les députés caquistes tiennent deux caucus téléphoniques par semaine. Le premier ministre Legault prend part à un des deux.

Tous saluent la qualité d’écoute de M. Legault, qui ne cherche pas à les influencer, préférant savoir ce qui se passe sur le terrain.

Les avis divergent cependant sur le processus de consultation du caucus en temps de crise. Si certains restent sur leur faim, la plupart n’avaient rien à redire, estimant qu’ils étaient suffisamment consultés et bien informés de ce qui se passe. De l’information sur la crise, «il y en a trop», estime un député.

Retour des Communes forcé par les conservateurs, mais pas pour longtemps [PHOTOS]

Politique

Retour des Communes forcé par les conservateurs, mais pas pour longtemps [PHOTOS]

OTTAWA - Les parlementaires à Ottawa ont pris le temps, lundi, en pleine pandémie, de débattre de leur calendrier de débats parlementaires.

La suspension des travaux décidée le 13 mars a pris fin lundi à 11h. Et comme les conservateurs ont refusé de la prolonger, chaque parti politique a dû envoyer un certain nombre de députés à la Chambre des communes.

Le gouvernement libéral a entamé la journée en déposant une motion qui impose une entente qu’il avait déjà conclue avec les bloquistes et les néo-démocrates et que les conservateurs ont rejetée.

Tôt ou tard, la politique retrouvera ses habitudes

Politique

Tôt ou tard, la politique retrouvera ses habitudes

Après l’«exercice de transparence» quotidien auquel se livre le trio depuis près de 40 jours, impossible de revenir à l’ancienne façon de faire de la politique? Rien ne sera plus pareil, répète-t-on. Mais peut-être que si, au fond.

«Je ne sais pas si ça va changer beaucoup de choses», doute le professeur et directeur du Département de science politique de l’Université Laval, Thierry Giasson.

Chaque jour depuis le 12 mars, le premier ministre du Québec, le directeur national de santé publique et la ministre de la Santé donnent un point de presse. La messe de 13h du Québec confiné.

«La transparence est présente, mais c’est difficile de déterminer à quel point. En situation de crise, on ne peut pas tout dire. Il y a un exercice de parole tous les jours, mais jusqu’à quel point on révèle vraiment quelque chose à la population?»

Spécialiste en communication politique, M. Giasson se questionne «jusque à quel point on ouvre son jeu, on explicite l’ensemble des enjeux, des conséquences et des retombées dans ces points de presse?»

Les guillemets entourant ci-dessus l’expression «exercice de transparence» viennent de lui. Mais les trois experts consultés par Le Soleil sont formels : être transparent ne signifie pas tout dire et tout montrer.

Porter attention au flou

«La crise est toujours en cours, alors l’orientation que tout cela va prendre est encore susceptible de changer», analyse Josianne Millette, professeure au Département d’information et de communication de l’UL.

Mme Millette estime qu’une étude ne pourra être réalisée avec justesse qu’après la crise. En la divisant en trois «chapitres», soit le déclencheur, la durée, où nous sommes actuellement, et la fin.

«La situation dans les CHSLD, notamment, ce n’est qu’a posteriori qu’on va pouvoir juger des choix qui ont été faits», donne-t-elle en exemple, de nouveaux morceaux du casse-tête étant révélés chaque jour.

Mme Millette parle en connaissance de cause. La semaine dernière, sa grand-mère est décédée dans un CHSLD, probablement des suites de la COVID-19. «Disons que je porte attention au flou. La communication interne dans certains réseaux semble poser problème», se contente-t-elle de remarquer.

Aussi prof à l’UL, politologue et ancien conseiller politique, Éric Montigny insiste pour dire que toute crise s’avère «un amplificateur de tendances qui existent déjà», «un révélateur de caractères» et un «accélérateur de réformes» déjà amorcées au gouvernement.

Le réseau de la santé sera le premier touché, la justice aussi.

M. Montigny prévoit que la crise du coronavirus forcera l’administration publique québécoise à publier davantage de données ouvertes en ligne, en temps réel, comme avec le nombre de cas et de décès de la COVID-19. En plus des tableaux et graphiques fournis par l’Institut national de santé publique du Québec sur l’évolution de la maladie.

Plus que cinq vestons

À terme, on connaîtra ce que les autorités ont choisi de dire et, surtout, de ne pas dire.

Mme Millette cite en exemple la crise du verglas de 1998, dont la stratégie de gestion de crise du gouvernement alors mené par Lucien Bouchard inspire de façon claire celle du gouvernement Legault.