Une gigantesque plieuse de l’entreprise Julien de Québec. Graduellement, les 110 travailleurs de l’usine ont repris le boulot dans un environnement de travail modifié pour respecter les mesures de distanciation.
Une gigantesque plieuse de l’entreprise Julien de Québec. Graduellement, les 110 travailleurs de l’usine ont repris le boulot dans un environnement de travail modifié pour respecter les mesures de distanciation.

Secteur manufacturier: L’amorce de la traversée du désert

Quel printemps! Une crise sanitaire. Le Québec mis sur pause. Puis une reprise graduelle des activités après le confinement. Dans ce contexte, les quotidiens de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) sondent des acteurs de secteurs névralgiques de l’économie sur la situation actuelle et l’avenir. Comment se relever de cette pause? Y a-t-il des modèles pour faire face aux inévitables défis des changements? Il y a des initiatives qui ouvrent la porte à des remises en question à tous les niveaux des entreprises. Parlons donc ouvertement de la relance. Aujourd’hui : le secteur manufacturier. Prochain rendez-vous : le samedi 6 juin

Les prochains mois ressembleront à une traversée du désert pour les entreprises manufacturières.

De l’avis de Véronique Proulx, pdg des Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), rares seront les entrepreneurs qui seront contraints de remettre leur bilan. «Je n’anticipe pas beaucoup de faillites dans l’industrie de la fabrication».

Rien de comparable à l’hécatombe qui fait déjà ses premières victimes dans le monde du commerce de détail.

«Bien sûr, les entreprises qui étaient déjà dans une mauvaise passe seront encore plus fragiles. De plus, nous pouvons déjà prédire que ça ne sera pas du gâteau pour celles œuvrant dans des secteurs durement frappés par la crise économique provoquée par la COVID-19, notamment celui de l’aérospatial», affirme la porte-parole de plus d’un millier de manufacturiers québécois.

Ce qui préoccupe Véronique Proulx, particulièrement, c’est le taux d’endettement de ses membres.

«Pour passer à travers la crise et compenser la perte prévisible de la demande, ils doivent s’endetter. C’est particulièrement le cas des PME qui n’ont pas les reins aussi solides que les plus grandes organisations.»

«Le danger, c’est que ces PME choisissent de reporter d’une année ou deux des projets d’investissement en matière d’innovation technologique qu’elles projetaient réaliser afin d’accroître leur compétitivité. Elles se feraient un grand tort. La productivité de nos PME accuse déjà un retard important.»

Véronique Proulx, pdg des Manufacturiers et exportateurs du Québec

Pour éviter que les entreprises soient forcées de reporter leurs projets d’investissement, le gouvernement devra apporter une aide financière directe aux manufacturiers, estime la pdg des MEQ.

Selon Véronique Proulx, les entreprises manufacturières doivent s’attendre à une chute de 20 % à 50 % de la demande pour leurs produits au cours de la prochaine année.

«Il sera intéressant de vérifier, dans quelques mois, si nos entreprises ont perdu des contrats tout simplement parce que la demande mondiale s’est effondrée ou encore parce que plusieurs d’entre elles ont dû fermer leurs portes au début de la crise alors qu’ailleurs au Canada et dans plusieurs régions aux États-Unis, les manufacturiers ont pu poursuivre leurs activités.»

Brasser des affaires à l’étranger ne sera pas une sinécure non plus.

«Nous nous attendons à une montée importante du protectionnisme. Si vous n’avez pas une place d’affaires aux États-Unis, vous allez avoir de la difficulté à vendre à nos voisins du sud. Chaque pays va vouloir stimuler son économie en encourageant, d’abord et avant tout, les entreprises locales. Comme nous le faisons, au Québec, avec la création du Panier Bleu.»

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Au Québec, le secteur manufacturier représente

165 milliards$ en ventes annuelles

14% du produit intérieur brut

89% de l’ensemble des exportations

470 000 emplois