Le 22 avril, afin de célébrer le Jour de la Terre, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, le président du conseil d’administration du Jour de la Terre, Thomas Mulcair et d’autres dignitaires ont procédé à la plantation protocolaire d’arbres sur le terrain du Centre hospitalier Saint Mary à Montréal.

«Demain la forêt»: pour un Québec en santé

Ces derniers mois, nous vous avons présenté l’état des lieux, l’aménagement, l’exploitation contrôlée, les nouvelles technologies et la main-d’œuvre de l’industrie forestière du Québec. Comme celle-ci s’adapte aux réalités d’aujourd’hui, le Groupe Capitales Médias poursuit cette série d’articles en mettant l’accent, cette fois, sur les changements climatiques et sur l’innovation dans le secteur forestier. Prochain rendez-vous : le 8 juin. 14e de 15

MATANE – Fort de ses quelque 708 000 arbres plantés depuis l’an 2007, l’organisme le Jour de la Terre, avec la collaboration de trois partenaires, opère le programme «Demain la forêt». Celui-ci, qui se décline en différents volets, a pour mission d’améliorer la résilience de la forêt et la santé des Québécois.

«Nous, on est les opérateurs, précise le directeur du Jour de la Terre, Pierre Lussier. Le leader, c’est la Fondation Cowboys fringants. On est supportés par la Fondation David Suzuki et un organisme de diffusion d’artistes qui s’appelle La Tribu.»

««Demain la forêt», c’est la plantation basée sur la science pour un Québec en santé, poursuit-il. Sa force est de joindre les environnementalistes, la communauté et les artistes.» Des projets variés donnent forme au programme. Ils sont propulsés par des acteurs de divers horizons: municipalités, entreprises, institutions et organismes. 

Le 22 avril, afin de célébrer le Jour de la Terre, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, le président du conseil d’administration du Jour de la Terre, Thomas Mulcair et d’autres dignitaires ont procédé à la plantation protocolaire d’arbres sur le terrain du Centre hospitalier Saint Mary à Montréal. Lors de l’événement, l’organisme le Jour de la Terre a annoncé qu’il s’était associé au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal afin de verdir les terrains d’une dizaine d’établissements de santé de la région métropolitaine. «On a fait une entente pour 15 000 arbres sur une dizaine de sites, souligne fièrement M. Lussier. C’est 5000 tonnes de crédit carbone. C’est de la qualité de l’air en milieu urbanisé et c’est de la biodiversité. On veut aussi impliquer les patients […] pour rendre la convalescence moins difficile. On connaît les effets bénéfiques du vert, dont l’apaisement. Les arbres ne vont pas seulement profiter aux patients et au personnel; ils vont aussi profiter au milieu.»

ZONE Une forêt à connaître

Lutte aux changements climatiques: les ingénieurs forestiers sonnent l’alarme

MATANE – Dans la mouvance visant à éveiller les consciences sur l’urgence de se doter d’un plan de lutte aux changements climatiques, l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ) joint sa voix aux groupes de pression. Pour l’organisme professionnel, il y a urgence d’agir pour réduire les gaz à effet de serre. Les ingénieurs forestiers ont les connaissances et les compétences pour y contribuer. C’est le message qu’envoie le président de l’OIFQ, François Laliberté.

Selon lui, c’est la raison pour laquelle il faut faire de l’aménagement forestier. «La forêt peut jouer deux rôles, indique-t-il. Quand elle est sur pied et qu’elle pousse, elle capte le carbone et remplit d’autres rôles contre les changements climatiques: protection des sols et de l’eau, contrôle de la chaleur, biodiversité… Puis, quand on utilise le bois, comme c’est un produit renouvelable, on remplace des matériaux plus polluants et de l’énergie. On stocke le carbone plus longtemps que si l’arbre s’était décomposé.»

«Nous, là-dedans, on a le rôle d’équilibrer ces deux grands pôles-là parce que pour utiliser le bois, il faut le couper, continue M. Laliberté. Mais, il faut s’occuper que la forêt se régénère, qu’elle repousse et qu’on continue de bénéficier de tous les bienfaits de sa croissance. L’ingénieur forestier ne peut pas faire juste de la conservation; il faut qu’on aie de plus en plus des produits de substitution.»

ZONE Une forêt à connaître

L’économie écologique selon Jérôme Dupras

MATANE – L’économie écologique, vous connaissez? C’est le champ d’expertise du professeur du département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Jérôme Dupras, qui dirige le laboratoire d’économie écologique à l’Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT). Celui-ci se trouve à Ripon, à 80 km du campus de l’UQO.

«On rencontre encore souvent des référentiels économiques qui sont d’un autre siècle, c’est-à-dire qu’on travaille en système ouvert, comme si on pouvait prélever la ressource, transformer, créer de l’emploi et ensuite produire différents extrants, critique le professeur. L’économie écologique, c’est d’essayer de travailler plutôt en vase clos, donc d’essayer de réutiliser des ressources premières et surtout de travailler à l’intérieur de la biosphère.»

Jérôme Dupras cherche donc à développer des outils et des politiques qui peuvent à la fois générer un développement économique nécessaire aux sociétés et qui peuvent assurer la durabilité du monde dans lequel on vit. «Sur cette base-là, j’applique ça à des forêts urbaines, à des milieux agricoles et à des milieux forestiers à travers une lunette de modélisation de théorie économique […]», explique-t-il.

«Ça passe par la quantification des multiples bénéfices des arbres, poursuit-il. On regarde les valeurs sociales et économiques des arbres. Comment ça peut faire l’objet de politiques de soutien à l’arbre? Comment on peut essayer de construire un réseau végétal qui devient une infrastructure naturelle capable de fournir différents services publics?» Sa thèse de doctorat, qui portait sur le sujet, lui a d’ailleurs valu une médaille d’or du Gouverneur général du Canada. 

Chiffrer les services que rendent les arbres

Le professeur et chercheur en est arrivé à calculer que les quelque 400 000 arbres gérés par la Ville de Montréal, sur les 4 à 5 millions d’arbres de l’île situés en milieu privé, fournissent des services estimés à 4 millions$. «On parle ici de coûts de climatisation en été, de contrôle des eaux de ruissellement lors de fortes pluies, de diminution des coûts de santé publique dans la lutte aux îlots de chaleur et du rôle de la séquestration de carbone en milieu urbain», énumère Jérôme Dupras.

Lui et son équipe se sont aussi intéressés à la ceinture verte de Montréal. «Dans l’étude qu’on a publiée en 2015, on disait qu’annuellement, c’était une valeur de 2,2 milliards$ en termes de services non marchands, indique le chercheur. On parle […] des services fonctionnels comme la pollinisation, la prévention des inondations et le traitement de la qualité de l’eau. […] On a fait le même jeu pour Ottawa et Gatineau en montrant une valeur de plus d’un demi-milliard$ annuellement.» M. Dupras a appliqué les mêmes calculs à la ville de Québec, dont les résultats seront bientôt publiés.

ZONE Une forêt à connaître

Jérôme Dupras: le cowboy scientifique

Ces derniers mois, nous vous avons présenté l’état des lieux, l’aménagement, l’exploitation contrôlée, les nouvelles technologies et la main-d’œuvre de l'industrie forestière du Québec. Comme celle-ci s’adapte aux réalités d’aujourd’hui, le Groupe Capitales Médias poursuit cette série d’articles en mettant l’accent, cette fois, sur les changements climatiques et sur l’innovation dans le secteur forestier. Dernier de 15.

MATANE – Jérôme Dupras alterne entre sa guitare basse et son crayon de professeur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée de l’Université du Québec en Outaouais. Le bassiste des Cowboys fringants manie aussi bien l’un que l’autre. Il trouve même son équilibre entre les deux.

«Ça a toujours été fait en parallèle, raconte le fondateur du populaire groupe au style folk-country et rock alternatif qui est titulaire d’un doctorat en géographie. J’ai un appétit pour la science et j’ai un plaisir fou à faire de la musique avec des amis. Il y a quelques années, entre mon bac et ma maîtrise, de 2002 à 2007, j’ai uniquement fait de la tournée parce que le groupe était vraiment en développement. Les études m’ont beaucoup manqué au terme de ces cinq ans.»

«J’ai repris les études graduées et, de fil en aiguille, ça m’a mené vers une profession qui a beaucoup de flexibilité, continue Jérôme Dupras. La carrière de professeur me permet de faire beaucoup de choses hors du bureau, sur la route. Donc, c’est compatible avec ma vie de musicien. Ça me comble totalement de pouvoir continuer à être créatif en art et en science!»

Fondation Cowboys fringants

Comme s’il n’en avait pas assez, le père de trois jeunes enfants préside la Fondation Cowboys fringants. «Cette fondation-là, c’est mon heureux mariage, estime-t-il. On fait des projets qui sont portés par nous et par d’autres artistes […] qui ont un ancrage dans la science. On développe des réseaux très structurés de scientifiques partout au Québec, qui nous aident à améliorer les projets qu’on fait, notamment sur le plan du reboisement. On a des programmes de plantation d’arbres qui sont en cours depuis le milieu des années 2000. Il y a des centaines de milliers d’arbres qu’on a mis en terre grâce à la Fondation. Il y a aussi […] cette idée d’accompagnement scientifique dans des projets […] qu’on veut se servir comme facteurs d’émulation pour les autres planteurs d’arbres, que ce soit l’industrie ou les pouvoirs publics.»

La Fondation Cowboys fringants mène de front un autre chantier: elle fait de l’initiation à la chanson dans les écoles secondaires du Québec, tout en donnant des ateliers de vulgarisation scientifique. «On fait un cycle de deux ans pendant lequel on choisit une thématique environnementale», explique le président de l’organisme. Ainsi, cette initiative a mené à la sortie, il y a deux ans, de l’album «Nos forêts chantées». 

«On va dans les écoles, on fait des conférences sur la thématique […], décrit Jérôme Dupras. Un parolier s’en va dans les classes et fait émerger un texte collectif des élèves […] qu’on remet à des collègues artistes qui le mettent en musique et l’interprètent. Au final, on a un album collectif qui est vendu et tous les profits vont à la cause qu’on porte. […] Pour nous, c’est un processus très fort parce que les élèves partent d’une page blanche, d’une méconnaissance du processus créatif en musique, puis leurs mots deviennent une chanson qui joue à la radio.»

ZONE Une forêt à connaître

«Demain la forêt – Infrastructures vertes»: pour boiser des zones agricoles

MATANE – Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, plus de 100 000 hectares de terres agricoles sont en friche à l’échelle du Québec. Partant de ce constat, le Jour de la Terre travaille actuellement à l’élaboration du programme «Demain la forêt – Infrastructures vertes». Il vise à boiser les zones agricoles non cultivables situées dans la vallée du Saint-Laurent, plus particulièrement les coulées.

«C’est un projet qu’on est en train de développer et j’espère qu’il verra le jour», indique le directeur du Jour de la Terre. Les zones ciblées sont les coulées qui, par le passé, étaient utilisées pour le pâturage. «Les vaches ont quitté parce que ce n’est plus dans les pratiques de faire du pâturage, explique Pierre Lussier. La production de lait est en étable. La machinerie pouvait aller dans ces endroits-là. Depuis, ça a été piétiné.»

Selon M. Lussier, la plantation d’arbres dans les coulées aurait pour effet de rehausser la valeur du territoire et d’augmenter la biodiversité. «Il y aurait des milliers d’hectares qu’on pourrait reboiser […] et ça apporterait une masse en carbone, souligne-t-il. Ça permettrait d’utiliser les arbres non seulement comme capteurs de carbone, mais aussi comme filtres pour les intrants du champ comme les pesticides et les insecticides.» En précisant qu’il s’agit d’une hypothèse, M. Lussier soupçonne que les coulées favoriseraient la croissance des arbres. 

Les principaux objectifs sont de boiser 1 000 hectares de zones agricoles non cultivables en cinq ans, pour un total de mise en terre d’environ 1,5 million de nouveaux arbres. Ce volet du programme est encore à l’étude et fait l’objet de tests. Le Jour de la Terre espère obtenir du financement public afin de le mettre de l’avant.

ZONE Une forêt à connaître

«Demain la forêt – Ville de Québec»: pour une capitale plus verte

MATANE - «Demain la forêt – Ville de Québec» vise à favoriser la foresterie urbaine de la ville de Québec. Le programme permet de supporter des initiatives locales de plantation d’arbres sur des terrains privés de la capitale, en complémentarité avec les actions municipales et avec la participation financière de la Ville.

«C’est une entente très particulière pour densifier la canopée et participer à des projets de verdissement urbain dans la ville de Québec qui visent à augmenter la présence d’arbres», explique le directeur du Jour de la Terre, Pierre Lussier. 

Appel de propositions

Un deuxième appel de propositions est lancé auprès des citoyens, des groupes et des organisations du territoire de la ville de Québec. La date limite pour déposer un projet est le 21 juin. Les propositions doivent favoriser la plantation d’arbres sur des terrains privés résidentiels, institutionnels, industriels ou commerciaux. Les projets sont évalués par un comité scientifique composé de professeurs et de chercheurs. «S’il y a des gens qui ont des propositions pour planter des arbres à Québec, on a de l’argent à donner», fait savoir M. Lussier.

Lors du premier appel de propositions, cinq projets ont été sélectionnés. Ainsi, la compagnie d’architecture ABCP s’est engagée à planter 26 arbres et 11 arbustes dans le cadre d’un projet bénévole de verdissement d’une habitation. L’organisation Verdir Saint-Roch a, pour sa part, proposé un projet communautaire pour rendre le quartier Saint-Roch plus vert en y plantant 12 arbres. Puis, le projet de la Résidence des jardins du Saint-Sacrement consiste à créer un espace ombragé pour favoriser les sorties et les rencontres des personnes âgées en y plantant 11 arbres et 4 arbustes. Les Jardins communautaires du Mont des Lilas ont reçu du financement, quant à eux, pour planter 10 arbres. 

Le plus gros projet est celui présenté par le Port de Québec et réalisé par l’AF2R. Afin de favoriser la biodiversité de ce secteur, l’initiative a prévu la mise en terre de 170 arbres et de 530 arbustes.

Pour connaître les critères de sélection: jourdelaterre.org/qc/tous-les-jours/programmes/demain-la-foret-guichet-unique-a-quebec/soumettez-vos-projets-de-plantation

+

ZONE Une forêt à connaître

QWEB: faire rayonner le bois du Québec à travers le monde

MATANE – Avec ses 1,7 million de km carrés couverts à 44% de forêt, le Québec possède une importante matière d’exportation: son bois. En faisant la promotion de cette ressource à l’échelle internationale, QWEB fait rayonner ses propriétés remarquables, mais aussi ses vertus écologiques et durables qui en font l’un des meilleurs outils de lutte aux changements climatiques.

Quebec Wood Export Bureau (QWEB) ou le Bureau de promotion des produits du bois du Québec est un organisme créé en 1996 et dont la mission consiste essentiellement à exporter le bois du Québec, en collaboration avec quelque 125 entreprises réparties dans différents groupes: bois résineux, bois feuillus, planchers, granules énergétiques et construction en bois (maisons usinées et structures). «Chacun a sa stratégie différente, précise le président-directeur général de l’organisme, Sylvain Labbé. Selon le secteur, ce n’est pas le même marché et les mêmes intérêts.» 

QWEB a son siège social à Québec. Il possède des bureaux en Chine, au Japon, en Corée, au Royaume-Uni, en Europe de l’Ouest et en Inde. L’organisme siège notamment sur le comité «forêt» des Nations unies pour le Canada. «Dans le feuillu, 80 % de nos exportations sont en Chine et au Japon, indique M. Labbé. C’est du bois scié pour des usines de meubles.» Il estime les exportations de bois feuillu à plus de 250 millions $, dont 150 millions$ en Chine et 100 millions $ aux États-Unis.

Plutôt d’être perçue comme un problème comparativement à la Colombie-Britannique qui produit de gros arbres, la petite taille du bois du Québec ouvre de nouveaux marchés internationaux. «On a développé le sciage de petites billes et des produits préfabriqués qui sont l’avenir, soutient le patron de QWEB. La tendance des marchés dans le domaine du bois et de la construction repose sur les produits à faible empreinte de carbone. La demande est exponentielle.» Selon l’ingénieur forestier, le caractère innovant du Québec se traduit par des produits d’ingénierie de haute performance préfabriqués avec du petit bois. 

«Il y a un tiers de moins d’émissions de GES [gaz à effet de serre] dans une construction préfabriquée que celle sur un site, mentionne Sylvain Labbé. Il n’y a aucune perte parce qu’en usine, tout est coupé à la bonne dimension. Le transport prend aussi beaucoup moins de temps. Tout arrive tout prêt à assembler.»

«Notre produit est plus performant, plus vert et est mieux que le béton et l’acier, est-il convaincu. C’est sûr que le bois est le produit de l’avenir dans la construction […] par rapport au plastique, au béton et à l’acier.»

+

ZONE Une forêt à connaître

Des vêtements fabriqués à partir de… bois

MATANE – Les procédés de transformation de la fibre de bois se multiplient au gré de la recherche et du développement. Ce n’est que le début d’une nouvelle ère et pourtant, des produits écologiques, durables et résolument novateurs sortent déjà des usines. Parmi ces nouveaux produits, notons des vêtements fabriqués avec de la pâte de rayonne provenant de la fibre de bois.

C’est ce produit qui, en 2010, a donné un nouveau souffle à l’ancienne usine de pâte kraft Papiers Fraser de Thurso en Outaouais et qui a permis de rappeler au travail les 325 employés. «À partir de la fibre de bois, on fait une pâte dissoute, explique le directeur d’Unifor pour le Québec, Renaud Gagné. C’est beaucoup plus écologique d’épuiser des résidus de bois que de faire pousser du coton.»

La pâte produite à l’usine Fortress Cellulose Spécialisée est utilisée dans une grande variété de produits: fibres textiles, acétone, cellophane, filaments de pneus, filtres et additifs chimiques. Elle est aussi utilisée par les compagnies pharmaceutiques et l’industrie alimentaire comme agent liant.

ZONE Une forêt à connaître

Des produits du bois innovants qui font la fierté des travailleurs

Ces derniers mois, nous vous avons présenté l’état des lieux, l’aménagement, l’exploitation contrôlée, les nouvelles technologies et la main-d’œuvre de l’industrie forestière du Québec. Comme celle-ci s’adapte aux réalités d’aujourd’hui, le Groupe Capitales Médias poursuit cette série d’articles en mettant l’accent, cette fois, sur les changements climatiques et sur l’innovation dans le secteur forestier. Prochain rendez-vous : le 1er juin. 13e de 15

MATANE – Les Québécois ont développé un savoir-faire enviable dans la transformation du bois. Si l’industrie forestière fait partie des traditions du Québec, les travailleurs du bois prennent aujourd’hui le virage de l’innovation. Ils sont quelque 60 000 hommes et femmes à être fiers de contribuer à développer des produits dont ils connaissent les vertus environnementales et qui jouent un rôle-clé dans l’atteinte des cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES).

«C’est dans l’ADN des Québécois, croit le président de la Fédération de l’industrie manufacturière (CSN), Louis Bégin. C’est ce qui leur a permis d’occuper le territoire, de fonder les villages et les régions qu’on connaît aujourd’hui. Maintenant, ils sont fiers de faire face à de nouveaux défis. Leur façon de transformer le bois a évolué par rapport aux nouveaux marchés et à leurs contraintes. Ils ont su relever le défi d’aller plus loin que le traditionnel «2 par 4».» 

Selon lui, ses membres ont su réinventer leur savoir-faire et ils en sont fiers. Le syndicaliste aime parler de la noblesse du bois. «On voit le bois qui occupe une place prépondérante en architecture, pas seulement dans la charpente, mais aussi dans la finition et la mise en valeur des bâtiments, fait-il remarquer. Il fait partie de l’embellissement.»

Comme l’industrie est en pleine mutation, elle doit s’ouvrir vers de nouveaux marchés. «Ça ne veut pas dire de seulement offrir ce qu’on fait, mais aussi d’offrir de nouveaux produits […]», soutient-il. 

Du côté d’Unifor, Renaud Gagné croit qu’il faut miser sur la multitude de produits que le Québec peut offrir, dont plusieurs à valeur ajoutée. «Dans la construction, aujourd’hui, on est capables de faire des édifices de 18 étages en bois, souligne le directeur d’Unifor pour le Québec. Donc, ça prend des matériaux différents. Nos membres sont d’autant plus fiers parce que ce sont des matériaux verts qui emprisonnent du carbone et qui vont être là pour 100 ans au moins!»

En collaboration avec FPInnovations, Unifor développe de nouveaux produits de deuxième et troisième transformations à partir de la fibre de bois. «C’est une ressource renouvelable, rappelle M. Gagné. C’est un matériau vert. Toutes les applications et la chimie verte qui sont en train d’être commercialisées pourront remplacer des énergies fossiles.» Il estime d’ailleurs que pour parvenir à atteindre les cibles de réduction des GES, il faudra davantage utiliser ces nouvelles formes d’énergie.

Pendant que l’utilisation du papier journal est en déclin, de nouveaux créneaux se développent à partir de la fibre de bois. Ce n’est qu’un exemple, selon le porte-parole d’Unifor, pour illustrer les changements dans l’industrie. «On peut même faire des pneus à partir de la fibre de bois, dit-il. […] Ce sont des choses qui s’en viennent. Il y a aussi des produits plus solides que l’acier et qui vont être utilisés dans l’aérospatiale. C’est une grande fierté pour nos gens du secteur parce que ce sont des produits qui sont plus verts et qui créent des emplois d’avenir.»

Renaud Gagné croit aussi que la fierté de ses 26 000 membres au Canada, dont les 12 000 du Québec, passe aussi par les normes environnementales très élevées des forêts d’ici «qui sont certifiées plus que partout dans le monde». 

+

ZONE Une forêt à connaître

La forêt Montmorency: un modèle pour la lutte aux changements climatiques

MATANE – La forêt Montmorency, située au nord de Québec, sert de modèle pour tester les moyens de lutte aux changements climatiques. Ceux-ci peuvent servir d’exemples aux forêts du reste du Québec, du Canada et du monde. «C’est le concept d’une «foresterie intelligente» face au climat», avance Évelyne Thiffault.

«Comment fait-on pour adapter une forêt aux changements climatiques, interroge la responsable du comité scientifique et d’aménagement de la forêt Montmorency. Quelles sont les actions concrètes à prendre? Il y a une littérature scientifique qui se développe autour de ce sujet. On l’apprivoise et on l’adapte aux conditions du Québec et de la forêt Montmorency.»

L’aménagement de cette forêt s’inspire d’un modèle développé aux États-Unis. Celui-ci s’articule autour de trois stratégies d’adaptation aux changements climatiques: résistance, résilience et transition.

«Avec un climat changeant, il va y avoir moins de précipitations et des températures moyennes plus élevées, explique la professeure adjointe du département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval. Certaines espèces vont avoir de la misère à pousser ou à se reproduire. Dans une stratégie de résistance, on veut réduire ces impacts et essayer de maintenir les conditions actuelles. Or, la forêt Montmorency est dominée par le sapin baumier. Ainsi, dans une optique de résistance, on va tout faire pour maintenir la dominance du sapin baumier dans le paysage.»

La stratégie de résilience consiste, quant à elle, à accepter quelques modifications. «Le sapin baumier pourrait dominer, tout en acceptant qu’il y ait certaines espèces, qui vivent présentement plus au sud, qui s’installeront», donne comme exemple Mme Thiffault.

Puis, la stratégie de transition favorise l’accélération de la venue d’espèces qui auront du succès dans le futur. «Soit qu’on fait de la migration assistée, soit qu’on installe des espèces qui s’installeraient de toute façon», explique la scientifique. Dans le cas de la forêt Montmorency, il s’agira d’espèces qui remplaceront le sapin baumier parce qu’il aura plus de difficulté à survivre dans un climat plus chaud.

«En 2100 ou en 2200, les conditions climatiques moyennes vont être différentes, reconnaît Évelyne Thiffault. On regarde l’espèce qui sera la mieux adaptée.» Ainsi, l’érable à sucre, qui est très présent dans le sud du Québec, mais absent dans la forêt Montmorency, pourrait donc y trouver un terreau fertile. «Ça va changer la composition du paysage forestier, prévient l’experte. Donc, les forêts boréales conifériennes matures qui dominent notre paysage seront probablement moins présentes dans le futur.»

Comme autre stratégie d’adaptation aux changements climatiques, le comité dirigé par la professeure Thiffault examine la possibilité de faire davantage de coupes partielles dans la forêt Montmorency, au lieu des coupes totales.

+

ZONE Une forêt à connaître

Une forêt qui doit s’adapter aux changements climatiques

MATANE - Dans un contexte de croissance lente des forêts, les actions préconisées aujourd’hui comportent leur lot d’incertitude. «Ça fait partie du défi, indique Jean-François Boucher. On ne peut pas s’ajuster annuellement.» Quoi qu’il en soit, il faut agir, croit le professeur en écoconseil de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Si celui-ci préconise plus de récoltes parmi les solutions de lutte aux changements climatiques, il suggère aussi un virage vers une plus grande intégration de feuillus sur le territoire forestier afin qu’il soit moins vulnérable aux feux de forêt et aux épidémies d’insectes. 

Pour protéger les forêts contre la baisse des précipitations, elles devraient être composées d’essences plus tolérantes aux sécheresses. En revanche, si la composition du paysage est modifié, le panier de produits s’en trouvera changé. «On a d’excellents produits pour faire des bâtiments […]: l’épinette, le pin, le mélèze, le sapin, indique Jean-François Boucher. Si on change le panier de produits, est-ce qu’on va être capables de faire la même qualité […]?» Selon lui, les usines et l’ingénierie devront réfléchir à cette réalité éventuelle. 

+

ZONE Une forêt à connaître

Des stratégies pour des forêts résiliantes aux changements climatiques

Ces derniers mois, nous vous avons présenté l’état des lieux, l’aménagement, l’exploitation contrôlée, les nouvelles technologies et la main-d’œuvre de l’industrie forestière du Québec. Comme celle-ci s’adapte aux réalités d’aujourd’hui, le Groupe Capitales Médias poursuit cette série d’articles en mettant l’accent, cette fois, sur les changements climatiques et sur l’innovation dans le secteur forestier. 12e de 15. Prochain rendez-vous: le 25 mai

MATANE – L’aménagement forestier s’inscrit dans un contexte de planification à long terme. Les décisions prises aujourd’hui auront des effets sur la forêt de demain. Or, les changements climatiques posent de nombreux défis sur les décisions visant à rendre nos forêts plus résiliantes.

Pour Jean-François Boucher, il faut agir sur trois plans: 10) diminuer les gaz à effet de serre (GES); 20) absorber les émissions de GES; 30) s’adapter. «Les décisions doivent contenir les trois volets en même temps», soutient le professeur en écoconseil de l’Université du Québec à Chicoutimi. 

«On a surtout tendance à réfléchir à l’adaptation aux changements climatiques, continue-t-il. Mais, l’adaptation sans l’atténuation, c’est l’équivalent d’une fuite vers l’avant parce qu’on ne finira jamais de s’adapter.» Selon lui, l’adaptation requiert des investissements locaux qui rapportent localement, tandis que l’atténuation exige des investissements globaux qui rapportent globalement. «Même si on faisait tous les efforts […] au Québec pour atténuer les changements climatiques, mais qu’ailleurs dans le monde, il n’y a aucun effort […] qui est fait, le retour sur l’investissement sera très faible pour le Québec», prédit l’expert en biologie forestière.

Le professeur croit qu’il est possible de diminuer les GES, notamment par les efforts des usines de transformation et surtout par l’utilisation de produits générés par la forêt. «Il faut augmenter la quantité des produits du bois de longue durée de vie dans les bâtiments et les infrastructures», recommande M. Boucher.

Par ailleurs, celui qui est également professeur associé des sciences du bois et de la forêt à l’Université Laval déplore qu’on parle peu, au Québec, de la capacité d’absorption des GES. «C’est là que l’aménagement forestier prend tout son sens», estime Jean-François Boucher, qui souhaite que les planifications forestières puissent favoriser une plus grande séquestration du carbone ainsi qu’une utilisation accrue des produits du bois et de la bioénergie.

Au chapitre de l’adaptation, les principaux aléas climatiques à analyser, selon lui, sont les changements dans les perturbations naturelles, l’augmentation de la chaleur et les changements dans les précipitations.

Zone Une forêt à connaître

Denis Lebel: changer le monde par la forêt

MATANE – Alors qu’il était chef adjoint de l’opposition à Ottawa et député de la circonscription de Roberval-Lac-Saint-Jean depuis 2007, Denis Lebel a quitté la politique en juin 2017 pour devenir président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ). «Quand j’ai vu cette possibilité, ça m’a vraiment motivé à changer le monde», s’exclame l’ancien parlementaire.

C’est lorsqu’il a découvert toutes les possibilités d’avenir de la forêt québécoise, principalement comme solution dans la lutte aux changements climatiques, qu’il a décidé de «changer de vie».

«Dans des régions du monde comme la Californie et la Colombie-Britannique, on se sert beaucoup de la forêt […] pour stocker le carbone et combattre les changements climatiques, fournit comme exemple M. Lebel. Quand on m’a présenté cet aspect-là, […] c’est un des éléments importants qui a motivé le gars du Lac-Saint-Jean que je suis. J’étais le gars de la forêt à Ottawa. À chaque fois qu’il y avait un dossier sur la forêt, ça venait dans ma cour.»

Depuis qu’il est à la tête du CIFQ, Denis Lebel est animé par la volonté de contribuer à ce que la forêt québécoise soit en santé et qu’elle se régénère pour la société de demain.

Zone Une forêt à connaître

Des opportunités en or pour FPInnovations

MATANE – Chez FPInnovations, les changements climatiques et la forêt représentent des opportunités en or de pouvoir offrir des produits innovants qui ont un faible impact en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce secteur d’activités est si important pour l’organisme qu’un département est consacré essentiellement au développement de nouveaux bioproduits.

Ces nouveaux bioproduits sont développés dans différentes sphères: composites, aliments et boissons, automobile et aérospatiale, emballages et construction. En collaboration avec Bioénergie La Tuque, FPInnovations participe notamment à la réalisation du projet BELT afin de développer un biocarburant créé à partir de résidus forestiers visant à devenir un produit de remplacement du carburant fossile.

«On ne va pas couper de nouveaux arbres pour faire ça, tient à préciser le directeur du centre d’excellence pour l’approvisionnement en fibres chez FPInnovations, Denis Cormier. On ramasse le matériel qui, de toute façon, n’est pas utilisé […]. On parle essentiellement de biomasse forestière ou de produits conjoints du sciage. C’est un matériel qu’on valorise et qui, actuellement, a peu de valeur intrinsèque.» Pour l’ingénieur forestier, ce nouveau produit contribue à atténuer les changements climatiques.

Zone Une forêt à connaître

«Couper un arbre, c’est le début d’autre chose»

MATANE – Le secteur forestier est un acteur de premier plan dans la lutte aux changements climatiques. L’aménagement forestier permet d’abord de séquestrer du carbone. Il ouvre ensuite la voie à la fabrication de produits écoresponsables qui, en plus de créer des emplois, facilite notre vie quotidienne. C’est ce qui fait dire à Denis Lebel du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ): «Couper un arbre, pour plusieurs personnes, c’est la fin de quelque chose. Pour nous, c’est le début d’autre chose».

Pour le président-directeur général du CIFQ, les changements climatiques et la forêt sont intimement liés. «On pense que d’utiliser la forêt est une des meilleures solutions pour contrer les changements climatiques, soutient M. Lebel. Je pense que plus la forêt du Québec sera en santé et abondante, meilleur ce sera pour l’ensemble de la société. Bien sûr, une forêt qui pousse amène davantage de stockage de carbone, de nourriture et est beaucoup moins fragile aux feux de forêt et aux épidémies, que ce soit la tordeuse des bourgeons de l’épinette ou des espèces animales envahissantes.»

Denis Lebel compare la forêt à un immense jardin. «On doit récolter les fruits quand ils sont mûrs, un peu comme dans notre jardin, illustre-t-il. Cependant, le cycle de vie est de 50 ans, au lieu d’être de seulement une saison.»

Zone Une forêt à connaître

Changements climatiques et innovation

Ces derniers mois, nous vous avons présenté l’état des lieux, l’aménagement, l’exploitation contrôlée, les nouvelles technologies et la main-d’œuvre de l’industrie forestière du Québec. Comme celle-ci s’adapte aux réalités d’aujourd’hui, le Groupe Capitales Médias poursuit cette série d’articles en mettant l’accent, cette fois, sur les changements climatiques et sur l’innovation dans le secteur forestier. 11e de 15 Prochain rendez-vous : le 18 mai

Une forêt à connaître

Le bois qui fait du bien

Tous reconnaissent l’importance du secteur forestier dans l’économie. L’aménagement durable, l’environnement et la biodiversité sont autant de sujets abordés à l’automne dans cette série d’articles du Groupe Capitales Médias : «Une forêt à connaître».

Mais, que sait-on des nouvelles technologies qui permettent de produire davantage, tout en utilisant moins d’arbres? Des innovations visant à optimiser la ressource? De la contribution du milieu forestier à la lutte aux changements climatiques?

Des spécialistes et des acteurs de l’industrie ont beaucoup à partager afin de mieux faire connaître la forêt, qui représente presque la moitié de la superficie totale du Québec. 

10e de 10.

Une forêt à connaître

La biophilie ou les effets bénéfiques du bois

MATANE — La notion de biophilie est de plus en plus présente dans la conception des maisons, des bureaux et des commerces. Formée à partir de la racine grecque «bio» (vie) et du suffixe «phile» (qui aime), la biophilie consiste à aimer ce qui est vivant. En 1984, Edward O. Wilson a été le premier à avancer l’idée que les êtres humains avaient une propension innée à s’entourer de ce qui est naturel. En architecture, la biophilie consiste à concevoir ce qui se rapproche ou qui ressemble à un environnement naturel.

Les professionnels du domaine de l’architecture comprennent l’utilisation que font les gens de leurs bâtiments, la manière dont ils s’y déplacent et comment ils s’y sentent. François Cantin, chargé de projet chez Coarchitecture de Québec, est l’un de ceux-là. «Pour moi, le confort a toujours été très important en architecture, souligne-t-il. La biophilie, c’est une prolongation du concept de confort et la manière dont l’architecture est capable de nous mettre en contact le plus possible avec le monde extérieur et celui qui nous entoure. C’est la satisfaction d’un besoin inné qu’on a en tant qu’être humain.»

Pour François Cantin, cela passe, entre autres, par l’utilisation du bois. «La majorité des gens aiment être en contact avec le bois, estime-t-il. Si on leur demande pourquoi, ils vont nous dire que c’est parce que c’est chaleureux et naturel. La biophilie, c’est ça. C’est le besoin inné d’être en contact avec la nature.»

«Travailler pour les humains» est l’aspect que le chargé de projet de la firme d’architectes préfère par-dessus tout. «Les gens nous demandent ce qu’est le style de Coarchitecture, raconte M. Cantin, qui est également bénévole au Conseil du bâtiment durable du Canada depuis dix ans. Notre signature est le confort de nos clients. On est là pour comprendre leurs besoins. Pour amener la biophilie dans le projet, ça demande une réflexion particulière.»

Ubisoft: du bois pour plus de chaleur

François Cantin a travaillé comme chargé de projet pour les réaménagements intérieurs d’Ubisoft dans le quartier Saint-Roch à Québec. «Le client avait l’idée d’amener les environnements intérieurs le plus chaleureux possible, indique-t-il. L’objectif d’Ubisoft était que les gens se sentent à l’aise, tout en allant chercher un look quasi-résidentiel.»

Une forêt à connaître

Ameublements Tanguay de Trois-Rivières: la biophilie dans l’aménagement commercial

MATANE — Les commerçants comprennent de plus en plus l’importance de la biophilie dans l’aménagement de leurs surfaces de vente au détail. L’expérience d’achat ne s’en trouve qu’améliorée. Plus grande surface commerciale en Amérique du Nord construite entièrement en structure de bois d’ingénierie, Ameublements Tanguay de Trois-Rivières en est un exemple éloquent.

«C’est le premier magasin qu’on faisait avec une structure 100% bois, raconte le vice-président associé du Groupe immobilier Tanguay, Nicolas Maltais. Le bois est partout. En établissant un nouveau magasin à Trois-Rivières, c’est un peu un clin d’œil qu’on voulait faire par rapport à l’histoire du bois en Mauricie. Aussi, Tanguay a toujours eu une préoccupation sur le plan de l’économie d’énergie et du recyclage. La structure de bois est faite avec de petits morceaux de bois lamellé-collé. Pour nous, c’était tout à fait naturel qu’une structure de bois permette de mettre de l’avant notre respect de l’environnement.»

Une forêt à connaître

L’Aréna de l’UQAC: la biophilie dans une structure sportive

MATANE – Si le bois a un effet apaisant sur les occupants d’un bâtiment, il n’en est pas autrement pour les sportifs qui fréquentent un aréna ou un stade. Par sa construction tout en bois, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur, l’Aréna de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) illustre à merveille le principe de biophilie qui, en architecture, désigne une conception qui se rapproche ou qui imite les conditions d’un environnement naturel.

«C’est vraiment un très bel édifice, indique fièrement le directeur du service des immeubles et équipements de l’UQAC, Frédéric Desgagné. Sa signature est chaleureuse. Les poutres, le plafond et les côtés en bois, avec une toiture en aluminium, donnent un cachet. Ce n’est pas froid comme un aréna normal en acier.»

Une forêt à connaître

Un puissant outil de lutte aux changements climatiques

Tous reconnaissent l’importance du secteur forestier dans l’économie. L’aménagement durable, l’environnement et la biodiversité sont autant de sujets abordés à l’automne dans cette série d’articles du Groupe Capitales Médias : «Une forêt à connaître».

Mais, que sait-on des nouvelles technologies qui permettent de produire davantage, tout en utilisant moins d’arbres? Des innovations visant à optimiser la ressource? De la contribution du milieu forestier à la lutte aux changements climatiques?

Des spécialistes et des acteurs de l’industrie ont beaucoup à partager afin de mieux faire connaître la forêt, qui représente presque la moitié de la superficie totale du Québec. 9e de 10. Prochain rendez-vous: le samedi 16 février.

Une forêt à connaître

La meilleure arme? La foresterie!

MATANE – L’arme la plus efficace pour lutter contre les changements climatiques, c’est la forêt. Par conséquent, la foresterie est un puissant outil d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. C’est ce que soutient la professeure adjointe à l’Université Laval et ingénieure forestière Évelyne Thiffault.

Dans son rapport publié en 2007, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un organisme relevant du programme des Nations Unies pour l’environnement et de l’Organisation météorologique mondiale, a reconnu les pratiques de foresterie comme étant des outils de lutte aux changements climatiques.

Parmi les actions, le GIEC préconise le boisement. «Si on prend des terres qui sont non forestières et qu’on les transforme en forêts, elles vont se mettre à séquestrer du carbone», explique Mme Thiffault, qui est également directrice scientifique et d’aménagement de la Forêt Montmorency à Québec.

L’aménagement des forêts actuelles fait partie des mesures reconnues par le GIEC. «Les faire pousser plus et mieux, résume la professeure adjointe du département des sciences du bois et de la forêt. On fait plus d’éducation de peuplements et de sylviculture pour augmenter la croissance des forêts et la qualité du bois.»

Le bois plutôt que le béton

Comme autre prérogative de lutte aux changements climatiques, le GIEC reconnaît l’utilisation des produits du bois de longue durée, comme les produits du sciage utilisés en construction.

«Si on utilise du bois au lieu d’utiliser du béton ou du métal, non seulement on stocke du carbone dans le bois, mais on substitue d’autres produits dont la production est très émettrice de CO2», souligne Évelyne Thiffault, qui est membre du Centre de recherche sur les matériaux renouvelables. Aussi, la biomasse forestière peut remplacer les énergies fossiles.

Pour le Québec, le Forum Innovation Bois, tenu en 2016, a identifié une contribution potentielle à l’atténuation des changements climatiques par le secteur forestier s’élevant à 8 mégatonnes de CO2 équivalents par année en 2030, soit environ le tiers de la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre à laquelle le Québec s’est engagé.

Une forêt à connaître

La forêt, une immense source d’énergies renouvelables

MATANE – La forêt joue un triple rôle dans la lutte aux changements climatiques. En plus d’être un formidable puits de carbone, elle s’intègre dans la valorisation énergétique, notamment par la bioénergie dans le secteur du chauffage et par la production de biocarburants provenant de la biomasse résiduelle.

«La gestion de la forêt fait partie des solutions de lutte aux changements climatiques, croit le président-directeur général de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER), Jean-François Samray. Ça séquestre le carbone. Construire avec du bois, c’est aussi nettement moins intensif en carbone. C’est bon pour le bilan.»

Rappelons que le Québec possède 13% des forêts certifiées de la planète.

Pour se chauffer, les Québécois utilisaient, jadis, des poêles à bois. Certains de ceux-ci ont ensuite été remplacés par des systèmes au mazout. Puis, pour la plupart, le mazout a été remplacé par l’électricité.

«On s’aperçoit qu’on a des enjeux de gestion de pointe, observe le PDG de l’AQPER. Donc, le chauffage à la bioénergie vient jouer un rôle. L’utilisation de granules de bûches agglomérées dans les villes, c’est une solution.»

Il est aussi possible de se chauffer à partir de biocarburants.

L’utilisation des résidus forestiers peut aussi servir à fabriquer du biodiesel et du biokérosène pour faire voler des avions.

D'innombrables possibilités

«La nouvelle chimie verte ouvre d’innombrables possibilités», estime M. Samray.

À titre d’exemple, il cite le cas de Lappeenranta, une ville forestière de la Finlande qui, selon lui, ressemble à plusieurs villes industrielles du Québec. Après des recherches pour tenter de valoriser la liqueur noire produite par ses usines de pâtes et papiers, l’entreprise forestière UPM a réussi à produire du biodiesel.

«La production de biodiesel est devenu le premier poste de revenus de l’entreprise, indique Jean-François Samray. Ça vient déplacer les importations de produits pétroliers et ça réduit significativement les émissions de gaz à effet de serre.»

Une forêt à connaître

La construction en bois réduit les gaz à effet de serre

MATANE – Depuis une dizaine d’années, le bois réapparaît de plus en plus dans la construction industrielle, commerciale, institutionnelle et multifamiliale. Si le bois fait un retour marqué dans ce secteur de la construction, c’est notamment parce que ce matériau, contrairement à l’acier et au béton, contribue à la lutte aux changements climatiques.

Selon le directeur du Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois (Cecobois), Gérald Beaulieu, si un bâtiment en bois a une espérance de vie de cent ans, le matériau réduira l’empreinte carbone pendant tout ce temps grâce au carbone que le bois aura séquestré.

M. Beaulieu estime que le Québec fait de plus en plus sa marque dans ce courant mondial de la construction en bois. Selon une étude réalisée par son organisation, le Québec est passé de 15% des parts de marché dans la construction non résidentielle en 2007 à 28% en 2016. Une autre étude menée par le centre de recherche FPInnovations a démontré que 80% des bâtiments québécois pourraient utiliser le bois comme matériau, tout en respectant le Code de construction du Québec.

Une forêt à connaître

Minimiser les impacts des opérations forestières

Tous reconnaissent l’importance du secteur forestier dans l’économie. L’aménagement durable, l’environnement et la biodiversité sont autant de sujets abordés à l’automne dans cette série d’articles du Groupe Capitales Médias : «Une forêt à connaître».

Mais, que sait-on des nouvelles technologies qui permettent de produire davantage, tout en utilisant moins d’arbres? Des innovations visant à optimiser la ressource? De la contribution du milieu forestier à la lutte aux changements climatiques?

Des spécialistes et des acteurs de l’industrie ont beaucoup à partager afin de mieux faire connaître la forêt, qui représente presque la moitié de la superficie totale du Québec.

Huitième de 10. Prochain rendez-vous: le samedi 9 février.

Une forêt à connaître

De la forêt au client

RIMOUSKI – Comment minimiser les impacts des opérations forestières sur les écosystèmes, que ce soit lors des travaux de récolte, de voirie ou de transport? Voilà la principale question qui anime le consortium de recherche FORAC, né en 2002 d’un partenariat entre l’Université Laval, des entreprises et les gouvernements. FORAC (de la forêt au client) a développé une expertise mondialement reconnue dans la gestion et l’optimisation des chaînes d’approvisionnement forestières.

L’approvisionnement des usines de transformation représente donc le premier secteur du domaine d’expertise du consortium de recherche. Pour minimiser les impacts sur les écosystèmes, il suffit de prendre les bonnes mesures ainsi que de déployer les bonnes technologies et les bons systèmes pour faire une récolte toujours à meilleur coût.

«Ce n’est plus juste une question de minimiser, c’est d’éviter certains impacts, souligne le directeur du consortium de recherche, Luc Lebel. On ne veut pas minimiser la sédimentation dans les ruisseaux, on veut qu’il n’y ait pas de sédiments dans les ruisseaux. On ne veut pas minimiser les blessures aux arbres résiduels dans le peuplement, on veut qu’il n’y ait pas de blessures aux arbres.»

La dimension humaine est au cœur des préoccupations du consortium de recherche. «Ce que j’aime des opérations forestières, c’est l’aspect humain de la foresterie, continue le directeur de FORAC. On travaille beaucoup plus avec des gens qu’avec des arbres!» À cette enseigne, la réduction des risques en santé et sécurité des travailleurs est l’un des grands succès de la dernière décennie dans le secteur forestier.

Réductions phénoménales

«C’est phénoménal les réductions qui ont été observées en termes d’accidents et de blessures dans les opérations forestières, se réjouit M. Lebel, qui est également professeur au département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval. C’est un environnement naturel dangereux, avec des arbres et des machineries lourdes. Il y a eu une baisse importante qui vient notamment de la révision de nos façons d’intervenir et de la formation qui est offerte aux entrepreneurs, aux travailleurs, aux contremaîtres.»

Pour Luc Lebel, le Québec doit devenir un leader mondial au chapitre de l’accessibilité au territoire permettant de réaliser l’aménagement forestier. «Ça concerne les techniques de voirie forestière ainsi que les méthodes de construction et d’entretien des chemins, décrit l’ingénieur forestier. On doit aussi mettre en place des techniques pour faire le transport de manière compétitive et sécuritaire.»