Michel Bernicky a roulé en poids lourds au Canada et aux États-Unis dans toutes les conditions imaginables sans jamais faire un seul accident.

50 ans de camionnage... sans accident

BÉCANCOUR — Son père était camionneur. Ses cinq frères l’ont été également. À 14 ans, Michel Bernicky apprenait à conduire avec un bloc de bois sur les pédales parce que ses jambes n’étaient pas encore assez longues. Peu de temps après, il domptait un camion de cinq tonnes en compagnie de son père. Depuis 50 ans, il a roulé en poids lourds au Canada et aux États-Unis dans toutes les conditions imaginables sans jamais faire un seul accident et sans jamais s’absenter pour cause de maladie.

Michel Bernicky, c’est l’étoile de l’entreprise de camionnage Transport OSI de Bécancour qui l’embauche depuis 20 ans. L’homme, on le comprendra, est devenu presque une légende au sein de l’Association du camionnage du Québec qui lui a récemment décerné un hommage bien mérité. Il est également en nomination à un titre canadien pour l’année 2019.

Michel Bernicky les a toutes vues, les fameuses conditions de la route. Au fil des 11 millions de kilomètres qu’il a franchis, il y a eu des moments où son chargement a commencé à osciller de droite à gauche sur une route verglacée. Il s’est trouvé au voisinage de tornades qui lui ont fait craindre de verser. Il a même failli être emporté par une avalanche, dans l’Ouest canadien. «La route était ensevelie et ça ne passait plus. On a été huit heures arrêté en attendant que ce soit déblayé», raconte-t-il. «Finalement, le gens ont ramassé des branches et se sont fait un feu au milieu du chemin pour se réchauffer. J’ai fait monter quelques personnes dans mon camion qui était chauffé par une génératrice, surtout des enfants, pour éviter qu’ils aient froid. Ça aurait pu durer bien plus longtemps», raconte-t-il.

Ses yeux brillent lorsqu’il évoque ces souvenirs. L’homme aurait en effet pu développer une peur morbide de son métier à force de côtoyer de si près les risques de la route. Curieusement, ce n’est pas le cas du tout, «peut-être parce qu’il ne m’est rien arrivé à moi», propose-t-il en précisant qu’en contrepartie, il a été témoin de beaucoup d’accidents.

Michel Bernicky reconnaît que son métier n’a rien de facile. «Je partais souvent un mois de temps. Je revenais chez moi deux ou trois jours que déjà, on me demandait de reprendre la route», raconte-t-il. Son épouse a passé bien des nuits blanches à s’en faire. «Je n’ai pas vu grandir mes enfants», confie-t-il. Malgré tout, ce couple est toujours en amour, après 44 ans de vie commune. «On se prend encore la main», dit-il en souriant. «J’ai connu mon épouse, j’avais 16 ans», souligne-t-il.

Même s’ils ont eu deux enfants, «la route, c’est ma famille», indique M. Bernicky. «Pour moi, conduire des camions, c’est la liberté.»

Natif de Longueuil, Michel Bernicky a quitté l’entreprise de camionnage familiale parce que son père ne le payait que 70 $ par semaine alors qu’il voulait au moins 100 $. Il est allé voir ailleurs. Au fil des ans, ses autres employeurs lui ont confié des chargements qui donnent froid dans le dos, comme du naphta ou du kérosène. «La loi nous obligeait à laisser traîner des bouts de chaînes, derrière le camion, pour enlever l’électricité statique et parfois, ça faisait des étincelles. On aurait pu sauter. C’était la loi et je ne connaissais pas ça dans ce temps-là», dit-il.

Le camionneur raconte avoir conduit une grande variété de véhicules de transport. Sur certains modèles, pour changer de vitesse, «il fallait presque se coucher à terre. On perdait la vision pendant ce temps-là», dit-il. Fort heureusement, précise-t-il, c’était dans les années où il y avait pas mal moins de véhicules sur la route.

Les entreprises pour lesquelles il a travaillé, au cours de sa carrière, lui ont fait voir toutes les provinces canadiennes et tous les États américains à l’exception de l’Alaska et d’Hawaii.

La route a beaucoup changé, depuis 50 ans. Au début, l’interminable 401 qui mène à Toronto ne comportait aucun arrêt pour manger, se laver ou faire le plein, sauf à Belleville. «J’avais des barils de pétrole dans la boîte du camion. Je sortais un boyau et une pompe du camion pour remplir le réservoir d’essence pour être capable de me rendre à Toronto. Mes réservoirs n’étaient pas assez gros pour se rendre à destination», raconte-t-il.

C’était dans le temps où il n’y avait pas de téléphone portable, mais où un camionneur pris au bord de la route recevait l’aide d’autres camionneurs. «On avait un CB, mais on ne pouvait communiquer qu’avec la compagnie», précise-t-il.

M. Bernicky se souvient d’avoir dû changer lui même un pneu crevé de son camion. «C’est pesant», dit-il en grimaçant.

Comme si Michel Bernicky n’avait pas assez voyagé dans sa vie, il s’avoue mordu de voyages... en avion et à l’étranger. «J’en ai fait 82», précise-t-il, assez fier de son bilan. «Ça me permet d’être avec mon épouse. On est encore en amour, nous autres. Ça ne fait que 48 ans qu’on se connaît. Elle a été tough d’attendre toutes ces années-là», tient-il à souligner.


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