Marc Filliatreault est copilote sur un Airbus A330 pour Air Canada.

Un métier sans routine

Pilote de ligne sur un Airbus A330 pour Air Canada, Marc Filliatreault ne changerait pas de carrière pour rien au monde. Il a été attiré par le métier où la routine n’existe pratiquement pas. «D’ici ma retraite dans une quinzaine d’années, je ne me vois pas faire autre chose» affirme le pilote avec la détermination dans la voix.

Son père était dans le monde de l’aviation, du côté administratif. Il a donc baigné dans ce monde rapidement. Plus tard, alors qu’il prend une année de congé pendant ses études, il devient agent de bord pour Air Transat, un travail qui devait durer un été. Il n’a pas quitté le monde de l’avion depuis 30 ans.

«Au départ, le métier me paraissait inatteignable, jusqu’à ce que je passe plus de temps avec les pilotes, raconte-t-il. Le temps de trouver le financement, je me suis inscrit à des cours privés à la fin des années 90. Le marché de l’aviation était peu favorable à l’époque de sorte qu’il fallait beaucoup d’heures vols pour espérer devenir pilote de ligne.»

Pour accumuler des heures, il avait le choix entre être pilote de brousse au Canada où s’expatrier. C’est alors qu’il déniche un poste au Panama pendant un an. Une autre année à Miami, puis dans les Caraïbes deux ans avant une année en Afrique pour revenir aux Caraïbes.

«Je suis revenu au Canada en 2004 alors que l’aviation reprenait de la vigueur. Il s’est passé 10 ans entre ma première heure de vol et mon arrivée chez Air Canada», se souvient M. Filliatreault. «Aujourd’hui, les jeunes comme mon fils qui veut devenir pilote peuvent venir cogner à la porte des grands transporteurs après deux ou trois ans tout au plus.»

Par nature, le pilote n’aime pas la routine, estime-t-il. Mais ils sont très structurés dans leur vie professionnelle comme dans leur vie privée. Le sang froid, la préparation méticuleuse, les entraînements rigoureux, tout cela prépare à réagir à la «chose simple» qui n’est pas couverte dans les manuels, lance-t-il.

Le rythme de vie est atypique, la famille et la conjointe doivent faire preuve de conciliation et de résilience. «Ma femme de dit toujours que j’ai une seule maîtresse, l’avion, de sorte qu’elle ne s’inquiète pas !»

Métier transformé

Au fil des ans, le métier s’est transformé. Il demande plus de connaissance qu’il y a 30 ans à cause de la technologie et de la règlementation. Mais le grand changement, c’est la gestion de la clientèle qui prend plus de place. «Nous prenons le temps de discuter avec les passagers», explique-t-il. «Avant, il fait être un bon pilote en premier et gestionnaire en second. Maintenant, c’est l’inverse. L’avion devient une petite vielle pendant 7 ou 8 heures lors de vol transatlantique. Avec le vieillissement de la population, les problèmes médicaux sont plus fréquents. Cela fait partie de la gestion que nous devons faire. C’est plus simple maintenant pour réagir à une urgence médicale.»

Parmi les événements étonnants qu’il a eu a gérer, M. Filliliatreaut raconte : «Mon chef me demande de faire une annonce après le décollage, un passager veut demander sa femme en mariage. Il voudrait que tu fasses l’annonce et agir comme célébrant comme cela se faisait avant sur les paquebots, mais si tu n’as pas l’autorité de les marier. Je n’aurais jamais cru faire cela.»

L’autre événement dont il se souvient bien c’est passé en Afrique. «L’agent de bord vient me voir et me dit : «Je sais que l’on va vers le dispensaire, mais le bébé va arriver dans 10 minutes». Pourtant la patiente devait accoucher dans deux mois seulement. Le bébé est né à bord.»

Pour lui, ces deux événements sont des moments bien plus plaisants que les journées de mauvaise météo ou les attentes pour une réparation sur la piste.