À droite, Luan Luu, assistante-chef du laboratoire de biologie moléculaire du CHUM, est accompagnée de son équipe de technologistes médicaux du laboratoire de biologie moléculaire du CHUM.
À droite, Luan Luu, assistante-chef du laboratoire de biologie moléculaire du CHUM, est accompagnée de son équipe de technologistes médicaux du laboratoire de biologie moléculaire du CHUM.

Technologistes médicaux: «On travaille dans l’ombre»

TROIS-RIVIÈRES — La pandémie aura mis en lumière plusieurs corps de métier du milieu de la santé et pour cause: ils sont au front d’une bataille sans précédent. Préposés aux bénéficiaires, infirmières, médecins sont de ce nombre, mais plus rarement il est question des technologistes médicaux qui traitent les milliers de prélèvements provenant de patients potentiellement porteurs du coronavirus.

Au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM), situé dans la zone chaude de la province, l’assistante-chef du laboratoire de biologie moléculaire, Loan Luu, peut compter sur une équipe de 30 personnes pour réaliser jusqu’à 2000 tests par jour. «On travaille dans l’ombre. Personne ne sait trop ce qu’on fait mais tout le monde attend après nous pour le résultat!»

Le traitement des spécimens pour le dépistage de la COVID-19 envoyés au CHUM est fait manuellement. «Ce n’est pas seulement un tube qu’on met dans une machine!», image-t-elle.

En fait, le laboratoire du CHUM fonctionne avec trois équipes qui se retrouvent dans quatre zones de travail. Une équipe reçoit les spécimens et va les préparer pour faire l’extraction de l’ARN. Après, une deuxième équipe fait l’amplification de l’ARN/ADN du virus pour pouvoir détecter le virus et une troisième équipe fait la lecture des résultats et les transmet au personnel soignant. Mme Luu compte également sur une 4e équipe qui traite les urgences.

Évidemment, la nouveauté de ce virus peu connu amène une inquiétude constante pour les travailleurs qui doivent manipuler la bête tous les jours.

«On oublie souvent que ces travailleurs sont des mamans, des papas et qu’ils ont aussi des parents âgés. Ils utilisent aussi beaucoup le transport en commun. Je ne m’en cache pas, et je l’ai dit à l’employeur, qu’on était inquiet. C’est parce que c’est la COVID et qu’il y a beaucoup de positif. Ce n’est pas l’influenza. Ce n’est vraiment pas comparable. Quand on traite la grippe, on n’a pas la même inquiétude que la COVID parce que le taux de mortalité est beaucoup plus élevé. Même après deux mois, les gens sont inquiets, sauf qu’on a développé des méthodes de travail pour rendre sécuritaire ce que nous manipulons.»

«On ne sait pas à quel point le virus est volatil et si un courant d’air pourrait le projeter plus loin. Il y a tellement de choses qu’on ne sait pas! Le virus est tellement nouveau que l’inquiétude provient de cet inconnu.»

La disponibilité des réactifs est aussi un défi auquel sont confrontés les technologistes médicaux. «Actuellement c’est ça la réalité des laboratoires de dépistage, ils naviguent sur ce qui est disponible dans le réseau comme réactif de travail, expose Mme Luu. Tout le monde le sait qu’on ne peut rien faire quand on n’a pas de réactif. De plus, quand les appareils plantent, il faut tout faire manuellement. Il a beau y avoir de nouvelles machines très technologiques qui arrivent, s’il n’y a pas de technologistes pour les faire fonctionner, ça ne marche pas.»

«On doit être prêt à tout. On ne peut juste pas se permettre d’avoir un bris de service. On doit toujours être capable de fonctionner.»

Loan Luu, assistante-chef du laboratoire de biologie moléculaire du CHUM.

Concrètement, les technologistes médicaux ont dû apprendre quatre nouvelles techniques durant le dernier mois. «La technique qu’on utilisait fonctionnait avec une sorte de réactif qui va très bien mais à cause des ruptures de stock mondiales, on n’a pas le choix d’aller vers d’autres compagnies et d’apprendre rapidement de nouvelles techniques et de les implanter dans le laboratoire. Il faut être aux aguets parce que les changements peuvent survenir la même journée! On roule avec quatre appareils différents, de quatre compagnies différentes qui fonctionnent avec quatre techniques de travail différentes.»

Depuis le 13 mars, les journées de 12 heures, et même plus, ne sont pas rares pour l’équipe de Loan Luu. Les semaines de travail dépassant les cinq jours non plus.

Comme gestionnaire, Mme Luu doit également composer avec une équipe parfois fragilisée pour différentes raisons. «Tous les jours, il y a des gens en quarantaine parce qu’ils revenaient de voyage ou parce qu’ils ont été en contact avec quelqu’un qui a été testé positif à la COVID-19 ou encore parce qu’ils ont des symptômes. Il y a des semaines où c’est carrément catastrophique! Il y a déjà eu une journée où j’étais à -10.»

«Heureusement, j’ai une équipe qui est très forte mentalement. On se serre les coudes et souvent ils restent en poste 14 h! J’ai vraiment une équipe de tough.»

Elle ajoute également avoir pu compter sur de l’aide de l’extérieur. «L’employeur a engagé d’autres techniciens de laboratoire du CHUM pour nous donner un coup de main. C’est ce qui nous a permis de continuer à fonctionner à ce rythme-là depuis deux mois.»

Mais en raison de la grandeur des locaux et de la spécialisation nécessaire pour traiter les spécimens, le nombre de personnes pouvant œuvrer sous ses directives demeure limité. «On a des étapes qu’on ne doit vraiment pas prendre à la légère parce qu’on pourrait contaminer les échantillons. Ce sont des équipes qui sont très bien formées. Au début, ils roulaient à 200 milles à l’heure mais maintenant avec la fatigue, ils continuent de rouler mais ils s’appuient sur une routine», mentionne Mme Luu.

«Il y a des semaines où je ne sais plus quoi leur dire pour leur remonter le moral. Ce n’est pas vrai qu’on se présente au travail tous les jours avec le sourire. On est là parce qu’on a un devoir», martèle celle qui envisage que la situation s’étirera tout l’été.

Le délai

Présentement, l’équipe de Loan Luu peut sortir, en urgence, des résultats dans un délai de 12 à 24 h pour les patients qui se présentent à l’urgence du CHUM.

«S’il est possible de sortir des résultats très rapidement, avec le volume, ce n’est pas un rythme qui peut être soutenu. Pour les cas de dépistage à l’extérieur de l’hôpital, le délai varie davantage entre 24 et 48 heures. Parce qu’il faut prévoir le prélèvement du spécimen, le transport vers l’hôpital. Il y a plusieurs intermédiaires qui font en sorte qu’on ne peut le faire en 24 heures. Mais 48 heures c’est raisonnable», explique Mme Luu. «Ces intermédiaires sont nécessaires parce qu’on ne peut pas être sur place avec les gros appareils qui valent plusieurs millions de dollars.»

Le métier de technologiste médical

Formation pour devenir technologiste médical: DEC en technologie de laboratoire biomédical

Technologiste médical est un titre réservé aux membres de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec

Certains actes sont réservés aux technologistes médicaux comme les prélèvements au chevet du patient

Ils peuvent, entre autres, travailler dans les banques de sang et faire des autopsies.