Le scientifique Louis Fortier dirige l’INQ.

Le plan scientifique en appui

« Notre raison d’être est d’apporter un soutien scientifique au Plan Nord. L’ambition peut paraître utopique, mais l’objectif est de faire de ce projet un exemple mondial de développement durable. »

Directeur de la science et de l’innovation de l’Institut nordique du Québec (INQ), Louis Fortier résume ainsi la vision de ce projet annoncé en 2014. Une aide financière du gouvernement fédéral permettrait enfin de construire le bâtiment pour accueillir les chercheurs sur les terrains de l’Université Laval, mais ceux-ci y œuvrent déjà.

L’Université McGill et l’Institut national de la recherche scientifique sont également au cœur de l’INQ. « Toutes les universités québécoises sont invitées à collaborer », ajoute M. Fortier. Autant des spécialistes des sciences naturelles et du génie que des sciences sociales et de la santé se coordonnent pour mieux comprendre le Nord, du 49e parallèle à l’Arctique canadien.

« On veut garder le leadership important que le Québec a acquis en recherche nordique, indique le professeur en océanographie. Avec le réseau pancanadien ArcticNet, on s’est rendu compte que les questions scientifiques dans le Nord, comme les changements climatiques, font appel à plusieurs domaines. Plus on se coordonne, plus c’est facile d’accomplir des choses là-bas avec l’industrie et les communautés. Il faut conserver une intersectorialité. »

Les axes d’étude de l’INQ sont les sociétés et les cultures, la santé, le fonctionnement des écosystèmes et la protection de l’environnement, les ressources naturelles, ainsi que les infrastructures et les technologies. Le développement durable guide le tout, avec ses volets économique, social et environnemental.

Un consortium

« Le rêve serait de créer un consortium de recherche et d’innovation nordique du Québec, où les industries pourraient nous poser des questions précises. Les compagnies ont certaines obligations, comme l’analyse des impacts pour leur projet, mais nous pouvons aller encore plus loin », songe Louis Fortier.

Grâce à la Société du Plan Nord, les communications avec les communautés autochtones et les divers partenaires sont déjà bien établies.

« C’est important de comprendre leurs besoins, ils peuvent parfois surprendre, avoue le directeur de l’INQ. Par exemple, quand on a questionné les femmes inuites au Nunavik, elles étaient intéressées par le futur sort des baies. Que vont devenir ces petits fruits alors que la toundra se transformera en taïga en raison des changements climatiques ? On n’aurait pas pensé d’examiner la situation sous cet angle spécifique. »

Chaires variées

Trois chaires de recherche ont été créées à la suite de la naissance de l’INQ. Elles portent sur le développement durable, sur la conservation de la faune et la sécurité alimentaire traditionnelle, par exemple quant à la vulnérabilité face aux maladies transmises par les animaux, et sur le potentiel géothermique.

Il peut sembler paradoxal d’utiliser la chaleur du sol dans un climat froid, admet Louis Fortier. « À une certaine profondeur, la nature géologique du sous-sol a plus d’importance que les températures atmosphériques. Ce qui est bien, c’est qu’il y a des mines abandonnées sur le territoire du Plan Nord, avec déjà des puits creusés qui représentent des sources de chaleur intéressantes. »

Selon l’INQ, 215 professeurs de ses trois institutions fondatrices se concentrent sur les enjeux nordiques.