Zone Plan Nord

Un carrefour logistique des transports

Le territoire du Plan Nord représente 1,2 million km2 au nord du 49e parallèle, un potentiel immense que le gouvernement du Québec souhaite développer de manière durable. Cela implique une croissance économique, une collaboration avec les communautés et une protection de l’environnement. Pour y parvenir, il faut d’abord avoir accès à ces vastes espaces et améliorer les connaissances à leur sujet. Premier volet de quatre.

« Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin », dit l’adage. Il décrit bien la mission de la Société ferroviaire et portuaire (SFP) de Pointe-Noire, à Sept-Îles, qui donne accès à ses installations aux entreprises qui en ont besoin même si elles sont en concurrence. Jusqu’à 10 millions de tonnes de minerai pourraient transiter par son quai multiusager cette année.

Lors de la faillite de Cliff Natural Resources, le gouvernement provincial a pu racheter ses terrains stratégiquement situés et créer la SFP Pointe-Noire, au coût de 120 millions $. La Société du Plan Nord était d’abord l’unique commanditaire, mais des partenaires privés se sont ajoutés. Un plan d’investissement de 280 millions $ sur plusieurs années est prévu pour améliorer les installations.

Les mines Tata Steel et Minerai de fer Québec, aux environs de Fermont, utilisent la voie ferrée de la SFP Pointe-Noire pour transporter leurs convois, puis les entreposent dans une cour en attendant de pouvoir charger les navires au quai multiusager. Tacora Resources, qui a racheté la mine Scully au Labrador, et Mine Arnaud inc., qui veut extraire de l’apatite, sont en pourparlers pour faire de même.

« Plus on offre des services à des entreprises, plus les installations sont rentables. Le gouvernement a vu là un investissement à long terme pour stimuler l’économie de la Côte-Nord, mais aussi de tout le Québec », affirme la responsable des communications de la société, Émilie Paquet.

Car si le quai était la propriété d’une compagnie privée, on verrait mal pourquoi elle le partagerait avec un concurrent. « C’est là qu’on devient pertinent, assure Mme Paquet. Nous devenons un carrefour logistique pour régler les défis de cohabitation. C’est ce qui a permis par exemple de relancer la mine du lac Bloom avec un prix du fer à 68 $ la tonne, alors qu’il a déjà été à 200 $. »

Depuis que les premiers convois de ce projet ont commencé en mars, il y a de l’activité 24 heures sur 24 sur le site. La centaine d’employés mis à pied par Cliff ont pu être rengagés. « On assiste à la renaissance de Sept-Îles », croit Émilie Paquet.

La SFP Pointe-Noire vise à servir des entreprises de différents secteurs, qui doivent exporter ou importer des produits, afin de moins dépendre des aléas du marché. Elle a aussi lancé un appel d’offres et est en discussion pour redémarrer l’usine de bouletage, une part de ses actifs.

Zone Plan Nord

Étudier les effets du navettage aéroporté

Bien connus des travailleurs qui s’exilent au nord pour quelques semaines, le navettage aéroporté et ses impacts sont encore peu étudiés. Le Regroupement des femmes de la Côte-Nord a reçu 88 050 $ du Fonds d’initiatives du Plan Nord pour se pencher sur la question, et prépare son rapport pour l’automne prochain.

On compte une quarantaine d’aéroports sur le territoire nordique québécois. La plupart des localités sont plus accessibles par les airs que par les routes, si elles existent. Le gouvernement québécois a d’ailleurs prévu plus de 250 M$, dans son dernier budget, pour améliorer les chemins multiressources construits par les compagnies et prolonger la route 138 dans les prochaines années.

On appelle « fly in fly out » le modèle des entreprises où les employés travaillent en continu quelques semaines, puis retournent à la maison quelque temps.

« Pour les conjointes des travailleurs, c’est devenu une culture, un mode de vie ! On a fait des groupes de discussions dans cinq communautés de la Côte-Nord et on veut partager des données avec l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Par exemple, les grands chantiers ont des impacts positifs sur l’économie, mais ils entraînent aussi des impacts sociaux négatifs sur les femmes », explique la coordonnatrice du regroupement, Sylvie Ostigny.

Le rapport proposera des mesures pour améliorer ces conditions.

Zone Plan Nord

Le Plan Nord en bref

La Société du Plan Nord a été créée par une loi adoptée par l’Assemblée nationale en 2015, pour relancer le projet initié par le gouvernement libéral de Jean Charest en 2011. Elle fait le lien entre les ministères, les entreprises, les communautés et les divers organismes pour le développement des initiatives.

Le Fonds du Plan Nord a aussi été mis en place, avec un budget de 356,7 millions $ pour 2015-2020. Le territoire inclut le nord du Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord, Eeyou Istchee Baie-James et le Nunavik, ce qui englobe 32 localités non autochtones en plus des nations innue, naskapie, crie et inuite. Une assemblée de partenaires réunit plusieurs intervenants de tous les milieux concernés. 

En plus des transports et de la recherche scientifique, le rayonnement à l’international et les télécommunications font partie des conditions ciblées pour la réussite du Plan Nord. Parmi les projets d’ici 2020, on compte faire les études de faisabilité des réseaux de fibre optique et satellitaire, ou encore poursuivre leur implantation, au Nunavik, dans la Baie-James et dans la région de Schefferville. On souhaite aussi améliorer le réseau Internet haute vitesse de la Basse-Côte-Nord. 

Zone Plan Nord

Le plan scientifique en appui

« Notre raison d’être est d’apporter un soutien scientifique au Plan Nord. L’ambition peut paraître utopique, mais l’objectif est de faire de ce projet un exemple mondial de développement durable. »

Directeur de la science et de l’innovation de l’Institut nordique du Québec (INQ), Louis Fortier résume ainsi la vision de ce projet annoncé en 2014. Une aide financière du gouvernement fédéral permettrait enfin de construire le bâtiment pour accueillir les chercheurs sur les terrains de l’Université Laval, mais ceux-ci y œuvrent déjà.

L’Université McGill et l’Institut national de la recherche scientifique sont également au cœur de l’INQ. « Toutes les universités québécoises sont invitées à collaborer », ajoute M. Fortier. Autant des spécialistes des sciences naturelles et du génie que des sciences sociales et de la santé se coordonnent pour mieux comprendre le Nord, du 49e parallèle à l’Arctique canadien.

« On veut garder le leadership important que le Québec a acquis en recherche nordique, indique le professeur en océanographie. Avec le réseau pancanadien ArcticNet, on s’est rendu compte que les questions scientifiques dans le Nord, comme les changements climatiques, font appel à plusieurs domaines. Plus on se coordonne, plus c’est facile d’accomplir des choses là-bas avec l’industrie et les communautés. Il faut conserver une intersectorialité. »

Les axes d’étude de l’INQ sont les sociétés et les cultures, la santé, le fonctionnement des écosystèmes et la protection de l’environnement, les ressources naturelles, ainsi que les infrastructures et les technologies. Le développement durable guide le tout, avec ses volets économique, social et environnemental.

Un consortium

« Le rêve serait de créer un consortium de recherche et d’innovation nordique du Québec, où les industries pourraient nous poser des questions précises. Les compagnies ont certaines obligations, comme l’analyse des impacts pour leur projet, mais nous pouvons aller encore plus loin », songe Louis Fortier.

Grâce à la Société du Plan Nord, les communications avec les communautés autochtones et les divers partenaires sont déjà bien établies.

« C’est important de comprendre leurs besoins, ils peuvent parfois surprendre, avoue le directeur de l’INQ. Par exemple, quand on a questionné les femmes inuites au Nunavik, elles étaient intéressées par le futur sort des baies. Que vont devenir ces petits fruits alors que la toundra se transformera en taïga en raison des changements climatiques ? On n’aurait pas pensé d’examiner la situation sous cet angle spécifique. »

Chaires variées

Trois chaires de recherche ont été créées à la suite de la naissance de l’INQ. Elles portent sur le développement durable, sur la conservation de la faune et la sécurité alimentaire traditionnelle, par exemple quant à la vulnérabilité face aux maladies transmises par les animaux, et sur le potentiel géothermique.

Il peut sembler paradoxal d’utiliser la chaleur du sol dans un climat froid, admet Louis Fortier. « À une certaine profondeur, la nature géologique du sous-sol a plus d’importance que les températures atmosphériques. Ce qui est bien, c’est qu’il y a des mines abandonnées sur le territoire du Plan Nord, avec déjà des puits creusés qui représentent des sources de chaleur intéressantes. »

Selon l’INQ, 215 professeurs de ses trois institutions fondatrices se concentrent sur les enjeux nordiques.