Jean-Philippe Blais est médecin omnipraticien spécialisé dans le suivi périnatal à la Clinique de périnatalité de Trois-Rivières.
Jean-Philippe Blais est médecin omnipraticien spécialisé dans le suivi périnatal à la Clinique de périnatalité de Trois-Rivières.

Médecine familiale: «Ça a ouvert des portes qu’on ne voulait pas ouvrir»

Trois-Rivières — Si la pandémie de coronavirus a chamboulé la pratique de la médecine familiale et des suivis de grossesse, elle a aussi apporté son lot de changements positifs dans la pratique, des changements qui pourraient perdurer au-delà de la pandémie, en autant que ce soit dans l’intérêt du patient. C’est du moins l’avis du docteur Jean-Philippe Blais, médecin omnipraticien à Trois-Rivières, spécialisé dans le suivi périnatal à la Clinique de périnatalité de Trois-Rivières.

La pandémie aura forcé l’apparition de la télémédecine en un temps record pour les suivis des patients, une réalité qui était jusque-là peu encouragée par les ordres professionnels, note le Dr Blais. Ce dernier estime maintenant que cette pratique ramène le médecin à un niveau très intéressant, alors qu’il peut évaluer certains patients à distance, à partir de leur domicile, et du même coup prendre en considération plusieurs aspects de leur environnement dans son évaluation.

«Ça a ouvert de force des portes qu’on ne voulait pas ouvrir. C’est pratiquement de la consultation à domicile, comme il pouvait se faire à l’époque. Les compagnies de logiciels médicaux ont pu se revirer de bord en trois semaines pour nous mettre en place des outils et modifier leur offre de service, car il n’était pas question de faire ça sur Facetime ou Messenger en raison des paramètres de confidentialité», signale Jean-Philippe Blais.

Ainsi, une évaluation peut désormais se faire par vidéoconférence, et si une seule observation devait attirer l’attention du médecin, il ne se gênera pas pour demander une consultation en personne à sa clinique, mais avec un protocole de protection très élaboré, l’assurance que le patient ne présente pas de symptômes de la COVID-19 et que la consultation se fasse uniquement sur le problème soulevé. On n’en profitera pas pour faire un examen général, comme il se faisait auparavant.


« Ça me questionne sur le futur, de voir comment on va continuer d’utiliser ça, mais ça pourrait devenir très bénéfique pour la pratique de la médecine de famille, selon moi »
Docteur Jean-Philippe Blais

En ce qui concerne les suivis de grossesse et les accouchements au département d’obstétrique du CHAUR, là où il pratique, la pandémie a évidemment bouleversé les façons de faire, pas toujours au plaisir du médecin.

«On doit se tenir davantage en retrait, pratiquer la distanciation sociale autant que possible. Pour moi, c’est un peu contre-nature parce que je n’ai jamais été pour la pratique distante, je suis un médecin proche de mes patientes. Ça rend la pratique moins humaine. Ça ne nous empêche pas de bien s’occuper d’elles, mais ce n’est pas la pratique que l’on aimait faire, c’est sûr», confie-t-il.

Le suivi de grossesse devient du coup un énorme travail d’équipe, où certains rendez-vous se font en personne et d’autres, que l’on juge au cas par cas, peuvent se faire à distance. «Les patientes enceintes sont généralement très proactives. Elles sont conscientes que si elles ne font pas attention, elles peuvent nous mettre à risque et on ne pourra pas être au poste pour les accoucher. On a une équipe, on doit pouvoir compter les uns sur les autres, ne pas se contaminer et ne pas contaminer les autres patientes. On a une excellente collaboration», constate celui qui rappelle que de nombreux Québécois infectés l’ont été en raison des voyages qui ont été faits durant la semaine de relâche scolaire, au début du mois de mars. «Les femmes enceintes qui accouchent aujourd’hui étaient pour la plupart dans leur troisième trimestre à ce moment-là, et ne voyageaient déjà plus. Cette clientèle a été beaucoup moins exposée au virus durant cette période cruciale», indique-t-il.

Vaccination

Ces jours-ci, Dr Blais ne se prive pas pour rappeler aux familles dont il assure le suivi médical l’importance de la vaccination, de façon générale et ce, même s’il n’existe pas encore de vaccin contre le coronavirus. «Ce que ça reflète aux familles, et à l’ensemble du monde, c’est qu’il manque un seul vaccin dans l’arsenal médical, et c’est toute la planète qui est virée à l’envers. C’est incroyable comment ça fout le bordel. Si on a pu éviter des pandémies de ce genre jusqu’ici pour d’autres maladies, c’est qu’il existait des vaccins. On peut être contre la vaccination, mais quand 90% de la population est vaccinée, c’est là qu’on obtient la véritable immunité populationnelle. C’est un concept qui peut uniquement être lié à la vaccination», considère-t-il.

C’est d’ailleurs un aspect de la médecine qui le rend hésitant à se prononcer sur l’efficacité du déconfinement. «On m’a souvent demandé ce que je pensais du retour à l’école. La vraie réponse, c’est que je n’ai pas de réponse, parce qu’on ne sait pas comment ça va se passer. Le confinement s’est bien fait, et j’aimerais aussi que le déconfinement se fasse dans le même sens. Pour cela, il faut prendre le temps de bien faire les choses», croit-il.