Dany Boutet, vice-président aux litiges et aux griefs au sein du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et de métier du CIUSSS MCQ (SPPSAM) affilié à la CSN.
Dany Boutet, vice-président aux litiges et aux griefs au sein du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et de métier du CIUSSS MCQ (SPPSAM) affilié à la CSN.

Des représentants syndicaux au front

Parmi les volontaires qui ont répondu à l’appel du gouvernement pour prêter main-forte aux travailleurs de la santé qui luttent contre la COVID-19, il y a des représentants syndicaux. Le Nouvelliste s’est entretenu avec deux d’entre eux qui, bien qu’ils aient une formation et de l’expérience dans le réseau de la santé, ont dû se remettre à jour dans des conditions extrêmes.

Trois semaines sans ses enfants

Il y avait trois ans que Dany Boutet n’avait pas remis les pieds sur le plancher d’un établissement du réseau de la santé, du moins, pour y travailler comme préposé aux bénéficiaires. Il y est retourné du 13 au 30 avril, afin de donner un coup de main aux collègues du CHSLD Mgr Paquin, à Saint-Tite.

«J’étais un peu nerveux au début, ça faisait longtemps que je n’avais pas mis les pieds sur le plancher. Mais avec l’équipe extraordinaire qu’on a à Mgr Paquin, j’ai été bien encadré. D’ailleurs, tout le mérite leur revient, ces gens sont au front depuis le début de la crise et y sont encore, contrairement à moi. Ce sont vraiment des employés d’exception», insiste celui qui agit normalement à titre de vice-président aux litiges et aux griefs au sein du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et de métier du CIUSSS MCQ (SPPSAM) affilié à la CSN.

S’il reconnaît avoir éprouvé un peu de crainte à l’idée de mettre les pieds dans l’un des foyers d’éclosion les plus importants en Mauricie (une quinzaine de décès et plus de 40 résidents et employés malades, en date de mercredi), M. Boutet souligne que cette inquiétude a vite disparu face aux conditions dans lesquelles de nombreux résidents ont terminé leurs jours.

Le syndicaliste a cependant trouvé difficile de ne pas voir ses enfants pendant plus de trois semaines. En effet, puisqu’il en a la garde partagée, il a jugé préférable de ne pas les héberger chez lui tant qu’il travaillait au CHSLD, de peur qu’ils ne ramènent le coronavirus chez son ex-conjointe.

Paul Lavergne, président du Conseil central du Cœur-du-Québec de la CSN.

«Je ne les ai pas vus, sauf par Facetime ou quand je passais devant chez eux, pour les saluer de l’extérieur. Ç’a été un peu difficile, mais c’était une question de sécurité pour ma famille et pour la population. Ma conjointe non plus, je ne l’ai pas vue pendant cette période parce qu’elle aussi a des enfants en garde partagée. Mais au final, ce n’est pas tellement difficile quand je pense aux personnes âgées qui demeurent confinées. Je suis chanceux d’avoir pu reprendre une vie normale après», relativise M. Boutet.

Infirmier, syndicaliste, préposé

Comme Dany Boutet, Paul Lavergne s’est lui aussi senti un peu largué à son arrivée au CHSLD Laflèche de Shawinigan, le plus gros foyer d’éclosion en Mauricie (près de 200 résidents et employés atteints, plus de 40 décès, en date de mercredi).

«J’essayais d’être le plus aidant possible sans être dans les jambes de personne. Et en même temps, je gardais mon niveau de vigilance élevé pour éviter de me contaminer et de contaminer d’autres patients. Ça prend plusieurs jours à acquérir les réflexes nécessaires pour éviter la contamination, pour développer un sentiment de sécurité ou être à l’aise avec ça. Mais aujourd’hui, quand je rentre, les réflexes sont là», témoigne l’infirmier clinicien de formation et président du Conseil central du Coeur-du-Québec de la CSN.

Le représentant syndical est habitué de vanter le bon travail de ses membres. Son expérience au front, à leurs côtés, lui donne autant plus de munitions pour les défendre et les valoriser sur la place publique.

«Je me suis rapidement rendu compte que les gens sur place connaissent leurs patients par cœur. Pour moi qui viens de l’extérieur, ce sont 600 millions de petits détails que je dois retenir pour ne pas briser leur routine. Ça m’a touché et ça m’a ramené en arrière, sur pourquoi je suis entré là-dedans (ce métier). C’est une belle expérience professionnelle et humaine», estime-t-il.

M. Lavergne atteste par ailleurs que l’aide de volontaires, d’anciens employés du réseau de la santé et de représentants syndicaux comme lui, a eu un impact positif.

«Ça enlève une pression et, en même temps, il y a le retour au travail des habitués qui ont attrapé la COVID et qui reviennent. Ça aussi, ça redonne un boost d’énergie aux équipes qui ont tenu le fort», se réjouit-il.