La commandante Jennie Carignan

Jennie Carignan: meneuse de troupes

Ce sont des gestionnaires de formation, ou qui le sont devenus pour répondre à l’une de leurs passions. Leur parcours nous révèle une belle et heureuse dualité créative. Découvrez ces personnes qui savent lier passion et gestion. Un défi inspirant. 3e portrait de 5. Prochain rendez-vous: le 7 février.

Lorsque Jennie Carignan s’est enrôlée dans les Forces armées canadiennes à 17 ans, elle était dans une période de sa vie où elle ignorait encore ce qu’elle voulait faire. Mais elle savait déjà qu’elle avait l’ambition d’accomplir «quelque chose de plus grand qu’elle-même».

Son implication au sein de l’armée lui a permis d’atteindre cet objectif. À force de détermination et de courage, elle a grimpé les échelons jusqu’à obtenir, en 2016, le poste de brigadier-général, l’un des rôles les plus importants au sein des Forces armées canadiennes. 

Avec une responsabilité accrue, Jennie Carignan dirige plus de 11 000 militaires de la force régulière et la de force de réserve. 

Il s’agissait là pour elle de l’aboutissement d’un long parcours au sein de l’armée canadienne. Une carrière qui l’a mené sur plusieurs fronts autant militaires que personnels.

«J’ai eu un voyage exceptionnel au sein des Forces armées canadiennes», affirme-t-elle. «J’ai eu le privilège d’être confrontée à différents défis et de rencontrer et de travailler en collaboration avec plusieurs équipes. Ça m’a toujours dynamisée et motivée.»

La «plus-value» de l’éducation 

Son expérience militaire a joué un rôle dans sa nomination de brigadier-général. Toutefois, la commandante Carignan estimait qu’il lui fallait acquérir de nouvelles connaissances.

«J’ai toujours trouvé que l’éducation était quelque chose d’important. J’ai toujours cherché des outils dont j’avais besoin à travers l’école. Après une dizaine d’années dans les forces, il me manquait des éléments pour bien faire mon travail. À titre de leader, je dois m’assurer de prendre les bonnes décisions et que j’avais les outils pour bien analyser les problèmes. 

«J’ai eu un voyage exceptionnel au sein des Forces armées canadiennes», affirme Jennie Carignan.

C’est ainsi qu’elle a entrepris une maîtrise en administration des affaires à la Faculté des sciences de l’Administration à l’Université Laval. Le but recherché était d’être davantage à l’aise dans le chaos et l’incertitude et de développer sa vision stratégique. 

«Dans un contexte complètement militaire où on pense que ce genre d’études n’est pas nécessaire, mais ce diplôme a construit ma façon de penser et accéléré ma prise de décision et mon niveau de confort. Cette formation m’a vraiment aidée dans mon rôle de gestionnaire». 

En dehors des études en administration, Jennie Carignan avait déjà une formation en génie militaire, car elle a toujours trouvé que la science avait cette capacité de répondre à ses nombreuses interrogations.

Toutefois, la science ne peut répondre à tout ce qui se passe dans le monde. Un autre volet allait être nécessaire pour Mme Carignan afin de cerner au mieux le comportement de ses soldats : les sciences humaines.

«Graduellement dans ma carrière, j’ai eu des défis de plus en plus importants à relever, et ils sont souvent au niveau humain. Les équations mathématiques permettent de faire décoller un avion, mais ça ne permet pas d’expliquer certains comportements ou conflits et comment les résoudre. Des études en sciences humaines m’ont permis d’être à l’aise avec des problèmes qui n’ont pas forcément de réponses ou de solutions immédiates», explique-t-elle.

Malgré son rôle de leader, Mme Carignan n’estime pas avoir le monopole de la vérité et du bon sens. Si l’armée est reconnue pour miser sur la notion de hiérarchie, cela n’empêche pas la brigadier-général de tendre l’oreille aux idées nouvelles, et ce peu importe qui les propose.

«C’est un travail d’équipe. Tout le monde doit contribuer à l’évolution de nos programmes. Il est également important de susciter de la créativité. Comme leader, c’est facile de faire mourir les bonnes idées, quand on s’assure de ne pas écouter ce que les autres ont à dire. Mais quand on leur laisse une place pour parler, ça suscite plus de créativité et d’initiative dans l’équipe et on accepte à ce moment le risque d’erreur.»

L’important pour elle, c’est d’arrivée à la destination, et ce même s’il faut prendre des détours, car l’erreur est une chose à laquelle chaque individu doit être confronté. C’est pourquoi elle donne une place importante aux jeunes recrues, afin qu’il y ait un apprentissage réciproque au sein de l’ensemble des soldats. 

«L’apport des jeunes est extrêmement important, car ils n’ont pas des idées arrêtées sur nos façons de faire et j’aime rappeler que Charles Darwin n’avait que 21 ans quand il a élaboré la théorie de l’évolution», explique-t-elle.

Un métier enrichissant

Si certaines personnes ont une personnalité distincte au travail et à la maison, ce n’est pas le cas de Jennie Carignan.

«Mon rôle personnel et professionnel est intégré l’un à l’autre. J’ai énormément appris de par ma carrière et ça m’aide à être un meilleur parent et vice versa. Je ne suis pas différente au travail que je le suis à la maison, je suis la même personne constamment.»

«Graduellement dans ma carrière, j’ai eu des défis de plus en plus importants à relever, et ils sont souvent au niveau humain.»

« Comme leader, c’est facile de faire mourir les bonnes idées, quand on s’assure de ne pas écouter ce que les autres ont à dire. Mais quand on leur laisse une place pour parler, ça suscite plus de créativité et d’initiative dans l’équipe et on accepte à ce moment le risque d’erreur. »
Jennie Carignan, brigadier-général des Forces armées canadiennes

Fascinée par le dévouement humain de ses troupes, elle estime que les soldats mériteraient davantage de reconnaissance pour le travail qu’ils doivent faire «dans des situations difficiles, et où ils font preuve de beaucoup d’altruisme». 

Si l’armée lui a permis de conjuguer ses passions pour les études, elle encourage les gens à se joindre aux Forces armées, et ce peu importe leur parcours professionnel.

Elle estime qu’il y a une grande pluralité de gens au sein de la réserve militaire, et que ces expériences variées sont bénéfiques pour l’évolution de l’armée.

«Mon rôle personnel et professionnel est intégré l’un à l’autre. J’ai énormément appris de par ma carrière et ça m’aide à être un meilleur parent et vice versa», estime Jennie Carignan.

+

DANS LA TÊTE DE JENNIE CARIGNAN

Une entreprise...

J’aurais fondé une entreprise dont le but aurait été d’aider et appuyer les gens, car j’ai un grand intérêt envers eux. Chaque personne a un potentiel énorme à développer, quand on prend le temps de le voir. Je serais allée vers une entreprise de coaching et d’accompagnement, car parfois on peut se sentir seul en ayant beaucoup de responsabilités. 

Un livre...

Un des livres dernièrement qui m’a beaucoup inspirée m’a été recommandé par un ancien mentor, le lieutenant Maisonneuve, maintenant retraité. Il a eu un gros impact sur ma carrière et le livre qu’il m’a donné en cadeau s’appelle The Generals. L’étape de devenir général est un énorme changement, et je ne m’y attendais pas à ce point. Il m’a donné ce livre avant que je sois promue en me disant que je le trouverais intéressant. Je crois qu’il savait ce qui m’attendait. 

Une personne inspirante...

Angela Merkel, la chancelière allemande. Il y a plusieurs choses qui vont constamment mal en politique et ça demande une force mentale et physique énorme pour soutenir ce rythme pendant aussi longtemps. J’ai énormément de respect pour ce qu’elle fait.

Une rêve...

Je souhaitais devenir ballerine, mais je dois nuancer sur les rêves. Je pense ce qui est important, c’est de développer des passions, même si notre passion n’est pas forcément la même que notre emploi. Donc je suis aux antipodes avec l’expression «allez-y, suivez vos rêves»! Un moment donné, on doit se buter à la dure réalité. Il faut se trouver des activités où nous sommes compétents, mais aussi qui nous épanouissent au quotidien. 

Un souvenir de carrière...

Je me préparais à être déployée en Bosnie en 2002. Je déjeunais avec mes enfants, et mon fils de six ans me demande si j’allais mourir. On n’est pas prêt à répondre à ça à 6h du matin. J’ai dû patiner fort à ce moment-là! C’est le genre de question où tu ne peux pas répondre oui, ou peut-être, ou non. Tu ne peux pas faire de fausses promesses. Alors je lui ai demandé si c’était dangereux pour lui de se rendre à l’école le matin, de traverser la rue? Il m’a dit oui, mais vous m’avez appris à bien regarder avant de traverser. J’ai répondu que c’était la même chose avec mon travail. Je suis bien préparée, je dois faire ce que j’ai à faire et ça va bien aller. Dans notre travail de militaire, on doit préparer nos familles à ce qui peut arriver.