ZONE Une forêt à connaître

QWEB: faire rayonner le bois du Québec à travers le monde

MATANE – Avec ses 1,7 million de km carrés couverts à 44% de forêt, le Québec possède une importante matière d’exportation: son bois. En faisant la promotion de cette ressource à l’échelle internationale, QWEB fait rayonner ses propriétés remarquables, mais aussi ses vertus écologiques et durables qui en font l’un des meilleurs outils de lutte aux changements climatiques.

Quebec Wood Export Bureau (QWEB) ou le Bureau de promotion des produits du bois du Québec est un organisme créé en 1996 et dont la mission consiste essentiellement à exporter le bois du Québec, en collaboration avec quelque 125 entreprises réparties dans différents groupes: bois résineux, bois feuillus, planchers, granules énergétiques et construction en bois (maisons usinées et structures). «Chacun a sa stratégie différente, précise le président-directeur général de l’organisme, Sylvain Labbé. Selon le secteur, ce n’est pas le même marché et les mêmes intérêts.» 

QWEB a son siège social à Québec. Il possède des bureaux en Chine, au Japon, en Corée, au Royaume-Uni, en Europe de l’Ouest et en Inde. L’organisme siège notamment sur le comité «forêt» des Nations unies pour le Canada. «Dans le feuillu, 80 % de nos exportations sont en Chine et au Japon, indique M. Labbé. C’est du bois scié pour des usines de meubles.» Il estime les exportations de bois feuillu à plus de 250 millions $, dont 150 millions$ en Chine et 100 millions $ aux États-Unis.

Plutôt d’être perçue comme un problème comparativement à la Colombie-Britannique qui produit de gros arbres, la petite taille du bois du Québec ouvre de nouveaux marchés internationaux. «On a développé le sciage de petites billes et des produits préfabriqués qui sont l’avenir, soutient le patron de QWEB. La tendance des marchés dans le domaine du bois et de la construction repose sur les produits à faible empreinte de carbone. La demande est exponentielle.» Selon l’ingénieur forestier, le caractère innovant du Québec se traduit par des produits d’ingénierie de haute performance préfabriqués avec du petit bois. 

«Il y a un tiers de moins d’émissions de GES [gaz à effet de serre] dans une construction préfabriquée que celle sur un site, mentionne Sylvain Labbé. Il n’y a aucune perte parce qu’en usine, tout est coupé à la bonne dimension. Le transport prend aussi beaucoup moins de temps. Tout arrive tout prêt à assembler.»

«Notre produit est plus performant, plus vert et est mieux que le béton et l’acier, est-il convaincu. C’est sûr que le bois est le produit de l’avenir dans la construction […] par rapport au plastique, au béton et à l’acier.»

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Des vêtements fabriqués à partir de… bois

MATANE – Les procédés de transformation de la fibre de bois se multiplient au gré de la recherche et du développement. Ce n’est que le début d’une nouvelle ère et pourtant, des produits écologiques, durables et résolument novateurs sortent déjà des usines. Parmi ces nouveaux produits, notons des vêtements fabriqués avec de la pâte de rayonne provenant de la fibre de bois.

C’est ce produit qui, en 2010, a donné un nouveau souffle à l’ancienne usine de pâte kraft Papiers Fraser de Thurso en Outaouais et qui a permis de rappeler au travail les 325 employés. «À partir de la fibre de bois, on fait une pâte dissoute, explique le directeur d’Unifor pour le Québec, Renaud Gagné. C’est beaucoup plus écologique d’épuiser des résidus de bois que de faire pousser du coton.»

La pâte produite à l’usine Fortress Cellulose Spécialisée est utilisée dans une grande variété de produits: fibres textiles, acétone, cellophane, filaments de pneus, filtres et additifs chimiques. Elle est aussi utilisée par les compagnies pharmaceutiques et l’industrie alimentaire comme agent liant.

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Innover pour protéger

ZONE PLAN NORD / Le territoire du Plan Nord représente 1,2 million de kilomètres carrés au nord du 49e parallèle, un potentiel immense que le gouvernement du Québec souhaite développer de manière durable. Cela implique la croissance de l’économie, la collaboration avec les communautés et la protection de l’environnement. Alors que 50 % des espaces doivent être mis à l’abri des activités industrielles d’ici 2035, le tourisme devient tout indiqué pour mettre en valeur les beautés de la nature. Dernier volet de quatre

D’ici 2020, 20 % du territoire du Plan Nord devra être constitué d’aires protégées selon la cible du gouvernement provincial. Qu’arrive-t-il au 30 % restant pour atteindre la moitié des espaces à l’abri des activités industrielles ? Voilà l’occasion d’aborder la conservation de la biodiversité sous un nouvel angle porteur d’initiatives, mais qui comporte aussi son lot de défis.

Coordonnatrice en conservation et analyse politique chez la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), Alice de Swarte est membre du groupe de travail sur les mesures de conservation, mis en place par la Société du Plan Nord et qui réunit les intervenants de tous les secteurs concernés.

« Je suis une spécialiste du fameux 30 % », lance-t-elle d’entrée de jeu en entrevue téléphonique.

Sauf qu’il y a plus urgent : l’objectif des aires protégées, qui pour l’heure ne représentent qu’un peu plus de 10 % du territoire. « 2020, c’est demain, presse Alice de Swarte. Les nations autochtones sont très impliquées pour identifier les milieux et les conserver. Il y a de nombreuses initiatives, comme Parcs Nunavik. Les Inuits, les Innus, les Naskapis et les Cris ont ciblé des dizaines de milliers de km2 à protéger. On encourage le gouvernement à aller de l’avant. »

Et pas seulement au nord du 49e parallèle. « Il y a un engagement international de 17 % à respecter. Il faut protéger l’ensemble de la biodiversité, y compris celle que l’on retrouve particulièrement au sud », ajoute la coordonnatrice.

L’envers de la médaille

Alors que les aires protégées représentent une façon éprouvée pour conserver l’environnement, les mesures comprises dans l’autre 30 % le sont moins. « C’est à la fois une menace et une opportunité. C’est intéressant d’aborder la protection d’une nouvelle façon, mais il faut garder des balises scientifiques », indique Alice de Swarte. 

On peut par exemple miser sur le lien des communautés avec le territoire, ce qui comprend les dimensions spirituelle, patrimoniale et alimentaire pour les Autochtones. « Il ne faut pas juste regarder le potentiel économique et protéger le bout qui reste. Il faut une vision plus englobante des usages territoriaux, voir le développement durable dans son ensemble », plaide Alice de Swarte, qui prône l’importance de la planification.

« Il y a plusieurs infrastructures comme les aéroports, les chemins de fer, les barrages hydroélectriques... On doit avoir accès au Nord, mais on ne peut pas tracer des routes partout quand on sait que la fragmentation du territoire est la principale cause du déclin de la biodiversité. »

La recherche scientifique est essentielle, tout comme la concertation entre les intervenants, qui portent tous « des lunettes différentes », selon leurs intérêts.

« C’est beau le 50 % protégé, mais l’autre côté doit aussi avoir de bonnes pratiques. On doit penser le 100 % », croit Alice de Swarte.

Impacts sociaux

La coordonnatrice estime que les projets miniers peuvent réduire leurs effets sur l’environnement, mais qu’il est difficile d’avoir l’heure juste quand les impacts cumulatifs ne sont pas pris en compte. En plus de l’exploitation des gisements, il y a aussi la recherche et la contamination des sites abandonnés.

« On a tendance à voir le Nord comme un milieu intact, mais il y a des traces de l’occupation humaine. Les aînés autochtones pourraient en témoigner », souligne Alice de Swarte, convaincue par les bénéfices apportés par la préservation de l’environnement, sur le plan de l’économie ou celui de la santé.

Caribou sacré

Plus qu’un enjeu nordique, la protection du caribou inquiète dans toute la province. L’animal est sacré pour les nations autochtones. 

« Ce grand mammifère est une espèce parapluie. Si on le protège, on protège aussi d’autres espèces. Le caribou est au coeur de nos actions, et on considère son bien-être comme un indicateur de succès », conclut Alice de Swarte.

Zone Plan Nord

Bâtir un tourisme durable

ZONE PLAN NORD / Longtemps seulement considéré comme un paradis de chasse et de pêche, le Nord québécois se bâtit progressivement une identité touristique basée sur le plein air et la culture autochtone.

« C’est un beau mouvement de voir l’industrie touristique basée sur les pourvoiries se transformer vers un tourisme durable, qui s’appuie sur le plein air et la culture locale », s’enthousiasme la responsable du marketing et du service à la clientèle, Lucile Drouineau, de Parcs Nunavik. 

Comme la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ), l’organisation inuite gère quatre parcs nationaux, chacun se distinguant par sa signature, certains encore en développement. À l’extrême nord, le parc des Pingaluit fait rêver avec son critère d’origine météorique surnommé « l’oeil de cristal du Nunavik », rempli d’une eau au bleu envoûtant. Près du Labrador, les parcs Kuururjuaq et Ulittaniujalik fascinent avec les monts Torngat et la rivière George, terrain des caribous. Un peu plus au sud, du côté de la baie d’Hudson, Tursujuq est le plus vaste parc au Québec. 

« Nous sommes une jeune destination, admet Lucile Drouineau en entrevue téléphonique. Il y a aussi une confusion avec le Nunavut, le territoire canadien. Le Nunavik reste un endroit extrêmement riche. Les paysages sont spectaculaires ! »

Des politiques strictes sont appliquées pour protéger l’environnement. Par exemple, dans les excursions où on peut apercevoir loups, ours polaires ou bélugas grâce à l’oeil expérimenté des guides inuits, aucun déchet n’est laissé derrière. Pour un forfait tout inclus de quelques milliers de dollars, les quelque 750 visiteurs annuels ont aussi droit à un séjour privilégié dans la communauté pour découvrir la culture locale avec les aînés, sans compter les activités nécessitant une certaine forme physique comme le kayak, le ski nordique, la raquette alpine ou le paraski.

Les efforts de Parcs Nunavik sont appuyés par la Stratégie touristique québécoise au nord du 49e parallèle, découlant du Plan Nord. Elle cible le développement du tourisme autochtone, de l’écotourisme et du tourisme d’aventure, en mettant en valeur la nature, la culture et le terroir.

Cris

C’est aussi ce que vise Tourisme Baie-James, qui travaille main dans la main avec son pendant cri, la Cree Outfitting and Tourism Association. 

« Dans une région ressource comme la nôtre, c’est bon de diversifier l’économie avec le tourisme, croit le directeur général de Tourisme Baie-James, Mitchell Dion. L’offre touristique aussi se diversifie. Nos trois forces traditionnelles étaient la visite des barrages hydroélectriques, la pêche et la motoneige. On peut maintenant observer que le tourisme autochtone est de plus en plus en demande. Nous voulons aussi axer sur l’événementiel avec des festivals et on travaille à développer une certification pour les entreprises qui ont des pratiques durables. »

Uapishka

Du côté de la Côte-Nord, l’UNESCO a reconnu, il y a une dizaine d’années, la MRC Manicouagan comme une réserve mondiale de la biosphère (la RMBMU), un projet de développement durable porté par la communauté locale, dont les Innus. On y trouve la station d’écotourisme et de recherche Uapishka, au pied des monts du même nom, aussi connus comme les monts Groulx. « Ça représente une balance aux projets industriels », estime Jean-Philippe L. Messier, directeur général.

Lac-Saint-Jean

Même quelques municipalités du Lac-Saint-Jean sont incluses dans la stratégie touristique nordique. À Girardville, par exemple, la subvention de 47 446 $ du Fonds d’initiatives du Plan Nord, donnée au groupe Destination Boréale, a permis d’embaucher une ressource à temps plein pour mettre en place le plan de développement touristique. Une « bougie d’allumage », selon la vice-présidente de l’organisation, Marion Fournier.

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Cultiver des légumes avec des déchets

ZONE PLAN NORD / Un projet pilote ambitieux se met en place à Kuujjuaq, pour lequel le gouvernement provincial a accordé 5 millions $ sur trois ans en 2017. Dans un territoire où disposer des matières résiduelles et faire pousser des végétaux est plus compliqué que ce qu’on connaît au sud, on tente ici de combiner les deux difficultés pour en faire une solution.

L’aide financière servira à concevoir et à bâtir un système de valorisation énergétique de l’huile usée qui a été utilisée dans les centrales thermiques, puis une serre commerciale chauffée grâce à ce procédé. «On apporte beaucoup de matériaux dans le Nord, mais ce n’est pas aussi simple de les faire sortir», résume le responsable des communications Guillaume Lavoie, de la Société du Plan Nord. Cette dernière coordonne les mesures financées par le Fonds du Plan Nord.

Québec a aussi prévu 3 M$ sur quatre ans dans son dernier budget pour le nettoyage des sites d’entreposage et la disposition sécuritaire des matières résiduelles dangereuses. 

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Lutte aux changements climatiques: les ingénieurs forestiers sonnent l’alarme

MATANE – Dans la mouvance visant à éveiller les consciences sur l’urgence de se doter d’un plan de lutte aux changements climatiques, l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ) joint sa voix aux groupes de pression. Pour l’organisme professionnel, il y a urgence d’agir pour réduire les gaz à effet de serre. Les ingénieurs forestiers ont les connaissances et les compétences pour y contribuer. C’est le message qu’envoie le président de l’OIFQ, François Laliberté.

Selon lui, c’est la raison pour laquelle il faut faire de l’aménagement forestier. «La forêt peut jouer deux rôles, indique-t-il. Quand elle est sur pied et qu’elle pousse, elle capte le carbone et remplit d’autres rôles contre les changements climatiques: protection des sols et de l’eau, contrôle de la chaleur, biodiversité… Puis, quand on utilise le bois, comme c’est un produit renouvelable, on remplace des matériaux plus polluants et de l’énergie. On stocke le carbone plus longtemps que si l’arbre s’était décomposé.»

«Nous, là-dedans, on a le rôle d’équilibrer ces deux grands pôles-là parce que pour utiliser le bois, il faut le couper, continue M. Laliberté. Mais, il faut s’occuper que la forêt se régénère, qu’elle repousse et qu’on continue de bénéficier de tous les bienfaits de sa croissance. L’ingénieur forestier ne peut pas faire juste de la conservation; il faut qu’on aie de plus en plus des produits de substitution.»

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Pour les Inuits, par les Inuits

Le territoire du Plan Nord représente 1,2 million de kilomètres carrés au nord du 49e parallèle, un potentiel immense que le gouvernement du Québec souhaite développer de manière durable. Cela implique la croissance de l’économie, la collaboration avec les communautés et la protection de l’environnement. Dans un cadre où la force des travailleurs est essentielle, des initiatives voient aussi le jour pour soutenir les Premières Nations. Troisième volet de quatre

Le centre de réadaptation Isuarsivik, à Kuujjuaq, est le seul établissement au Nunavik, et même dans tout le Nord canadien, qui offre un service de traitement des dépendances dans une approche adaptée à la culture inuite. Fort de son expertise, il est prêt à prendre de l’expansion.

« Pour les gens qui ont souffert et qui essaient de s’en tirer, c’est plus efficace si ça se fait dans leur propre culture et leur propre langue », indique d’entrée jeu le président du conseil d’administration Dave Forrest, lors d’une entrevue téléphonique en anglais. L’expérience a montré que les méthodes du « sud » n’étaient pas les meilleures pour les autochtones dépendants à l’alcool ou d’autres substances. À Isuarsivik, le programme est conçu « par des Inuits, pour des Inuits ».