Le désherbage à la pioche au Domaine Bergeville.

Les vignerons philosophes

CHRONIQUE / J’espère ne pas vous avoir trop étourdis la semaine dernière avec mon récit sur la dynamisation. Chose dite, chose due : la contextualisation annoncée.

Pour Marc Théberge, la biodynamie, c’est plus qu’une méthode de culture, c’est une philosophie. Ce qui l’attire dans la démarche, c’est de créer un écosystème sur le vignoble. Plus. Un organisme autosuffisant vierge de tout intrant extérieur. Car au-delà des préparations, de la dynamisation et du calendrier — des outils pour parvenir à ses 

fins — l’objectif sous-entendu est de rendre le vignoble plus fort pour que le vin soit la meilleure version de lui-même. L’ingénieur de formation ajoute : « C’est comme un être humain, si on le nourrit bien, il sera en santé. » 

Pourtant, le clan Théberge-Rainville reste très discret à ce sujet. Ils ont bien d’autres chats à fouetter que de pourfendre les critiques des dubitatifs. Car il y a beaucoup de connotation autour de la biodynamie. S’il y a des milieux où ça passe mieux, « au Québec, on a été mis à mal par la religion. Et, en certains points, la biodynamie ça rappelle la religion. Pour les gens qui ne cherchent pas à comprendre, on a l’air weird! » soutient Marc en rigolant.

De toute façon, ils n’ont pas réponse à tout. « C’est difficile, parce qu’on ne peut pas percevoir les résultats directement. Et il y a plein de trucs que je fais que je ne comprends pas moi-même! » plaisante-il. Comme de pulvériser de la bouse de vache diluée, qui a passé l’hiver sous terre dans une corne de vache pour favoriser le développement des mycorhizes. L’idée, c’est de mettre en branle des forces homéopathiques pour rendre le sol plus réceptif.

« Le premier signe d’intelligence, c’est de se rendre compte qu’on ne comprend pas tout », rappelle-t-il. Justement, des domaines viticoles parmi les plus prestigieux du monde — dont son honorable Romanée-

Conti — et des vignerons cartésiens — comme Marc et Ève, qui ont respectivement des formations d’ingénieur et de statisticienne — adhèrent à la biodynamie. 

Mais comment diable une pratique aux fondements si controversés est-elle devenue si répandue? « À la dégustation, quand on compare les vins biodynamiques à leurs homologues en conventionnel et en bio, on perçoit plus de profondeur et de longueur », constate Marc. Après tout, la vérité est dans le verre, n’est-ce pas?

Vigneronne en herbe : semaine 6

Tout l’été, vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est!

Le beau temps des derniers jours nous a enfin permis de désherber! En bio, le désherbage s’avère un enjeu majeur, car aucun produit chimique ne viendra faire le sale boulot à votre place. Le salut de la mauvaise herbe passe donc par le désherbeur mécanique et le jus de bras! Des heures et des heures de plaisir à piocher du chiendent et des pissenlits aux troncs gros comme des pieds de brocolis, endurcis par des années de piochage acharné.

Mes modestes biceps se sont donc donnés corps et âme afin d’extirper la flore foisonnante aux pieds des vignes. Pourquoi se donner tant de mal? Parce qu’elle deviendrait un marchepied pour la maladie qui disposerait alors d’un aller simple vers les grappes. Néanmoins, les entre-rangs restent enherbés pour préserver une plus grande biodiversité.

À peine les derniers rangs enfin achevés, que la jungle est déjà revenue sous les ceps désherbés il y a deux semaines. Allez, ouste! À la pioche!

Swartland 2018, Chenin Blanc, Lubanzi
19,05 $ | 13984539 | 12,5 % | 1,7 g/l | V

La Vallée de la Loire n’a pas le monopole du chenin blanc. Le cépage a trouvé une terre d’accueil prospère en Afrique du Sud, notamment à Swartland, véritable cellule créative du vin. 

Lubanzi, ce sont des vins socialement engagés qui se soucie autant de faire du bon vin que de redonner à la communauté africaine. Lan dernier, les deux vignerons-philanthropes derrière Lubanzi ont pu, entre autres, offrir des soins médicaux et dentaires à 44 enfants et soutenir un club de la petite enfance. 

La matière fruitée est volubile, définitivement tropicale, aux accents de litchis et de pêches. L’ensemble est énergique, est enveloppé d’une chair texturée et dégage d’importantes vibrations festives. La bouteille autant que sa palette mettront tous les copains en appétit!

Bordeaux 2015, Château Les 5 Clés
19 $ | 14038350 | 13,5 % | 2,1 g/l | BIO

Le merlot domine joliment cet assemblage expressif aux arômes de tabac et de mûres. La bouche est de belle souplesse, possède des tanins discrets et une fraîcheur certaine.

Pas du bordeaux complexe, mais à ce prix, et en bio, c’est une très belle affaire!