Malgré ses petites vrilles qui grimpent et s’accrochent, à ce stade, la vigne ressemble plus ou moins à une préado aux membres trop longs qui semble porter le poids du monde sur ses épaules.

À vue d’œil

CHRONIQUE / Je vous parlais justement des Jeunes Vignes de xinomavro du jeune Apostolos Thymiopoulos dans ma dernière chronique. Tendance obsessionnelle avec le vigneron ou le cépage? Si l’histoire ne le dit pas encore, une chose est sûre, je fonds pour cette bouteille qui est fort probablement mon rosé « découverte » de l’été! Oubliez tout ce que vous connaissez du rosé et préparez-vous à sortir des sentiers battus. Ce 2016 a séjourné 12 mois en fûts de chêne de plusieurs passages, ce qui est de prime abord assez inhabituel pour un rosé. Inspiré de la biody, sans collage ni filtration, qui plus est. Le nez interpelle la tarte à la fraise, et le point culminant de ce vin réside dans sa texture voluptueuse. Goûteux, gourmand et pertinent. Bref, un rosé qui est loin d’être beige!

Macédonia 2016, Rosé de Xinomavro, Domaine Thymiopoulos
19,90 $ •  13567524 •  
13 % • 5,1 g/l   •  

Penedès 2014, Pinot noir, Mas Borràs, Torres
37,75 $ •  856039 •  
14 % •   1,4 g/l  •  

Torres aime jouer avec les cépages autochtones et d’ailleurs. Du pinot noir d’Espagne? Vous voilà intrigués? Vous aussi, moi aussi! C’est produit dans le Penedès, à 520 mètres d’altitude, permettant ainsi de balancer un peu de fraîcheur sur ce cépage de climat frais. Délicieux pinot noir, disais-je, aux tonalités de prunes, de viande fumée et de poivre. En deux mots : souplesse et élégance. Précision s’impose, comme suite logique. Amateurs de pinot noir de tout acabit, que vous soyez partisans du nouveau ou de l’ancien, vous serez largement servis.

Vallée de l’Okanagan 2010, Pipe, Black Sage
31,75 $ •  13888934 •  
19,5 % •  95 g/l •  500 ml •

Le célèbre trio bordelais — merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc — se révèle particulièrement redoutable dans ce vin fortifié aux airs de vin doux naturel. Il faut dire que les conditions arides du désert du sud de la vallée de l’Okanagan autorisent ici une audacieuse concentration des sucres et des saveurs. Le nez profond oscille entre la réglisse noire, le tabac, les fines herbes et le café. Pourvu d’une densité, d’un velouté même — pour ne pas dire sphérique — à faire fondre n’importe quel chocolat noir. De la friandise noble.

Vigneronne en herbe : semaine 10

Tout l’été, vivez avec moi mes aventures d’apprentie vigneronne au Domaine Bergeville dans les Cantons-de-l’Est!

Je suis bouche bée devant la poussée de croissance de la vigne. Jamais je ne l’aurais cru capable de grandir si vite. Jusqu’à 10-15 cm par jour! Autant vous dire qu’il a fallu mettre les bouchées doubles pour suivre ses ardeurs.

Malgré ses petites vrilles qui grimpent et s’accrochent, à ce stade, la vigne ressemble plus ou moins à une préado aux membres trop longs qui semble porter le poids du monde sur ses épaules. Afin de lui donner fière allure, j’ai tissé ses pampres (rameaux) rampantes et pendouillantes à travers les fils de fer dressés au-dessus des rangs. Cette opération surnommée « relevage « est essentielle afin de maintenir la verticalité des vignes et faciliter le travail mécanique et manuel.

Parallèlement, la pioche est devenue ma compagne de tous les matins. Main dans la main, elle et moi faisons la peau aux mauvaises herbes qui s’élèvent déjà à des hauteurs vertigineuses depuis la dernière passe de mai. C’est du travail ardu, mais après quelques heures de désherbage sous les 30 °C, la pensée s’évade — méditant, entre autres, sur l’intransigeance des vignerons en bio face aux lots de défis offerts par mère Nature.

En relevant la tête, je constate que la nouaison s’installe tranquillement. Ce moment de réjouissance où la fleur devient fruit. À ce stade, les baies sont minuscules, pas plus grosses qu’un grain de poivre. Justement, le moment est propice à faire une 501 — préparât essentiel en biodynamie et d’autant plus significatif dans le climat nordique qui nous tient.

Car être en biodynamie, c’est vivre au rythme de la nature et de ses mouvements. C’est se lever avec les oiseaux et s’engouffrer dans les vignes aux premières lueurs de l’aube afin de dynamiser : brasser comme s’il n’y avait pas de lendemain une part d’eau et une part de quartz broyé ayant passé tout un été sous terre dans une corne de vache. Après une soixantaine de minutes à parfaire ses biceps, le vigneron asperge ensuite la préparation en fine brume sur la partie aérienne des plantes, histoire de favoriser la photosynthèse grâce aux milliers de petites loupes de quartz scintillantes.