L'intervention auprès des nouveaux parents réduit de 41% leur hésitation à la vaccination et elle augmente de 15% leur intention de faire vacciner leur enfant. Ces changements pourraient avoir des effets appréciables en santé publique.

Un petit 20 minutes qui fait une grosse différence

Une courte intervention auprès des nouveaux parents réduit de 41% leur hésitation à la vaccination
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

L’hésitation à la vaccination, un phénomène en croissance qui menace les acquis en santé publique, n’est pas simple à contrecarrer. Toutefois, une étude publiée dans la revue Eurosurveillance révèle qu’une intervention mise à l’essai au Québec permet de réduire considérablement les réticences des nouveaux parents.

Cette étude, menée par des chercheurs de quatre universités québécoises, dont l'Université Laval, a mis à contribution 1223 femmes et leur conjoint. Les nouveaux parents ont été rencontrés individuellement dans leur chambre d’hôpital par un conseiller en vaccination, de 24 à 48 heures après l’accouchement.

Dans un premier temps, les participants devaient répondre à un questionnaire portant sur leur hésitation à la vaccination et sur leur intention de faire vacciner leur enfant à l'âge de deux mois. Par la suite, ils recevaient une formation d'une vingtaine de minutes portant sur les maladies infectieuses évitables par la vaccination, les méfaits de ces maladies, l’efficacité des vaccins et leurs effets secondaires, l’importance du respect du calendrier de vaccination et les services de vaccination offerts dans leur région. Pour terminer, les parents étaient invités à répondre une deuxième fois au questionnaire.

Résultats? L’hésitation à la vaccination, qui touchait 27% des parents au départ, a chuté à 16% après l’intervention, soit une baisse de 41%. Parallèlement, l’intention ferme de faire vacciner son enfant à l’âge de deux mois est passée de 78% à 90%, soit une augmentation de 15%.

L'une des auteurs de l'étude, Eve Dubé, professeure au Département d'anthropologie et chercheuse à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, estime qu'il s'agit d'un 20 minutes très profitable. «C'est l'une des rares interventions basées sur l'éducation et l'information qui a démontré un effet significatif pour réduire l'hésitation à la vaccination et pour favoriser l'acceptabilité des vaccins.»

Cette étude est l'un des éléments qui a servi de fondement au Programme d'entretien motivationnel en maternité pour l'immunisation des enfants (EMMIE), implanté par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Depuis 2018, ce programme de sensibilisation à la vaccination est progressivement offert dans les hôpitaux du Québec. La première phase, qui s'est terminée en mars 2019, a permis de rejoindre plus de 36 000 parents. Seulement 2% des parents joints ont refusé de participer, un pourcentage qui correspond à la proportion de parents québécois opposés à tout vaccin pour leur enfant. Le programme EMMIE est maintenant déployé dans toutes les maternités des hôpitaux québécois.

L'hésitation à la vaccination ouvre des brèches favorisant la résurgence de maladies infectieuses qu'on croyait contrôlées, notamment la rougeole. D'ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé a placé l’hésitation à la vaccination sur sa liste des 10 principales menaces à la santé humaine en 2019.

Quatre autres chercheurs rattachés à la Faculté de médecine de l’Université Laval, au Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval et à l’INSPQ sont cosignataires de l'étude parue dans Eurosurveillance. Il s’agit de François D. Boucher, Philippe De Wals, Nicole Boulianne et Chantal Sauvageau.