Jacques Leblanc livre une interprétation magistrale dans La duchesse de Langeais.

Édouard le malheureux

Dans La duchesse de Langeais, Michel Tremblay montre la fragilité d’un travesti vieillissant au passé flamboyant
Ce contenu est produit par l'Université Laval.

Accoudé à un bar quelque part au Mexique, Édouard, la soixantaine fatiguée, s'enivre pour oublier un chagrin d'amour. Il fait le bilan de son existence, évoquant ses années glorieuses dans les bars gais clandestins de Montréal. Dans un monologue de 80 minutes, l’homme, vendeur de chaussures durant le jour et travesti la nuit tombée, ne cache rien des frasques de sa vie mondaine et de ses liaisons passées. Tel est le propos de cette pièce de Michel Tremblay, créée en 1968, soit la même année que Les belles-sœurs. À l’affiche jusqu’au 7 décembre au théâtre du Trident, La duchesse de Langeais constitue la pièce la moins montée du répertoire de Michel Tremblay, d’où le plaisir de découvrir l’univers de cette drag queen des plus colorées, brillamment interprété par le comédien Jacques Leblanc.

«Il s’agit d’un personnage fascinant, affirme Jade Gagnon, étudiante de 3e année au baccalauréat en théâtre. C’est un très beau monologue de 80 minutes et un spectacle à ne pas manquer», assure la jeune femme, qui partagera son intérêt pour la pièce avec le public le vendredi 29 novembre à 19h, dans le foyer de la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec, tout juste avant la représentation de La Duchesse de Langeais. Serge Bergeron, professeur au Cégep de Sainte-Foy et coauteur d’un dictionnaire portant sur les quelque 5000 personnages qui peuplent l’univers théâtral et romanesque de Tremblay, sera également de la partie.

Cette rencontre sera la troisième de cinq soirées d’échanges animées par des étudiants ou des professeurs depuis le début de l’automne. Nées d’un partenariat entre l’Université Laval et le Trident, elles permettent au public de réfléchir sur des thèmes liés aux pièces à l’affiche. En complément, des objets et des ouvrages issus des collections de l’Université et ayant un lien avec les thèmes abordés par les conférenciers sont exposés dans les vitrines du foyer de la salle Octave-Crémazie.

Pour se préparer à cette mini-conférence, Jade Gagnon a lu attentivement La duchesse de Langeais, avant d’assister à la première, le soir du 12 novembre. Loin d’elle l’intention de dévoiler l’action de la pièce: l’étudiante souhaite plutôt parler des thèmes qui y sont traités, comme la solitude, la peur de vieillir, tous ces éléments qui font d’Édouard un personnage navigant constamment entre la tragédie et la comédie. «J’aimerais que les idées que nous allons partager avec les gens, le professeur Bergeron et moi, leur permettent d’avoir un degré de compréhension plus élevé de la pièce, qu’ils profitent davantage de leur soirée, en somme.»

Férue de théâtre, Jade Gagnon a été directrice générale du 6Festival de théâtre de l’Université Laval, qui s’est tenu au printemps dernier. Par un heureux hasard, le comédien Jacques Leblanc, directeur du Conservatoire d’art dramatique de Québec, était le président d’honneur de ce festival organisé par une équipe d’étudiantes du baccalauréat en théâtre. L’homme a également donné une classe de maître aux étudiants en théâtre en 2019. «Pendant les trois heures qu’a duré cette classe de maître, Jacques Leblanc nous a donné des conseils sur notre manière de jouer, révèle l’étudiante. Il s’est montré très patient et très attentionné. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. Son interprétation dans La duchesse de Langeais est fascinante. Il faut aller le voir!»