Val-Jalbert: premier village-usine de la région

Village de type mono-industriel, Val-Jalbert a été construit à l'image des premières villes industrielles apparues au XIXe siècle, telles que New Lanark (Écosse), en Europe, Pullman (Michigan) aux États-Unis, ainsi que les villes de Shawinigan, Sherbrooke et Sainte-Hyacinthe, au Québec. Ce hameau à vocation industrielle fut aussi un précurseur des villes de compagnies qui virent le jour dans la région au début du XXe siècle.
Maison du "boss" Lapointe.
Le couvent, en 1915.
Le rêve d'un Canadien français
Le village-usine de Val-Jalbert a vu le jour en 1901, grâce à un homme visionnaire qui a su voir le potentiel immense que représentait la rivière Ouiatchouan, sa chute de 72 mètres et la forêt avoisinante: Damase Jalbert.
Fait remarquable, M. Jalbert, entrepreneur forestier du Lac-Bouchette, était Canadien français. Or, à cette époque la classe dirigeante, notamment celle qui créait et dirigeait les villes de compagnies, était majoritairement anglophone, ou étrangère. Malheureusement, Damase Jalbert n'eut pas la chance de voir toute l'ampleur que prendrait son village-usine, puisqu'il mourut en 1904.
Val-Jalbert connut un début bien modeste. Au départ, on y construisit quatre maisons. Suite au décès de son fondateur, le village-usine devint la propriété d'une compagnie américaine du nom de Ouiatchouan Falls Paper Company et on changea son appellation pour Ouiatchouan Falls. On poursuivit l'oeuvre de Damase Jalbert en opérant l'usine et en construisant d'autres maisons.
En 1907, devant faire face à des difficultés financières, la compagnie vendit un premier bloc d'actions. C'est ainsi que la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi fit l'acquisition, sur sept années, de la Ouiatchouan Falls Paper Company. M. Julien-Édouard-Alfred Dubuc, représentant de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi et gérant-général de Ouiatchouan Falls, apporta un regain de vie à Val-Jalbert. Malheureusement, les difficultés financières de l'entreprise au début des années 1920 entraînèrent la fermeture de l'usine et du village, en 1927.
Des habitations modernes et confortables
Les maisons de Val-Jalbert, qui compta jusqu'à 950 âmes, étaient loin d'être des habitations de fortune. Au contraire, les employés de la Compagnie de Pulpe de la Ouiatchouan étaient fort bien logés pour l'époque. Chaque famille ouvrière habitait une belle maison, construite par la compagnie, avec électricité, égout, eau courante (service d'aqueduc) et cabinets d'aisances.
Ces habitations étaient toutes chauffées au moyen de poêles à bois, qui étaient principalement alimentés de résidus de bois de l'usine. Des vestiges laissent aussi croire que les maisons des employés occupant des postes plus importants, comme le contremaître, étaient même munies d'un système de chauffage à air pulsé pour répartir la chaleur dans l'ensemble de la maison.
Quatre styles de maisons typiques
Sur le plan architectural, on retrouve à Val-Jalbert quatre types de maisons: la maison double ou jumelée (type 1), la petite maison unifamiliale (type 2), la grande maison unifamiliale (type 3) et la grande maison jumelée (type 4).
Avant 1919, tous les bâtiments de Val-Jalbert ont été érigés par des employés de la compagnie, sous la direction du gérant d'usine. Puis, la compagnie engagea une entreprise pour construire ses habitations. C'est la Ha! Ha! Bay Land and Building Co., filiale de la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi (CPC) qui fut alors mandatée pour construire les bâtiments.
Les maisons familiales des rues Ste-Anne, Dubuc et Tremblay et Labrecque furent construites par cette société, selon les plans de l'architecte Alfred Lamontagne, qui a aussi réalisé les plans du couvent-école érigé en 1915.
Les techniques de construction d'après-guerre
Les maisons de Val-Jalbert qui furent construites dans la période suivant la Première Guerre mondiale démontrent une évolution notable des techniques de construction et des matériaux. Ainsi, les habitations construire à partir de 1919 étaient faites d'une carcasse de montants en épinette. On plaçait à l'extérieur des planches embouvetées en oblique par rapport à la verticale, puis une épaisseur de papier asphalté et finalement, du bardeau de cèdre. Dans les dernières constructions, le bardeau de cèdre fut remplacé par du clapboard.
Autre évolution: les matériaux utilisés pour les fondations. Comme on peut le constater lorsqu'on circule dans les rues Ste-Anne, Dubuc et Tremblay et Labrecque les maisons construites dans la période d'après-guerre avaient toutes des fondations en béton, alors que les habitations construites avant 1919, soit dans les rues St-Georges et St-Joseph, avaient des fondations en pierre de calcaire.
Village aux maisons polychromes
Vues de l'extérieur, toutes les maisons de Val-Jalbert étaient semblables. Lorsqu'on se promenait dans les rues, le décor était assez polychrome. Tous les châssis et les portes étaient peints en blanc. Les murs et les frises étaient jaune citron alors que les coins vert bronze tranchaient visiblement les angles. Les toitures étaient en bardeaux de cèdre.
À l'arrière des maisons ont retrouvait un ou deux bâtiments secondaires servant de remises, de garage ou d'abris pour les animaux. On y rangeait également dans le comble, les graines et équipements de jardinage, car les habitants de Val-Jalbert étaient fortement encouragés à cultiver un petit lopin de terre. M. Julien-Édouard-Alfred Dubuc organisait d'ailleurs un concours de jardin chaque année.
Toutes les rues du village étaient éclairées et, comme en font foi les isolateurs électriques que l'on retrouve encore sur le site, ce sont les arbres qui faisaient office de poteaux pour le transport de l'électricité entre la basse et la haute-ville.
Aménagement intérieur
Les murs intérieurs étaient faits de planches embouvetées placées horizontalement, que l'on recouvrait ensuite d'une finition en carton ciré épais.
Sur le plan des aménagements et de la finition, ceux-ci variaient très peu d'une maison à l'autre. Les portes, les plafonds et les murs étaient blancs, alors que les plinthes étaient de couleur beige.
Dans les maisons doubles situées dans le quartier «d'en bas», les habitations comprenaient deux pièces au rez-de-chaussée et deux chambres à l'étage. Dans les maisons unifamiliales de la haute-ville, une cuisine et un salon double étaient aménagés au rez-de-chaussée et on retrouvait au second niveau trois ou quatre chambres séparées par un corridor.
Lorsqu'on visite le site de Val-Jalbert, on peut visiter quelques maisons qui ont été restaurées et aménagées «comme dans le temps». Certaines maisons, non restaurées sont aussi ouvertes au public. Ces dernières sont très intéressantes à visiter puisqu'on peut voir du vieux papier peint datant de cette époque, des portions de la charpente et du système électrique.
Source: De Ouiatchouan à Val-Jalbert, Guide d'interprétation historique, Anny Harvey.