Les ingrédients d’un décor harmonieux sont faciles à trouver: matériaux naturels, éclairage, textures variées, couleurs agencées.

Solliciter les sens

Une maison confortable sollicite les sens, philosophe la décoratrice Christiane Vaugeois.

Odeurs de la cuisine, parfum des chandelles. Musique d’ambiance, chant des oiseaux, silence. Confort d’une carpette sous les pieds, douceur d’un jeté sur le corps. Décor qui charme à la fois l’âme et les yeux par son harmonie et son authenticité.

Être bien chez soi est un objectif qu’on n’atteint pas en suivant une recette. Les ingrédients sont faciles à trouver : matériaux naturels, éclairage, textures variées, couleurs agencées. Mais encore faut-il qu’ils reflètent la personnalité de leur propriétaire, qu’ils dégagent une impression de confort et qu’ils soient accueillants, vrais. Bref, ça prend de l’ambiance.

Et l’ambiance, certifie Christiane Vaugeois, vient des objets qui sont chers aux occupants de la maison et qui sont bien intégrés à leur décor. «Mon rôle est de les mettre en évidence», explique-t-elle. Notamment par des ajouts — jetés, coussins, chandelles — qui améliorent, du même souffle, le confort, l’éclairage ou juste la beauté du lieu. «Je respecte les gens, mais je les emmène un peu plus loin», dit-elle.

Cette maison apaisante de Cap-à-l’Aigle, dans Charlevoix, a été aménagée par Christiane Vaugeois.

La décoratrice prône la simplicité, l’ordre et une forme de minimalisme. On élague, pour favoriser le bien-être et libérer l’esprit.

Vous vivez à la campagne? Faites entrer la nature dans la maison, en ne mettant pas de rideaux, par exemple. Vous ne voyez que du béton par la fenêtre? Achetez des plantes et des fleurs coupées. Vous n’avez pas de foyer? Multipliez les bougies, ce sera tout aussi réconfortant. Vous ne jurez que par un décor épuré? Privilégiez le cuir, le bois et les matériaux bruts, gages de chaleur.

Et où que vous viviez, les livres ont leur place chez vous.

Pourquoi le design scandinave nous séduit-il tant? Parce qu’il intègre plusieurs règles toutes simples : utilisation du lin, du coton, du tweed et de tissus naturels; couleurs utilisées en camaïeux d’une pièce à l’autre; meubles et objets qui durent, qui s’agencent et qu’on peut disposer de différentes façons au fil des ans. Ils inspirent confiance, ils sont familiers, ils nous apaisent.

Cet agrandissement fait à partir du garage a permis de réinventer le séjour et la cuisine. Un espace ouvert, lumineux, confortable.

Les clés du bien-être

Pour qu’il fasse bon vivre dans une habitation, il existe de grandes règles. Steve Ross, designer et propriétaire de l’Atelier Avant-Garde à Québec, nous livre les clés trouvées au fil du temps.

Ensoleillement

M. Ross cumule 37 ans de métier dans le milieu, sa firme de design, d’architecture et de construction collectionne les reconnaissances. Quand son équipe commence un projet, la première préoccupation est toujours la même : orientation et ensoleillement . «On est dans un pays sans lumière. L’hiver est long, les journées sont courtes. La luminosité est pour moi un critère très important.»

Il aménage des pièces ouvertes, baignées de lumière, et la réponse de ses clients lui donne raison. «Ils me le disent :“On est toujours rendus là, c’est là qu’on vit”.»


Quand on fait des rénos, les gens ont souvent l’impression d’effacer une page d’histoire, ça les rend insécures. Mais pour progresser, ça prend du changement. Et une fois les travaux réalisés, ils disent souvent: “J’aurais dû faire ça bien plus tôt”!
Steve Ross, designer et propriétaire de l’Atelier Avant-Garde
Non pas un, mais deux îlots sont intégrés à cette cuisine ouverte sur la salle à manger et le salon.

Espaces évolutifs

Deuxième critère, une maison doit être évolutive pour combler les besoins actuels et futurs. Un principe plus présent en Europe, dit-il, alors qu’ici, on a plutôt le réflexe de déménager quand notre demeure ne convient plus. 

Dans un projet de construction neuve, l’avantage est de pouvoir créer un tout cohérent et transformable. «On pense à avoir des pièces au rez-de-chaussée pour les enfants. Un endroit où mettre les jouets qui, plus tard, peut devenir une pièce de musique, d’ordinateur ou un salon pour les adolescents.»

Même logique au sous-sol. Il prône un aménagement qui permettra de redonner de l’espace éventuellement.

Du côté de la cuisine, les temps ont beaucoup changé depuis 25 ans, a constaté Steve Ross. Avant, une seule personne ou deux s’activaient aux fourneaux, mais aujourd’hui, toute la famille met la main à la pâte derrière les comptoirs. «La cuisine a pris une place majeure, c’est un espace de vie convivial pour recevoir, avec les gens qui s’installent autour de l’îlot.» 

Le designer, qui pense constamment à la diffusion de la lumière, favorise les cuisines ouvertes sur la salle à manger et le salon. Dans toutes ces pièces, il faut «se donner de la polyvalence» quand on reçoit et qu’on est plus nombreux. 

Il incite à choisir du mobilier fonctionnel et transformable, comme des tables qui s’agrandissent ou des couchettes de bébés qui deviennent un lit. 

Cette salle de bain lumineuse s’ouvre sur la buanderie. Les temps ont changé, laveuse et sécheuse sortent des garde-robes et occupent aujourd’hui une pièce bien conçue pour gérer les vêtements accumulés durant la semaine.

Rangement

Pour être bien chez soi, il faut aussi du rangement. «Les maisons dans les années 60 étaient des copies de plans américains, qui ne cadrent pas avec notre climat.» Il décrit des garde-robes minuscules, des entrées latérales qui s’ouvrent sur un escalier. Rien pour nous aider quand on entre de l’extérieur l’hiver à quatre, avec nos bottes. Pour ce genre de maisons, il conçoit souvent des agrandissements et crée un vrai vestibule avec walk-in. 

M. Ross remarque que les Québécois font beaucoup plus de sports qu’avant et accumulent de l’équipement de course, de ski, de hockey, de vélo, de patins à roues alignées... «On a une panoplie de choses à ranger qu’on n’avait pas avant et les maisons ne sont pas adaptées.» 

Il évoque le système «5S» des usines japonaises où, peu importe la table de travail, les outils et le matériel sont toujours rangés au même endroit, ce qui évite de se perdre. Cette méthode repose sur cinq grandes règles, seiton, seiri, seiso, seiketsu, shitsuke, traduites en français par ordonner, ranger, dépoussiérer, rendre évident, être rigoureux. «Dans une maison, c’est stressant se chercher le matin», estime M. Ross, bien conscient que les gens ont de moins en moins de temps. D’où l’importance d’être organisé et d’avoir un bon système de rangement évolutif.

Suivant notre rythme de vie effréné, la buanderie a bien changé. Laveuse et sécheuse sont sorties des garde-robes et occupent aujourd’hui une pièce bien conçue et bien pensée pour gérer tous les vêtements qui s’accumulent durant la semaine.

Le designer mise sur des salles de bain multifonctionnelles avec douche, bain et toilette séparés. «L’idée est d’augmenter le nombre d’utilisateurs sur les heures de pointe.» Pour diminuer disputes et cris le matin.

Comme de plus en plus de gens travaillent à domicile, l’espace bureau a aussi avantage à être réfléchi et à contenir du rangement pour chacun.

Pour jouer avec les ambiances, l’éclairage entre en scène.

Éclairage et ambiance

Une fois le concept intérieur établi, il reste à le rendre agréable. C’est alors que l’éclairage entre en scène. «On est capable de jouer beaucoup avec les ambiances par l’éclairage, de rendre une pièce plus théâtrale, plus feutrée.» Des luminaires judicieusement choisis permettent de réchauffer l’atmosphère durant les saisons les plus froides. 

Pour ce qui est du décor, tout est question de goûts. «Ça appartient à chacun», affirme M. Ross.

Emplacement

À la fin de sa liste de critères pour être bien chez soi, le propriétaire de l’Atelier Avant-Garde revient en amont. Selon lui, quand les gens magasinent une maison ou un appartement, ils devraient réfléchir à l’emplacement. «Aujourd’hui, on perd énormément de temps en transport, les enfants ont beaucoup d’activités. Être près de l’école, de son lieu de travail, ça donne une qualité de vie.»  Alexandra Perron