La cour arrière de Vanessa Sicotte a été rajeunie pour offrir une ambiance chaleureuse.
La cour arrière de Vanessa Sicotte a été rajeunie pour offrir une ambiance chaleureuse.

Le «projet pandémie»: un lounge dans le garage [PHOTOS]

Isabelle Morin
La Presse
Il n’y a pas si longtemps, on ne se posait pas trop de questions lorsqu’on invitait des gens chez soi. Malgré les précautions nécessaires, il est encore possible de recevoir à la maison dans le plaisir et sans sacrifier le style. Une experte en décoration nous donne ses conseils.

Vanessa Sicotte est, comme elle se plaît à le décrire, une créatrice de magie et d’ambiance. C’est d’ailleurs ce qu’elle a su insuffler dans sa cour, avec un projet audacieux et rassembleur qui n’aurait jamais vu le jour sans pandémie.

Au début du mois de juillet, Vanessa Sicotte et son conjoint mettaient la touche finale au décor de leur nouveau lounge, aménagé dans une partie de leur garage. Cette transformation, baptisée le «projet pandémie», offre maintenant un refuge trois saisons à leurs enfants et un endroit sécuritaire où ils peuvent recevoir leurs amis dans une atmosphère détendue.

«Dès que le confinement a été déclaré, je suis devenue enseignante à temps plein. Heureusement, mon statut de travailleuse autonome m’a permis de prendre la balle au bond», mentionne la blogueuse Vanessa Sicotte, fondatrice du populaire blogue de décoration Damask & dentelle et mère de trois enfants de 15, 11 et 10 ans. «Les enfants collaborent énormément et somme toute, on s’en est bien tirés, souligne-t-elle, mais ma grande fille de 15 ans, pour qui les amis sont très importants, a trouvé cette période d’isolement particulièrement difficile.»

Les adultes profitent du reste de la cour, égayée par la clôture peinte en bleu et blanc qui lui donne un style nautique.

Pour son plus jeune, qui a un trouble du spectre de l’autisme, cette période de retranchement a été plutôt perçue comme le scénario idéal. Bonne nouvelle? Pas tant... «Pour nous, ç’a été un grand coup. Pas parce qu’il réagissait mal, mais qu’au contraire, c’était trop bien. On a réalisé qu’au niveau social, ça ne pouvait rester comme ça indéfiniment pour lui.» 

Les parents ont multiplié les contacts virtuels avec leurs proches et, à l’arrivée du printemps, ont entrepris une métamorphose costaude, réalisée avec un budget limité.

Un «We Shed» pour l’été

Leur maison du quartier Montréal-Ouest date de 1920, une époque où les garages en briques rouges, typiquement montréalais, étaient rarement jumelés aux maisons. La décoratrice a choisi de diviser cet espace en deux parties sur la profondeur : l’avant demeure un stationnement pour la voiture et les vélos, tandis que l’arrière, auparavant utilisé comme fourre-tout, accueille désormais un salon d’été pour les enfants.

L'intérieur du <em>lounge</em>.

L’ensemble reprend l’idée du «She Shed», concept qui a connu une certaine popularité ces dernières années en transformant des maisonnettes de jardin en pièce «pour elle».

L’inspiration de son «We Shed» lui est toutefois venue à la suite d’une conversation avec son adolescente, découragée de ne pouvoir faire entrer ses amis dans la maison cet été. Regarder les plantes pousser dans la cour n’était clairement pas une option. «On a voulu offrir aux enfants un endroit spécialement pour eux, où ils peuvent se faire un cinéma maison, écouter de la musique ou jouer à un jeu de société avec leurs amis.»

La styliste a misé sur une déco décontractée. Plusieurs assises ont été prévues de façon à ce qu’une distance raisonnable puisse être respectée entre les invités. L’endroit accueille un pouf et une large banquette fabriquée à même l’arrière d’un camion de livraison. Ce mobilier unique, qui servait auparavant d’établi pour les projets de bricolage de Vanessa, est maintenant surmonté de plusieurs coussins qui rendent ce petit coin du lounge accueillant et confortable. «On n’avait pas des milliers de dollars à mettre sur ce projet, surtout dans les circonstances économiques actuelles. On s’est dit qu’on allait le faire nous-mêmes en réutilisant au maximum ce qu’on avait déjà.»

Une banquette a été fabriquée à même l’arrière d’un camion de livraison.

Un chariot récupéré sur le trottoir a gagné une seconde vie en tant que bar à collations rempli de bonbons. Plutôt que d’investir dans un plancher neuf, le couple a aussi recouvert le sol d’un tapis extérieur qu’il avait déjà.

La plus grosse partie du budget, qui s’élève au total à 2000 $, a été investie dans les matériaux. Une ouverture a effectivement dû être réalisée dans un mur du garage afin d’avoir accès à la pièce. Le lounge est maintenant doté de deux portes en chêne dégotées sur Kijiji. L’endroit gagne par ailleurs en luminosité grâce à l’ajout d’un puits de lumière.

«Étant donné la valeur du pied carré à Montréal, j’estime que c’est un bel investissement qui ajoute une pièce et de l’intérêt à notre maison à long terme. Tout n’a pas besoin d’être parfaitement agencé ou de coûter des milliers de dollars pour être intéressant», signale Vanessa Sicotte.

Vanessa Sicotte a aménagé un <em>lounge</em> dans une partie de son garage afin d’y faire des projections de films pour les enfants et recevoir les amis. Une banquette a été fabriquée à même l’arrière d’un camion de livraison.

«Au contraire, ça fait partie du charme, estime l’experte en décoration. C’est important, pour moi, de montrer à mes enfants à être créatifs et à consommer de façon responsable.»

Quant aux adultes, ils profitent du reste de la cour, égayée par la clôture peinte en bleu et blanc qui lui donne un style nautique. «Je me suis dit, si on ne peut pas voyager dans le sud cet été, on va faire venir le sud à nous! J’ai planté de la lavande, de l’origan, du romarin... Ça sent la chaleur, ça sent l’été. Et ça fait sourire.»

Distanciation à la maison

«Puisque la famille compte déjà cinq membres, on ne peut accueillir que cinq autres personnes dans les conditions actuelles. Jusqu’à maintenant, on a reçu à 100 % dehors. Les seuls moments où un invité entre dans la maison, c’est pour aller à la salle de bains qui a été adaptée en y ajoutant des lingettes désinfectantes», décrit Vanessa.

Vanessa Sicotte a aussi aménagé un coin afin d’y faire des projections de films pour les enfants et recevoir les amis.

Lors des réceptions, une pancarte accrochée à la porte principale invite les invités à rejoindre la famille dans la cour où des chaises sont préalablement installées à distance raisonnable et les verres, identifiés à l’aide d’un marqueur lavable. Une console, disposée près de la porte arrière de la maison, permet aux invités de déposer leur assiette à la fin du repas.

Afin d’augmenter la distanciation entre les convives, une rallonge est ajoutée à la table extérieure et une table d’appoint est réservée aux enfants. «J’avais l’habitude de mettre la nourriture au centre de la table pour que les gens se servent, ce que j’évite de faire pour l’instant. Je pense que les potlucks sont encore une bonne idée, mais les assiettes peuvent être montées à l’avance par une seule personne. Selon moi, c’est un compromis raisonnable.»

Avec quelques chandelles, des plats savoureux, de la musique et les gens qu’elle aime, la magie est encore au rendez-vous malgré tout, observe Vanessa. «On a créé un petit havre dans notre cour arrière. J’espère que ça pourra inspirer d’autres personnes. Le bonheur, ce n’est pas exclusif!»

Info : damasketdentelle.com

Madison, Teddy, Ma’ila et leurs parents, Jonathan Plourde et Vanessa Sicotte dans leur nouvel espace <em>lounge</em>.