La physostégie pousse tout naturellement le long des cours d’eau.
La physostégie pousse tout naturellement le long des cours d’eau.

La curieuse et obéissante «fleur charnière»

Larry Hodgson
Larry Hodgson
Le Soleil
Parmi les vivaces à floraison automnale, peu ont des traits aussi originaux que la physostégie (Physostégie virginiana), appelée aussi fleur charnière ou cataleptique, car c’est la seule plante au monde aux fleurs qu’on peut déplacer instantanément et qui gardent ensuite cette nouvelle position. C’est effectivement comme si chaque fleur était munie d’une charnière, permettant de la placer à gauche ou à droite. Chaque fleur peut alors dessiner un arc de 180°.

Mais c’est une charnière rouillée, car la fleur gardera la position que vous lui donnez. D’où le nom cataleptique ou, en anglais, obediance plant (plante obéissante). Dans la nature, les fleurs sont parfois toutes poussées dans la même direction par le vent.

Dans le jardin, les fleurs offrent beaucoup d’amusement aux enfants qui peuvent arranger les fleurs à leur guise, les poussant toutes dans la même direction, faisant des spirales et d’autres formes selon leur fantaisie. Si vous recevez de la visite dans votre jardin, augmentez son attrait en dirigeant toutes les fleurs vers l’avant.

Une plante indigène

La physostégie est une vivace indigène de l’est de l’Amérique du Nord, du Québec au nord au Mexique au sud et jusqu’au Manitoba à l’ouest. Au Québec, on la trouve surtout dans les basses terres du Saint-Laurent et en Outaouais ou encore dans les jardins, car c’est une vivace classique.

La plante produit une tige dressée et des paires de feuilles opposées linéaires légèrement dentées. À la fin d’août et en septembre, la tige, carrée en coupe transversale, s’allonge en épi terminal, chaque côté de la tige portant une fleur. En regardant l’épi d’en haut, les quatre fleurs dessinent une croix. Ou, du moins, dessinent une croix si personne ne les déplace!

Les fleurs sont petites, mais nombreuses, tubulaires avec deux lobes supérieurs et trois lobes inférieurs. La couleur habituelle dans la nature est rose clair, mais il y existe des cultivars de différentes teintes de rose et aussi à fleurs blanches. Un cultivar, ‘Variegata’, probablement la plus populaire, porte des feuilles panachées de blanc, parfois avec une touche de rose.

La physostégie panachée (<em>Physostegia virginiana ‘Variegeta’</em>) est attrayante en toute saison.

Jusqu’ici, la plante paraît tout à fait désirable: elle est jolie, facile à cultiver et très rustique (zone 2). De plus, elle fleurit à une saison où le choix de fleurs diminue. Mais elle a un vilain défaut: elle est envahissante.

Pas par semences, toutefois, car elle ne se ressème que rarement, mais par rhizomes rampants qui courent sous le sol, produisant des plantes secondaires sur toute leur longueur. Bientôt, la plante n’est plus la petite touffe de tiges dressées que vous avez achetée, mais presque une mauvaise herbe, parcourant la plate-bande en se mélangeant à presque toutes vos autres vivaces.

Ou du moins, c’était le cas. Cependant, il y a de nouveaux cultivars avec un comportement différent. ‘Miss Manners’, à fleurs blanches, pousse en touffe dense de 45 cm de diamètre et atteint 75 cm de hauteur, mais ne produit aucun rejet, donc reste fidèlement à sa place. Et ‘Pink Manners’, à fleurs rose pâle, a le même comportement, mais est plus grande : 90 cm.

Malgré son comportement vagabond, ‘Variegata’, avec son feuillage bicolore, offre l’avantage d’être attrayante en toute saison, pas seulement pendant la floraison.

Une culture facile

La physostégie s’adapte bien au plein soleil ou la mi-ombre et préfère un sol riche et plutôt humide. Elle nécessite très peu d’attention et peut survivre pendant des décennies sans le moindre soin, sauf le contrôle des plantes égarées dans le cas des variétés envahissantes. Les abeilles et les papillons la visitent assidûment et souvent les colibris viennent s’abreuver de leur nectar abondant avant de s’envoler pour le Sud. Enfin, leurs fleurs font aussi d’excellentes fleurs coupées.

Habituellement, on multiplie la physostégie par division, de préférence au printemps, mais il est aussi possible de faire des boutures de tige. Théoriquement, on peut aussi la multiplier par semences, mais les variétés produites de cette façon reprennent habituellement le comportement envahissant de la forme sauvage.

Évidemment, il y a une façon facile pour contrôler les variétés envahissantes : entourez-les d’une barrière au moment de la plantation. À cette fin, prenez un pot en plastique d’environ 45 cm de diamètre, supprimez le fond avec des sécateurs et enfoncez-le dans le sol. Quand vous planterez votre physostégie à rhizomes traçants à l’intérieur de cette barrière, elle remplira le pot, mais ne pourrait jamais sortir. Problème réglé!

La physostégie : laissez-la devenir la plante charnière de votre aménagement automnal!

*****

ENTRETIEN DE LA SEMAINE

  • Pour le meilleur choix possible, achetez vos bulbes à plantation automnale (tulipes, narcisses, crocus, etc.) dès qu’ils arrivent en magasin.
  • Vaut mieux faire mûrir les tomates restantes du potager à l’intérieur dans un endroit sombre, comme le garde-manger.
  • Soyez prêt à recouvrir les plantes fragiles si l’on annonce un gel hâtif.
  • Laissez les bulbes tendres (glaïeuls, cannas, dahlias, bégonia tubéreux, etc.) en terre le plus longtemps possible, car c’est à l’automne qu’ils font leurs réserves. Rentrez-les quand le gel a détruit leur feuillage.

*****

DES RÉPONSES À VOS QUESTIONS

J’ai quatre plants de poivrons en pot sur mon balcon. Ils sont pleins de poivrons dont un est là depuis plus d’un mois, mais ils restent tous verts. Est-ce que je pourrais manger des poivrons rouges cet automne?
— Johanne Brossard

La plupart des variétés de poivron demandent une longue saison de croissance pour mûrir : 100 jours, 120 jours, voire 150 jours ou plus. Évidemment, sous notre climat, c’est impossible. Le secret donc est de semer ou planter des poivrons hâtifs (certains mûrissent en moins de 60 jours). Il est possible que vos poivrons soient des poivrons qui demandent une longue saison de maturation : pour des raisons que je ne comprends pas, on trouve de plus en plus de poivrons à longue saison sur le marché, au grand désespoir des jardiniers.

Aussi, le poivron est une plante tropicale qui n’aime pas le froid. Donc, même s’il n’y a pas encore eu du gel, les nuits sont maintenant fraîches et à moins de 13 °C, la maturation des poivrons s’arrête. Heureusement qu’on peut manger les poivrons sous forme de poivrons verts, donc vous n’avez pas tout perdu.

L’autre possibilité est de rentrer les plantes à l’intérieur, à la chaleur, pour stimuler une reprise de la maturation. Comme vos plantes sont déjà en pot, il ne sera pas nécessaire de les rempoter. Donc un stress de moins! Nettoyez-les bien au savon insecticide pour ne pas entrer des insectes par accident. Il faut un emplacement chaud et un fort éclairage. Avec un peu de chance, la maturation reprendra sous l’effet de la chaleur domestique et vos poivrons rougiront.

+

La grande cordyline de M. Rouleau.

J’ai chez moi une plante en pot que je rentre depuis deux ou trois hivers et que je place dans ma porte-fenêtre. Je ne connais pas le nom, mais c’est une plante que l’on place habituellement au centre d’un arrangement décoratif. Elle atteint maintenant plus de 11 pieds de hauteur et malheureusement elle ne pourra plus entrer dans mon salon cet automne. Ma question : puis-je couper l’extrémité et la rabattre à 7 ou 8 pieds de hauteur seulement?
— Michel Rouleau

Il s’agit d’une cordyline australe (Cordyline australis), parfois appelée dracéna des jardins. Même si on le vend comme annuelle au Québec, dans son Australie natale, c’est en fait un arbre de bonne taille : jusqu’à 20 m (66 pieds)!

Oui, vous pouvez lui ôter la tête; cela stimulera la formation d’une ou plusieurs nouvelles têtes. D’ailleurs, même si vous le coupez à 30 cm, il reprendra. Et vous pourriez de plus bouturer la tête pour faire une autre plante. Pour la bouturer, une hormone d’enracinement serait toutefois nécessaire.

+

Des questions svp! Vous pouvez nous joindre par courriel à courrierjardinierparesseux@yahoo.com ou par courrier à :
Le jardinier paresseux
Le Soleil
C.P. 1547, succ. Terminus
Québec (Québec)  G1K 7J6

*****

CALENDRIER HORTICOLE

Reprise de l’émission radiophonique
La chronique radiophonique du Jardinier paresseux avec Larry Hodgson, qui avait cessé temporairement lors du confinement dû au coronavirus, a repris à CKIA-FM tous les mercredis à 10h. Il est désormais possible de l’écouter à la radio à 88,3 FM et aussi sur Facebook Live à facebook.com/JardinierParesseux

Formations en ligne
L’agronome Lili Michaud offre des formations en ligne que vous pouvez suivre à votre rythme dans le confort de votre foyer. Au programme : le compostage domestique, les fines herbes de la terre à la table, le potager et les trucs de culture de 25 légumes, de l’ail à la tomate. Coût : 25 $ et 30 $ (avant taxes). Info : lilimichaud.com

Pour toute activité horticole, écrivez-nous à courrierjardinierparesseux@yahoo.com.