Selon la psychologue et psychanalyste Hélène Morrissette, un chez soi est généralement très personnalisé et correspond à nos valeurs, à notre éducation.

Être bien chez soi

Qu’est-ce qui fait qu’on se sent si bien en entrant chez soi? Que l’odeur de notre maison nous apaise? Qu’un dimanche pluvieux, on ne voudrait être nulle part ailleurs? Le Soleil a posé la question à des experts et recueilli quelques témoignages.

Quel est cet endroit qui mérite d’être appelé chez-soi, chez-moi, chez-nous? Celui qui comble nos besoins, répond tout bonnement Hélène Morrissette, psychologue et psychanalyste de Québec. En découle une émotion de bien-être.

La logique est simple. Vous pouvez manger, boire, respirer, dormir? Vous vous sentez en sécurité? Déjà, vous répondez aux besoins de base de la pyramide de Maslow. À la rigueur, atterrir à l’aéroport après un long voyage peut représenter ce lieu réconfortant. «Bon, enfin chez soi!» illustre Hélène Morrissette.

Puis d’autres couches de besoins viennent s’ajouter. Comme celui d’appartenance. La psychologue parle ici de l’importance des relations interpersonnelles, des gens qui gravitent autour de nous : la famille, un coloc, même un animal de compagnie. Un étudiant étranger qui s’installe à Québec risque de ne pas se sentir bien chez lui tant qu’il ne sera pas connecté et qu’il ne pourra pas communiquer avec ses proches. De même, un jeune qui vit des tensions à la maison ne se sentira pas chez lui. «On entend ça : “J’habite chez mes parents”».

D’autres besoins sont peut-être moins indispensables, mais jouent aussi dans la balance, poursuit Hélène Morrissette. «Être content de sa maison, trouver qu’elle nous ressemble, être fier de nos rénovations, ce n’est pas essentiel, mais ça aide à se sentir bien. Un chez-soi, ça se construit.»

Si le luxe et l’apparat importent pour certains, preuve de leur réussite professionnelle, ils en laisseront d’autres parfaitement indifférents, souligne la psychologue et psychanalyste.

Mais une chose est sûre : «Si on est mal dans notre couple ou dans notre famille, que nos besoins de base ne sont pas comblés, tous les meubles de granit du monde ne viendront pas arranger ça. Malgré ce qu’on nous promet.»


Un chez-soi, c’est quelque chose dont on est fier, qu’on estime. Ça se construit.
Hélène Morrissette, psychologue et psychanalyste, plus de 30 ans d’expérience

Vendre un rêve

Justement, quel rôle jouent les publicités d’intérieurs qui font rêver? C’est une question de projection, on réagit à ce qui nous est proposé, répond Hélène Morrissette.

«Souvent, les publicités viennent agir comme des révélateurs de quelque chose qu’on a en soi. Si on se meuble en IKEA, c’est comme si on s’engage dans une promesse. Ça correspond à nos valeurs, à nos besoins d’un environnement qui va nous permettre de relaxer et de voir nos enfants gambader partout.»

En contrepartie, les publicités de Roche Bobois renvoient à l’élégance, à la pureté, au raffinement. Et pourtant. «On peut décider de se meubler en IKEA et que personne ne touche à rien ou avoir du Roche Bobois et que tout le monde gambade. C’est une décision personnelle.» 

Selon elle, un chez soi est généralement très personnalisé et correspond à nos valeurs, à notre éducation. «Ça parle de soi, d’où l’on vient.»

Elle pense, par exemple, à des gens de la Gaspésie ou de l’Abitibi qui habitent à Québec et ont plusieurs chambres dans la maison pour recevoir parents et amis. Un logis permet de dévoiler des choses, ou non, sur ses occupants. Il y a des milieux très chargés, d’autres plus aseptisés, sans photo.

Concilier maison-famille

Concilier les goûts et les envies de tout le monde sous un même toit peut s’avérer un défi. Pour résoudre un problème de couple, le principe est toujours le même, indique la psychologue et psychanalyste.

«Chacun doit laisser quelque chose sur la table. Si c’est toujours la même personne qui cède alors que l’autre impose ses exigences, ce n’est pas un couple, c’est une relation de domination.»

Parlant conciliation maison-famille, Hélène Morrissette insiste aussi sur la «fameuse» chambre d’ado. Cette pièce bordélique, jonchée de vêtements sales, vous connaissez? La clé d’une belle relation avec les ados est de leur demander de ne pas se laisser traîner dans les pièces communes, mais de les laisser libres de gérer leur chambre, leur repaire.

Le hic, beaucoup de parents en sont incapables. Et finissent par changer les draps, par plier les vêtements parce qu’ils trouvent ça «dégueulasse», que leurs propres besoins sont irrités. «Mais on ne peut pas demander à un ado d’être comme nous. À cet âge, il a besoin de croire que son parcours va être bon, même s’il est différent de celui de ses parents», explique Hélène Morrissette.

Elle demande souvent aux parents: «Aimez-vous mieux avoir une relation ou avoir raison?»

Laisser son ado gérer sa chambre est, selon elle, un «lent passage vers l’autonomie». Il demande de l’aide parce qu’il cherche quelque chose dans son fatras et risque d’être en retard? «Bien, tu seras en retard.»

Quand il n’aura plus de vêtement à se mettre sur le dos, il finira par faire son propre lavage, prédit la psychologue. Confiner son ado à sa chambre lui donnera un jour le goût de partir et d’avoir un chez-soi.

«Tous ces enfants-là sont super nickel quand ils arrivent en appartement. Et le jour où on leur rend visite, ils nous surprennent en disant: “Enlève tes bottes, m’man!”» conclut-elle avec humour.

Maude Côté a sur son foyer trois pingouins achetés à la Boutique des métiers d’arts à la naissance de chacun de ses enfants.

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Votre maison et vous  *Propos recueillis sur les réseaux sociaux

«C’est l’impression d’être à la bonne place, avec la bonne personne, au bon moment!»

Junior Laflamme

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«On est bien chez soi pour la familiarité du décor, ce qu’on voit par les fenêtres, les objets qui ont une histoire, les œuvres des enfants, le confort des meubles... mais aussi pour tout ce qui est de travers et non digne d’un post Instagram. Comme les tonnes de chaussures dans l’entrée, les crochets surchargés de vêtements. Même si ça nous plombe parfois, c’est ce qui nous rappelle qu’il y a de la vie dans ce chez-soi, qui abrite la plupart du temps  les personnes les plus significatives pour nous.» 

Maude Côté, maman de trois enfants

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«On est bien chez soi quand on sait qu’on ne voudrait pas être ailleurs.»

Hélène Fortin

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«Ce qui fait que l’on est bien dans notre maison, c’est qu’elle répond à nos besoins et non aux standards sociaux, et surtout, que l’on soit proche les uns des autres. Car ma maison est petite, mais il y a de la place pour l’amour et les amis!»

Ève Gauthier

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«On est bien chez soi parce qu’on lui donne la vibe qu’on souhaite et quand on rentre en fin de journée, on retombe dans notre zone.» 

Marie Rodrigue

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«On est bien chez nous parce c’est plussse confortable qu’ailleurs!»

Paul Vermette, 9 ans

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«On voyage beaucoup pour le travail. C’est curieux, parce qu’il y a des hôtels où on ne voudrait jamais retourner et d’autres où on se sent bien. C’est l’odeur, la lumière, le côté cosy de la maison qu’on retrouve. C’est là où on peut vraiment se reposer avant de reprendre la route.»

Claude Lachance

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«Ce qui fait qu’on est si bien chez soi, c’est la quiétude, un espace à nous, idéalement épuré, non embourbé. Quelques objets qui ont une signification. Un souvenir de voyage, des dessins d’enfants, un objet qui nous rappelle un être cher. C’est aussi de savoir que nos enfants sont si bien chez eux! Les filles me le disent tout le temps. Je pense qu’on a su créer un petit refuge. Notre petit monde à nous.»

Anne-Bianca Morissette