Église de Saint-Marc de Bagotville: une construction avant-gardiste

Dans le cadre de la médiatisée démolition de l'église Notre-Dame-de-Fatima, conçue par l'architecte Paul-Marie Côté, le Toit & Moi désire vous présenter l'église de Saint-Marc, elle aussi conçue par cet architecte reconnu pour ses travaux précurseurs de l'époque. Ce lieu de culte, reconnu pour sa modernité est aujourd'hui classé immeuble patrimonial lors de l'entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine culturel en 2012.
L'église de Saint-Marc a été sauvée de toute dénaturalisation lors de son rachat en 2006 par le groupe évangéliste nommé La Bible Parle au coût de 225 000$, alors que la Paroisse St-Alphonse de La Baie avait pris la décision, en 2006, de se départir de certains de ses bâtiments. «La meilleure façon de sauver une église, c'est de maintenir la même fonction que lors de sa construction, soit un lieu de culte», explique Jonathan Lévesque, étudiant à la maitrise en architecture à l'Université Laval qui reconnaît que les lieux sont en très bon état de conservation. En fait, La Bible Parle, en acquérant l'église de Saint-Marc pour en faire leur lieu de culte, a sauvé une oeuvre phare de la modernité de l'après-guerre au Québec.
Caractéristiques
L'architecte Paul-Marie Côté (1921-1969), originaire du Saguenay, est un acteur important du renouveau de l'architecture religieuse au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il aura réussi à être un fier représentant du modernisme alors que le courant n'était qu'à ses balbutiements : «Construite en 1955 et 1956, l'église de Saint-Marc est ainsi un monument précurseur. Elle se distingue par ses formes triangulaires modelées dans le béton, son toit à deux versants se prolongeant jusqu'aux fondations, ses vastes pans de murs pignons en verre, son clocher hors oeuvre, son vestibule de plan rectangulaire détaché de la nef ainsi que son décor épuré», relate le Ministère de la Culture et des Communications dans son Répertoire du patrimoine culturel du Québec consulté en ligne.
Le toit, complètement fait de béton à l'intérieur comme à l'extérieur, a été recouvert de tôle dans les années 1970 puisqu'il commençait à craquer. Jusqu'à maintenant, après cette opération, aucun signe ne démontre que ces fissures endommagent encore le béton.
À l'intérieur, le lieu se veut épuré et dépouillé de tout de ce que le fidèle aurait pu se distraire. À l'époque, les innombrables oeuvres d'art de l'église traditionnelle sont délaissées pour faire place à un endroit où le croyant se concentrera sur le culte. Les confessionnaux sont dissimulés dans les triangles formés des dalles de béton et la représentation visuelle de l'église est la même à l'extérieur qu'à l'intérieur. «Enfin un lieu de prière et non une exposition de statues», disait-on de l'église à l'époque.
Le béton, pièce maitresse
Le béton de l'église n'a pas été choisi au hasard par son architecte: «Le béton, tout aussi nouveau, offrait par ailleurs un avantage certain en terre saguenéenne: la tradition des grandes industries avait en effet rendu pratiquement commun l'usage de ce matériau, dans l'architecture industrielle, certes, mais aussi dans l'architecture résidentielle - la construction de la ville d'Arvida avait ainsi innové en proposant, pour chaque maison, des fondations en béton, coulées en série - voire dans l'architecture ecclésiale: l'église Sainte-Thérèse d'Arvida, voutée en béton, constituait en effet une première dès 1928», peut-on lire dans l'analyse historique et architecturale de Lucie K. Morisset et Luc Noppen, historiens.
D'ailleurs l'église Notre-Dame de Fatima est elle aussi coulée en béton en 1962 et sa conception nous vient de deux architectes connus dans la région : Léonce Desgagné et nul autre que Paul-Marie Côté.
L'église de Saint-Marc représente aujourd'hui l'un des plus importants monuments de l'architecture moderne québécoise. À l'avant-garde, cette construction suggérait un autel face aux fidèles, une première au Québec. La photographie de l'église de Saint-Marc a circulé à travers toute l'Europe et les prouesses techniques déployées lors du chantier ont attiré l'attention sur une première; la fabrication d'une dalle de béton plissée.