Le moulin du Père-Honorat, à Laterrière, a été construit en 1846. Ce bien est classé immeuble patrimonial.

L’ABC de la préservation du patrimoine bâti

RÉDACTION PUBLICITAIRE / La démolition de la Maison Bossé la semaine derrière et les nombreux citoyens venus témoigner de leur amour pour l’architecture historique de Saguenay devant le bâtiment ancestral ont soulevé plusieurs questions quant à l’importance du patrimoine bâti et à la façon de préserver ce dernier. Comment établir la valeur patrimoniale d’un bâtiment? Comment déterminer quel édifice doit être préservé et lequel peut passer sous le pic des démolisseurs? Les propriétaires ont-ils l’obligation de protéger le caractère historique et architectural de leur propriété? Le Toit & Moi s’est entretenu du sujet avec les architectes Daniel Paiement et Maude Thériault.

Q- Comment déterminer la valeur patrimoniale d’un bâtiment ?

R -Lorsqu’on parle d’identification de bâtiment à caractère patrimonial, plusieurs éléments entrent en ligne de compte. D’abord il faut trouver ces bâtiments, les identifier, les classer et les quantifier, car plusieurs facteurs peuvent justifier qu’un bâtiment doit être protégé ; par exemple la rareté du modèle, les caractéristiques architecturales représentatives d’un style et l’histoire du bâtiment. 

Prenons l’église Sacré-Cœur de Chicoutimi, elle présente un intérêt architectural particulier en raison de son style néogothique. Les maisons du quartier Sainte-Thérèse à Arvida, ont quant à elle une valeur patrimoniale en raison du secteur riche en histoire où elles se trouvent, mais aussi parce qu’elles représentent une architecture propre à la cité industrielle d’Arvida. De plus, on ne retrouve qu’un seul ou quelques exemplaires de chaque modèle d’habitation. Il en va de même pour le Cégep de Chicoutimi, cette imposante construction marquée par l’influence de l’école Le Corbusier. Elle doit faire partie de notre patrimoine bâti, car elle met en valeur l’expertise régionale du béton et représente bien l’expressionnisme formel que l’on qualifie de «brutalisme» du fait que la matière architecturale est franchement exprimée.


Niché au sommet de la côte de la Terre-Forte (anciennement la côte du Petit-Bois), le château Murdock  fut construit en 1950 selon les plans des architectes Gravel et Lamontagne. Il s’agit de la dernière résidence de M. John Murdock. L’imposante maison bourgeoise de granit rose comporte 23 pièces, réparties sur 2 étages.

Q - Comment sauvegarder les bâtiments identifiés ?

R - Recenser et classer les bâtiments ayant un intérêt patrimonial, c’est une chose. Il faut aussi encourager les gens à garder ces bâtiments intacts. Je compare souvent l’enjeu de créer un patrimoine bâti au jeu Carrière, où les joueurs doivent cumuler amour, argent et gloire. Ce même principe s’applique au patrimoine. Pour favoriser une meilleure préservation des bâtiments, il faut sensibiliser la population à l’importance de l’histoire et de l’architecture, les amener à découvrir ces bâtiments et toute la richesse qu’ils comportent. Souvent, les gens ne savent même pas comment regarder un édifice et ne connaissance par les caractéristiques propres à un style. Il y a donc un travail d’éducation du public à faire pour développer l’amour du patrimoine bâti. Quand on est en mesure de constater de la valeur d’un bien patrimonial, on est plus sensible à son avenir.

Vient ensuite la gloire. Il faut que les propriétaires de bâtiment patrimoniaux soient fiers de leur propriété, fiers de contribuer à conserver un bien historique. Les prix du patrimoine et la présentation de bâtiment dans différentes publications, par exemple dans le Toit & Moi, sont de bons moyens de promouvoir le patrimoine architectural.

Finalement l’argent. Les gens croient qu’une propriété patrimoniale est inévitablement dispendieuse à conserver. Puisqu’une certaine réglementation entoure les travaux touchant l’extérieure des bâtiments présentant un intérêt patrimonial la ville de Saguenay a mis en place des programmes pour aider les propriétaires à protéger le cachet de leur édifice. Ainsi, pour aider les propriétaires à rénover leur habitation dans l’esprit patrimonial, la ville de Saguenay a créé le Programme d’aide-conseil à la rénovation patrimoniale. Ce programme est gratuit et donne accès aux services d’un architecte. La ville met aussi à la disposition des propriétaires un Programme d’aide financière à la restauration de bâtiments patrimoniaux. Pour les gens qui font l’acquisition d’une maison patrimoniale à rénover, il existe également des prêts hypothécaires que l’on appelle achat-rénovation, ce qui permet d’amortir le coût des travaux sur plusieurs années.

Maison du quartier historique Sainte-Thérèse, Arvida.

Q - Que faire si personne ne veut plus d’un bâtiment ?

R - On l’a vu avec la Maison Bossé, plusieurs citoyens ont décrié sa démolition, pourtant lorsque la propriétaire a offert de donner la maison pour la déménager, personne n’a démontré d’intérêt. Ce qui serait intéressant c’est qu’à partir du moment où un propriétaire annonce qu'il veut se délester de son immeuble patrimonial mais qu'il ne trouve pas preneur et qu'il envisage la démolition, il se forme des OBNL prêts à déménager la maison sur des terrains vacants du centre-ville qui appartiennent à la ville. Cette façon de faire permettrait de sauver des bâtiments, tout en revitalisant le centre-ville. Une nouvelle dynamique se créerait autour de ces édifices, qui pourraient servir à la collectivité, ou aux OBNL à qui ils appartiennent.

Oui, déménager une maison c’est une grosse affaire, mais ce n’est pas impossible. Le plus bel exemple est celui de Saint-Jean-Vianney. Toutes les maisons ont été relocalisées après le glissement de terrain.

L'église Sacré-Coeur de Chicoutimi a été érigée de 1903 à 1905 selon les plans de l’architecte René-Pamphile Lemay. L’immeuble patrimonial présente un intérêt architectural particulier en raison de son style néogothique. L'église du Sacré-Coeur et son presbytère sont classés immeubles patrimoniaux.

Q - Comment lire un bâtiment ?

R - Lorsqu’on regarde un bâtiment, il faut s’attarder à sa volumétrie, à la toiture, aux ouvertures c’est-à-dire les portes et les fenêtres, aux matériaux de revêtement et aux ornements, ainsi qu’à la présence ou non de galeries. Tous ces éléments servent à identifier le style du bâtiment.

Les gens qui veulent s’informer sur l’architecture des bâtiments que l’on retrouve sur le territoire de la ville de Saguenay peuvent se procurer sur le site Internet de la ville les fiches-conseils à la rénovation patrimoniale. Ils y trouveront une mine d’information sur les caractéristiques architecturales des styles suivants: maison de la colonisation (1840 à 1910), maison néoclassique québécoise (1860-1920), maison à toit mansardé (1860-1910), maison pittoresque et victorienne (1870-1930)M, maison Néo-Tudor (1900-1930), maison vernaculaire américaine (1900-1945), maison cubique (1910-1950), maison Boomtown (1910-1950), maison Wartime Housing Ltd (1943), bungalow (1950-1975).

Maison de style moderne du quartier Notre-Dame, à Chicoutimi.