Édifice Brunet, Saint Laurent, 1891. Photographie prise entre1973 et 1974.

La pierre grise de Montréal révèle son histoire

RÉDACTION PUBLICITAIRE / Les bâtiments de pierre grise qui se dressent dans les rues de Montréal font partie des traits caractéristiques de l’architecture de la métropole. Elles sont aussi le fil conducteur de l’histoire de cette ville.

Utilisée à l’origine pour des raisons purement fonctionnelles, la pierre calcaire grise a occupé une place essentielle au début de la colonie, en offrant une protection aux bâtiments contre les attaques, le feu et le froid. 

Au XIXe, ce matériau est passé d’une fonction pragmatique à un rôle symbolique à travers des transformations matérielles successives, qui reflètent l’épanouissement de la politique, du commerce, l’identité culturelle, la société et les ambitions humaines.

Pierre grise : des outils pour comprendre la ville. Vue d’installation, 2017.

Une exposition inspirée par Phyllis Lambert
Jusqu’au 4 mars 2018, le Centre Canadien d’Architecture (CCA) présente Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville, une exposition mettant de l’avant l’histoire de la pierre grise de Montréal.

Cette exposition, basée sur une imposante recherche de Phyllis Lambert, révèle aussi le profond attachement de cette architecte montréalaise de renommée mondiale pour ces édifices de pierres grises. Pendant plus de 40 ans cette dernière a mené un vaste projet de recherche sur ces bâtiments. Il s’agit d’une étude en profondeur de l’histoire de ces bâtiments depuis le XVIIe jusqu’au début du XXe siècle, appuyée d’une série photographique intitulée Greystone. Ces images mettent en évidence le rôle des facteurs géologiques, topographiques, politiques, économiques, culturels et ethniques sur l’évolution de la ville à travers les siècles.

Magasin-entrepôt Jodoin, Vieux-Montréal Centre, 1872-1873. Photographie prise entre 1973 et 1974.

Mission photographique
Phyllis Lambert a mené cette mission photographique à travers les quartiers de Montréal entre 1973 et 1974, aux côtés du photographe britannique Richard Pare.

Cette série de photographies fait ressortir la relation entre la croissance urbaine, les expressions architecturales et les individus. 

Les photographies réalisées pour le projet de recherche de Phyllis Lambert sont les protagonistes de l'exposition présentée au CCA. Ces clichés en noir et blanc, sont mis à l’honneur et complétés par des cartes murales, essentielles à la compréhension de la ville en ce qui a trait à sa topographie, aux dates de construction et à l’identité des architectes, propriétaires et occupants des bâtiments à l’époque de leur construction. Ces cartes renseignent sur le Vieux-Montréal et trois quartiers centraux — les anciens faubourgs Saint-Laurent, Saint-Louis et Saint-Jacques qui ont formé durant deux siècles le cœur du Montréal francophone. Parmi les sources de recherche figurent des atlas des assureurs, des cartes historiques de la ville et des plans cadastraux.

Magasins-entrepôts Laroque/Généreux, détails de la pierre, 1869/1886. Photographie prise entre1973 et 1974.

D’un projet de recherche… à une exposition
Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville permet de construire une histoire sociale du changement urbain. Cette exposition figure parmi les nombreux projets que Phyllis Lambert a consacrés au patrimoine, dans un contexte de recherche et de muséologie.
Dans le milieu des années 70, le projet initial avait été mené par le Groupe de recherche sur les bâtiments en pierre grise de Montréal, à l’initiative et sous la direction de Phyllis Lambert, avant même qu’un programme de recherche archivistique sur l’architecture de la ville soit mis en place. Par la suite, le Groupe de recherche sur Montréal fut établi par Mme Lambert au CCA, et fut à l’origine d’une importante banque de données sur la propriété et le bâti à Montréal au début de la colonie, ce travail a mené, avec la collaboration d’Alan Stewart, à une exposition et à une publication du CCA intitulées Montréal, ville fortifiée du XVIIIe siècle (1992 — 1993) dont Phyllis Lambert fut le commissaire. Elle a également été l’instigatrice de l’exposition et de la parution de l’ouvrage éponyme Montréal métropole, 1880-1930 (1998) portant sur la période durant laquelle Montréal est passée d’une cité marchande du XIXe siècle à la métropole du Canada.

Source : Centre Canadien d’Architecture (CCA)

Maisons en rangée Lusignan/Guy-Fabre , Saint Jacques, 1866. Photographie prise entre 1973 et 1974.

PHYLLIS LAMBERT

Phyllis Lambert est née en 1927, à Montréal. Architecte, auteure, chercheuse et militante, elle est directeur fondateur émérite du Centre Canadien d’Architecture (CCA) qu’elle a fondé à Montréal, en 1979.

Mme Lambert a marqué l’histoire de l’architecture alors qu’elle était directeur de la planification du Seagram Building à New York (1954 à 1958). Très active dans l’avancement de l’architecture contemporaine et dans la conservation du patrimoine en tenant compte des enjeux sociaux, Phyllis Lambert a fondé Héritage Montréal en 1975. En 1979, elle a joué un rôle déterminant dans la création de la Société d’amélioration de Milton-Parc, le plus important projet de rénovation de coopératives d’habitation au Canada. En 1996, elle a créé le Fonds d’Investissement de Montréal (FIM), le seul fonds d’investissement privé du pays qui participe à la revitalisation de quartiers à revenus faibles ou moyens. Pendant 23 ans, Mme Lambert a été membre du conseil d’administration de la Société du Vieux-Port, où elle a fait de la consultation publique un instrument de planification. À l’origine d’une table ronde en 2005, qui fut le point de départ de la revitalisation du centre-ville Ouest de Montréal, Mme Lambert, fidèle à ses convictions, a continué de façonner la ville en présidant l’Institut de politiques alternatives de Montréal (IPAM), de 2009 à 2014. Lors de la Biennale d’architecture de Venise en 2014, Phyllis Lambert s’est vue décerner le Lion d’or d’honneur couronnant l’œuvre d’une vie, récompensant son engagement tenace pour la mise en valeur du rôle de l’architecture dans la sphère publique, de l’édifice Seagram à New York au projet du CCA. En 2016, la fondation Wolf d’Israël a remis à Mme Lambert le prix Wolf en art pour ses 60 ans de militantisme et d’innovation dans la conception architecturale et la préservation des bâtiments patrimoniaux, autant de décennies passées à redynamiser la profession d’architecte et la recherche en architecture, et à y insuffler le questionnement intellectuel et la critique politique. L’an dernier, elle a aussi reçu l’Arnold W. Brunner Memorial Prize 2016 de l’Académie américaine des arts et lettres de New York.

RICHARD PARE

Richard Pare (né en 1948, Angleterre) a étudié la photographie et le graphisme à Winchester au College des Arts de Ravensbourne, avant de déménager aux États-Unis en 1971. En 1973, il est diplômé de la School of the Art Institute of Chicago et depuis, il a exercé comme photographe, avec une prédilection pour l’architecture. Son projet actuel est une étude sur toute l’œuvre bâtie de Le Corbusier. En 1996, il a publié un ouvrage sur Tadao Ando, The Colors of Light, qui a reçu le prix monographie AIA. Il a été conservateur de la collection photographique Seagram de 1974 à 1985 et le conservateur fondateur de la Collection de photographies du Centre Canadien d’Architecture au moment de sa création en 1974 et jusqu’en 1989. Ses œuvres ont été largement exposées et il est représenté dans plusieurs des grandes collections publiques de photographie. Ses nombreuses expositions et publications phares comprennent Court House : A Photographic Document (1978) Photographie et architecture: 1839-1939 (1982), consacrée à la Collection du CCA et The Lost Vanguard : Russian Modernist Architecture 1922–1932.