­Jon Goyens a quitté le navire du Drakkar quelques heures à peine avant le début du camp d’entraînement.
­Jon Goyens a quitté le navire du Drakkar quelques heures à peine avant le début du camp d’entraînement.

Une saison, quatre défis majeurs

Steve Turcotte
Steve Turcotte
Le Nouvelliste
CHRONIQUE / La nouvelle saison de la LHJMQ est à nos portes. Une campagne qui, on le sait déjà, sera historique. Coup d’œil sur les dossiers à surveiller au cours des prochains mois sur la planète de Gilles Courteau.

Des concessions sur le gril

Depuis le retour du hockey junior à Sherbrooke en 2012, la LHJMQ traverse une belle période de stabilité.

Ce cycle est peut-être sur le point de prendre fin.

Certaines concessions étaient déjà dans le pétrin avant la pandémie. L’arrêt des activités le printemps dernier a fait mal. Si Gilles Courteau a toujours été confiant que ses 18 équipes allaient participer à la saison 2020-21, il a admis il y a quelques mois que le portrait pourrait changer dans un an.

C’est encore plus vrai maintenant que les propriétaires ont décidé de s’embarquer dans une nouvelle saison à huis clos. En coulisses, on raconte qu’ils ont agi ainsi parce qu’ils ont obtenu l’assurance que le gouvernement provincial allait allonger une aide importante pour les soutenir. C’est logique sinon l’aventure serait suicidaire avec des budgets d’opération qui tournent autour des deux millions $ de dollars.

Même avec une aide gouvernementale, il y a des marchés menacés.

À Baie-Comeau, la situation semble particulièrement inquiétante. Le conseil d’administration a démissionné en bloc cet été, insatisfait des nouvelles directives de la Ville, propriétaire du Drakkar. Aux dernières nouvelles, la Ville était toujours en train de confectionner le nouveau conseil d’administration, notamment en pigeant parmi les fans de l’équipe! À l’aide récurrente de plus de 300 000 $ versée par la Ville et engloutie annuellement dans les opérations du Drakkar s’ajoute cette saison un prêt de 600 000 $ pour traverser la crise, une décision qui a fait des mécontents au sein du conseil municipal. Bref, le Drakkar, qui a perdu son entraîneur-chef Jon Goyens à quelques heures du début du camp d’entraînement fin août, n’a jamais navigué sur une mer aussi agitée…

Il faut aussi surveiller ce qui se passe à Val-d’Or. Les Foreurs ont quand même placé au chômage leurs dépisteurs… quelques semaines à peine avant le dernier repêchage. Faut le faire! Avec le sixième choix au total, les Foreurs ont réclamé un gardien à qui ils n’avaient jamais parlé, et qu’ils ont renvoyé dans le midget AAA…

Cette franchise arrive à maturité et a déjà fait des transactions pour aller jusqu’au bout. Elle aurait bien besoin des revenus qui viennent généralement avec un long printemps de hockey. Si la saison entière se tient à huis clos, les Foreurs risquent d’être dans le pétrin.

À tout ça s’ajoute le rayon des poursuites contre la ligue.

Une première, à propos du statut du joueur (étudiant ou salarié), a été réglée le printemps dernier pour 30 millions $, soulageant les équipes de plus de 200 000 $ chacune.

En juin, l’ancien joueur de la LNH Daniel Carcillo a intenté un recours collectif contre la Ligue canadienne de hockey (LCH) et ses équipes au nom des joueurs qui auraient subi des sévices dans les rangs juniors lors des initiations. La poursuite demande des dommages et intérêts pour négligence, violation des obligations fiduciaires et rupture de contrat. Et puis cette semaine, une demande d’action collective de 825 millions $ allègue que la LNH et ses ligues affiliées dont la Ligue canadienne ont comploté pour empêcher une tonne de jeunes joueurs d’accéder aux rangs professionnels en raison d’ententes abusives contraignantes. La requête a été déposée en Cour fédérale par l’ancien joueur de la Ligue de l’Ouest, Kobe Mohr, et s’appuie sur l’article 48 de la Loi canadienne sur la concurrence pour dénoncer que les hockeyeurs de 18 à 20 ans de la LCH ne peuvent accéder aux rangs professionnels mineurs selon le système actuel.

Bref, sale temps pour opérer une équipe junior.

Surprise, Neulion est toujours à bord

Avec les matchs à huis clos, la LHJMQ sait qu’elle doit absolument se servir de la webdiffusion pour entretenir l’intérêt de ses partisans.

Voilà un rayon où les critiques ont été nombreuses ces dernières années. Pour être poli, le produit de Neulion était inégal d’un marché à un autre. Et les tarifs étaient dissuasifs.

La bonne nouvelle, c’est que l’entente entre Neulion et la LHJMQ a pris fin la saison dernière, alors la ligue se promettait de trouver un meilleur partenaire pour mieux servir ses fans.

Verizon a été choisi par l’ensemble des trois ligues canadiennes mais attention, elle s’établira finalement uniquement en Ontario et dans l’Ouest.

Pourquoi? Selon mes informations, Québecor aurait bloqué Verizon. Par contrat, Québecor a le dernier mot sur le choix du webdiffuseur, dans l’entente à long terme signée il y a quelques années avec la LHJMQ. La clause a été évoquée pour obliger la ligue à signer un nouveau pacte avec Neulion.

Est-ce que l’expérience sera plus uniforme, davantage conviviale? Est-ce que les tarifs seront plus compétitifs? Impossible pour l’instant de connaître les détails, qui devraient être disponibles quelques jours seulement avant le début de la saison…

La COVID maîtrisée… pour l’instant

Touchez du bois, aucune équipe ne rapporte de cas de COVID-19 pour l’instant. Chapeau à la ligue d’avoir mis en place un protocole strict afin de mettre toutes ses chances de son côté de garder à l’extérieur cette pandémie. Jusqu’à maintenant, c’est LHJMQ 1 COVID-19 0.

Ce serait quand même surprenant que ce pointage reste intact durant toute la saison.

La ligue n’est pas dupe. Elle a élaboré un plan de contingence qu’elle mettra en branle dès qu’il y aura des soupçons.

Un autre plan est prévu si une ou des éclosions se confirment. Le plan n’est pas quantitatif. Les activités d’une équipe ne se seront pas paralysées si un cas est déclaré, par exemple. Tout va dépendre du contexte. Avec un calendrier de 60 matchs plutôt que 68, une marge de manœuvre a été dégagée s’il devait y avoir des annulations de matchs. Reste à voir si la ligue en aura besoin.

D’ailleurs, les équipes auraient peut-être eu avantage à amorcer le calendrier régulier plus rapidement. Le camp s’est amorcé fin août, il se termine début octobre. C’est peut-être le camp le plus long de l’histoire du hockey, toutes ligues sérieuses confondues!

Les Européens sur la touche

La COVID-19 n’a peut-être pas percé les cercles de la LHJMQ mais elle retient pour l’instant les joueurs européens dans leur pays. Quelques futés ont bien réussi à déjouer les douanes, d’autres ont été carrément refoulés à l’aéroport. Les autres attendent le feu vert du gouvernement fédéral avant de s’envoler.

Puisqu’une quarantaine les attend à leur arrivée, il est maintenant acquis que les Européens vont rater le début de la saison. C’est problématique puisque bien souvent, ils font partie du noyau de l’équipe. De plus, comme le dossier traîne en longueur depuis des semaines, certains pourraient s’impatienter et décider de rester dans leur patelin finalement.

La ligue doit donc s’assurer que les fonctionnaires gouvernementaux s’activent au plus vite. Pourquoi est-ce si différent des joueurs de la LNH qui ont pu entrer au pays?

Paraît que la LHJMQ a mis du temps avant de trouver le bon canal pour acheminer ses demandes, ce qui explique en partie le délai. Ce pépin est réglé depuis déjà deux semaines. Un dénouement rapide est souhaitable pour toutes les parties impliquées.