Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
La pandémie actuelle pourrait faire très mal à l’industrie du golf.
La pandémie actuelle pourrait faire très mal à l’industrie du golf.

Une industrie qui retient son souffle

CHRONIQUE / La pluie de vendredi a dégraissé l’accumulation de neige en Mauricie. Avec ce mercure qui grimpe doucement, il doit y avoir pas mal de mordus de la petite balle blanche qui ont commencé à jaser avec leur décocheur d’allée!

Ils devront prendre leur mal en patience.

Tout comme les propriétaires de clubs de golf, qui sont eux aussi visés par les mesures imposées par le gouvernement Legault afin de contrer cette fichue pandémie mondiale de COVID-19.

Pour l’instant, à part pour une poignée de clubs près de la frontière américaine, ce n’est pas dramatique pour l’industrie québécoise. En Mauricie, ça commence normalement à arpenter les allées à la mi-avril. Les clubs nichés plus au nord doivent attendre quelques semaines de plus.

En début de saison, ce sont surtout les membres des clubs qui se pointent le bout du nez. Cet argent est dans les coffres. Mais bon, plus le printemps cède le pas à l’été, plus les revenus se diversifient. Revenus qui sont essentiels pour cette industrie qui, rappelons-le, ne vit pas exactement sur l’or depuis quelques années.

«Il nous reste un six, sept semaines avant que ça devienne problématique. L’heure est à l’ébauche de scénarios pour être en mesure d’être prêts à toutes les éventualités», mentionne Pierre Rousseau, Grand Manitou des clubs de Louiseville et Grand-Mère.

Les gens de l’industrie auraient aimé que le golf puisse obtenir la clémence du gouvernement. Rousseau ne le nie pas. En même temps, il comprend la situation. «S’il y a un sport qui pourrait être pratiqué, c’est le golf. C’est en plein air, et il y a plein de mesures qui peuvent être adoptées pour s’assurer d’une distanciation sociale adéquate. J’ai parlé à Serge Savard jeudi, et il avait joué en matinée au golf en Caroline du Sud. Tu ne touches pas au lave-balles, ni au fanion. C’est un joueur par voiturette, il y a des coupes surélevées sur les verts, etc. Je pense qu’il y a moyen de jouer de façon sécuritaire», explique-t-il. «En même temps, tout le monde est dans le même bateau. Ce n’est pas plus l’fun pour les stations de ski. On a tous des efforts à faire en ces temps de crise.»

C’est un peu le même raisonnement chez la famille Ladouceur, propriétaire du Métabéroutin, de Sainte-Flore et du Du Moulin.

«Il y différentes mesures qui pourraient être prises. Personnellement, je pensais à espacer les heures de départ, par exemple», signale Patrick Ladouceur. «Mais bon, on comprend tous que la situation est problématique. Tout ce qu’on peut espérer, c’est que les actions prises par le gouvernement vont aider à réduire le temps d’isolement.»

Ladouceur et Rousseau sont aussi d’accord sur un autre point : quand l’industrie aura le feu vert, elle sera occupée. «Les gens vont avoir besoin d’aller dehors, de bouger. Peu importe quand ça va partir, il va y avoir un boum!», lance Ladouceur. «La reprise devrait être assez forte, surtout si elle se fait pas trop tard. C’est sûr que si tout est arrêté pendant des mois et des mois et que l’économie plante, les gens auront peut-être moins de sous à dépenser pour les loisirs. Je suis toutefois plus optimiste que pessimiste», ajoute Rousseau.

À condition, évidemment, d’avoir les reins assez solides pour se rendre jusqu’à la reprise. Si elle tarde, il y a des clubs qui vont être menacés de faillite, prévoient-ils. «Il y a des clubs qui sont plus à risque que d’autres, c’est évident. Les surintendants vont travailler. Comment les payer s’il n’y a pas de revenus qui entrent? Si ça dure tout l’été, l’industrie va traverser toute une crise», prévoit Ladouceur.

«Il faut absolument compter sur des employés polyvalents pour passer à travers. Dans notre situation, je suis surintendant, je fais de la comptabilité, je peux même donner un coup de main en cuisine. Ça va aider», sourit Rousseau. «Mais c’est sûr que si ça dure plus longtemps, ça va prendre un coup de main. Présentement, on annule des commandes d’engrais, de boutique. Ce sont des grosses dépenses qui peuvent attendre. On retient un peu notre souffle, en espérant que tout se résorbera rapidement. En Chine, après trois mois et demi, le pays a recommencé à vivre. Avec toutes les précautions prises en ce moment au Québec, ce sera peut-être moins long ici?»