Même si le propriétaire des Growlers de Terre-Neuve est sérieusement intéressé à implanter son équipe au Colisée, la Ville de Trois-Rivières doit se demander si une franchise de la ECHL est vraiment le bon produit à présenter à ses citoyens.

Quelle sorte d’éléphant, le Colisée?

CHRONIQUE / Une conférence de presse, à 2400 km de Trois-Rivières, pourrait influencer directement la façon de meubler le nouveau Colisée de la cité de Laviolette.

Dean MacDonald, le propriétaire des Growlers de Terre-Neuve dans la East Coast League, a convoqué la presse aujourd’hui pour faire le point sur ses négociations avec les gestionnaires du Mile One Stadium, à St. John’s.

MacDonald s’est déjà engagé à faire jouer ses Growlers, champions en titre de la ECHL, au Mile One Stadium en 2019-20, mais il n’a pas d’entente entre les deux parties pour la suite des choses.

L’éléphant dans la pièce aujourd’hui, ce sera évidemment le Colisée de Trois-Rivières, que MacDonald a visité il y a quelques semaines. Il a lui-même ébruité son passage sur le chantier du District 55. Alors que les émissaires trifluviens avaient été très étanches, l’homme d’affaires a publié une photo sur Twitter en vantant le fait que Trois-Rivières investissait dans un nouvel aréna!

Reste maintenant à savoir si MacDonald est sérieux en ce qui concerne le marché trifluvien, ou s’il s’en sert uniquement pour se donner du poids à la table de négociation.

La tactique est vieille comme le monde. Au niveau sportif, elle continue de fonctionner. Regardez comment Montréal est traitée actuellement par le Baseball majeur, alors que la concession de Tampa Bay bat de l’aile. Au hockey, Québec et son Centre Vidéotron sont mentionnés chaque fois qu’un propriétaire est en difficulté… ou en négociation. Phoenix, la Caroline, même à Calgary et Ottawa, la menace Québec a été utilisée! Pourtant, Québec a toujours un beau gros éléphant blanc dans sa cour.

Je ne dis pas que c’est le sort qui attend le nouveau Colisée. Parfois, un plan B finit par se concrétiser.

Winnipeg, c’était ça. Je me rappelle encore très bien du visage du Gary Bettman quand il a autorisé, en catastrophe, le transfert de la franchise d’Atlanta vers Winnipeg. Le petit empereur n’était pas content du tout et il ne faisait rien pour cacher son agacement. Il avait même menacé les fans de Winnipeg, si ceux-ci ne répondaient pas massivement à l’appel! Mais bon, Winnipeg a quand même fini par faire revivre ses Jets et la famille Thompson ne les laissera plus jamais filer.

La bonne option?

Mais même si MacDonald est sérieusement intéressé à implanter son équipe au Colisée, la Ville de Trois-Rivières doit se demander si une franchise de la ECHL est vraiment le bon produit à présenter à ses citoyens. Si c’était le Canadien qui voulait compléter son système de filiales, ce serait déjà plus sexy. La grosse machine promotionnelle des Glorieux est réputée pour faire des miracles!

Mais un club-école des Maple Leafs, au dernier échelon des rangs professionnels? Pas sûr de celle-là. Encore moins si la franchise n’est pas opérée par des gens du milieu.

Sur la glace, ce n’est pas un calibre nettement plus relevé que les Patriotes de l’UQTR, en passant. Et ces derniers, je vous le rappelle tristement, attirent à peine quelques centaines de spectateurs par match, même s’ils opèrent l’un des programmes universitaires les plus réputés au pays.

Tant qu’à s’attacher avec un homme d’affaires de l’extérieur, qui amènerait un produit qui n’est pas réellement supérieur à ce qui se fait déjà en ville, il vaut peut-être mieux attendre un client plus attrayant. Comme des promoteurs de hockey junior, ou encore une équipe de la Ligue américaine qui a besoin d’un nouveau port d’attache. Des noces prématurées, c’est rarement un gage de succès!

Pas facile à St. John’s

D’une façon ou d’une autre, il sera néanmoins intéressant de suivre le bras de fer entre MacDonald et ses partenaires au Mile One Stadium. Ces derniers ne semblent pas être les plus faciles avec lesquels travailler. Rappelez-vous, les Fog Devils avaient déménagé à Verdun dans la LHJMQ en 2008 parce que le propriétaire estimait ses conditions d’exploitation inacceptables. Voilà que c’est au tour de MacDonald de se plaindre de son sort.

À St. John’s, les partisans ne doivent pas la trouver drôle du tout. Les Maple Leafs viennent d’y passer quelques jours pour amorcer leur camp d’entraînement, selon une entente avec MacDonald. Le monsieur a des relations, c’est l’évidence. Si ce dernier s’en va, 11 ans après le fiasco dans la LHJMQ, bonne chance pour attirer un autre promoteur!