Dominic Ricard (à droite) travaille étroitement avec André Ruel au sein de l’agence CAA. On les voit ici en compagnie de Samuel Poulin, choix de première ronde des Penguins de Pittsburgh au repêchage de 2019.

Les recrues dans la LHJMQ: une structure à repenser

Il y a actuellement 35 joueurs québécois qui évoluent régulièrement dans la LNH.

De ce nombre, 17 n’ont pas joué dans la Ligue midget AAA à 15 ans (16 midget Espoir, un midget B). Dix-neuf de ces 35 joueurs n’ont pas évolué dans la LHJMQ à l’âge de 16 ans (ils ont joué midget AAA). Vingt-trois de ces 35 joueurs n’ont pas été des choix de première ronde ni dans la LHJMQ ni dans la LNH.

Tous ces chiffres sont susceptibles de provoquer une réflexion sur la structure de développement utilisée actuellement au Québec. Présentement, à tous les niveaux, accéder à l’échelon supérieur, peu importe comment est la méthode qui est la plus valorisée.

Dominic Ricard est l’un de ceux qui croient que nos jeunes auraient avantage à avoir un peu plus de temps pour s’épanouir, plutôt que d’être poussés à grimper le plus vite possible.

Ricard sait de quoi il parle. Il a amorcé son parcours dans le hockey mineur, puis il a pris les guides des Estacades midget AAA, avant de passer une décennie à la barre des Voltigeurs de Drummondville. Depuis quelques années, il s’implique dans la Ligue de hockey préparatoire scolaire au sein du Collège Saint-Bernard de Drummondville, tout en agissant comme conseiller pour les jeunes représentés par la firme CAA, dirigée par Pat Brisson.

«À mes yeux, il y a beaucoup trop de joueurs de 16 ans dans le junior majeur, et de joueurs de 15 ans dans le midget AAA. Pour que le développement soit optimal, les jeunes doivent pouvoir jouer avec confiance, assumer des responsabilités et contribuer activement aux succès de leur équipe. C’est pas mal plus important que le calibre de jeu où ils évoluent», témoigne-t-il.

Ricard ne se place pas au-dessus de la mêlée, bien au contraire. Il avoue qu’il a commis l’erreur de faire graduer prématurément certains adolescents avec les Voltigeurs de Drummondville alors qu’il était directeur-gérant. «Je me rends compte que j’ai commis cette erreur avec quelques joueurs. Des fois, les équipes gardent des jeunes, parce qu’ils n’ont pas confiance aux hommes de hockey à l’échelon inférieur. Il y a une synergie entre le midget AAA et le junior majeur, mais y en a-t-il avec les ligues junior AAA et collégial? Je ne crois pas et pourtant, ça prendrait ça pour ne pas échapper de joueurs.»

Ce malaise est présent aussi dans les réseaux inférieurs. Ricard roule des yeux quand il entend des parents se morfondre parce que leur enfant n’a pas accédé au pee-wee AAA.

«Au Québec, on pense que si un gars est coupé du pee-wee AAA, c’est terminé pour lui. Il n’y a rien de plus faux. Chaque joueur a sa propre courbe de développement. Des gars comme Yanni Gourde et Jonathan Marchessault ont été prêts plus tard que les autres en raison de leur physique. Or je trouve qu’ils se débrouillent fort bien maintenant! C’est comme ceux qui riaient des Zachary Bolduc, William Rousseau et Jacob Guévin parce qu’ils avaient choisi le programme des Panthères du CMI. J’entendais dire qu’ils avaient choisi une ligue de saucisses! Je trouve que ça ne se passe pas trop mal pour eux», lance Ricard à propos des trois adolescents de 16 ans qui reviennent du Défi mondial des moins de 17 ans.

«Le développement à long terme, l’encadrement parental, la confiance que l’on peut stimuler dans la réussite, tout ça est très important dans le cheminement d’un joueur. Quand les parents, les entraîneurs, et même les conseillers comprendront ça, on pourra s’attaquer aux changements à faire à nos structures.»

Ça passe par un vieillissement de la LHJMQ, et des rangs midget AAA, selon lui. Avec, en parallèle, une meilleure collaboration avec le collégial et le junior AAA, répète-t-il. «L’Ontario réussit à amener des joueurs dans la OHL à 18 ans. Chez nous, il y a très peu d’André Bouvet-Morrissette et de Marc-Antoine Pépin. Je pense qu’il faut s’interroger sur la raison.»

Et tiens, pourquoi ne pas permettre aux équipes junior au pays d’aligner davantage de joueurs de 20 ans ? Dans la NCAA, il y en a pas mal, des joueurs de 19 ans et plus… «Ça aiderait nos jeunes à ne pas décrocher, ça, c’est certain. Beaucoup de joueurs ont profité d’une dernière saison junior à 20 ans comme tremplin. Ça doit soulever au moins une discussion…»

C’est ce qu’il a tenté de faire cette semaine, faisant une sortie à ce sujet sur les médias sociaux. Ricard persiste et signe, le hockey québécois a besoin d’un coup de barre. Il espère que son cri du cœur sera entendu. «C’est en se parlant et en confrontant nos idées qu’on peut le provoquer. L’idée, ce n’est pas de dire que c’est mauvais, tout ce qui se passe en ce moment. Non, l’idée c’est d’améliorer notre vision, de façon à mieux servir nos jeunes.»

Robidoux suspendu 10 matchs

Le verdict est finalement tombé dans le dossier de Mikaël Robidoux, expulsé d’un match à Rimouski il y 12 jours pour une mise en échec par derrière. Après avoir étudié les clips de tous les angles, parlé au principal intéressé, puis mûri sa réflexion, le préfet de discipline Éric Chouinard lui a imposé une suspension de 10 matchs.

C’est la neuvième suspension écopée par l’agitateur depuis son début de parcours dans la LHJMQ. 

Au total, le vétéran de 20 ans avait reçu 26 matchs de pénitence au cours de ses huit premières suspensions. Celle-ci est donc plus salée, car elle tient compte du fait qu’il est un récidiviste.

Chez les Cataractes, le directeur-gérant Martin Mondou n’a pas voulu dire directement s’il était en accord ou non avec la décision de Chouinard. Mais il s’est porté à la défense de Robidoux. 

«Depuis qu’il est chez nous, il était irréprochable avant ce geste. J’imagine que c’est parce qu’il avait amélioré des choses dans sa game. C’est l’un de ceux qui donnent le plus de mises en échec dans notre ligue, et c’est la première fois qu’il est impliqué dans un incident du genre depuis un an. Ça prouve qu’il a fait du chemin», martelait Mondou, qui va demander à son vétéran de garder la même approche quand il effectuera son retour au jeu le 14 décembre. 

«C’est un joueur d’énergie, un gars qui doit jouer de cette façon pour contribuer à nos succès. Il faut juste comprendre que ces joueurs sont plus à risque que des joueurs de talent pur, étant donné le nombre élevé de mises en échec qu’ils distribuent. Je ne comprends pas pourquoi certains (sur les médias sociaux) le traitaient comme le pire des criminels depuis une semaine. Les jeunes dans notre ligue sont en développement. Il est comme les autres, en train de s’améliorer…»