Steve Turcotte
Si le nouveau pilote que Martin Mondou a choisi ne livre pas la marchandise, alors c’est probablement son travail et celui de ses lieutenants qu’il faudra analyser plus en profondeur.
Si le nouveau pilote que Martin Mondou a choisi ne livre pas la marchandise, alors c’est probablement son travail et celui de ses lieutenants qu’il faudra analyser plus en profondeur.

Le changement de ton fera-t-il la différence?

CHRONIQUE / Ce n’est jamais évident pour un pilote de traverser tout un cycle, quand la reconstruction s’amorce au fond du baril.

Ce fut le mandat accordé à Daniel Renaud il y a deux ans et demi, un homme de hockey sans expérience comme entraîneur-chef.

Il devait diriger Samuel Girard une demi-saison, mais la Tornade de Roberval a réussi à se faire une niche dans la LNH à 19 ans. L’an passé, il comptait sur Simon Benoît pour tenir le fort en défensive, lui aussi s’est frayé un chemin plus vite que prévu vers les pros.

Dans les circonstances, les résultats des deux premières saisons de son règne n’étaient pas alarmants. Au contraire, Renaud appliquait la stratégie à la lettre d’accorder beaucoup de temps de jeu aux jeunes, alors la progression était visible à l’œil nu même si les points au classement se faisaient rares. Ce fut payant en séries: les Cataractes ont chauffé les fesses des Huskies, futurs champions de la Coupe Memorial.

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Ça s’est corsé cet hiver. Après un bon début de saison, au sein d’une conférence faible, l’état-major de l’équipe s’est permis de rêver au carré d’as. Le hic, c’est que le jeune groupe de Renaud n’a pas été en mesure de s’ajuster au jeu plus hermétique de la deuxième moitié de saison.

Chaque année, c’est la même chose: plus la saison avance, moins il y a d’espace sur la glace. Ça devient plus nord-sud, moins est-ouest. Un entraîneur doit réussir à faire acheter à ses joueurs de simplifier leur jeu. Même les joueurs plus talentueux doivent embarquer. Chez les Cataractes, ce bout-là était difficile depuis un mois et demi. Beaucoup de dentelle, qui se transformait en revirements, et qui menait à des défaites…

Renaud, apprécié de ses joueurs, a bien tenté de serrer la vis. Certains soirs, ça fonctionnait. D’autres, c’était le festival des revirements qui reprenait. En défensive notamment, on ne peut pas avancer que ce groupe a progressé depuis un an.

La confrérie des entraîneurs noterait que Renaud n’a pas eu accès à toutes les armes pour se défendre. Il a joué un seul match cette année avec trois vétérans de 20 ans dans l’alignement. C’est vrai.

Il a perdu Valentin Nussbaumer aux Fêtes, lui qui a préféré faire plus de sous chez les pros en Suisse. C’est vrai aussi. Son groupe de défenseurs souffre manifestement de talent brut. Les dépisteurs des Cataractes se sont surtout concentrés à repêcher de l’attaque depuis trois ans…

Reste qu’un pilote a le mandat d’exploiter au maximum les ressources à sa disposition. Même avec les trous actuels, l’équipe de Renaud valait mieux qu’une 14e place au classement général.

Maintenant, Mondou aurait pu attendre encore avant de tirer sur la gâchette. Il y a encore du monde dans les estrades. Il est dans le boulier, là où il pourrait ramasser un certain Tristan Luneau en juin prochain. Et qui sait, les Cataractes auraient quand même pu franchir une ronde une fois les éliminatoires installées.

Il n’est pas fait comme ça. Il veut gagner. Les deux dernières saisons ont été hyper difficiles. Il se disait que c’était un passage obligé en vue de revenir parmi l’élite dès cette saison. Il croit que son groupe est meilleur que les résultats actuels. Alors il a décidé de prendre la pression en pointant son entraîneur du doigt. Si le nouveau pilote qu’il a choisi ne livre pas, alors c’est probablement son travail et celui de ses lieutenants qu’il faudra analyser plus en profondeur…

C’est dans ce contexte que débarque Gordie Dwyer. Il a plus d’expérience que Renaud. Il est plus rigide aussi. Le changement de ton pourrait être bénéfique.

Je lui ai parlé quelques minutes dimanche soir. Il était encore à la maison à Charlottetown, en attente d’un vol après avoir accompagné l’un de ses garçons dans un tournoi à Moncton.

Dwyer suivait les activités de la LHJMQ en général depuis le début de la saison, et il avait assisté au match Cataractes-Islanders il y a une dizaine de jours. Il sait dans quelle aventure il s’embarque. «C’est un beau défi. J’hérite d’une jeune équipe avec du talent. Ces joueurs ont besoin d’apprendre à jouer davantage en équipe.»

Ce sera le seul commentaire de Dwyer. D’une part parce qu’il ne veut pas froisser Renaud, un chic type que tout le monde apprécie dans le milieu.

Aussi, il préfère rencontrer ses nouveaux protégés avant d’aller plus loin dans ses commentaires.

«On se voit demain!»

La suite s’annonce intéressante. Cette équipe performait-elle en deçà de son potentiel ou, au contraire, était-elle privée de pièces essentielles pour faire un réel saut vers l’avant? On le saura dans les prochaines semaines…