Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Le hockey mineur pourrait passer à la phase six dès la mi-octobre.
Le hockey mineur pourrait passer à la phase six dès la mi-octobre.

Dans la mélasse jusqu’au cou

TROIS-RIVIÈRES — On nage dans la mélasse au point de vue sportif depuis la rentrée des classes.

Les directives changent d’une journée à l’autre, les interprétations des consignes varient selon les régions, les écoles, les bénévoles. Bien des parents crient à l’injustice, alors que plusieurs enfants et adolescents ont l’impression d’être pris en otage.

Tenez, ma grande Justine a passé l’été à rêver à sa prochaine saison de basket scolaire. Tous les soirs, pendant que ses jeunes frères s’endormaient, elle allait user le vieux panier qui traîne à côté du garage. À chaque jour depuis la rentrée, elle s’en va à l’école en espérant savoir quand elle retrouvera son équipe. Au moment d’écrire ces lignes, elle n’avait eu encore aucune information!

Alexis, lui, a eu ses deux premières pratiques au hockey mineur en fin de semaine. Le bonheur! Il a du mal à comprendre pourquoi il ne peut pas s’entraîner sur les heures de classe s’il peut le faire la fin de semaine mais bon, au moins il patine. C’est déjà ça! Il venait à peine de quitter l’aréna dimanche qu’il demandait la date de son premier match. C’est bien beau s’entraîner mais à 10 ans, ce sont les matchs qui te passionnent!

Je n’ai pas eu le choix de modérer ses ardeurs.

Après tout, il y a eu quelque 150 matchs de hockey reportés cette fin de semaine en raison de la COVID au Québec. Ce chiffre va gonfler dans les prochaines semaines de façon effrayante si les règles en place restent en force. En ce moment, dès qu’il y a un cas dans l’école d’un joueur de l’équipe, ou de la formation rivale, on range l’équipement. Les Estacades pee-wee Relève – les meilleurs 2009 en Mauricie – ont vu leur match de samedi être annulé pour ce motif. Les joueurs qui forment les Estacades proviennent de 12 écoles primaires différentes. Si c’est ton équipe rattachée à une école qui est touchée, c’est l’arrêt pendant 14 jours. Sous les normes actuelles, combien de matchs pensez-vous qu’ils seront en mesure de disputer cet hiver?

Le peewee Relève, c’est l’exemple extrême. Mais quand même, le hockey mineur est sur les dents depuis quelques jours. «Il y a eu des matchs annulés jusqu’au midget AAA», fait valoir le président de Hockey Mauricie, René Leclair, pour signifier que tout le monde est dans le même bateau.

Hockey Mauricie a finalement récupéré 80% de sa clientèle, alors qu’elle était à 50% à la fin août. À part les catégories junior et Magh, la rétention est excellente. Maintenant, il faut trouver une façon de satisfaire les membres. Leclair convient que la situation est très difficile. «Il y a de l’insatisfaction, de l’incompréhension. Et on doit de plus faire affaire avec des courants de pensée bien différents : certains sont alarmistes par rapport à la pandémie, d’autres minimisent ce qui se passe. C’est assez facile de comprendre que ces deux mentalités n’ont pas les mêmes attentes.»

La bonne nouvelle, c’est que Hockey Québec a demandé à ses associations de se préparer à entrer dans la phase six – la dernière du déconfinement qui rétablit le jeu à cinq contre cinq - vers la mi-octobre.

La mauvaise, c’est que cet objectif a le temps de changer 10 fois d’ici trois semaines. «Je commence à être un peu moins optimiste. Je regarde les nouvelles, les cas augmentent pas mal. Je dirais qu’on a un nouveau mémo aux deux jours. À chaque fois, ça change la planification, les scénarios. Ce n’est pas évident à gérer. Ma plus grande crainte, c’est que les bénévoles finissent par s’essouffler. Ça prend plus de cohérence. On dirait que le ministère du Sport et la Santé publique ne partagent pas l’information…»

Leclair insiste, il ne veut pas partir en guerre. Son message se veut constructif. «Je ne voudrais pas être dans les souliers d’un ministre en ce moment. Une pandémie, ce n’est pas simple à gérer, j’espère qu’on comprend tous ça. Les décisions doivent être prises pour l’ensemble de la population. Et c’est normal qu’il y ait une évolution dans le temps. Maintenant, ce qu’il faut, c’est d’éliminer les zones grises. J’espère qu’il va me rester des cheveux sur la tête quand ça va enfin arriver!»

Leclair blague évidemment. Mais ça donne quand même une idée de la mélasse dans laquelle le hockey est plongé.

Tous les autres sports vivent à peu près la même dynamique.

Paraît que lundi après-midi, il y avait une rencontre au sommet entre les ministères et la Santé publique pour clarifier cette situation dénoncée par de plus en plus de gens.

Espérons que le retour soit rapide. Et que les règles du jeu soient clairement définies… et équitables.