David Carrier-Porcheron

YES: dix ans déjà!

Lorsqu’il a quitté le Saguenay-Lac-Saint-Jean pour aller vivre son rêve de dévaler en planche les pentes enneigées des imposantes montagnes de l’Ouest canadien, David Carrier-Porcheron, alias DCP, était loin de se douter que sa passion pour son sport l’amènerait un jour à devenir entrepreneur.

Cofondateur du fabricant de planches à neige YES, le Chicoutimien d’origine et quelques membres de son équipe de planchistes étaient de passage au Saguenay, lundi, pour y présenter le film tourné pour célébrer le 10e anniversaire de l’entreprise Holy shit ! That was 10 years ?.

En après-midi, ils ont rencontré les jeunes du programme sport-études en planche à neige au centre récréatif En Équilibre, où ils ont assisté aux entraînements avant d’échanger avec la relève de ce sport. Une autre projection a eu lieu en soirée au même endroit et les profits ont été remis au centre récréatif.

À l’été 1996, l’adolescent de 16 ans a séjourné une première fois dans l’Ouest canadien. « En 1997, je suis retourné en avril pour une compétition canadienne, la West Beach Classic, à laquelle j’avais été invité. Je finissais mon secondaire cette année-là. J’étais donc revenu finir mes études et je suis déménagé dans l’Ouest par la suite. J’y suis depuis », raconte David Carrier-Porcheron, qui a conservé ses boucles blondes et son sourire juvénile.

Les Saguenéens d’origine, David Carrier-Porcheron et Marc-André Tremblay tiennent un produit de la compagnie YES en compagnie du responsable du sport-études en planche à neige, Claude-David Gaudreault et les jeunes du programme sport-études au Centre Equilibre.

À l’époque, le talentueux planchiste se distinguait sur le circuit de compétition provincial. Ses bons résultats lui ont permis de se dénicher de bons partenaires, qui l’ont suivi pendant 10-15 ans. « J’ai eu la chance d’aller dans de plus grosses compétitions et de faire des vidéos et des films », mentionne celui qui a fait la couverture du Transworld Snowboarding à quelques reprises. De 2004 à 2009, Burton avait même produit, entre autres pour DCP, une planche pro modèle, le UnInc.

De Planchiste à Entrepreneur

Dans le cas de DCP, la perte, en 2008, de son emploi avec la compagnie Burton a été positive, puisque ses coéquipiers de l’époque, le Suisse Romain de Marchi et le Norvégien JP Solberg, aussi licenciés par Burton après plus d’une dizaine d’années au sein de l’équipe, ont uni leurs forces pour fonder la compagnie YES.

« On a essayé de se trouver des partenaires et des commanditaires. À ce moment-là, c’était la récession. Tout le monde faisait des coupures au lieu d’engager du personnel. Puis, on a comme eu une opportunité de faire nos propres planches durant notre transition. On a commencé à en faire et on s’est dit qu’on pourrait en vendre. On est allés à Las Vegas en janvier et depuis ce temps-là, on a produit cinq films avec la compagnie YES, souvent en partenariat avec Absinthe Films. »

Au cours des dix dernières années, en plus de faire quelques films, le natif de Chicoutimi a aussi aidé à faire la production du film 10e anniversaire, Holy shit ! That was 10 years ? « Ç’a été une opportunité pour être encore en montagne avec tout le monde et continuer », explique celui qui a épousé une Américaine et dont leurs deux enfants fréquentent l’école française en Colombie-Britannique.

Ce film, qui est un peu une rétrospective des dix ans de la compagnie YES, a été tourné pendant deux mois à Whistler, dans l’arrière-pays. L’entreprise a aussi fait une place aux jeunes de son équipe, dont les Saguenéens Marc-André Tremblay et Océane Fillion. La présentation du film s’inscrit aussi dans une tournée internationale où les dirigeants de YES en profitent pour rencontrer leurs distributeurs et leurs représentants dans les différents pays.

Maintenant âgé de 38 ans, le fils de Robert Porcheron et de Denise Carrier admet que la compétition reste forte, « car l’industrie du snow ne grandit pas beaucoup ».

« Il y a eu une bonne croissance pendant un bout, mais actuellement, la stratégie est plus de prendre les parts de marché des autres compagnies qui sont plus grosses. Je pense qu’en ce moment, il y a un mouvement qui est bon pour nous. Les gens veulent supporter des compagnies qui sont authentiques, qui sont supportées par des snowboarders au lieu de compagnie que le snowboard n’est qu’un volet de son offre.

L’entraînement des jeunes du programme sport-études se fait au centre En Équilibre, dans le parc industriel de Chicoutimi.

« Nous, nous sommes spécialisés en snowboard et avons beaucoup d’expérience. Avec YES, on veut offrir une super bonne expérience aux gens qui veulent faire du snow en produisant de bonnes planches dotées de qualités qu’on aimerait nous-mêmes », conclut celui qui teste évidemment les planches créées par YES.

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COURIR APRÈS LA NEIGE ET LES MONTAGNES

Natif de Saint-Honoré, Marc-André Tremblay fait partie des planchistes de la région qui réussissent à vivre de leur art... ou de leur sport. De passage dans sa région natale lundi, le planchiste de 25 ans ne regrette pas sa décision de «courir après la neige et les montagnes» pour réaliser son rêve. 

En entrevue, le fils de Martin Tremblay et de Marlène Smith raconte qu’il a grandi dans l’ombre des premiers planchistes de la région à tenter de vivre de leur passion en s’expatriant dans l’Ouest canadien dans les années 1990, comme David Carrier-Porcheron, alias DCP, Étienne Tremblay et Sylvain Rheault.

«J’ai grandi au lac Docteur et nous avions un chalet au Valinouët. J’ai grandi là. On a toujours un peu suivi leur parcours. Moi, j’étais le petit jeune qui se tenait avec eux et leurs voisins, mais mon rêve a toujours été de passer à l’étape suivante. J’ai déménagé (dans l’Ouest canadien)en 2010, après mon secondaire», raconte celui qui n’avait que 17 ans à l’époque.

«J’ai fait un an à Banff et je suis retourné m’installer à Whistler. J’avais des commanditaires dans la région, mais quand je suis déménagé, tout est tombé à l’eau. J’ai donc recommencé à zéro en Colombie-Britannique», poursuit celui qui a aussi fréquenté l’école de snow de Claude-David Gaudreault.

En 2013, il a attiré l’attention en remportant la compétition locale à Whistler. C’est à ce moment-là que la jeune entreprise de fabrication de planches YES, qui compte DCP parmi ses fondateurs, a recruté le snowboarder dans son équipe. 

Alors que la plupart des gens ronchonnent à l’approche de l’hiver, le jeune homme, lui, est ravi. Tournages de vidéos et compétitions font partie de sa routine. «On se cherche des territoires, on construit de sauts et on filme ça. On a des motoneiges et on va en hélicoptère quand le budget le permet pour suivre la neige. On tourne le plus souvent en Colombie-Britannique, à moins que les conditions ne soient pas bonnes. Sinon, on va aller ailleurs», explique-t-il.

Le grand gaillard monte aussi régulièrement sur le podium dans les épreuves de vitesse. «Je mesure 6 pieds 3 pouces et je pèse près de 200 livres, mais je suis agile pour ma grandeur et quand même assez rapide. Je fais des courses, les Monster Energy et Boarder Style, et j’ai fait un podium à tous les événements auxquels j’ai participé. Je me classe assez bien chaque fois.» 

Toutefois, la pratique d’un sport extrême comporte son lot de risques, et le Saguenéen n’y a pas échappé. «Le corps suit toujours même si ce n’est pas facile. On se blesse souvent, avoue-t-il. J’ai subi une importante chirurgie au genou il y a deux ans. Ça m’a pris pratiquement tout ce temps pour revenir. Ç’a été dur, mais j’ai connu une très bonne saison l’an passé et je suis content. J’ai hâte à l’an prochain!», affirme le grand brun à la longue tignasse. 

Établi dans l’Ouest depuis huit ans, Tremblay est plus que satisfait de son sort. «C’est vraiment cool tous les gens qu’on rencontre. Habiter là-bas, c’est vraiment différent et c’est vraiment un rêve qui se réalise», a-t-il conclu avec un grand sourire.