Quand Patrice Drouin a fondé l’Association québécoise de vélo de montagne, en 1984, il était loin de se douter qu’il allait devoir se battre contre l’Office québécois de la langue française pour faire reconnaître le nom de l’organisation.

«Vélo de montagne», le fruit d'un dur combat

Patrice Drouin peut se vanter d’avoir inventé l’expression «vélo de montagne».

En fondant l’Association québécoise de vélo de montagne en 1984, le président de Gestev ne se doutait pas qu’il allait devoir se battre contre... l’Office québécois de la langue française (OQLF). À cette époque, il désire faire de cette association une fédération qu’il enregistre auprès des instances gouvernementales.

Après avoir organisé quelques événements au Mont-Sainte-Anne, à Bromont et au Mont-Tremblant, il reçoit une lettre de l’organisme de l’OQFL qui a pour mission «de définir et de conduire la politique québécoise en matière d’officialisation linguistique».

D’après Drouin, cette lettre «disait que le nom est inapproprié et que ça devrait être la Fédération québécoise du VTT», une abréviation qui, au Québec, désigne généralement un véhicule tout-terrain comme un quatre-roues.

«L’Office regarde beaucoup ce qui se passe en France, où ils ont appelé ça VTT, soit vélo tout-terrain. J’ai contacté mes amis français à ce moment-là. Avec un peu de temps, mon collègue a dit qu’eux n’avaient pas ce problème, parce que les véhicules tout-terrain, ça n’existait pas.»

Avec cette information, Drouin est allé demander l’avis du président de la Fédération des véhicules tout-terrain du Québec. Ce dernier s’est fermement opposé au changement de nom, estimant que ce duplicata ne ferait qu’induire la population en erreur.

«Ils [l’OQLF] ont continué à marteler qu’ils voulaient que ça s’appelle le VTT, se souvient Drouin. 

L’UCI à la rescousse

Aux États-Unis, la National Off-Road Bicycling Association, soit cyclisme hors route, n’aidait pas sa cause, puisque «ça nous mettait encore un peu trop proche du VTT». Cependant, l’Union cycliste internationale (UCI) a plus tard opté pour les appellations «mountain bike» et «vélo de montagne».

En France, «ils ont continué à faire des Championnats du monde de VTT, des Coupes du monde de VTT, des Championnats européens de VTT et ils ont continué à faire leurs affaires comme ça. Mais l’UCI a approuvé le “vélo de montagne”.»

La décision de la fédération internationale a donné les armes nécessaires à Drouin pour tenter une fois de plus de convaincre l’Office. «Je fais du ski alpin au Mont-Saint-Anne et je ne suis pas dans les Alpes. Je peux faire du vélo de montagne en ville, sur les plaines d’Abraham, au Mont-Royal, n’importe où. “Vélo de montagne”, il faut pas prendre ça comme un nom fixe. Tu ne fais pas juste du ski dans les Alpes.»

Il a finalement eu gain de cause sur l’organisme provincial de la langue française. «J’avais autre chose à faire que m’obstiner sur la terminologie», juge-t-il. «On démarrait un sport.»

Même si la France et d’autres pays francophones en Europe ont pour la plupart laisser tomber le terme VTT, ceux-ci ont choisi d’employer l’expression «mountain bike».

La Coupe du monde de vélo de montagne de l’UCI s’amorce vendredi, au Mont-Sainte-Anne, avec la présentation des qualifications de l’épreuve de descente à compter de 13h30.