La sénatrice Chantal Petitclerc est arrivée à Ottawa avec l’idée de promouvoir de saines habitudes de vie.

Une sénatrice pour les jeunes

CHRONIQUE / Ce n’est pas parce que c’est légal, que c’est banal.

Le projet de loi sur la légalisation du cannabis a posé un véritable problème à Chantal Petitclerc.

La jeune sénatrice a toujours été en faveur de la décriminalisation.

La légalisation ? Ça commandait une réflexion plus longue, plus sérieuse.

On sent toujours, chez elle, un certain malaise.

« Je suis une athlète », rappelle la dame, en plein cœur d’une longue conversation qui se déroule dans son bureau, sur la rue Wellington, juste en face du parlement.

Elle a remporté une vingtaine de médailles paralympiques, durant une brillante carrière où elle a détenu des records mondiaux sur 100, 200, 400, 800 et 1500 mètres.

Le mot « athlète » semble presque un peu faible, pour la définir.


« Pour moi, consommer du cannabis… Honnêtement, je ne comprends pas ça. »
Chantal Petitclerc

« C’est difficile. Comme sénateur, ce n’est pas ma job de trancher entre les choses que j’aime et celles que je n’aime pas. Ma job, c’est d’évaluer tous les projets de loi. Est-ce que le projet de loi protège les jeunes ? Est-ce qu’il protège la population ? Juste apprendre ça, c’est assez complexe. Il n’est pas toujours facile de trouver la ligne. Où s’arrête ma job ? Le gouvernement a été élu sur une plate-forme électorale. La population appuie la légalisation du cannabis. Ce n’est pas ma job de m’y opposer », explique-t-elle.

« En même temps, si je veux être cohérente avec la personne que je suis, avec ce que j’ai été comme athlète, je dois prendre position », finit-elle par conclure.

Après des semaines de réflexion, Mme Petitclerc a finalement trouvé un peu d’équilibre. Sa réponse a pris la forme d’un micromessage, lancé dans les réseaux sociaux le 17 octobre dernier.

« Ma première pensée en cette journée où le cannabis récréatif devient disponible légalement : C’est pas parce que c’est légal, que c’est banal. Soyez responsables. Soyez informés. Gardons ça loin, loin des enfants et des jeunes. »

Une semaine plus tard, elle se sent « en paix ». Elle voit plusieurs côtés positifs à l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. Mais elle reste sur ses gardes. « Il faut que les jeunes soient bien informés. Quand on banalise, on envoie un mauvais message aux jeunes. Comme société, il faut être prudents. »

« Que les jeunes fassent du sport ! Quand on fait du sport, on n’a pas le temps de penser à ça », conclut-elle, en se permettant un éclat de rire.

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Deux ans, maintenant, que Chantal Peticlerc siège à la chambre haute.

La femme qui est arrivée à Ottawa en admettant qu’elle ne connaissait pas grand-chose à la politique prend tranquillement du galon. Elle est arrivée à Ottawa avec l’idée de promouvoir de saines habitudes de vie. Le taux d’obésité chez les enfants la préoccupe. Elle s’explique mal pourquoi le Canada fait moins bien que d’autres pays nordiques, en ce qui a trait à la pratique sportive de sa population.

Elle demeure convaincue qu’il y a du travail à faire à ce niveau.

Ça ne l’empêche pas de s’aventurer sur d’autres tableaux. La voilà qui parle de plus en plus souvent des difficultés propres aux ados des communautés autochtones du Nord.

Elle parle de santé, d’intégration sociale. Elle semble sincèrement emballée de sa nomination à titre de présidente du (très vaste) comité des Affaires sociales, sciences et technologie.

Elle croit avoir identifié un dénominateur commun.

« La passion qui se développe, rapidement, c’est vraiment la jeunesse. Je lis beaucoup sur les jeunes au Canada. Les jeunes qui décrochent. Les jeunes qui se suicident. Les jeunes qui sont obèses et qui font moins d’activité physique. Ça me donne une image globale de la planète. Je suis une fille de résultats. Quand je regarde les stats, je constate qu’on performe beaucoup moins bien que d’autres pays. Je ne comprends pas pourquoi. »

« Mon fils a quatre ans et demi. Ça devient une grosse source de préoccupation, pour moi. »

Il aurait peut-être fallu mentionner plus tôt que la conversation s’est déroulée à sept heures, mercredi matin. C’était la seule plage horaire qu’elle pouvait offrir.

Qui a dit qu’un siège au sénat, c’est un parachute doré ?

« En tous cas, ce n’est pas le cas ici, dans ce bureau », réagit-elle avec son grand sourire, mais en déposant un poing sur la table.