Du primaire à l’université, Jane Gagné (gauche) et Claudia Émond (droite) ont développé une belle amitié tout au long de leur parcours scolaire et sportif.

Une amitié au-delà du basket

Le match de samedi (18h) contre Concordia sera leur tout dernier sur le court de basketball de l’Amphithéâtre Desjardins-UL, mais aussi, peut-être le plus savoureux de leur brillante carrière avec le Rouge et Or de l’Université Laval. Coéquipières depuis l’école primaire, colocataires au cégep et à l’université, amies à tout jamais, l’ailière Jane Gagné et l’arrière Claudia Émond s’apprêtent à tourner la page sur une partie importante de leur vie. Mais avant de partir, les deux joueuses de Chicoutimi veulent aller chercher ce fameux titre provincial qui manque tant à leur palmarès. Conversation sur le sofa!

«Est-ce qu’on le dit?» demande Jane à Claudia, d’entrée de jeu.

«On s’est séparées un an dans notre belle histoire. Jane a été recrutée en octobre par les Dynamiques de Sainte-Foy, et moi, je l’avais été un peu plus tard, en mai, sauf que j’ai refusé d’y aller. Je suis restée une saison de plus au Saguenay, où j’ai pris confiance. Le coach est revenu me chercher après, et là, j’ai dit oui», explique Claudia sur son arrivée à Québec.

Qu’importe ce petit intermède, leur histoire sort effectivement de l’ordinaire, d’où cet entretien ayant récemment eu lieu au PEPS dans le petit bureau des entraîneurs, le jour de l’anniversaire de Jane. Leur parcours se déroule en parallèle depuis la sixième année à l’école primaire, où elles faisaient partie du Club de basketball de Chicoutimi, qui réunissait l’élite des différentes écoles de la région.

Elles fréquenteront le programme sport-études de basketball de l’école secondaire l’Odyssée Lafontaine / Dominique-Racine, se joindront aux Dynamiques du Cégep Sainte-Foy, et finalement, feront le saut avec le Rouge et Or.

«C’est Jane qui m’a négocié une bourse d’études à l’Université Laval avec Linda [Marquis] parce que si je n’en avais pas eu, je n’aurais probablement pas poursuivi au niveau universitaire», rappelle Claudia.

Jane sourit. «Moi et mes souvenirs...» dit-elle, aussi émerveillée par la mémoire de son amie que sa vision du jeu.

Les deux ont toujours été des joueuses de qualité supérieure. Claudia par son contrôle du ballon et ses fameux lancers au buzzer, Jane par sa présence au filet.

«Elle m’a toujours impressionnée, je suis sa fan numéro un», admet Jane.

«Wô! c’était ma phrase! Elle est la meilleure fille avec qui j’ai joué. Si j’ai le ballon lorsqu’on tire de l’arrière ou quand c’est l’égalité, il doit aller dans les mains de Jane sur le terrain, c’est la fille que je trouve le plus facilement, on se connaît par cœur», intervient Claudia.

Leur complicité dépasse cependant les lignes du terrain, et ce, même si la troisième année du secondaire fut la seule où elles ont été dans les mêmes classes. Cela n’a pas empêché leur amitié de se développer.

«Ça s’est fait avec le temps. Au début, j’avais peur d’elle», rigole Jane.

«J’étais intimidante, mais pas tant que ça, quand même», réplique Claudia en riant.

Il n’y a jamais eu de chicane entre les deux, sauf une fois. «J’avais oublié de laisser le lait dans le frigo lorsqu’on était colocs... Ah oui, je m’arrangeais aussi pour ne pas déjeuner avec Claudia, elle n’était pas parlable, le matin», enchaîne Jane avec le sourire.

«Nos défauts, on les connaît, on les évite. Jane avait son cercle social à Québec parce qu’elle est arrivée à Sainte-Foy avant moi. Je me suis greffée à celui-ci. Si j’avais eu à faire cela toute seule, je ne serais pas partie de chez moi. Je l’affirme, notre amitié a changé ma vie», admet Claudia, plus émotive.

Cette amitié se prolongera au-delà du basketball. «Elle va être la marraine de mon premier enfant», lui confie Jane.

L’appartement de Sainte-Foy, où elles ont habité pendant cinq ans, compte aussi son lot de souvenirs. Les partys, c’est là qu’ils avaient lieu. La gang de basket s’y retrouvait souvent, bien que tout ne tournait pas seulement autour de ce sport.

Le père de Claudia ayant aussi déjà coaché sa fille et Jane, en première et quatrième secondaire, les deux familles ont aussi tissé des liens serrés.

«À Noël, ma mère me dit : “Appelle donc Claudia, dis à ses parents qu’ils viennent aussi.” Elle me dit toujours : “C’est donc ben beau, votre amitié”», raconte Jane, la plus grande des deux.

«Une fois que mes parents se sont informés de moi, ils prennent des nouvelles de Jane, c’est comme leur troisième fille. Même chose pour la famille de Jane. Quand on a perdu, l’an passé, sa mère m’a serré dans ses bras en me disant qu’on avait plus que des victoires, on avait une belle amitié. Et ça m’a fait du bien. J’étais triste, à ce moment-là, et aujourd’hui, c’est de ça que je me souviens», rappelle Claudia.

«À Chicoutimi, tout le monde s’aime», disent-elles en chœur, en découvrant que la cousine de l’auteur de ces lignes avait été leur prof d’éducation physique à l’école secondaire.

Le basketball leur a permis de vivre des expériences culturelles et touristiques. Elles ont fait le tour du Canada, ont participé aux Jeux de la Francophonie, en Côte d’Ivoire. Jane a aussi joué en France. L’équipe nationale a déjà cogné à sa porte, mais elle avait refusé l’invitation.

«Je connais des filles qui ont fait l’équipe nationale, je considère Jane comme étant meilleure que certaines qui l’ont fait. Jane est humble, elle ne s’en vantera pas, mais elle a été recrue de l’année [2015] et joueuse par excellence [2017]. Moi, sans avoir le rôle que j’ai maintenant, je touchais au terrain à ma première année», dira Claudia, rouage important en 2019.

Si le Rouge et Or se qualifie pour le 8 Ultime d’U Sports, il s’agirait de leur troisième présence au Championnat canadien en cinq ans. La clique dirigée par Guillaume Giroux a obtenu l’argent en 2017. Bientôt, le marché du travail les attend, Jane en chimie, Claudia dans le sport.

«Au secondaire, on disait toujours qu’on avait le dream team chaque année. On a été premières toute la saison, on y va le tout pour le tout, c’est notre dernière chance. Ça va bien finir», dit Jane avec l’approbation de Claudia.

On n’en doute pas!

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JANE GAGNÉ

  • 25 ans
  • Ailière
  • Bachelière et maîtrise en chimie
  • Recrue de l’année RSEQ 2015
  • Joueuse par excellence RSEQ 2017
  • 1re équipe d’étoiles RSEQ 2015, 2017, 2019

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CLAUDIA ÉMOND

  • 24 ans
  • Arrière
  • Bachelière en éducation physique et intervention sportive
  • 2e équipe d’étoiles RSEQ 2019