Invité des déjeuners-conférences de la Fondation de l’UQAC la semaine dernière, Alain Goldberg a raconté avec générosité son parcours d’entraîneur en patinage artistique, lui qui est venu s’établir à Jonquière il y a 40 ans, avant de devenir l’analyste au style unique qui décrit les prestations pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.

Un homme de passion et de convictions

Ceux qui pensent qu’Alain Goldberg fait du spectacle lorsqu’il décrit la prestation d’un athlète en patinage artistique devraient se raviser. Malgré des décennies à regarder les virtuoses sur lames virevolter et s’élancer sur la glace, l’analyste, loin d’être blasé, continue de s’émerveiller devant la formidable machine humaine qui permet autant d’exploits.

Invité des déjeuners-conférences de la Fondation de l’UQAC la semaine dernière, le Français d’origine qui est venu s’établir à Jonquière en 1978 afin de poursuivre l’enseignement de cette discipline sportive s’est livré avec générosité, parlant de l’évolution du patinage artistique, mais partageant également ses souvenirs et opinions sur des sujets toujours d’actualité.

Féru de mécanique, l’analyste ne peut s’empêcher, lorsqu’il assiste à la prestation d’une athlète, d’en apprécier toute la mécanique physique et les efforts déployés pour réaliser un saut, qu’il soit double, triple, quadruple et voire quintuple d’ici quelques années!

«Parce que je sais ce que l’être humain doit faire pour arriver à faire cet exploit et tout le travail qu’il y a derrière pour l’obtenir. N’oublions pas qu’un saut de patinage artistique, c’est huit dixièmes de seconde du point de départ au point d’arrivée et il faut arriver à mettre tous les gestes à l’intérieur de ce laps de temps», rappelle celui qui a fait des études en électronique et en mécanique avant de faire carrière dans le patinage artistique comme entraîneur, puis analyste. Ajoutez à cela que l’exécution du saut se fait sur une surface glissante dont la texture peut varier.

Physique et psychologie
L’athlète qui s’élance peut atteindre une accélération jusqu’à 400 tours/minutes lorsqu’il tourne en huit dixièmes de secondes. «Ça prend des forces gigantesques», s’exclame celui qui ne se lasse pas de cette capacité à faire des sauts dans un délai extrêmement court. Outre le défi physique, il y a aussi tout l’aspect psychologique qui peut influencer une performance. Les séquences des mouvements doivent être enregistrées pour devenir un réflexe. «Imaginez l’effort intellectuel que ça demande, d’une part pour l’apprendre, – ce qui demande une méthode –, et de l’autre, pour l’exécuter. Car une fois appris, il faut le garder dans la mémoire et une fois mémorisé, il faut avoir confiance en votre mémoire. Car si le doute s’installe, oubliez ça, vous êtes déjà par terre. Et c’est là le problème: les efforts que l’individu doit faire sur lui-même pour arriver à maîtriser son corps et son esprit sont gigantesques. Pour l’instant, il n’y a pas d’ordinateur en mesure de faire cela. Et ce n’est pas encore demain que la mécanique va pouvoir faire ce que l’être humain fait, avec la complexité que ça a et parce que la glace n’a pas toujours la même texture ni la même glisse, etc.»

Pour de ce qui est du nombre de rotations lors d’un saut, M. Goldberg rappelle que les patineurs, hommes et femmes, sont capables de faire un quadruple, et ce, pour tous les types de sauts. Il est persuadé que les athlètes vont continuer de progresser et qu’ils seront en mesure d’en effectuer cinq tours, «mais ce sera aussi rare que de courir le 100 mètres en bas de 10 secondes».

L’inconvénient, cependant, c’est que les chaussures de patinage n’ont pas évolué en fonction des efforts qu’on demande au corps. «On a plus évolué dans les bottes de ski que les bottines de patinage parce qu’il y a plus de gens qui skient que de gens qui font du patinage de compétition», mentionne celui qui souhaiterait plus de recherches dans ce domaine.

Adopter une nouvelle pédagogie: un défi

Lorsqu’il est arrivé au Québec, Alain Goldberg avoue qu’il a dû revoir sa façon d’enseigner. En France, il était habitué à la relation à sens unique du maître qui transmet son savoir à l’élève.

« J’ai commis des erreurs énormes dans ma manière de faire et j’ai pu plus ou moins les corriger parce que j’ai décidé de venir dans un autre monde où il y avait une ouverture différente dans le relationnel entre l’entraîné et l’entraîneur. Pour moi, ç’a été un énorme effort à faire, mais un énorme progrès dans ma façon de faire, c’est-à-dire écouter les autres », relate-t-il avec humilité.

Le défi était d’autant plus grand qu’au Canada, patiner faisait partie de l’apprentissage commun. « Il y avait une quantité phénoménale de patineurs (200 000). On apprenait à patiner comme on apprenait le piano », raconte celui qui s’est retrouvé à Jonquière pour enseigner les trois disciplines du patinage en couple, de la danse sur glace et des figures imposées 

« J’avais la compétence technique, mais il fallait aussi avoir la compétence pédagogique et s’adapter aux nouvelles mentalités et aux gens », a ajouté celui qui estime qu’il était complètement inadapté à son arrivée au Québec. « Ceux qui s’adaptent le mieux, ce sont mes enfants qui ont 6 et 8 ans à l’époque. Mon épouse (Michelle) va à l’Académie de ballet du Saguenay et s’adapte merveilleusement bien et celui qui s’adapte le moins bien, c’est moi. Pendant cinq années, je souffre le martyre », confie celui qui en plus, était confronté à des systèmes canadien et français différents. 

Pendant cinq ans, il a formé de très bons patineurs, mais il fallait que ces derniers réalisent des exploits incroyables pour obtenir une note équivalente à un athlète entraîné par un autre. Il est donc parti enseigner à Québec où il a croisé la route de Gérard Potvin, alors commentateur à l’émission Les Héros du samedi à Radio-Canada. « Il m’a demandé si je voulais être son analyste. Et là commence l’aventure. »

Par la suite, le réalisateur de l’émission des Héros du samedi, Raymond-Marie Gagné, va à la pêche avec Guy Desormeaux (qui a créé RDS) et ce dernier souhaitait avoir un homme pour la description en vue des Championnats du monde qui devaient avoir lieu à Cincinnati en mars 1987. 

C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à travailler comme analyste avec Jean Pagé (natif du Saguenay), « mais pas avec le style actuel. C’était plus clérical, mais ça marchait parce que je connaissais mon truc. Je ne pouvais pas passer l’émotion. Un jour, j’ai dit à Jean que je ferais comme ça. Ce dernier était très sceptique. » Finalement, la suite allait lui donner raison !