Un guide pour retourner dans les sentiers... mais pas trop vite

Le Laboratoire d’expertise et de recherche en plein air (LERPA) de l’UQAC a été mandaté par Rando Québec pour élaborer un guide de déconfinement des activités de randonnée. Malgré les apparences, donner accès aux sentiers n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.

En début de semaine, le groupe écologiste Nature Québec a fait une sortie médiatique, demandant au gouvernement Legault d’ouvrir les parcs nationaux, dans le respect des consignes de distanciation physique, pour favoriser l’accès à la nature, laquelle a un impact bénéfique sur la santé de gens. Sur les réseaux sociaux, les amateurs de plein air ont grandement partagé la nouvelle qui a été publiée dans plusieurs médias.

Malgré l’empressement des randonneurs, Rando Québec estime pour sa part qu’il faut éviter un retour hâtif sur les sentiers. « On ne veut pas que l’accès aux sentiers soit fermé à nouveau dans quelques semaines, alors on veut bien faire les choses », souligne Nicholas Bergeron, le directeur technique de l’organisation qui fait la promotion de la randonnée au Québec.

Selon les recherches effectuées par Stéphanie Massé, professionnelle de recherche à la Chaire de tourisme Transat à l’UQAM, les expériences vécues dans les parcs nationaux en période de pandémie ne sont pas sans risque. Au début du confinement, plusieurs parcs nationaux américains sont demeurés ouverts et plusieurs employés ont été infectés, souligne cette dernière. « Étant donné que les gens sont disponibles, plusieurs parcs ont connu une hausse de l’achalandage et du vandalisme », ajoute-t-elle.

Pour analyser les risques de contamination à la COVID-19 liés à la randonnée, Rando Québec a confié le mandat de rédiger un guide de déconfinement au LERPA, car l’organisme a développé une expertise en gestion des risques en milieu naturel.

Bien que le gros bon sens laisse croire qu’il est facile de respecter la règle de distanciation sociale sur les sentiers de randonnée, des risques modérés existent tout de même, remarque David Mepham, professeur-chercheur au LERPA. « Pour la gestion des risques en plein air, on dit toujours : “Prépare-toi au pire et arrange-toi pour que ça n’arrive pas” », dit-il, citant au passage Paul Petzold, un alpiniste américain de renom.

Pour limiter les risques de propagation, le LERPA a donc revu toutes les étapes qu’un randonneur doit franchir pour pratiquer son activité, du stationnement jusqu’aux sentiers, en passant par l’accueil et les toilettes, pour émettre des recommandations à Rando Québec.

« Le but est de produire un guide qui regroupe au même endroit l’ensemble des mesures pertinentes à mettre en place pour qu’un gestionnaire de territoire puisse prendre les meilleures décisions », ajoute David Mepham.

Par exemple, un gestionnaire doit se demander s’il est en mesure de limiter les foules et d’assurer le lavage fréquent des infrastructures avant de rendre un site accessible. « Si un point d’attraction crée un goulot d’étranglement, où il n’est pas possible de garantir la distanciation sociale et la salubrité des mains courantes, on recommande de fermer son accès », soutient le chercheur.

De plus, le LERPA recommande d’imposer des sens uniques dans les sentiers étroits achalandés, d’éviter la location d’équipement tout en offrant un ensemble d’options pour gérer l’achalandage, tel qu’une guérite de contrôle pour faire des départs groupés – par unité domiciliaire - seulement. L’organisme de recherche propose aussi de limiter les secteurs à risque pour éviter les situations d’urgence, où des secouristes auraient à intervenir.

« Toutes les recommandations sont fondées sur les directives de la Santé publique qui demande de garder une distance de deux mètres en tout temps. Quand ce n’est pas possible, il faut essayer de trouver un autre itinéraire », soutient le professionnel du LERPA, qui a travaillé intensément pendant 18 jours avec son équipe pour produire un document de 57 pages.

Selon Nicholas Bergeron, de Rando Québec, les sentiers de la province seront « assaillis » par les adeptes du plein air lorsque la Santé publique permettra leur réouverture. Si l’achalandage est plus grand près des grands centres, plusieurs sentiers de la région seront aussi très prisés par les locaux, et éventuellement par les visiteurs. « Dans un premier temps, on va émettre les recommandations aux gestionnaires de territoires et on croit que le gouvernement commencera par rouvrir les sentiers pour la population locale », dit-il.

Au moment d’écrire ces lignes, Rando Québec était en train de terminer l’analyse du guide produit par le LERPA. Le rapport scientifique sera transformé pour devenir un guide simple d’utilisation pour les gestionnaires de territoire. Selon Nicholas Bergeron, les sentiers pourraient rouvrir vers la fin mai, voire le début juin, mais la Santé publique aura le dernier mot pour donner le libre accès aux randonneurs.

Lorsque le guide sera disponible, chaque gestionnaire de territoire devra regarder les recommandations et déployer les mesures satisfaisantes pour que les gens restent en sécurité... ou décider de garder les sentiers fermés, conclut David Mepham, car ces derniers sont imputables face à la clientèle.

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LES SITES DE PLEIN AIR SE PRÉPARENT

Alors que le gouvernement Legault a autorisé le retour des travailleurs pour l’aménagement des sentiers la semaine dernière, les sites de plein air se préparent pour le déconfinement.

Marc-André Galbrand, le directeur général de Contact Nature, à La Baie, se réjouit de savoir que ses employés peuvent enfin aller travailler sur les sentiers pour retirer les débris et les arbres morts, et pour faire des réparations au besoin.

Même si son organisation devra oublier la clientèle européenne cet été, ce dernier ne s’inquiète pas trop pour l’instant. « Notre force, c’est la diversité de l’offre d’activités », dit-il. 

Alors que des aménagements devront être faits pour le camping, la randonnée et la pêche, ce dernier estime que l’observation de l’ours noir ne sera pas offerte cet été, car des groupes de près de 40 personnes se regroupent sur un mirador durant l’activité. 

Différents scénarios ont été élaborés pour les deux campings, dont celui d’offrir seulement un emplacement sur deux où l’espacement est limité. Dans un premier temps, seuls les véhicules récréatifs autonomes pourraient être admis. 

La baisse d’achalandage aura une influence sur le nombre d’embauches, remarque Marc-André Galbrand, mais ce dernier déploie des projets innovants pour faire travailler son équipe. « On a fait des démarches pour faire la vente en ligne et la livraison des produits d’une ferme à La Baie, Jardins Baielactée, ce qui nous permet de faire travailler notre monde, explique-t-il. On a commencé à faire des corvées de nettoyage aussi et on pense en faire d’autres au cours de l’été. » 

Miser sur la clientèle locale

En ces temps de pandémie, le Parc régional des Grandes-Rivières, dans le nord du Lac-Saint-Jean, souhaite attirer encore davantage la clientèle locale et régionale cet été, souligne le directeur général Dominique Gobeil. « Au lieu d’envoyer notre guide du visiteur dans les bureaux touristiques, nous l’enverrons aux 12 500 portes de la MRC de Maria-Chapdelaine », dit-il. 

Ce dernier croit que la population régionale sera nombreuse à vouloir profiter des installations de plein air lorsque les directives de la Santé publique le permettront. Éloigné des grands centres, le Parc régional des Grandes Rivières pourra assurer toutes les normes de distanciation sociale, assure-t-il. « Nos dix emplacements de camping ont été conçus très espacés pour favoriser la qualité de l’expérience », ajoute Dominique Gobeil. 

Selon les décisions gouvernementales, les sites de plein air pourraient rouvrir par étape pour éviter la contamination. Dans un premier temps, l’accès aux sentiers pour les populations locales pourrait être favorisé.

Le directeur général de Contact Nature, Marc-André Galbrand, est à la recherche de projets innovants pour faire travailler son équipe.