Véritable icône de la Traversée internationale du lac Saint-Jean, Jacques Amyot a été le premier homme à réussir la traversée du lac Saint-Jean, le 23 juillet 1955. Cette légende de la nage en eau libre est décédée à l’âge de 93 ans. Notre photographe, Gimmy Desbiens, l’a photographié ici lors de la 58e traversée en 2012, alors que le vénérable nageur âgé de 87 ans avait retouché symboliquement la plaque d’arrivée, exactement 57 ans et 5 jours après l’avoir fait la première fois.

Un géant des eaux s’éteint

Véritable légende de la nage en eau libre, Jacques Amyot, premier et seul homme à réussir la traversée du lac Saint-Jean à la nage le 23 juillet 1955, est décédé durant la nuit de jeudi à vendredi, à l’âge de 93 ans et 10 mois, à la Maison Michel-Sarrazin de Québec. Il est allé rejoindre un autre géant des eaux, Robert Cossette, lequel avait rendu son dernier souffle en juillet 2016.

M. Amyot avait d’ailleurs assisté aux funérailles de M. Cossette, tout comme Robert Lachance (vainqueur de l’édition de 1982). Évidemment, pour l’organisation de la Traversée internationale du lac Saint-Jean, il s’agit d’une autre grande perte. Une nouvelle que les dirigeants ont accueilli «avec grand regret et une profonde tristesse».

À l’époque, Jacques Amyot avait franchi la distance de 26 km entre Vauvert et Roberval en un temps très respectable de 11h32mn10, sous de forts orages et dans un lac déchaîné, de rappeler l’organisation de la Traversée internationale du lac Saint-Jean dans un communiqué. «De cet exploit – qu’il est le seul à réussir parmi les sept nageurs partants – il dira toujours avec humilité : ‘‘Il n’y avait plus de place dans la chaloupe qui m’escortait et je ne pouvais pas y monter. Je n’ai pas eu le choix de traverser le lac!’’.»

Après avoir écrit une page d’histoire le 23 juillet 1955 en devenant le premier homme à réussir la traversée du lac Saint-Jean, Jacques Amyot avait surpris le comité d’accueil en réclamant de la crème glacée!

À sa sortie des eaux froides, le nageur avait réclamé un gobelet de crème glacée, ce qui avait été immortalisé sur une photo d’arrivée devenue tout aussi légendaire. « C’est grâce à des pionniers comme Martin Bédard, qui a imaginé l’événement, et Jacques Amyot, qui l’a concrétisé, si la Traversée existe. Nous sommes tous très attristés par cette nouvelle », de déclarer Kim Privé, présidente du conseil d’administration de la 64e Traversée, tout en exprimant les sincères condoléances de l’organisation aux proches de M. Amyot, dont son épouse, Annie Leclerc, et ses enfants Marc, Lise, Johanne et Claude.

Elle a aussi rappelé combien Jacques Amyot était un membre important de la grande famille de la Traversée.

«Chaque année, il se faisait un devoir d’être présent à la soirée-bénéfice tenue en mai et durant la semaine de la Traversée en juillet, où il assistait avec grand plaisir à l’arrivée des compétitions. Il était un phare, une force de la nature, un symbole de santé et de longévité admiré par tous; plusieurs nageurs de tous les âges et de tous les pays tenaient à lui serrer la main et à se faire prendre en photo avec lui. En 2018, pour une très rare fois depuis plusieurs années, sa santé ne lui a pas permis d’être des nôtres. Son absence laissera un grand vide. C’est certain qu’il va beaucoup nous manquer! »

Plusieurs représentants de l’organisation comptent assister aux funérailles afin de saluer leur bon ami une dernière fois. Par ailleurs, un hommage spécial dont la forme reste à déterminer sera rendu à Jacques Amyot lors de la 65e édition de la Traversée qui se déroulera du 20 au 28 juillet 2019.

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«UNE GROSSE PERTE POUR L'ÉLITE SPORTIVE», SELON PIERRE BOURDON

Ex-participant et DG de la Traversée internationale du lac Saint-Jean, l’ancien journaliste du Quotidien, Pierre Bourdon, garde un excellent souvenir de Jacques Amyot, une icône de la nage longue distance. Les deux hommes se sont connus en 1963, alors que Pierre avait dû prendre part à l’épreuve de qualification pour la Traversée. Il s’était rendu à Saint-Félicien, pour l’épreuve dans la rivière Ashuapmushuan, et c’était Jacques Amyot qui faisait office de juge.

«C’était un gars très humble et je considère qu’il a été celui qui a été le plus fidèle à la Traversée. Chaque année, il se faisait un devoir d’être présent et les gens étaient contents de l’accueillir. C’est grâce à Martin Bédard, le père de la Traversée, que M. Amyot a traversé le lac. Mais Jacques Amyot a continué à venir [à l’événement] même après le décès de M. Bédard.

«C’est un grand homme qui commandait le respect à cause de ses réalisations, mais aussi par son attitude. C’était un gars chaleureux, gentil et accessible. Il était très humble. Il avait beaucoup d’humour. C’est une grosse perte pour l’élite sportive de Québec», résume Pierre Bourdon en mentionnant une petite anecdote.

«Chaque fois qu’il terminait la Traversée, ça lui prenait un gros bol de crème glacée. Et lorsqu’il l’a refait 20 ans plus tard, les gens lui avaient apporté un gros bol de crème glacée. Il est le seul à avoir réussi l’exploit avec un aussi grand écart d’âge», souligne-t-il.

Auteur du livre sur Robert Cossette, Le géant des eaux, Pierre Bourdon souligne que Jacques Amyot était si humble que même son grand ami, Robert Lachance, n’a pas réussi à le convaincre de le laisser écrire un livre sur sa biographie. Dommage, car Jacques Amyot n’était pas qu’un excellent nageur, mais il était aussi un bon cycliste et un bon fondeur.

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UNE INSPIRATION POUR XAVIER DESHARNAIS

Vainqueur des éditions de la Traversée du lac Saint-Jean de 2014 (ex aequo avec Tomi Stefanovski) et de 2015, Xavier Desharnais a tenu à exprimer sa tristesse « de perdre un si grand homme » et l’inspiration qu’il fut pour lui via sa page Facebook.

« Je me rappellerai toujours de notre première rencontre. J’étais venu au Lac pour faire le Marathon de la relève, mais malheureusement, mon entraîneur ne m’avait pas inscrit à temps. J’ai quand même fait le voyage avec les nageurs et j’ai dû revenir avec les dignitaires. Parmi eux, la légende, le vrai, Jacques Amyot en personne. Malgré son statut, ça n’a pas pris de temps qu’il est venu me parler, à moi, un petit gars de Sherbrooke qui commençait à faire de l’eau libre. On s’est promené le long du parcours et on a parlé de la fois qu’il s’était perdu en essayant de traverser le lac, ainsi que de sa passion pour le ski », a indiqué le jeune retraité de la Traversée.

« Pas de doute, ce monsieur a laissé une énorme marque dans mon esprit. Quel bonheur ce fut que de le côtoyer année après année. Mais surtout quel honneur ce fût que de marcher (nager) dans ses pas (sa vague) 60 ans après son exploit hors du commun. Je me sens privilégié de voir mon nom à ses côtés dans la courte liste des champions canadiens de la Traversée internationale du lac Saint-Jean. » 

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CE QU'ILS ONT DIT...

«Nous avons perdu un pionnier de la nage longue distance reconnu pour ses exploits impressionnants, dont certains sont même méconnus. Je garderai à jamais le souvenir d’un ami authentique, à l’écoute et au sens de l’humour dont la finesse est reconnue de toutes et tous. Repose en paix Jacques, tu as complété ta dernière traversée.»

- Robert Lachance, gagnant de la 28e Traversée en 1982 et grand ami de Jacques Amyot


«Homme d’une grande humilité, M. Jacques Amyot, véritable icône de la natation longue distance, a tracé la voie à plusieurs jeunes nageuses et nageurs. Premier humain à vaincre le lac Saint-Jean, il répondait en riant, à ceux qui soulignaient cet exploit: ‘‘C’est normal, j’ai été le premier à l’essayer’’. L’ayant côtoyé régulièrement ces derniers jours, il m’a souligné son attachement indéfectible à la Traversée. Ses présences annuelles rehaussaient le prestige de cet événement sportif reconnu mondialement.»

- Nicoll Allard, ancien directeur général de la Traversée et bon ami de M. Amyot


«Pendant plus de 30 ans, j’ai eu le plaisir et l’honneur de côtoyer de près M. Amyot en tant que bénévole à la Traversée. C’était un homme d’une gentillesse et d’une simplicité extraordinaires. Toujours prêt à aider l’organisation, il acceptait avec joie notre invitation annuelle et se disait fier et flatté de pouvoir encore ‘‘participer’’ à l’événement. Il adorait revoir tout son monde et, bien entendu, son monde adorait le revoir. Il va grandement nous manquer.»

- Danielle Paul, bénévole au protocole à la Traversée

(Propos recueillis par l’organisation de la Traversée internationale du lac Saint-Jean)