Le journaliste et chef de la section sportive du Quotidien et du Progrès, Serge Émond, tire un trait sur une carrière de 38 ans.

Un beau tour

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines, au cours d’une petite fête soulignant le même événement que le présent texte, j’ai raconté à des collègues de travail que j’ai l’impression d’avoir fait un beau tour.

Ce beau tour, il se termine aujourd’hui. Trente-huit ans après le premier pas.

En 38 ans, il s’en est passé des choses. Le journalisme et le monde du sport ont bien changé.

Si la base du métier est restée la même, la façon de le pratiquer ne se compare évidemment pas avec l’époque où chaque texte écrit à la machine à écrire se terminait par le chiffre 30 entre des tirets. J’ai connu cette pratique dont l’origine remonterait au travail des correspondants de guerre. 

Il y a une trentaine d’années, suivre une équipe ou un athlète sur la route relevait de l’exploit. On se présentait sur les lieux d’un événement armé d’une machine à écrire portative et d’un énorme et lourd appareil servant à la transmission des textes. J’en ai échappé un, une fois, dans les marches du Colisée de Québec. Une fois sur deux, la transmission ne fonctionnait pas et il fallait se résoudre à dicter les textes au téléphone. Tranquillement, ces deux outils se sont transformés en un seul, plus léger et plus maniable, qui permettait d’écrire dans l’autobus, au début du voyage de retour. Avant que tout le monde s’endorme ou que la partie de cartes débute… Aujourd’hui, vous pourriez couvrir un événement, du texte à la photo en passant par leur transmission, avec un simple téléphone cellulaire. Tout est aussi devenu plus rapide. Trop rapide à mon goût. La nouvelle, si ce n’est que quelques lignes, doit sortir sans perdre une seconde parce que les autres médias ou des gens qui s’improvisent journalistes se feront un plaisir de vous couper l’herbe sous le pied via les réseaux sociaux.

Il n’y a pas que le journalisme qui a changé. Le sport et les athlètes aussi.

Le premier exemple de changement qui me vient en tête est la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Je me rappelle d’un temps où un journaliste pouvait s’asseoir dans le bureau du coach pendant des négociations menant à une transaction. Il pouvait même vous demander votre opinion sur tel ou tel joueur. N’essayez pas cela aujourd’hui. Le bureau et même le corridor qui y donne accès sont fermés quand arrive le moment le plus intéressant des périodes de transactions.

Les athlètes ont changé aussi. Pour le mieux, je vous dirais. Dans l’ensemble, je les trouve plus dégourdis, plus volubiles. Ça doit faire partie du progrès.

Suivre la longue carrière d’un athlète, de ses premiers pas sur la scène régionale jusqu’à ses plus beaux moments, demeure selon moi l’un des beaux privilèges que procure le métier de journaliste dans le monde du sport. Vous les voyez passer du temps où ils ont peine à dire quelques mots aux années où ils sont très à l’aise devant un micro et une caméra.

Des athlètes, j’en ai évidemment côtoyé des centaines et des centaines. Avec certains, des noms comme Patrice Tremblay, Caroline Delisle et Keven Fortin-Simard me viennent en tête, j’ai tissé des liens plus étroits qui ne se briseront sans doute jamais. Si j’ai eu plus de plaisir à suivre certains athlètes que d’autres, aucun ne me laisse vraiment de mauvais souvenirs. Ils ont tous eu leur côté intéressant. Les coachs aussi d’ailleurs. Entrer dans le bureau de Jos Canale après quelques défaites relevait de l’exploit. Richard Martel pouvait vous faire rager quand il n’avait pas envie de jaser après une mauvaise performance de son équipe. La porte de Yanick Jean est toujours ouverte. Mais lui, ça ne compte pas. Je suivais les Saguenéens quand il est arrivé avec l’équipe à 17 ans…

Il faut dire que le monde du sport est particulier. En général, ceux qui font du sport sont de bonne humeur lorsqu’ils vous en parlent. Une défaite ou une mauvaise performance n’est jamais agréable, mais le sport demeure un jeu, un spectacle.

Beaucoup d’années sur le terrain signifient aussi beaucoup d’événements. Je retiens particulièrement les Jeux du Canada au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1983, une expérience extraordinaire, et les trois participations des Saguenéens au tournoi de la Coupe Memorial entre 1991 et 1997. J’ai été chanceux, les plus beaux moments de l’histoire des Saguenéens, je les ai vécus de l’intérieur. Le circuit de tennis Alcan, qui a existé dans les années ’80, la Coupe Davis au Centre Georges-Vézina, le tournoi de la Coupe Memorial de 1988, quelques finales des Jeux du Québec, des matchs préparatoires de la Ligue nationale de hockey à Chicoutimi et les visites dans la région d’athlètes comme Wayne Gretzky, Gary Carter et Al Oliver laissent aussi de beaux souvenirs.

En fait, c’est l’ensemble de l’oeuvre qui laisse de beaux souvenirs. Je vous l’ai dit. J’ai fait un beau tour.

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