Mission accomplie pour Michel Bernard qui a rallié les 171 km de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en fin de semaine, après plus de 10 000 mètres de dénivelé positif.

Ultra Trail du Mont-Blanc: deux Saguenéens au fil d'arrivée

Deux Saguenéens ont su relever l’imposant défi de la 17e édition de l’Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB) en fin de semaine. Stephan Perron et Michel Bernard font en effet partie des 1556 participants sur les 2543 partants à avoir terminé la mythique course de 171 km et son épique 10 000 mètres de dénivelé positif. Une réussite qu’ils partagent avec leur conjointe puisque sans leur soutien, ils auraient sans doute abandonné. Ils rentrent donc à la maison, mardi, avec la satisfaction d’avoir su repousser leurs limites.

Le Baieriverain Stephan Perron du club Vo2 Trail a bouclé le parcours en 38 h 58min45 (589e au total, 60e de sa catégorie, V2) tandis que le Chicoutimien Michel Bernard a franchi l’arrivée après 43 h 46min18 (1115e au total, 479 de sa catégorie, V1).

Joint lundi, Michel Bernard se sentait bien malgré les efforts investis dans les dernières heures pour ce qui a été sa plus longue course.

« Auparavant, j’avais fait à deux reprises le 100 miles (160 km) du Vermont, mais avec beaucoup moins de dénivelé et ça m’avait pris autour de 23 heures. Et pour l’Ultra Bromont, en octobre dernier, ça m’avait pris 31 heures 23 minutes. Mon premier but était donc de terminer l’UTMB et idéalement, sous la barre des 40 heures, mais je suis très heureux de mon résultat », assure-t-il.

Michel Bernard à un point de ravitaillement.

Faut dire que le Saguenéen ne l’a pas eu facile, car il a fait partie d’un groupe de coureurs surpris par une tempête localisée. « On venait d’arriver en Suisse, dans le Grand col Ferret, à une altitude d’environ 2500 m, quand les nuages et la pluie se sont installés. Puis, il s’est mis à tomber des cordes, le vent s’en est mêlé et il s’est mis à grêler. Et il n’y a pas d’arbres ni de refuge pour t’abriter. J’ai continué à descendre malgré la pluie forte qui a transformé les trails en torrents. Parfois, elle s’accumulait et il n’y avait plus de passage », raconte celui qui n’a dormi que cinq minutes durant tout son trajet.

« Je suis tombé plusieurs fois et j’étais couvert de boue. J’ai pensé abandonner à ce moment-là (après environ 120 km et 26 heures). J’ai appelé ma conjointe (Johanne Piché) et elle a réussi à me convaincre, tout comme l’intervention au micro d’une des bénévoles de La Fouly. Elle a dit aux coureurs en détresse que la météo était beaucoup plus clémente pour la portion jusqu’à Champex, le prochain ravitaillement. Alors, je me suis dit que je n’avais pas fait pour rien tous ces efforts à l’entraînement, que j’avais une chance unique que beaucoup d’autres coureurs aimeraient avoir et je suis dans des paysages magnifiques. J’ai donc décidé de prendre une chance, quitte à sortir à un autre ravitaillement. Quand on est repartis, le terrain était très sec. Le reste a très bien été parce que je m’étais entraîné en conséquence », poursuit celui qui a passé l’été à gravir des montagnes (mont Édouard, Stoneham, mont Sainte-Anne, mont Tremblant, mont Washington, etc.) pour augmenter son endurance en longue montée. « Finalement, ç’a payé », a soutenu celui qui a réussi l’exploit malgré un rhume !

Stephan Perron est fier d’avoir terminé l’Ultratrail du Mont-Blanc, une course dix fois plus difficile que toutes celles qu’il a courues dans sa carrière.

Lâcher prise

Pour Stephan Perron (Vo2 Trail), l’UTMB a été dix fois plus dur que la plus difficile de ses courses en carrière. « Il a vraiment fallu que j’aille puiser au fond de moi-même. Sans ma blonde (Audrey Tremblay) au ravitaillement, je n’aurais pas fini », estime-t-il, à l’autre bout du fil.

« Avant celle-ci, c’était Bromont qui avait été ma plus difficile. Là, c’est le dénivelé, le terrain et la distance. Je n’avais jamais dépassé 24 heures de course et là, on ne dort pas et il faut avoir une gestion de l’alimentation. Ce n’était pas facile, mais en même temps, c’était génial ! »

Mission accomplie pour Stephan Perron qui a franchi les 171 km et 10 000 m de dénivelé positif de l’Ultratrail Mont Blanc. Un succès qu’il partage fièrement avec sa conjointe Audrey Tremblay qui a su l’encourager à poursuivre l’aventure jusqu’au bout.

Le Baieriverain s’était fixé un chrono, mais il a dû lâcher prise. « J’espérais faire une trentaine d’heures. Mais j’ai fait moins de 40 heures, alors je suis satisfait, car il y a eu près de 1000 abandons. »

Lui-même a pensé à abandonner. « J’avais 30 km de fait et je me suis dit que je ne pourrais pas maintenir ce rythme jusqu’à 171 km. »

Encore là, sa conjointe a su le convaincre de tenir bon et de se rendre au prochain ravitaillement, où elle l’attendrait. De fil en aiguille, il a atteint l’arrivée.

Contrairement à Michel Bernard, il n’a pas été ralenti par une tempête. « J’ai été chanceux, car le temps change très vite en montagne. »

Michel Bernard peu avant le départ pour l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en compagnie de sa conjointe Johanne Piché, sans qui il n’aurait pas été en mesure de terminer l’épreuve. Son soutien réconfortant lui a permis de surmonter les difficultés.

Les deux hommes ont également été impressionnés par la diversité internationale des participants (une centaine de pays) et la beauté des paysages. « Ce sont des gens comme moi qui travaillent, qui ont des familles, qui s’entraînent fort et qui cherchent le dépassement de soi. Ils vont défier la montagne et ils réussissent. Quand on veut vraiment, on est capables de se rendre au bout de nos rêves. Je suis fier et si je peux inspirer d’autres personnes, c’est tant mieux », souligne Stephan Perron, qui a trouvé le mont Blanc « magique et féerique ».

Pour Michel Bernard, « il n’y a pas d’autres courses qui m’ont donné ce genre de panoramas, avec le temps qui change d’un coup sec. Juste de vivre ça, de se sentir aussi petit et fragile, c’est quelque chose qui va rester dans ma mémoire ! »

Des anges

Enfin, les deux hommes assurent qu’ils n’auraient pas terminé la course sans le support de leur conjointe. Ces dernières n’ont pas beaucoup dormi non plus et elles vivaient le stress de ne pas arriver à temps aux ravitaillements. « C’est un gros travail dans l’ombre et (les accompagnateurs) n’ont pas la récompense qu’ils méritent », estime Michel Bernard, qui a toutefois pu sabler le champagne avec sa douce dès qu’il a franchi l’arrivée.

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DÉJÀ D'AUTRES COURSES EN TÊTE

Passionnés de course, Michel Bernard et Stephan Perron ont déjà d’autres défis dans leur mire. Pour sa part, Michel Bernard est déjà inscrit au Marathon de Boston en avril, où il en sera à sa 4e participation. 

Puis, à la mi-mai, ce sera cap sur la Floride pour participer au Keys100 (miles). « Pour l’instant, mon premier but est de me reposer et de prendre du temps pour moi et ma famille. Mais je suis inscrit au Keys100 à la mi-mai. C’est un parcours complètement différent. Il s’agit d’une course sur route sur un parcours complètement plat, au soleil, pas d’arbres, explique-t-il. « Ce sera un tout autre défi. À la base, je suis un coureur sur route et j’aime la chaleur, alors j’ai hâte de voir comment je vais m’en sortir. »

Quant à Stephan Perron, il aimerait bien participer à la Diagonale des fous, sur l’île de La Réunion, qui a lieu en octobre. Mais plus pour l’an prochain. Cette année, il participera au Marathon du P’tit Train du Nord, dans les Laurentides. 

« Ce sera beaucoup plus relax. C’est un dénivelé négatif, donc ce sera plus facile ! »