Bien conscient que son statut de quart partant à Cleveland est précaire en raison de la présence du jeune Baker Mayfield, tout premier choix du dernier repêchage, Tyrod Taylor refuse de s’en faire et veut s’imposer comme un leader pour aider les Browns, qui n’ont remporté qu’un seul match en deux saisons, à se sortir du marasme.

Tyrod Taylor, un meneur sans amertume

BEREA, Ohio — Tyrod Taylor ne pourra effacer de sa mémoire cette veille du Nouvel An où des partisans enthousiastes des Bills de Buffalo se sont rués, malgré la neige, à l’aéroport pour accueillir l’équipe qui venait de se qualifier pour les séries pour la première fois en 18 ans.

Au final, le quart-arrière de 29 ans garde d’excellents souvenirs de son passage à Buffalo, sauf qu’il croit que tout s’est terminé trop vite pour lui dans l’ouest de l’État de New York. Échangé aux Browns en mars en retour d’un choix de troisième ronde, Taylor a assuré qu’il ne ressentait pas d’amertume envers son ancien club, mais que la décision des Bills de se passer de ses services après trois saisons plus qu’honorables (62,6 % de ses passes complétées, 51 touchés et 16 interceptions) lui servira de motivation pour livrer la marchandise à Cleveland. 

«Chaque nouvelle saison amène son lot de défis», affirme Taylor. «Mais, le fait d’avoir été largué me procure ma motivation pour cette année.»

Coup du hasard, Taylor aura maintenant la chance d’affronter ses anciens coéquipiers dès vendredi, alors que les Bills s’amènent à Cleveland pour le deuxième match préparatoire de l’été. Même si l’on pourrait croire qu’il voit dans cette rencontre une belle occasion d’envoyer un message à ses anciens patrons, il assure que son but est uniquement d’aider les Browns, qui n’ont remporté qu’un match au total lors des deux dernières saisons, à se sortir du marasme. 

«Je me concentre sur la semaine numéro 2 des matchs présaison», dit laconiquement Taylor. «Ce match, ce n’est pas une affaire entre les Bills et moi. On doit travailler ensemble pour devenir un meilleur club et je dois travailler à devenir un meilleur joueur.»

Même si Taylor ne veut visiblement pas mettre le feu, il a tout de même affirmé que si, dans le futur, les Bills et les Browns devaient se croiser en séries, il aimerait bien faire regretter à son ancienne équipe de l’avoir échangé. «Je ne peux pas dire que j’ai mal accueilli la nouvelle», a-t-il dit au sujet de la transaction. «Mais je pense avoir progressé avec eux et puis, oui, pourquoi ne voudrais-je pas les battre en séries?

«C’est toujours excitant de pouvoir compétitionner dans cette ligue. Je connais plusieurs de ces gars-là, j’ai joué avec eux. Donc, oui, j’aimerais bien me frotter à eux lors d’un match avec un grand enjeu», finit-il par admettre.

En attendant Mayfield

Taylor n’a pas mis de temps à s’imposer comme un leader au sein de sa nouvelle équipe. Le natif de Hampton, en Virginie, aime montrer l’exemple. Soit en se présentant au stade à 5h du matin pour s’entraîner, soit en traînant très tard le soir dans les installations de l’équipe pour étudier des vidéos. 

En fait, cette routine n’est pas nouvelle pour celui qui a amorcé sa carrière dans la NFL en 2011, avec les Ravens de Baltimore, équipe qui l’avait sélectionné en sixième ronde (180e au total) cette année-là. Cette attitude exerce d’ailleurs déjà une influence positive sur le jeune Baker Mayfield, quart sélectionné par les Browns au tout premier rang du dernier repêchage. 

Mayfield ne cache d’ailleurs pas son admiration pour celui qu’il devrait éventuellement remplacer. «J’apprends beaucoup en le regardant. Il a une éthique de travail irréprochable. Puis, il est constant dans tout ce qu’il fait. Chaque jour, coach [Todd] Haley [le coordonnateur de l’offensive des Browns] insiste sur le fait qu’un joueur ne doit pas être un yo-yo, mais qu’il doit offrir un rendement constant. Justement, c’est ce genre de gars que Tyrod est. Il montre l’exemple. 

«Jour après jour, je sais à quoi m’attendre de lui», poursuit Mayfield, qui a lancé 41 passes de touché contre seulement cinq interceptions avec les Sooners de l’Oklahoma dans la NCAA, la saison dernière. «C’est important pour tout le monde dans l’équipe de sentir cette stabilité. On a des attentes envers lui [Taylor] et il les remplit chaque jour.»

Non seulement Taylor travaille fort, mais il a déjà démontré qu’il était décidé à bien s’installer à son poste de partant, lui qui a plus que bien fait à sa première sortie avec les Browns, jeudi dernier, en complétant ses cinq passes pour des gains de 99 verges et un touché contre les Giants de New York. Mayfield, lui, n’a pas trop mal fait, complétant 11 de ses 20 relais, dont deux pour des touchés. 

D’ailleurs, bien conscient que plusieurs amateurs poussent déjà pour que Mayfield devienne le quart partant de l’équipe, Taylor refuse de s’en faire de ce côté. «Je ne me soucie pas de ce qui se dit. Je me préoccupe seulement de ce que je fais», souffle calmement le vétéran.

«Comme je dis depuis toujours, je suis en compétition avec moi-même, et personne d’autre. Mon but est de maintenir cette ligne de pensée et de toujours me pousser pour devenir un meilleur joueur.»