Joëlle Hébert et Stéphane Girard ont franchi 160 kilomètres entre Laterrière et Stoneham à la course à pied, dans le cadre de l’édition virtuelle du Grand défi Pierre Lavoie.
Joëlle Hébert et Stéphane Girard ont franchi 160 kilomètres entre Laterrière et Stoneham à la course à pied, dans le cadre de l’édition virtuelle du Grand défi Pierre Lavoie.

Traverser le Parc à la course à pied

Pour leur contribution au 1 000 000 de KM Ensemble, édition virtuelle du Grand défi Pierre Lavoie (GDPL), en fin de semaine dernière, Joëlle Hébert et Stéphane Girard se sont attaqués à tout un défi. Ils seraient ainsi devenus les premiers à traverser la Réserve faunique des Laurentides à la course à pied en continu, une randonnée de 160 kilomètres (100 miles) qui leur a pris un peu plus de 29 heures.

Partis de Laterrière à 7 h samedi matin, ils sont arrivés à Stoneham dimanche, sur l’heure du dîner. Continuer jusqu’à Québec aurait été trop compliqué au point de vue logistique. Selon leurs recherches et celles du Progrès, ils sont les premiers à compléter une telle traversée, une « belle fierté » pour eux. « C’était un défi motivant. Je savais que ça allait être dur », témoigne Stéphane Girard en entrevue avec sa comparse, avouant avoir vécu quelques moments difficiles dans la nuit de samedi à dimanche en raison du froid, mais sans plus.

« Ce n’est pas une distance qui est si exceptionnelle pour les ultramarathoniens. Ce qui est dur, c’est le contexte de la Réserve faunique des Laurentides. Il y a de l’asphalte avec beaucoup de plat. Le monde pense qu’il y a des côtes dans le parc, mais il n’y en a pas. On a fait environ 1500 mètres de gains en altitude. C’est rien », fait valoir le copropriétaire et directeur technique d’ISM Conseil.

Joëlle Hébert et Stéphane Girard étaient accompagnés de plusieurs proches dans leur traversée de la Réserve faunique des Laurentides.

À titre de comparaison, il mentionne que le réputé Ultramarathon de Bromont, de la même distance, possède près de 7000 mètres de dénivelé.

Après avoir effectué un tour du lac Saint-Jean lors du Grand défi des jeunes du secondaire, qui s’est également déroulé de manière virtuelle, avec l’équipe du Séminaire, Stéphane Girard recherchait un nouveau défi et a pensé à la Réserve faunique des Laurentides. Il a donc communiqué avec Joëlle Hébert, qu’il a connue grâce à la course à pied. «Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à partir du moment où elle a un défi un peu fou, elle est partante tout de suite», annonce-t-il en riant au sujet de sa partenaire, avec laquelle il a participé à la Traversée de Charlevoix comme première expérience.

Chaleur accablante et froid
Les deux Saguenéens ont dû composer avec une chaleur accablante au cours de leur périple. Pendant la nuit, le mercure a baissé autour de 10 degrés Celcius, mais dans le jour, c’était suffocant, avec 35 degrés, le tout sans vent. «C’était une serre», laisse tomber Joëlle Hébert.

«Ç’a été le facteur le plus dur», poursuit la kinésiologue chez VO2, indiquant que les ruisseaux le long du chemin étaient toujours bienvenus pour se rafraîchir et prendre une petite pause.

Au départ, le duo avait prévu des ravitaillements aux 10 à 15 kilomètres, ce qui a rapidement été diminué, et encore plus la nuit, afin d’éviter de trop geler. Dans ces circonstances, ils estiment leur temps très raisonnable, surtout dans un contexte non compétitif, donc sans adrénaline.

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L'IMPORTANCE DE L'ORGANISATION

Pour les deux habitués des courses de longue distance, l’organisation est la clé du succès. Par conséquent, Joëlle Hébert et Stéphane Girard étaient très bien entourés pour leur périple entre Laterrière et Stoneham, et aucun détail n’avait été laissé au hasard. 

«Les ingrédients importants là-dedans, c’est l’équipe. Quand on voit le résultat et sur les photos, tout a bien fonctionné. Mais quand tu regardes les détails et toutes les choses que ça prend, c’est beaucoup plus complexe que ç’a l’air sur une photo avec le sourire», raconte Stéphane Girard, qui est toujours accompagné dans ses aventures par sa conjointe, Julie Lapointe. 

D’autres membres de la famille, dont ses enfants, ont également mis l’épaule à la roue, en plus de faire des kilomètres en vélo à relais. Le conjoint de Joëlle Hébert, Raphaël Marchand, les a accompagnés pendant une centaine de kilomètres jusqu’à l’Étape et a ensuite donné un coup de main aux ravitaillements. Au total, le groupe a contribué pour environ 600 kilomètres au défi 1 000 000 de KM Ensemble. 

Stéphane Girard avait déjà tenté le coup en 2018 en parcourant 65 kilomètres jusqu’à la fourche de la route 169 vers Hébertville et n’hésite pas à qualifier l’expérience d’atroce. 

Il avait toutefois pris des notes. Il savait que cette fois, il devait raccourcir les distances entre les ravitaillements et, peut-être plus important encore, courir dans le même sens que les voitures, ce qui lui rendait la tâche beaucoup moins difficile psychologiquement. «Ce sont des petites parcelles d’expérience qui font que tu vas réussir ton défi. C’est vraiment un défi mental, et non physique. On n’est pas hypothéqués», d’assurer Stéphane Girard, lors d’une entrevue mardi, deux jours plus tard, visiblement bien remis. 

Les deux coureurs conviennent que le confinement leur a au moins permis de mettre la pédale au plancher à l’entraînement. Depuis janvier et avant leur traversée, Stéphane Girard avait couru 2500 kilomètres, tandis que Joëlle Hébert en a fait encore plus avec 3400 kilomètres. « Je n’ai jamais eu autant de volume », convient-elle, convaincue que cette préparation leur a permis de terminer sans blessure ni douleur, même si le sommeil a manqué pendant la fin de semaine. 

« C’est quelque chose à laquelle tu dois penser dans le cadre d’un tel défi. Tout le monde pourrait peut-être être capable, mais c’est de voir à quel prix tu vas le faire. On avait vraiment le volume adéquat pour le faire et pour dire qu’on fait la promotion des saines habitudes », met en contexte Joëlle Hébert.

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REPARTI DE ZÉRO EN 2012

«En 2012, je suis parti de zéro. Ça faisait un bout que je n’avais rien fait. À ce moment, je me remettais en forme et j’avais un surplus de poids.»

Stéphane Girard a cessé de faire de la course à pied après une blessure. Il a repris le rythme tranquillement, tout en se découvrant des affinités avec les ultramarathons. Il a parcouru un premier marathon en 2015, un premier mile deux ans plus tard et, en 2019, il s’attaquait à une épreuve de 240 miles à Moab, dans l’Utah, aux États-Unis. «Quand tu fais de la longue distance comme ça, tu ne sais pas si tu es capable tant que tu ne l’as pas essayé», fait valoir Stéphane Girard, qui se dit plus à l’aise quand la distance est plus longue avec une vitesse moins élevée. 

Pour sa part, Joëlle Hébert s’est attaquée avec succès à son premier marathon dès l’âge de 15 ans, avant sa mère, ralliant l’arrivée avec un chrono de 4h. Elle a ensuite participé à un premier ultramarathon à 21 ans, à Bromont, où elle a attrapé la piqûre, y retournant deux autres fois. La traversée de la Réserve faunique des Laurentides était sa quatrième expérience sur une distance de 100 miles. «Je le fais vraiment pour le plaisir parce que j’ai besoin de courir. Passé 40 kilomètres, ça commence à bien aller», annonce-t-elle, sous le regard approbateur de son coéquipier. 

Les dix premiers kilomètres sont sans contredit les plus difficiles. « On est des diesels », résume-t-elle avec le sourire.

Les deux partenaires se donnent maintenant le temps de digérer ce défi avant de penser au prochain. «J’aime ça rester mystérieuse dans les prochains projets», annonce Joëlle Hébert, qui, comme Stéphane Girard, était inscrite à des épreuves cet été qui ont été annulées en raison de la COVID-19.