Marcel Schouten est le nouveau roi du lac Saint-Jean.

Traversée du lac Saint-Jean: Schouten de bout en bout

Marcel Schouten est le nouveau roi du lac Saint-Jean. Le Néerlandais a remporté la 65e Traversée internationale du lac Saint-Jean après plus de sept heures d’efforts, samedi après-midi.

Le vainqueur est arrivé en solo dans la rade de Roberval, sous les acclamations des spectateurs amassés dans les estrades à la Place de la Traversée. Christopher Deegan a arrivé deuxième, plus de 500 mètres derrière Schouten. Matias Diaz Hernandez a complété le podium.

Le gagnant du 32 km a ainsi remporté un deuxième titre à Roberval, après son titre acquis au 10 km FINA l’an dernier. Il a mis la main sur environ 7800 US$ et il a célébré le tout en effectuant une culbute renversée à partir de la plateforme.

Schouten a célébré le tout en effectuant une culbute renversée à partir de la plateforme.

Avec un temps de 7h13min38sec, Schouten a terminé près de 10 minutes devant Deegan. Il s’agit du plus grand écart entre les deux premières positions depuis 2012, quand Trent Grimsey avait pris plus de sept minutes sur Tomi Stefanovski.

«Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi gros, a avoué Marcel Schouten à l’arrivée. J’ai gagné le 10 km l’an dernier, mais ça n’a rien à voir lorsque tu vois tous ces gens dans les estrades t’encourager. C’est merveilleux, c’est incroyable!

Le représentant des Pays-Bas n’était pas encore revenu sur terre après ce coup de théâtre.

«Je n’ai pas de mots et je ne le réalise pas encore, a-t-il réagi. J’ai commencé à Péribonka en me disant que j’allais voir puisque je n’avais jamais nagé plus de 25 km en ligne droite. Je ne m’attendais pas à arriver ici avec toute la foule, la musique et l’ambiance. C’était fou!»


Marcel Schouten est demeuré dans le peloton dans la rivière Péribonka, mais il a réalisé que les autres nageurs ne mettaient pas toute la gomme. C’est à ce moment qu’il a décidé d’accélérer et d’imposer son rythme, Christopher Deegan a résisté un certain temps, mais c’en était trop.

«Quand le rythme est plus bas, je gèle, a fait valoir Schouten. J’ai décidé de prendre les devants pour me réchauffer parce que je savais déjà que j’allais avoir un problème si j’attendais. Je pense que c’est mieux de suivre son propre rythme à l’avant et c’est ce qui arrivé.»

À l’arrivée, Marcel Schouten a invité son entraîneure d’un jour, Caroline Jouisse, à venir le trouver sur la plateforme. Les deux se sont enlacés plusieurs secondes, avant que le vainqueur se lance à l’eau en effectuant sa pirouette.

Le représentant des Pays-Bas n’était pas encore revenu sur terre après ce coup de théâtre.

Jouisse a fini 3e au 10 km FINA dimanche dernier. Sans accompagnateur dans son bateau, il a invité la Française à le suivre.

«C’est une aventure énorme, je ne pensais pas vivre ce moment en arrivant, a partagé Caroline Jouisse. J’avais peur au début parce qu’il menait vachement et je lui ai de rester un peu derrière puisque c’était sa première expérience. En même temps, je voyais que ça allait bien.»

À sa deuxième participation à la Traversée, Christopher Deegan a réussi le meilleur résultat de sa jeune carrière.

«Je savais que ça allait être tout un défi, avec le froid et la longue distance, a mentionné le nageur de 23 ans. Réussir à arriver deuxième dans un événement de classe mondiale, c’est un bel accomplissement pour moi. C’est le fait saillant de ma carrière et je suis très content.»

Chez les femmes, Morgane Dornic a accompli sa mission en remportant l’épreuve de 32 km, elle qui avait fini deuxième l’année dernière. Elle croyait pouvoir suivre les hommes plus longtemps, mais à la fin, elle a été la plus forte chez les femmes.

« Le but était de faire mieux donc je suis contente, a-t-elle partagé. Comparativement à l’an dernier, j’ai surtout nagé en solo. Je sentais que j’étais mieux de tenir mon propre rythme. »

Le podium féminin a été complété par Pilar Geijo et Alice Franco.

Abandon de Petiquay

Alexann Petiquay, première représentante des Premières Nations à participer à la Traversée, a abandonné au 16e kilomètre. La nageuse de Mashteuiatsh a commencé à avoir des maux de ventre au neuvième kilomètre. Dans un moment fort en émotion, elle a reçu un accueil triomphal à la Place de la traversée lorsqu’elle est débarquée du bateau de récupération.

«Ça faisait mal quand j’avançais donc ma coach et moi avons décidé de quitter la course, a résumé Petiquay. Je ne sais pas si c’est à cause des bactéries dans l’eau, mais c’est arrivé comme ça. Sinon, je me sentais bien physiquement et je n’avais aucune douleur.»

Alexann Petiquay, première représentante des Premières Nations à participer à la Traversée, a abandonné au 16e kilomètre.

À 22 ans, Alexann Petiquay n’a pas l’intention de s’arrêter là.

«C’est sûr que je vais revenir parce que j’ai vraiment une tête dure, a-t-elle annoncé. J’étais déçue à l’arrivée, mais c’était l’fun de voir des gens m’encourager.»

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SAMUEL MATTE A TENTÉ LE COUP

Seul Canadien en action dans le Piékouagami, Samuel Matte a pris la huitième place chez les hommes. Quatrième après 15 kilomètres, il a appuyé sur l’accélérateur pour tenter de rattraper le peloton de tête.

« Mon coach et moi nous sommes dit qu’on l’essayait, a résumé le Québécois. J’ai essayé d’aller chercher les trois gars en échappée et je pensais qu’on serait capable. Peut-être qu’on aurait dû attendre le groupe derrière, mais je n’ai pas de regrets. J’aurais vraiment aimé finir dans le top-5, mais c’est comme ça. »

À sa première et seul participation à la Traversée internationale du lac Saint-Jean, puisque sa carrière de nageur va laisser place à ses occupations professionnelles, Matte était content d’avoir pu vivre la frénésie de l’arrivée, même s’il en a payé le prix. Dix minutes après l’arrivée, sa température corporelle était à 31 degrés Celsius, alors que la normale moyenne se situe à 37.

« C’était malade, a reconnu Samuel Matte. À cinq kilomètres de l’arrivée, ça allait encore bien. C’est quand mon entraîneur m’a dit qu’il restait quatre kilomètres que ç’a commencé à être plus difficile. Mais en rentrant dans la rade, c’était malade. C’est un sentiment qu’on ne retrouve pas en piscine. C’était vraiment quelque chose. »

L’autre Québécoise en action, Marie-Laurence Lortie, s’est emparée de la quatrième place chez les femmes, bon pour le 14e échelon au général.

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LA PLATEFORME JACQUES-AMYOT

Les nageurs à compléter la Traversée internationale du lac Saint-Jean pour les prochaines éditions monteront sur la plateforme d’accueil Jacques-Amyot pour savourer le moment et saluer la foule.

L’annonce officielle a été faite lors d’une cérémonie présentée à quelques heures de l’arrivée du champion, samedi après-midi. L’organisation a voulu rendre hommage au premier nageur à avoir complété la traversée du lac Saint-Jean, en 1955.

Le monument de la nage en eau libre a rendu l’âme en septembre dernier, à l’âge de 93 ans. Au cours d’une présentation vidéo, plusieurs anciens nageurs ont rendu hommage au Québécois, dont Robert Lachance, ainsi que l’actuel directeur général de la Traversée, Jérémy Bonneau.

«On doit beaucoup à Jacques Amyot parce qu’il nous a permis d’avoir un rêve dans la vie, celui de compléter la traversée du lac Saint-Jean, a-t-il partagé. S’il n’avait pas réussi son exploit en 1955, rien de tout ça n’existerait aujourd’hui.»

Pour des raisons administratives, le quai changera officiellement de nom un an après le décès de Jacques Amyot, en septembre prochain.

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LE CHAMPION EN TITRE DIMINUÉ

Malade, Edoardo Stochino a humblement cédé sa couronne en terminant quatrième au classement général.

Le champion en titre a dû combattre la fièvre au cours des derniers jours, le forçant à prendre des antibiotiques au cours des deux dernières semaines. La forme n’était donc pas optimale, mais il tenait à prendre le départ et à se rendre jusqu’au bout.

«Quand j’ai commencé la course, je me suis dit que ça n’allait pas être une bonne journée, s’est souvenu l’Italien. J’ai nagé avec la tête et le cœur parce que j’aime nager ici. C’était important pour moi de me rendre à Roberval. »

Edoardo Stochino sera-t-il de retour l’an prochain? «Bien sûr, c’est mon lac», a-t-il répondu.

Dania Belisle a travaillé pour deux

À sa dernière Traversée, Dania Belisle a complété l’épreuve hors-délai, non sans avoir laissé toute son énergie dans le lac Saint-Jean. Elle était quelque peu déçue du comportement de Rita Vanesa Garcia, qui a refusé de prendre des relais.

«J’ai trouvé ça un peu idiot de terminer ma carrière là-dessus, a candidement lancé la Félicinoise. Dès le début de ma course, j’ai pensé à abandonner, mais en même temps, je ne voulais pas parce que j’étais en forme. Ça a été tellement été pénible avec les vagues, d’autant plus que Rita a tellement profité de moi. J'essayais de la laisser passer, mais elle ne voulait pas me laisser aller derrière. Par la suite, j’ai cassé comme de la porcelaine.»

Dania Belisle a tenté d’entretenir une certaine cohésion avec l’Argentine, sans succès.

«Disons qu’elle ne parle pas français et elle ne comprend pas très bien l’anglais. J’ai finalement sorti quelques mots d’église», a-t-elle avoué.