La sagesse de Claude Giroux est évidente.

Tout le monde vieillit

CHRONIQUE / Chris Therrien, l’ancien défenseur devenu commentateur, parlait vendredi matin d’un « transfert des pouvoirs » à Philadelphie. Il dit que le rôle de Claude Giroux se transforme, chez les Flyers. Le Magicien franco-ontarien est en voie de remettre le flambeau à la prochaine génération. Et il accepterait cette réalité avec beaucoup de grâce.

Ça m’a quand même un peu surpris.

Le temps n’a pas le même effet sur tout le monde. Giroux a encore l’air d’un jeune premier. Il ne fait pas ses – presque – 32 ans.

J’ai pris le temps d’en jaser avec des amis qui gravitent dans l’entourage des Flyers. Ça m’a permis de recevoir un différent son de cloche.

Ces gens-là m’ont suggéré de ne pas trop me fier au classement des meilleurs marqueurs. Giroux demeure le général à l’attaque de son club.

Giroux a pris le temps de bavarder avec les journalistes francophones, après l’entraînement matinal d’avant-match. Le sujet est arrivé sur le tapis. En jasant avec lui, on comprend que la vérité se trouve à quelque part entre les deux.

« Quand j’étais plus jeune, il y a quelques années... Si tu m’avais parlé d’une production de 13 points à mes 19 premières parties, j’aurais été déçu », a-t-il admis d’emblée.

« Maintenant, je comprends que si tu joues bien défensivement, si tu fais les bonnes chances sur la glace, tu n’auras peut-être pas autant de points. Mais ton équipe va mieux jouer. »

Giroux parle donc avec sagesse. Ça nous rappelle que le temps passe.

« En même temps, je dis ça... C’est évident que, plus tu fais de points, plus ton équipe a de chances de gagner. »

Giroux s’assagit, donc. Il s’assagit, mais son ADN ne change pas.

La vérité, je vous dis, se situe quelque part au milieu.

« L’idée, dit-il, c’est de trouver le parfait équilibre, entre les deux. »

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Giroux mûrit, c’est évident. Son nouvel entraîneur, Alain Vigneault, nous en a parlé, un peu plus tard, dans la matinée. Il a fait état d’une conversation déterminante, l’été dernier.

Dans cette franche discussion, le joueur a commencé à parler de l’héritage qu’il aimerait laisser aux amateurs de sports de Philadelphie.

On a cousu le « C » sur ses chandails en 2013. Depuis, les Flyers ont participé aux séries éliminatoires à trois occasions. Ils n’ont jamais franchi la première ronde.

Il ne voudrait pas qu’on se souvienne de lui comme d’un type franchement doué, qui n’a jamais été capable de mener son équipe nulle part.

La réflexion de Giroux n’a pas commencé dans la dernière année. On me dit que les signes de maturité ont commencé à se manifester durant le règne de l’entraîneur précédent.

Au début du camp d’entraînement de 2017, Dave Hakstol avait eu l’idée de transférer son centre numéro un à l’aile droite. Il avait pris cette décision dans le but de le jumeler à son autre vedette francophone, Sean Couturier.

Un joueur en manque de maturité aurait pu très mal réagir. En tout cas, c’est ce qu’on me dit.

Giroux n’en a jamais fait de cas. Devant les médias, il a fait tout ce qu’il fallait.

Les statistiques racontent le reste de l’histoire.

En 2017-18, Giroux a franchi le plateau des 30 buts pour la première – et la seule – fois de sa carrière. Il a connu sa première – sa seule – saison de 100 points. Il a figuré au quatrième rang du scrutin du trophée Hart.

Il a, en somme, connu la meilleure saison de sa carrière.

On peut s’attendre à ce que l’épanouissement de Giroux se poursuive.

Il est devenu père pour la toute première fois, à la fin de l’été. « C’est le fun », dit-il, en nous parlant de son héritier, un garçon prénommé Gavin.

Depuis bientôt trois mois, il découvre ce que tous les autres papas hockeyeurs ont découvert avant lui. « Quand je rentre à la maison après un voyage de trois jours, je découvre un bébé différent. C’est fou comme il grandit vite. »

Le petit Gavin pousse le père à songer à plus long terme. « J’aimerais jouer assez longtemps pour qu’il se souvienne de moi. Il faudrait que je me rende jusqu’à 40 ans », a-t-il lancé.

Un collègue a glissé, de façon innocente, le nom de Jaromir Jagr dans la conversation. Le 68 n’a toujours pas accroché ses patins. Il fêtera ses 48 ans en février.

Giroux a souri.

« Je peux vous garantir que je ne me rendrai pas jusque-là.