Sylvain St-Laurent
Depuis l'annonce de l'annulation de la Fin de semaine des courses cette année, les organisateurs sont la cible de nombreuses critiques de la part des coureurs.
Depuis l'annonce de l'annulation de la Fin de semaine des courses cette année, les organisateurs sont la cible de nombreuses critiques de la part des coureurs.

Tout le monde perd

CHRONIQUE / Vous savez ce que représente la Fin de semaine des courses? Je pourrais facilement vous résumer ça en quelques mots. En ce qui me concerne, c’est le plus beau week-end de l’année à Ottawa.

Le beau temps commence à s’installer. Les gens qui sont en forme sortent de chez eux et se réunissent. On voit des enfants de six ou sept ans trottiner sur deux kilomètres avec leurs parents. Des sportifs du dimanche côtoient de véritables athlètes dans la zone de départ du marathon. Les endorphines sont dans le tapis. Tout se passe dans la bonne humeur.

Il faut vraiment le vivre, de l’intérieur, pour comprendre.

Quand on parle de la COVID-19, par contre, tout le monde peut comprendre.


« Même si la situation actuelle n’est pas idéale, je compte tout faire pour que cet événement survive, bien longtemps après ma mort. »
Ian Fraser, directeur général de Courez Ottawa

C’est la pire cochonnerie qui nous est tombée dessus depuis des générations.

Le virus et la Fin de semaine des courses sont entrés en collision, ces derniers jours.

Le virus a gagné.

Le virus a gagné, et toute la communauté a perdu.

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Les premiers perdants sont ceux qui ont passé l’hiver à s’entraîner dans le but de participer à cet événement.

Viennent ensuite, très rapidement, les organisateurs.

Ils ont aussi consacré des heures et des heures à tout planifier, comme chaque année.

Ils ont pris la difficile décision de tout annuler, lundi. Ils ont envoyé un message dans lequel ils ont annoncé aux 18 000 personnes inscrites qu’elles n’auraient pas droit à des remboursements.

Depuis, ils se font carrément lyncher dans les réseaux sociaux.

«C’est inacceptable! Vous ne pouvez pas nous charger pour un service que nous n’aurons pas», a lancé une dénommée Melanie Briere, dans Facebook, sur la page officielle du Marathon Banque Scotia d’Ottawa.

«Je ne sens pas la transparence ni l’empathie dans votre décision et dans vos propos», a renchéri Pierre St-Onge.

«Absolument scandaleux... Du vol à grande échelle», a complété Kevin Dufrenoy.

C’est un tout petit échantillon.

Vingt-quatre heures après la publication du message d’annulation, en français, on comptait plus de 700 commentaires. Ils allaient presque tous dans le même sens.

Les organisateurs de la Fin de semaine des courses ont quand même offert un petit quelque choses à leur clientèle.

Ils vont envoyer une médaille de participation et un t-shirt souvenir à tous ceux qui étaient déjà inscrits. Ils offrent aussi un rabais de 50 % à ceux qui souhaitent courir en 2021.

Cette dernière mesure n’a rien pour calmer les ardeurs des gens qui sont en colère.

Certains ont souligné qu’ils auraient l’impression de payer deux fois pour faire une course...

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En septembre dernier, Ian Fraser est devenu directeur général de Courez Ottawa, l’organisme sans but lucratif qui organise la Fin de semaine des courses.

Il aurait pu envisager différents défis à relever, dans ses premières années en fonction. Il n’aurait jamais cru qu’il aurait à faire face à une situation aussi sérieuse, aussi rapidement.

Je me disais bien que la décision de tout annuler, sans offrir de remboursements, n’avait pas été prise à la légère.

Il me l’a confirmé assez rapidement, quand je lui ai passé un coup de fil, mardi après-midi.

«Nous avons pris cette décision en imaginant que la communauté des coureurs tient à ce que notre événement survive», a-t-il lancé d’emblée.

Je me disais bien que la survie de la Fin de semaine des courses pouvait être en jeu.

L’OSBL ne pouvait certainement pas être prêt à faire face à une telle situation.

«Nous avons essayé de remettre la Fin de semaine des courses de 2020 à plus tard. Le calendrier d’Ottawa est surchargé et nous ne pouvons pas savoir à quoi ressemblera notre monde, à l’automne. Nous ne voulions surtout pas faire de nouvelles promesses que nous ne pourrions pas retenir.»

«Nous avons reçu beaucoup de commentaires négatifs dans les réseaux sociaux. Les gens qui ont écrit ces commentaires représentent quand même une petite partie des 18 000 personnes qui étaient inscrites.»

«Je suis né dans cette ville. J’ai été élevé dans cette ville. J’ai participé à la Fin de semaine des courses une bonne trentaine de fois. J’adore cet événement, j’adore ma ville, j’adore mon travail. Même si la situation actuelle n’est pas idéale, je compte tout faire pour que cet événement survive, bien longtemps après ma mort.»

C’est peut-être un des vrais défis qu’on devra relever, ensemble, dans les prochains mois. Il faudra s’assurer qu’Ottawa ne perde pas son plus beau week-end annuel.