Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Alain Vigneault n’a pas voulu commenter le mouvement de contestation contre la brutalité policière à l’endroit des Noirs mené par des joueurs de la NBA, ce qui a mené à l’annulation des parties dans ce circuit la veille.
Alain Vigneault n’a pas voulu commenter le mouvement de contestation contre la brutalité policière à l’endroit des Noirs mené par des joueurs de la NBA, ce qui a mené à l’annulation des parties dans ce circuit la veille.

On ne comprend pas toujours tout de suite

CHRONIQUE / Alain Vigneault qui se cache la tête dans le sable. Vigneault qui fait l’innocent, qui prétend ne rien savoir de ce qui se passe à l’extérieur de la bulle de la LNH, à Toronto.

C’était malaisant. Dur à croire. Et c’était, surtout, terriblement maladroit de sa part.

J’ai le goût de vous demander quelque chose de gros. Quelque chose qui n’est pas dans l’air du temps.

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J’ai le goût de vous demander de ne pas le condamner trop sévèrement.

J’ai une petite théorie sur ce qui a bien pu se passer, jeudi, durant sa visioconférence avec les médias.

Voyez-vous, j’ai couvert des milliers de conférences de presse, dans ma vie.

J’ai aussi passé des centaines d’heures à discuter avec des entraîneurs - actifs et retraités.

Souvent, quand ils s’installent derrière un podium, les entraîneurs ont déjà une très bonne idée du message qu’ils veulent livrer. Et certains sont moins subtils que d’autres.

Ceux-là finissent souvent par offrir la même réponse à toutes les questions. Ils trouvent des façons de toujours nous ramener au même endroit.

Dans les ateliers où on leur apprend à répondre aux questions, on leur donne des outils pour éviter les pièges.

Faire semblant de ne pas comprendre la question, c’est efficace.

Feindre l’ignorance, aussi, ça marche. Presque tout le temps.

Il faut cependant comprendre que la plupart des questions qui sont posées par les journalistes sportifs sont légères. On aborde rarement des questions de vie ou de mort.

Vigneault a probablement commis une grosse erreur. Il n’a probablement pas saisi l’ampleur de la crise qui secoue le monde, à l’extérieur de la bulle.

Il s’est mis les deux pieds dans les plats.

À sa décharge, Vigneault travaille dans la LNH depuis bientôt 30 ans.

Les dernières heures nous ont démontré qu’il n’est pas tout seul, dans la LNH, à mal saisir l’ampleur de la crise.

Les athlètes de la NBA - et leurs consoeurs de la WNBA - sont devenus des héros, du jour au lendemain. On a salué leur courage de quitter le terrain et de mettre en veilleuse leur saison, pour combattre le racisme systémique dont les afro-américains sont victimes.

Le gens du hockey sont devenus des zéros, presque au même moment, parce qu’ils ont mis un peu plus de temps à réagir.

Est-ce qu’on m’en voudrait, encore une fois, si je demandais à tout le monde de mettre un peu d’eau dans son vin?

Dans les quatre ligues majeures professionnelles nord-américaines, la NBA est celle où les Afro-Américains sont les mieux représentés. Les joueurs de couleur composent entre 75 et 80 % des effectifs.

On dit que le mouvement de boycottage a débuté dans le vestiaire des Bucks de Milwaukee, ce qui nous semble tout-à-fait approprié. Cette formation joue normalement à 65 KM de Kenosha, ville dans laquelle a été commise la dernière bévue policière.

Le hockey est à l’autre bout du spectre de la diversité.

Quand ils ont fondé la Hockey Diversity Alliance (HDA), plus tôt, cet été, sept hockeyeurs de couleur ont produit une vidéo dans laquelle ils discutaient de leur réalité. Tous semblaient d’accord. Pour atteindre les plus hauts sommets, un joueur noir doit travailler cinq fois plus fort qu’un blanc.

Je ne suis pas convaincu que les blancs en sont même conscients.

Ça ne veut pas dire qu’ils sont insensibles aux inégalités sociales.

Ça veut peut-être juste dire qu’ils ont besoin d’un peu plus de temps avant de bien comprendre ce qui se passe devant eux.

Je sais tout ça, au fond, parce que, même moi, je ne comprends pas toujours très vite.

Je sais que le racisme systémique existe. Je suis bien conscient que ce n’est pas un problème exclusif aux États-Unis.

Malgré toute ma bonne volonté, je ne comprends pas toujours tout, du premier coup.

Jeudi matin, par exemple, je n’étais pas convaincu de la démarche des joueurs de basket-ball.

Le boycott, c’est une façon de protester. C’est une façon de manifester.

C’est très bien, manifester. C’est un outil essentiel, en démocratie.

Je me dis toujours que ce n’est pas suffisant. Pour combattre et pour vaincre le racisme, il nous faudra développer des initiatives durables.

Je me disais que cette sortie des joueurs de la NBA.

Des amis, qui comprennent toujours tout plus vite que moi, m’ont parlé de Colin Kaepernick. On m’a rappelé qu’il a été placé sur la voie de garage, en 2016, quand il a choisi de protester pendant l’hymne national américain.

Quatre ans plus tard, les athlètes de plusieurs sports sont capables de dénoncer, en groupe, les mêmes inégalités.

Personne ne devrait perdre son emploi, dans la NBA, en raison du boycott de l’été 2020.

J’imagine que ça prouve qu’on avance, un peu, dans une bonne direction.